‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 253 sur 281 · XXII. La principale leçon est l'exemple · texte numérisé non relu

XXII. La principale leçon est l'exemple

De toutes les leçons que vous pouvez, que vous devez donner à vos enfants, la première, la principale, la plus méritoire pour vous, la plus efficace pour eux, est votre exemple. C'est une vérité reconnue de tout temps, que l'on est plus vivement frappé de ce que l'on voit, que de ce que l'on entend. L'instruction pénètre plus facilement par les yeux que par les oreilles. Les paroles donnent l'idée de l'œuvre, l'exemple est l'œuvre même. Les discours peuvent persuader, le fait entraîne. Son autorité, d'autant plus forte qu'elle est plus douce, réunit et présente sous un seul point de vue l'instruction, l'exhorta-

lion et rencouragement. C'est surtout sur Tenfance que l'exemple exerce son pouvoir. L'enfant est naturellement imitateur. Il l'est par la faiblesse de sa raison ; il l'est et l'auteur de sa nature l'a rendu tel , pour qu'il s'instruisît par le langage des faits. Voyez les élèves de la peinture s'instruire en copiant les ouvrages d'autrui. Ainsi s'instruisent les élèves de la morale, en copiant les actions de leur parents. Car il est aisé de sentir que, de tous les exemples, ceux qui font sur eux le plus d'impression, ce sont ceux -là. L'exemple a d'autant plus de force qu'il part d'une autorité plus révérée. Et quelle autorité l'enfant peut-il connaître, qui égale celle des auteurs de ses jours? Tendresse, respect, habitude, raisonnement, tout lui persuade que ce qu'il voit dans ses parents est légitime. Et par sentiment, et par conviction, il se croit absous de toute faute quand il a agi comme eux. Elle est incalculable l'influence, soit utile, soit funeste, de la bonne et de la mauvaise vie des parents, pour rendre leurs enfants semblables à eux. C'était par l'exemple, et il le déclare lui-même, que le plus sage des hommes s'était instruit à la vertu (1). Que vos enfants vous voient observer les commandements de Dieu et de l'Eglise, ils les observeront. Qu'ils vous voient faire des actes de piété, ils deviendront pieux. Qu'ils vous voient pratiquer les œuvres de charité, ils seront charitables. Qu'ils vous voient assidus à vos devoirs , ils seront exacts aux leurs. Oh I quel spectacle régulier, édifiant, attendrissant, présenterait la maison où le père de famille pourrait dire, comme Saint Paul à ses disciples de Corinthe : Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ (2). Mais, hélas I les mauvais exemples sont

(i) Qnod cam vidissem, posai in corde meo, et exemple) didici disciplinani. Prov. 24; 32.

2) Rogo vos, imitatores mei estote sicut et egoChiisti. i Cor. 4;

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bien plus communs que les bons ; et, ce qui est plus déplorable encore, ont plus d'efficacité pour porter au vice, que les bons pour exciter à la vertu. Le marteau du sculpteur a plus de force encore pour briser la statue que pour la former. C'est de leur parents que les enfants tiennent pour l'ordinaire leurs défauts. C'est en ayant sous les yeux le spectacle de leurs vices, qu'ils les contractent. Regardez autour de vous : cherchez dans le monde les fds sages de pères libertins, les fils modérés de pères ambitieux, les fils respectant le nom de Dieu de pères blasphémateurs ; les filles modestes de mères vaniteuses, les filles réservées de mères licencieuses. S'il en existe quelques exemples, ils sont bien rares ; ils viennent, ou d'une éducation vertueuse reçue loin de la maison paternelle , ou de ce que l'édification de l'un des parents a prévalu sur les scandales de l'autre ; ou plutôt ce sont des prodiges de la grâce, qui daigne quelquefois manifester sa toute-puissance par des effets opposés à toutes les idées humaines. Parlez, père, et parlez sincèrement : cette hauteur envers les inférieurs, cette vengeance des offenses , ces médisances sur le prochain , cette désoccupation continuelle , et tant d'autres vices que vous voyez, que vous déplorez dans vos fils, ne vous en étiez-vous pas fait le modèle ? Répondez, mère, et soyez de bonne foi : ce luxe, cette immodestie dans les vêtements , cette légèreté dans les propos, cette liberté dans les liaisons, que vous reprochez à votre fille, où les a-telle pris ailleurs que dans la conduite qu'elle vous a vue tenir ? Malheureux^ qui précipitez vous-même dans le crime et dans la damnation ceux que vous étiez chargé d'en retirer, ignorez-vous l'oracle de Jésus-Christ contre tous ceux qui sont, pour les enfants, des occasions de péché? Il vaudrait mieux qu'ils fussent jetés dans la mer avec une meule attachée à leur cou (1). Quelle sera donc

(i) Qui scandalizaverit nnnm de pusillis istis qui in me credant

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sa sévérité, quand ce seront les parents eux-mêmes qui se seront rendus coupables de ce crime ? Il est rare, et je conviens sans peine de cette vérité, de voir des parents donner à leurs enfants de mauvais principes. Tous ou presque tous, leur prêchent la probité, la vertu, la religion. Mais de quel poids peuvent être des leçons sans cesse démenties par les exemples ? Entre vos instructions qui contrarient la nature corrompue, et vos exemples qui favorisent des inclinations malheureusement naturelles, quel parti imaginez-vous que prendront vos enfants ? Ils appelleront dans leur esprit de vos discours à vos actions. Il ne croiront pas que vous soyez sincère, quand ils vous verront faire le contraire de ce que vous dites. Ils regarderont les maximes que vous leur débitez comme de belles spéculations, inutiles dans la pratique. Ils ne verront dans les devoirs que vous leur imposez, et que vous ne remplissez pas, dans les vertus que vous leur prescrivez, et que vous ne pratiquez pas, que des règles propres à l'enfance, et qui ne sont plus d'aucun usage au delà. Tout l'effet de vos exhortations , de vos instances , de vos préceptes , sera de les faire soupirer après le temps où ils pourront , comme vous, en être débarrassés, et, comme vous, se livrer à leurs désirs, à leurs inclinations, à leurs passions. Vous espérez peut-être, en leur montrant vos principes, leur cacher votre vie. Défaites-vous de cette vaine prétention. Leur curiosité sera toujours plus pénétrante que votre réserve ne sera précautionnée. Vous leur recommanderez l'application, et ils verront que vous passez votre vie dans le désœuvrement. Vous leur prescrirez l'assiduité aux églises, et ils s'apercevront que vous n'y allez pas. Vous les exhorterez à la fréquentation des sacrements, et ils sauront que vous n'en approchez jamais. Vous leur

expedit ei ut suspendatur mola asinaria collo ejus, et deniergatur profunduni maris. Matth. i8; 6.

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ordonnerez la sagesse, et ils n'ignoreront pas que vous vivez dans la dissolution. Le prétendu secret de vos désordres sera immanquablement découvert par leur pénétration, révélé par les domestiques, trahi par votre propre négligence. Pour que vos enfants vous croient vertueux, vous n'avez qu'un moyen, c'est de l'être.

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