‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 254 sur 281 · XXIII. Vigilance · texte numérisé non relu

XXIII. Vigilance

Ce n'est pas assez d'instruire et de paroles et d'exemples vos enfants de leur devoirs : il faut les leur faire renqîlir. Ici s'ouvre pour les parents une nouvelle carrière d'obligations. Une vigilance attentive, une inspection continue, une observation exacte, jusqu'à être minutieuse , leur est nécessaire et prescrite. Elle doit commencer dès l'enfance, pour se continuer constamment et sans interruption. Dès les premières années les inclinations se manifestent , et elles se manifestent d'autant plus que cet âge ignore l'art perfide de les cacher. \ ous examinez avec soin la nature de votre terre , l'espèce de plantes auxquelles elle est propre , ses propriétés bonnes et défectueuses, afin de profiter des unes et de réformer les autres. Comment gouvernerez-vous votre enfant, si ses dispositions ne vous sont pas connues ; si vous ignorez quels sont les désirs qu'il faut satisfaire , quels sont ceux qu'il faut réprimer ; quelles affections il est bon d'exciter , quelles autres il est nécessaire d'arrêter , quand c'est le frein , quand c'est l'aiguillon qu'il faut employer. Depuis les premiers moments de sa raison naissante , son caractère se développant graduellement , vous connaîtrez les bonnes qualités auxquelles il est porté , les défauts dont il est menacé (1). Le soin avec

(i) Es siudiis suis intelligitur pner, si muuda et lecta siiit opéra ejus. P/ov. 20 ; 11.

lequel vous l'étudierez , vous fera discerner la manière de gagner son attachement , de vous insinuer dans sa confiance , d'acquérir son respect , de captiver sa soumission ; vous découvrira les moyens les plus efficaces , les plus adaptés à sa nature , de le diriger ; vous fera choisir les moments favorables , soit pour l'exciter , soit pour le reprendre. Le but principal de cette surveillance, l'objet vers lequel vous devez la diriger est d'écarter de lui tout ce qui peut traverser son éducation, de prévenir ses fautes , en éloignant les occasions qui l'y entraîneraient ; d'empêcher le feu des passions de s'allumer en lui , en retranchant son aliment; de fermer l'entrée de son esprit aux pensées dangereuses , en repoussant loin de lui tout ce qui pourrait les présenter. Sans une vigilance assidue n'espérez pas conserver dans son cœur l'innocence, cette vertu si précieuse , si délicate , si importante pour son bonheur, non-seulement de l'éternité , mais du temps; si nécessaire à son avancement dans la piété , à ses progrès dans les connaissances , et même à sa santé et à sa vie. Sans une vigilance assidue il acquerra prématurément une science funeste et destructive ; une science du mal suffisante pour le désirer et le suivre, pas assez pour l'abhorrer et l'éviter ; une science qui , telle qu'une vapeur pestilentielle sortie de l'enfer , brûle et dévore la fleur de la pureté , au moment où elle commençait à naître et à s'ouvrir; une science qui corrompt et dégrade le naturel le plus heureux ; une science qui fait contracter de déplorables habitudes dont peut-être on ne se défera jamais; une science qui, dès la première jeunesse prépare tous les excès du libertinage et de la débauche, une vieillesse rongée d'infirmités , et une mort honteuse. Mère aveugle , vous vous fiez sur la sagesse de votre fille. Votre confiance excessive est ce qu'il y a de plus propre à la lui faire perdre. Le moyen de la lui conserver est de ne la pas perdre de vue. Le vin le plus exquis , s'il n'est pas soigné, est sujet à tourner en vinaigre. Les fruits les plus délicieux dégénèrent , quand l'arbre qui les porte n'est pas cultivé. Le troupeau le plus gras dépérit s'il

n'est pas entretenu par les soins vigilants du pasteur. Pensez aux maux affreux qu'attira , et sur lui-même , et sur sa maison , le saint roi David , pour n'avoir pas soigneusement observé la criminelle passion de son fils Amnon, et le caractère violent et ambitieux de son autre fils Absalon. Rappelez- vous le malheur de Dina; considérez ce que causa de douleur à ses parents leur funeste complaisance , et à elle sa dangereuse curiosité. Déplorable curiosité I naturelle à la jeunesse , nécessaire à ses progrès , mais souvent fatale à sa vertu. C'est à la combattre, ou plutôt à la bien diriger, à la détourner des objets dangereux, à la fixer sur ceux qui sont utiles , que doivent tendre les soins paternels. Faites autour de vos enfants de votre surveillance comme un rempart , qui empêche de pénétrer jusqu'à eux tout ce qui pourrait porter dans leur esprit des idées déslionnêtes (1). Veillez sur eux, et sachez constamment ce qu'ils disent, ce qu'ils font , et s'il est possible , ce qu'ils pensent. Veillez sur leurs exercices de piété, et faites en sorte qu'ils ne manquent , ni aux prières quotidiennes , ni à celles qui doivent précéder et suivre les repas , ni à l'assistance au saint sacrifice , ni à la fréquentation des sacrements. Veillez sur leurs études , et faites une attention spéciale aux livres dans lesquels ils s'instruisent, \eillez sur leurs divertissements , et ayez soin qu'en s'amusant ils ne se dérangent point. Veillez sur les lieux où ils vont , et soyez attentifs à les détourner de ceux où leur vertu courrait quelque risque. Veillez sur les sociétés qu'ils fréquentent , et pensez que c'est surtout par la communication que la corruption se contracte. Veillez sur les domestiques qui les approchent , et n'en souffrez point qui ne soient réservés dans leurs paroles , modestes dans leurs manières , pénétrés de la crainte de Dieu. Veillez sur les

(i) In filia non avertente se, fîinia castodiam : neinventa occasione ufatur se. Eccli. 26; i3.

personnes qui viennent dans votre maison, et prenez garde qu'elles ne tiennent aucun propos contraire au respect dû à l'enfance. Veillez sur votre maison et bannissez-en tout tableau , toute image, tout objet qui pourrait faire naître des idées , exciter des désirs , éveiller la curiositéc Yeillez enfin, veillez sur vous-même, et qu'une constante circonspection vous préserve de tout propos , non-seulement licencieux , mais libre ; de toute action, non-seulement mauvaise , mais équivoque. Cette multiplicité , cette continuité de vigilance vous paraît pénible : elle est plus nécessaire encore. Si vous ne tenez pas boucliées , par un soin attentif et continu , toutes les issues à la connaissance du vice , le serpent 3e glissera par l'ouverture que vous aurez négligée. Faute de cette inspection soutenue , combien d'enfants se sont perdus I Combien de pères ne se sont aperçus de leur dérangement , que lorsqu'il était devenu irrémédiable , et n'en ont été avertis que par l'éclat qu'il a fait ? Souvent les parents sont les derniers instruits de l'ignominie de leur maison. Toute la ville en parle , tout le voisinage en rit , leurs enfants et eux-mêmes sont la fable du pays , et ils l'ignorent. Vous dormez , parents malavisés , vous dormez; mais l'ennemi du salut de vos enfants veille toujours. Vous dormez; ignoreriez -vous donc que le sommeil des pasteurs fait la joie des loups ?

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