IL
connaissons un amour tendre , expansif , par lequel nous aimons avec sensibilité ; et un amour de préférence , appelé par les docteurs appréciatif, par lequel nous aimons avec plus d'estime. Le premier appartient à l'appétit sensitif ; le second réside dans la volonté. Dieu ne nous prescrit pas le premier , qui ne dépend point de nous ; il nous commande le second , qui est en notre pouvoir. Nous aimons véritablement Dieu par-dessus toutes choses , quand nous le préférons à toutes choses , quand nous choisissons la privation de toutes choses, plutôt que la perte de son amitié. Il en est de même de notre regret du péché. Il est souverain , c'est-à-dire supérieur à tout autre , quand il l'est appréciativement , quoiqu'il ne le soit pas sensiblement. Nous ne sommes pas toujours les maitres de déplorer le péché avec une tendre et vive affection. Ainsi Dieu, dont la sagesse miséricordieuse n'exige jamais l'impossible , ne nous l'ordonne pas. Mais notre volonté qui est libre , peut toujours , reconnaissant que le péché est le plus grand des maux , le détester comme tel , et préférer tout autre mal à celui de le commettre ; et c'est à elle que Dieu commande de le regretter ainsi. C'est dans ce sens que nous devons toujours entendre les exhortations sur les gémissements et les larmes de la pénitence. Libertins , qui , pour perpétuer vos désordres , dites que vous ne pouvez pas en ressentir la contrition , que vous attendez cette grâce pour effectuer votre conversion ; vous êtes , ou plutôt vous affectez d'être dans l'erreur. Voire excuse pourrait avoir quelque apparence , si l'on vous demandait une douleur tendre et expansive. Mais ce n'est pas une contrition sensible que Dieu attend devons , c'est une contrition chrétienne. Veuillez-la sincèrement , et vous l'aurez ; désirez-la vivement , et vous la concevrez ; implorez-la ardemment, et vous l'obtiendrez.
Ne croyons pas cependant que la douleur sensible , parce qu'elle n'est pas nécessaire , soit mauvaise ou inutile. Elle est même désirable ; elle est une grâce de Dieu dont on doit ressentir une vive reconnaissance. NouSj
voyons manifestées par des larmes plusieurs des pénitences que célèbrent les livres saints. Avec quelle énergie David exprime dans ses psaumes la vivacité , la profondeur de son affliction (1) I Saint Pierre, sainte Madeleine , ne se bornent pas à regretter leurs péchés , ils les pleurent amèrement. Mais , pour que cette contrition expansive soit véritablement salutaire , il faut qu'elle soit solide , et il est nécessaire à sa stabilité qu'elle soit fondée sur la contrition appréciative. Nous voyons quelquefois des pénitents gémir, pleurer, se prosterner , se frapper la poitrine. Nous en sommes pénétrés d'édification. Ce qu'ils expriment , nous croyons qu'ils le ressentent. Nous nous défendons cependant de prendre une confiance entière dans ces actes extérieurs. Ils sont des signes de contrition : ils ne sont pas la contrition. Ils en sont même , et nous nous en apercevons trop souvent, des signes équivoques. Combien de pécheurs ont montré pendant quelques instants ces marques d'une vive pénitence , et se sont immédiatement après replongés dans leurs désordresl On ne voit pas que Paul ait répandu une larme. Esaii en a versé d'abondantes. On remarque surtout dans les jeunes gens , dont le cœur est plus tendre , l'imagination plus ardente , l'âme plus puissamment remuée , ces mouvements vivement sensibles ; et c'est souvent dans ceux dont les pénitences sont les plus légères , les plus incertaines. La même chaleur de tète , la même vivacité de sentiment , qui animaient un peu auparavant leurs regrets , ils les reportent aussitôt à leurs dissolutions. Ames tendrement pieuses , mais trop timorées , qui croyez n'avoir pas une contrition souveraine , parce que
(i) Laboravi in geraitu nieo, lavabo per singulas nocfes Ifîctuin meara ; lacryrais meis stratum raeuin rigabo. Psalin. 6 ; 7, 8.
Non est sanitas in carne mea a facic irse luae : non est pas ossibus raeis a facie peccatorum raeorum... Afflictus sum , et huniiliatus sum nimis: rugiebani a gemitu cordis raei. Ps. 87; 4, 9.
Exitus aquarum deduxerunt oculi inei, quia non custodierant legein tnain Ps. ri8; i36. Et alibi passiin.
36 SDR LA PÉNITENCE.
VOUS êtes plus sensiblement affectées d'une peine temporelle , que de vos péchés , rassurez- vous , votre piété vous fait illusion. V ous sentez plus vivement la douleur temporelle; mais vous ne l'avez pas réellement; ou, si vous voulez qu'elle soit plus vive , elle n'est pas plus forte. Vous êtes plus sensiblement touchées de la perte d'un parent , d'un ami , que de celle de la giâce ; vous préféreriez à la perte de la grâce celle de tous vos parents et de vos amis. Conservez fidèlement cette douleur de préférence. Votre cœur n'éprouvât-il aucune sensibiUté , vous aurez constamment la contrition que Dieu demande de vous.