‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 240 sur 281 · VII. Effets, pour les e.ifants, de la bonne éducatiun · texte numérisé non relu

VII. Effets, pour les e.ifants, de la bonne éducatiun

Tournez vos regards d'un autre côté. Considérez les heureux effets d'une éducation soignée , vertueuse et

i 'i) Per quae peccat (juis, per bœc et torquetur. Sop. i i

chrétienne. Le jeune Tobie deviendra un modèle des différents états. Il sera un fils reconnaissant , qui rendra Ja vue à son père ; un époux tendre qui délivrera sa femme de l'obsession du démon ; un père sensible qui se verra revivre dans une suite de générations fidèles. A qui doit-il toutes ces vertus ? Le texte sacré nous l'apprend : à ce père si religieux qui dès son enfance l'a instruit à craindre Dieu , et à s'abstenir de tout péché (1). jNous admirons la vertu courageuse de Suzanne , qui la fit triompher des tentations les plus délicates et les plus violentes. C'est encore , dit le prophète qui a tracé son histoire , à la religion de ses parents , qui , étant justes, l'avaient élevée selon la loi divine , qu'elle en fut redevable (2). Les vertus , dont vous aurez doué votre enfant, le suivront dans toutes les circonstances de sa vie , favorables ou contraires. Dans la prospérité elles le modéreront ; dans l'adversité elles le fortifieront. Que les dons de là fortune viennent l'enrichir , il les ennoblira par l'usage qu'il en fera , en jouissant avec générosité et économie , les répendant avec une libéralité éclairée. Que la pauvreté vienne fondre sur lui , il en soutiendra le choc avec fermeté , croyant n'avoir rien perdu , puisque l'honneur lui restera. Que son mérite le fasse monter aux emplois éminents , appelé par la voix publique , il accroîtra la splendeur de ses places , de sa considération personnelle. Supérieur à son élévation , il eu mesurera non les prérogatives , mais les devoirs : il s'y montrera digne sans hauteur , et affable sans familiarité. Que des circonstances impérieuses l'enlèvent à ces dignités qu'il occupait avec utilité pour l'état , avec gloire

(i) Cum factus esiel vir,acccpit uxorem Annain de tribu sua, ge nuitque ex ea lîlinm , nomen suuin imponens ei ; quem ab infantia tiraere Deam docuit, et abstinere ab omni peccato. Tob. i ; 9, 10

(2) Parentes enim illias, cura essent justi, eriîdierunt filiam suam secundura legem Moysi. Z)a,7. i3; 3.

pour lui-même , il eu descendra avec une noble tranquillité , y laissant le souvenir du bien qu'il aura fait , et emportant dans son honorable retraite les regrets du public , l'estime des honnêtes gens et le témoignage de sa conscience.

La bonne éducation est la source pure d'où coulent constamment des eaux limpides , qui , suivant tout le cours de la vie , y font germer toutes les vertus. Sa bénigne influence s'étend même au delà de la vie , et féconde jusqu'aux générations suivantes. Considérez autour de vous , ces maisons honorables , où se conserve d'âge en âge la pureté des principes ; où l'honneur , la probité , les mœurs , l'attachement aux saines maximes , l'observation des bonnes règles , l'accomplissement de tous les devoirs , l'assiduité aux fonctions , se transmettent de génération en génération ; que la considération publique vous indique; que sont forcés de respecter ceux même qui ne les imitent pas. Interrogez les chefs de ces familles. Demandez- leur comment ils ont reçu , comment ils perpétuent cette succession de vertus. Tous vous répondront que c'est là le fruit de l'éducation qu'ils ont reçue de leur père , et qu'ils communiquent à leurs enfants. Il est dans ces maisons rehgieuses des maximes de famille regardées comme la plus précieuse portion de l'héritage des ancêtres , comme la partie la plus sacrée de la propriété commune ; qui inspirent à tous les membres les sentiments honnêtes , et repoussent de leurs cœurs les maximes et les exemples du siècle pervers. O combien heureuse , combien florissante serait la société , où conformément au vœu du concile de Trente, une éducation vraiment chrétienne serait donnée à tous les enfants I Comme en peu de temps serait changée la face de la terre I Nous verrions les maisons devenues des habitations de paix , et non plus de discorde ; les églises , des lieux de prière et non plus de dissipation; les cercles, des assemblées d'édification , et non plus de scandale ; les conversations , des écoles de vertu , et non plus de vice ; la cour , un foyer de patriotisme, et non plus d'intrigues ;

le barreau , un modèle d'équité , et non plus de chicane ; les comptoirs , des commerces de probité , et non plus de fraude ; la société entière , un théâtre de charité , et non plus d'égoïsme.

VIII. Effets pour les parents eux-mêmes de la bonne éducation.

Ce n'est pas seulement à leurs enfants que les pères procurent le bonheur , par la bonne éducation qu'ils leur donnent. Ils travaillent en même temps au leur propre. L'Esprit saint le leur promet. Elève ton fils , et il te consolera , et il remplira ton âme de délices (1). Le fils vertueux est la joie de son père (2). Quelle satisfaction eu eftet , et plus douce , et plus pure , que de vous voir entouré de ces objets de votre tendresse , croissant en âge et en vertus! Quelle précieuse jouissance , que d'observer le développement de leurs qualités, les mouvements de leur sensibilité , leurs progrès dans la piété , leur avancement dans toute espèce de bien I Quel contentement intérieur , de penser que c'est à vous , à vos soins paternels , qu'ils doivent tous leurs succès I Quel bonheur , les suivant jusque dans l'avenir , de les voir d'avance recueillir, dans une vie honorable, les fruits de vos travaux ; mériter et obtenir l'estime, la considération, le respect que se concihe toujours le mérite, et joindre aux éloges de la terre les grâces du ciel I Plus vous leur faites connaître le bonheur de la vertu , plus ils sentent que c'est à vous qu'ils le doivent. Accoutumés à regarder le ciel , ils vous considèrent comme l'ange visible que Dieu a député à leur garde, et leur tendresse s'accroît encore de leur piété reconnaissante. La considération qu'ils s'attirent rejaillit sur vous : ils sont votre gloire ,

(i) Erndi filium, et refrigerabit te: et dabit delicias aniniae tuse. Prov. ag ; 17.

{1] Filius sapiens laetiBcat palrem. Ibid. lO; i.

comme votre satisfaction (1). Vous ne devez plus , dit l'Esprit saint , être affligé au jour où Dieu vous retirera de ce monde, Yous ne mourrez pas en quelque sorte , puisque vous laisserez , sur la terre , un héritier de vos vertus qui vous y remplacera (2) , et que vous irez précéder dans le ciel , dont vous lui aurez tracé le chemin.

Car dans ce jour , où vous serez appelé au pied du tribunal suprême , vous y comparaîtrez avec confiance, reportant au souverain juge le dépôt qu'il vous aura confié , amélioré et augmenté par vos travaux. Vous lui présenterez , non les richesses que vous avez acquises à vos enfants , mais les trésors de vertus dont vous les aurez enrichis ; non les dignités que vous leur aurez procurées, mais les qualités par lesquelles vous les en aurez rendus dignes. Heureux parents I Vous devrez à ces fruits de vos entrailles , aux soins que vous aurez pris d'eux , la sentence qui^ vous appellera au céleste séjour. Ils vous devront un jour , à leur tour , celle qui les réunira éternellement à vous. Vous y serez à jamais ensemble dans le sein de Dieu. Votre félicité commune s'accroîtra encore de votre tendresse mutuelle.

Page 1