XXIV. Punitions
Il ne faut pas vous imaginer que vos leçons les plus sages, vos exemples les plus édifiants, votre vigilance la plus exacte , préserveront constamment vos enfants de toute faute. L'homme , à raison de la corruption de sa nature , n'est pas impeccable ; l'enfant , qui y joint la légèreté de son âge , l'est encore moins. Et c'est encore là pour les parents une nouvelle source d'obligations. Avertir, reprendre , corriger, punir, sont des parties essentielles de l'éducation. N'épargnez pas , dit le Sage , la
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correction à l'enfant. Car si vous le frappez de la verge , il ne mourra point. Vous le frapperez de la verge , et vous délivrerez son âme de l'enfer (1). La réprimande et la punition donnent la sagesse. L'enfant abandonné à sa volonté devient la confusion de sa mère (2). Et quelle est dans le monde l'autorité qui puisse se soutenir , si elle ne sait pas se faire respecter et redouter? L'autorité paternelle a , au moins autant que toute autre , besoin de s'appuyer sur ce moyen. L'enfant fait peu de chose par amour , encore moins par devoir : il faut que le motif de la crainte fortifie les autres , et au besoin , les supplée. C'est à la naissance des vices , qu'il faut se hâter de les étouffer. Il est nécessaire de tuer le ver avant qu'il devienne un serpent , de traiter l'incommodité avant qu'elle dégénère en une maladie mortelle. Au premier moment où on découvre un défaut , une réprimande douce , une punition légère , suffisent pour y remédier. Si vous le laissez croître , il deviendra une habitude , que tous vos efforts ne pourront plus détruire. Tous vous désolez et avec raison des défauts que votre fils , déjà grand, porte dans la société. C'est à votre fatale indulgence qu'il les doit. Si vous eussiez puni ses premières désobéissances , vous n'éprouveriez pas son indocilité , son opiniâtreté , sa dureté , son mépris. Si , à ses premiers mensonges , vous l'aviez repris sévèrement , vous ne le verriez pas s'avilir par sa fausseté. Si , les premières fois qu'il maltraita ses compagnons, vous l'aviez fortement corrigé , vous n'entendriez pas retentir les querelles fréquentes que lui attirent ses violences et ses emportements. Si aux premiers jurements qu'il proféra , vous l'aviez réprimé avec vigueur, vous ne seriez pas té-
(i) Noli subtrahere a puero disciplinam : si enim percusseiis enm virga, non morietur. Tu virga perciities eum : et aniraam ejus de inferno liberabis. Prof. 23; i3, 14.
(2) A'irga atque corrcptio tribuit sapientiam ; puer aatem qui dimittitur volantati sna?, confondit inatrem suaiu. rroi>. 29; ï5.
moins de ses blasphèmes et de son impiété. Si , lorsqu'il entra dans des sociétés de libertins , vous l'en aviez rigoureusement séquestré , vous n'auriez pas la douleur d'apprendre ses dissolutions et ses désordres. Vous aimez votre fils , dites- vous , et c'est ce qui vous empêche de le punir. Vous craignez de l'affliger. Vous ne pouvez soutenir le spectacle de ses larmes. Ses cris vous déchirent le cœur. Et c'est précisément , vous dit l'Esprit saint , parce que vous le chérissez, que vous ne devez pas manquer à le punir quand il fait mal (1). C'est le haïr que de lui épargner des corrections nécessaires (2;. Vous l'aimez, je veux le croire, mais vous l'aimez mal : vous l'aimez , non pour lui , mais pour vous ; vous l'aimez même , non pour votre bonheur , mais pour votre satisfaction du moment. Ou plutôt , ce que vous appelez amour n'en est pas véritablement , ce n'est que de la faiblesse. Qu'est-ce qu'une tendresse dont les effets sont plus funestes que ne pourraient être ceux de la haine ? Il aimait aussi ses enfants , mais il les aimait à votre manière , ce grand-prêtre dont l'histoire est rapportée au premier livre des Rois. Héli était un homme juste. Juge du peuple , il avait administré la justice avec équité et intégrité. Prêtre du Seigneur , il avait exercé les fonctions de son sacerdoce avec une édifiante piété. Ce qui le perdit ce fut cette faiblesse pour ses enfants, que vous ressentez pour les vôtres. Et cependant il les avait repris : il leur avait montré le vice de leur conduite , le crime de leurs scandales (3). Il les avait repris, mais trop mollement : il les avait repris , mais il ne les avait pas punis; et c'est là ce qui attira sur eux, et sur lui, les terribles vengeances du Seigneur. C'est ce qui les atti-
(i) Qni diligit fîlinm sutim assidaat illi flagella, Eccli. 3o, i.
(2) Qai pareil virgae odit filium suum. Prov. i3; 24.
(3) Et dixit eis : Quare facitis res hujusceiuodi qDasaudio,respessimas ab omni populo? Nolite, fîlii inei : non eniin est bona fama quani ego audio, ut transgredi faciatis populum Doniini. i Reg. 2 j 23, 24.
rera sur vous et sur vos enfants , si vous les méritez j comme lui , en vous rendant coupables envers Dieu , et envers eux , de la même facilité.