‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 259 sur 281 · XXVIII. Devoir des mèies d'allaitei- leurs enfants · texte numérisé non relu

XXVIII. Devoir des mèies d'allaitei- leurs enfants

Dans les premiers temps qui suivent immédiatement sa naissance, Tenfant n'étant pas encore susceptible de l'éducation morale, tous les soins de ses parents sont dirigés vers l'éducation physique. Ce n'est pas encore de perfectionner son âme, c'est de faire croître son corps , qu'il faut s'occuper. Cette partie de devoirs paternels est étrangère à nos instructions. Il en est cependant que la religion recommande et sur lequel notre ministère ne peut pas rester en silence. Mères chrétiennes, quand le sage et bienfaisant auteur de la nature place dans votre sein, au moment de la naissance de vos enfants, la nourriture la plus salutaire, la plus particulièrement adaptée à leur tempérament, est-ce pour que vous les en frustriez ? Les bètes farouches, dit le prophète, ont découvert leurs mamelles , et allaité leurs petits : la fille de mon peuple est cruelle comme l'autruche du désert (1). Par quels moyens plus puissants la Providence auraitelle donc pu exciter les mères à donner leur propre lait au fruit de leurs entrailles? Un amour plus précoce et plus tendre de la part de leurs enfants, pour elles-mêmes une santé plus soutenu et plus robuste, ne sont-ce pas là des motifs assez forts pour les déterminer? La mère

(i) Sed et lamiae nudaverunt uiamniani, laclaverunt caiulos snos. Filia populi mei crudelis quasi strulliio in deserto. Thr. 4; 3.

IL Cotisid. sur !a Mer. Chrtt. 20

de saint Louis, la vertueuse Blanche, sur le trône, ne croyait pas pouvoir se dispenser de ce devoir , et nous voyons continuellement des mères prétendre s'en affranchir sous le prétexte de leur condition. Oui sous le prétexte , car ce n'est pas là la véritable raison. Le devoir d'allaiter ses enfants en entraîne d'autres : l'assiduité à la maison , un régime tempérant , la privation des plaisirs turbulents , la séquestration des fêtes , des assemblées prolongées dans la nuit. Yoilà dans la réalité , voilà les motifs qui presque toujours , dérobent aux enfants le lait maternel : c'est l'amour du plaisir, qui plus fort que la tendresse, bannit ces malheureux enfants de leur maison, au moment où ils y entrent ; les rejette dans des bras étrangers , les abandonne à des soins mercenaires. On croit avoir satisfait à la nature, obéi à la religion, en les faisant venir auprès de soi de temps en temps, ou en allant de loin en loin les visiter. On se persuade qu'on les aime, parce qu'au milieu des dissipations, des divertissements, on ne les oublie pas absolument, on ne les délaisse pas entièrement. Il est cependant nécessaire d'observer qu'il se trouve des mères à qui le moyen de remplir cette obligation est refusé, et qui ne portent pas dans leur sein la nourriture qu'y cherchent leurs enfants. Que ce soit une faiblesse de tempérament, que ce soit l'effet de la vie qu'elles mènent, il est évident que celles-là doivent se faire remplacer. Mais d'abord elles doivent apporter à ce choix la plus grande attention. Les erreurs dans ce genre sont si communes et si funestes, qu'on ne peut prendre trop de précautions pour n'être pas trompé. Elles doivent ensuite tenir leurs enfants le plus près d'elles qu'il est possible, et par une attention soutenue surveiller constamment , et l'enfant , et celle qui lui donne son lait.

XXIX. L'éilucatioii chrétienne doit commencer avec la raison.

Dans les premiers moments où vous apercevrez dans votre enfant quelques lueurs de raison, vous devez commencer son éducation chrétienne. Je dirais volontiers que cette éducation doit même prévenir sa raison. Que ses premiers regards soient frappés d'actes de piété, que les premières paroles discernées par ses oreilles, soient des discours d'édification ; afin que ses premières pensées soient tournées vers celui qui, dans tout le cours de sa vie, doit être l'objet principal de ses pensées. En attendant que vous puissiez lui donner des leçons de religion , montrezlui-en des exemples. Qu'il voie qu'il y a un Dieu avant même que vous le lui disiez. Mettez de bonne heure dans sa bouche les doux noms de Jésus et de Marie. Quand il vous appellera son père, apprenez-lui qu'il a dans les cieux un autre père bien plus puissant et bien meilleur. Quand il vous nommera sa mère, dites-lui, d'après Jésus-Christ , en lui montrant l'image de Marie : Mon fils, voilà votre mère. Aussitôt que sa mémoire sera en état de la retenir, apprenez-lui la prière sacrée qui nous vient du divin Sauveur. Accoutumez-le de bonne heure à adresser à Dieu son hommage du matin et du soir. Dieu aime à être loué par la bouche des enfants (1). Souvent, les rassemblant tous autour de vous, dites-leur avec David : Venez, mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur (2). Mais, comme nous vous l'avons déjà recommandé, proportionnez toujours vos instructions et leurs exercices de piété à leur âge et à la portée de leur raison. Trop longs ils les ennuieraient ; trop multipliés ils les rebuteraient. En leur donnant la connaissauce de la religion, inspirez-leur-en le goût. A leurs jeux enfantins mêlez sans affectation, quelquefois des

I Ex ore infantium et laclenlium perfecisti laudem. Ps. 8; 3 (2) Venite, filii, audite me : timorem Domini docebo vos. Ps. 33

maximes salutaires, plus souvent des traits d'histoire qui, sans avoir l'air de la morale, en donnent l'idée, sans la montrer, la font recevoir, en l'enveloppant, la font goûter ; qui joignent l'intérêt à Tinstruction, le modèle au précepte, l'encouragement à l'exhortation. Dirigez vers Dieu les premiers pas de leur raison. Que celui qui est enfant vienne à moi, dit l'Esprit saint par la bouche du Sage (1). Et Jésus-Christ vous répète ce qu'il disait à ses disciples ; Laissez venir à moi les enfants, car le royaume des cieux leur appartient (2).

C'est donc un devoir sacré d'élever religieusement les enfants dès leurs plus tendres années ; et quand il ne serait pas impérieusement prescrit, il serait imposé par la nature même de la chose. La morale et la reUgion ayant entre elles une connexion essentielle, pour inculquer la morale il faut inspirer la religion.

Et d'abord les principes religieux d'éducation sont utiles à Féducation même. Ils aplanissent les obstacles de cette œuvre qui présente tant de difficultés. Vous désirez rendre vos enfants francs et sincères, afin que, connaissant leurs dispositions, vous puissiez plus sûrement les diriger. Persuadez-leur c|ue leurs paroles, et jusqu'à leurs pensées sont connues du juge suprême de la vérité et de la fausseté. Vous les voulez dociles à vos leçons. Vous leur donnez un puissant motif de le devenir en leur montrant que vos leçons, que l'autorité même , en vertu de laquelle vous les donnez, émanent d'un être infini en perfections et en puissance. Vous souhaitez de vous les attacher par la reconnaissance, afin qu'ils se portent d'eux-mêmes, et par amour, à l'obéissance. Inspirez-leur ce sentiment peur celui à qui ils le doivent primitivement et principalement, pour le père qu'ils ont dans les cieux, pour leur créateur^ pour leur continuel bienfaiteur. L'instruction religieuse, qui doit

(i) Si quis est parvulus, ad nie veniat. Sap. 9; 7. (2) Sinite paivulos, et nolite eos prohibere ad me venire ; taliaiu est enim regnum cœloram. Matth. 19; 14.

être l'objet principal de l'éducation , en est aussi le moyen le plus puissant. Si les leçons paternelles font pratiquer la religion, la religion à son tour fait pratiquer les leçons paternelles.

Ce n'est pas seulement au temps de l'éducation que servent les maximes religieuses. Leur influence salutaire s'étend sur toute la durée de la vie. Elles présentent les motifs les plus puissants, donnent les intérêts les plus grands, inspirent les désirs les plus vifs, fournissent les moyens les plus efficaces de pratiquer la vertu. La loi divine, pour porter les hommes au bien, réunit tous les genres d'universalité. L'universalité des personnes ; l'esprit le plus simple, le plus grossier, la connaît aussi pleinement, sent aussi vivement l'obligation de s'y conformer, que le génie le plus profond. L'universalité des actions; quelle est la vertu qu'elle ne prescrive pas, la perfection qu'elle ne conseille pas ? quel est le vice qu'elle ne proscrive pas, le crime qu'elle ne punisse pas ? L'universalité des circonstances ; elle suit l'homme dans toutes les vicissitudes de sa vie, commande à toutes ses actions publiques ou secrètes, pénètre jusqu'à sa pensée, et, non contente de réprimer le péché, en interdit la volonté, ert étouffe le désir, en bannit l'idée. Parents qui souhaitez que vos enfants soient honnêtes ( et quel est celui qui ne le souhaite pas ), rendez-les pieux, fondez dès les premiers moments l'édifice de leurs vertus sociales sur la rehgion. C'est la base la plus solide, c'est la seule qui le soit véritablement, généralement, constamment. L'asseoir sur d'autres principes, c'est établir le bâtiment sur le sable. Les filtrations des séductions le mineront, les vents des passions le renverseront, les torrents des exemples l'entraîneront (1).

(i) jîldifîcavit doraumsuain supra arenam : et descendit plavia, et vénérant flumina, et flavcrunt venti, et irriierunt in doraam illam : et cecidit : et fuit ruina illius magna. Matth. 7; 26, 27.

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XXX. L'incrédulité recule jusqu'à l'adolescence l'éducation relisieuse.

Nous avons entendu, dans ce siècle déplorable, une doctrine bien contraire à ces saintes et salutaires maximes. L'incrédulité , dont toutes les pensées sont diamétralement opposées aux lumières de la raison, comme aux principes de la religion , demande à haute voix qu'on s'abstienne de parler de Dieu aux enfants dans leurs premières années. Elle crie, elle écrit, elle publie de tous côtés cette funeste morale, que l'éducation religieuse doit être renvoyée à l'adolescence ; c'est-à-dire au temps où le jeune homme , sortant des mains de ses maîtres , entre dans le monde.

XXXT. Réfutation de ce système.

Incrédules , je comprends facilement l'intérêt qui vous inspire ce langage. Semblables à ces insectes dévastateurs des jardins , qui détruisent les plantes , en coupant sous terre leurs racines , pour exécuter plus sûrement votre affreux projet d'anéantir la religion, vous attachez à sa racine vos dents meurtrières. Pour dessécher , dans tous les cœurs, la piété qui met obstacle à vos funestes leçons, vous cherchez à en tarir la source. Vous voulez que nous livrions à vous , à votre enseignement séducteur , à vos exemples plus séducteurs encore , à vos passions , et aux siennes propres , une jeunesse dépourvue de principes qui la préservent ; vide de connaissances qui l'éclairent; dénuée de raisonnements qui la défendent ; libre de frein qui la retienne. Tous la trouverez alors, je le sens , bien plus susceptible de vos insinuations ; bien plus complaisante pour vos scandales ; bien plus docile à vos exhortations; bien plus obéissante à vos commandements ; en un mot , à tous égards , bien plus facile à cor-

rompre. Vous voulez ravir à sou enfance la connaissance de la religion , a6n qu'elle ne l'acquière jamais : et votre vrai motif, pour empêcher qu'on l'entretienne de Dieu dans son bas âge, est de faire en sorte qu'elle n'en entende parler dans aucun âge. Et rejetant l'éducation religieuse à ce temps de la vie si délicat , où l'on entre dans un état , vous privez d'abord de toute éducation religieuse la classe infiniment la plus nombreuse du genre humain , la classe entière de ceux que le besoin de leur subsistance assujettit à un travail assidu. Quel temps , au milieu de leurs occupations continuelles et forcées , assignerez-vous à l'instruction des vérités saintes ? Et ceux mêmes que leur condition met au-dessus de ces besoins , est-ce pour leur donner la connaissance , pour leur inspirer l'amour de leurs devoirs envers Dieu , que vous les attendez à leur entrée dans le monde? Dans le monde, qui est-ce qui parle de Dieu? Et, si quelqu'un essayait de leur en parler, voudraient-ils l'entendre ? Entre le langage sévère de la religion , tout nouveau pour eux , et les maximes séduisantes du monde ; entre le bien lointain du ciel, dont ils n'auront aucune idée, et les plaisirs de la terre , qui leur seront actuellement présentés ; entre les privations qu'impose la loi divine , dont ils n'auront ni l'habitude, ni même la connaissance, et les jouissances multipliées qui les rechercheront, de quel côté se détermineront ils? Et qui est-ce encore qui aura à faire ce choix? L'âge des passions; des passions d'autant plus ardentes, qu'elles commencent à fermenter ; des passions qu'exaltera l'exemple universel; des passions que semblent autoriser les principes communément reçus. Pouvez-vous imaginer que des raisonnements métaphysiques, sur les inconvénients du vice, auront la force de les arrêter sur le penchant de ce précipice , où ils^seront si fortement et si rapidement entraînés? Ah I si les enfants que nous avons élevés avec soin dans les principes de la religion , que nous avons prémunis par de solides instructions, que nous avons pénétrés delà crainte de Dieu, éprouvent tant de peine à résister aux

tentations de toute espèce que l'âge leur apporte , et que le monde leur présente, que sera-ce , grand Dieu I de ceux qui arrivent à cet âge critique , sans être munis de principes sacrés ? l'Esprit saint nous le déclare : les vices de leur adolescence pénétreront jusqu'à la moelle de leurs os, et les suivront jusque dans la poussière du tombeau (1).

Pour justifier votre dangereux système , vous alléguez que l'enfant, à qui l'on parlera de Dieu, s'en formera des idées imparfaites , même des notions fausses; qu'au lieu de le rendre chrétien , on le rendra anthropomorphite. Imaginez-vous donc qu'en l'élevant chrétiennement, votre intention soit d'en faire un théologien ? D'après ce beau raisonnement, vous défendrez donc aussi de donner jamais au peuple aucune instruction religieuse. Vous exigerez qu'on le laisse vivre et mourir sans lui 'avoir présenté l'idée de la divinité. Tous voulez que l'oii rende les nations athées , afin qu'elles ne soient pas anthropomorphites. Telle est l'habitude qu'a notre imagination des choses corporelles , que la première idée qui se présente à l'esprit de tout homme , même des philosophes , quand on parle de Dieu , des anges , de l'âme , est une représentation corporelle. La raison , dans les hommes éclairés , désavoue aussitôt cette illusien de l'imagination. Mais elle reste , et il est difficile de la dissiper , dans ceux qui ne sont pas en état de philosopher. Ni l'homme du commun, ni l'enfant, ne sont capables de s'élever aux principes de la spiritualité, de l'éternité , de l'immensité, de l'immutabilité^ de l'infinité , de tous les attributs divins. Et qu'importe qu'il ait quelques idées inexactes sur cette incompréhensible nature , celui qui n'est pas capable d'en concevoir de plus pures? L'essentiel est de connaître Dieu par celles de ses pro-

(i) Ossa ejus replebuntur vitiis adolescentice suae, et cani eo in pulvere doimient. Job. 20; 11.

priétés qui ont rapport avec nous, et qui excitent nos sentiments envers lui; de révérer sa toute-puissance , d'honorer sa sainteté , d'adorer sa sagesse , de bénir sa providence, de redouter sa justice, de chérir sa bonté. Ces idées simples, une notion générale des principaux mystères , la connaissance des principes de la morale , sont-elles donc au-dessus de la portée de l'enfant? Ce. qui la surpasse , il sera temps quand sa raison sera mûrie , de le lui expliquer. Il sera temps de rectifier ses idées , quand il sera devenu capable d'en former de plus justes.

Ne nous dites donc pas non plus que l'enfance incapable de réflexion , n'est pas propre à recevoir les instructions religieuses. Et moi je vous dis au contraire , fondé , non-seulement sur la religion , mais sur la raison et l'expérience , que l'enfance est le temps le plus favorable pour faire connaître , adopter, chérir, pratiquer les saintes règles. Interrogez les maîtres que l'usage d'élever la jeunesse a instruits dans cet art si difficile. Il n'en est pas un qui ne vous réponde que l'âge tendre est celui où les leçons de la foi et de la morale se gravent le plus profondément dans la mémoire; où les vérités chrétiennes frappent le plus vivement l'esprit ; où les tendres mouvements de la piété remuent le plus puissamment le cœur. Les premiers éléments du christianisme exigent-ils donc des réflexions si profondes ? Et en supposant même que les enfants n'en soient pas capables , ne sont-ils pas au moins susceptibles d'impression ? C'est sur la cire molle que s'imprime plus facilement l'image de Dieu : il faut le tranchant du ciseau, des efforts, et du temps , pour le graver dans la pierre. C'est quand vous n'avez encore, ni préjugés à dissiper, ni passions à réprimer, ni habitudes à réformer, que vous façonnerez l'âme plus aisément, et que vous la formerez aux saints devoirs. Voyez le jardinier prudent prendre le temps où son arbre encore jeune a conservé sa droiture primitive, pour l'assujettir à un soutien qui l'empêche de devenir tortueux. Le potier attend-il, pour fiçonner sa terre , II- 20*

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qu'elle se soit endurcie? Si vous laissez votre fils s'endurcir dans l'ignorance , l'Esprit saint vous prédit que vous ne serez plus à temps pour le courber sous le joug de la loi ; qu'il n'ajoutera pas foi à vos enseignements tardifs; et qu'il deviendra, pour votre âme, le sujet d'une amère douleur (1). En vain, père aveugle, qui vous laissez séduire par les systèmes de la fausse philosophie moderne , en vain espérerez-vous ramener voire fils, agité de l'effervescence de la jeunesse , aux principes religieux que vous lui aurez laissé ignorer dans l'enfance. En vain , pour le retirer des désordres auxquels il s'abandonne avec emportement, lui présenterez-vous l'idée d'un Dieu qu'il ne connaît pas; ses préceptes que vous ne lui enseignâtes jamais ; ses promesses dont vous ne lui lites jamais sentir l'avantage; ses menaces que vous ne lui avez point appris à redouter.

L'inutilité de l'éducation religieuse (c'est encore ici une objection des ennemis de la religion) est démontrée par l'expérience. Combien d'hommes élevés chrétiennement se sont ensuite livrés au vice, se sont même chargés de crimes? Tout ce qui résulte de ce fait malheureusement trop véritable , c'est que l'éducation religieuse n'est pas un moyen infaillible pour porter les hommes à la vertu. En conclure que ce n'est pas un moyen trèsutile , très-puissant , est raisonner inconséquemment. On fait un grand étalage de ceux qui en ont été préservés ? De deux enfants élevés , l'un dans les principes religieux, l'autre sans idée de religion , lequel dans le cours de sa vie aura plus de motifs et de moyens d'être vertueux ? L'incrédule oserait-il soutenir que ce sera celui qui aura été formé d'après son système ? On voit des jeunes gens élevés chrétiennement se pervertir. En connaît-on qui ,

(t) Carva cervicem ejus in juventute, et tunde latera ejus, dam infans est : ne forte induret, et non ciedat tibi : et erit tibi dolor animae. Eccli. 3o; 12.

ayant été élevés sans religion, se convertissent ? Eh adoptant ce raisonnement des incrédules , il faudra donc aussi prétendre qu'on ne doit donner à l'enfant aucun principe de morale. Quels sont les hommes devenus fourbes, ingrats, voleurs, assassins, à qui on avait pas enseigné dans leur enfance , la sincérité , la reconnaissance , la justice , l'humanité? Ne croyons pas même que les principes religieux soient toujours inutiles à ceux qui s'en sont écartés. Les vérités saintes profondément gravées dans l'âme ne s'y effacent pas entièrement. Les conversions constantes dont nous sommes souvent témoins, le retour aux bonnes mœurs, à l'honnêteté , à la veitu , sont encore des bienfaits de l'éducation chrétienne. Les semences de foi et de piété , placées de bonne heure dans le cœur , y ont jeté de profondes racines , qui n'ont pu en être arrachées. Les vents des passions ont secoué l'arbre , en ont abattu les fruits , en ont brisé quelc[ues branches. Mais le tronc dépouillé subsiste ferme sur ses racines, et en reçoit encore des sucs nourriciers , qui lui font pousser de nouveaux rameaux , et reproduire des fruits abondants.

Si on donne à l'enfant ( disent encore les incrédules ) des idées de rehgion , il lui sera impossible ^ par la suite de sa vie , d'examiner si elles sont vraies ou fausses j d'abord par l'habitude de les croire ; ensuite à cause de la frayeur qu'inspire la pensée de l'Etre suprême ; enfin , à raison du danger de contredire la religion dominante. Ainsi il restera chrétien, juif, mahométan , idolâtre , selon les premières impressions qu'il aura reçues. Il retiendra jusqu'à la mort les superstitions les plus ridicules, dont on l'aura imbu. Et ce sont les incrédules qui tiennent ce langage , les incrédules qui se vantent d'avoir secoué les préjugés de l'éducation. Qu'ils s'accordent donc avec eux - mêmes : qu'ils concihent leur assertion avec leur prétention ; qu'ils ne disent plus qu'il est impossible de surmonter des préventions, dont ils se glorifient d'avoir triomphé. Cette difficulté, qui dans eux est une contradiction, est en soi une absurdité démentie par

l'expéiience. Les vains préjugés, les fausses notions, les superstitions ridicules que des gouvernances ineptes mettent quelquefois dans la tète des enfants , sont l'écume de l'éducation , que la raison rejette quand elle s'est formée. L'examen de l'âge mùr , l'usage du monde , la communication avec les hommes éclairés , dissipent toutes ces futilités. 11 est vrai que les préjugés religieux ont plus de consistance que les autres. Mais s'ils étaient invincibles , le christianisme se serait-il établi? Terrionsnous tous les jours des hommes abjurer leurs erreurs ? L'examen de la religion a fondé la vraie religion , malgré la frayeur des faux dieux , malgré la terreur et la persécution des souverains. Que prétend établir l'incrédulité par ce raisonnement? Imagine-t-elle que , en élevant les hommes sans religion, ils seront plus capables de se former par leurs seules réflexions une religion pure? Le genre humain n'est composé ni de philosophes , ni d'hommes sans passions. Croit-elle que les nations seraient plus vertueuses , n'ayant aucune idée de Dieu , qu'en ayant de fausses notions ? Quelque mauvaise que soit une religion , elle enseigne au moins quelques principes moraux : l'athéisme n'en présente aucun.

En même temps qu'elle déclare irréformables les préjugés de l'éducation , l'incrédulité , à qui les contradictions ne coûtent rien, élève une autre difficulté diamétralement opposée. Si vous entretenez l'enfance, dit-elle, de Dieu et de la religion, l'âge raisonnable rejettera tout ce que vous lui en aurez enseigné , et traitera toutes vos leçons comme les fables qui y auront été jointes. Et pourquoi donc l'âge raisonnable traitera-t-il de fables ce qui ne l'est pas ? Dès qu'on le nomme raisonnable , on le suppose capable de discerner les vérités des vains contes. Ceux qui font cette gratuite et ridicule supposition , voient-ils des hommes jouissant de leur raison reléguer au rang des fables , les éléments des sciences , les faits de l'histoire , les principes de vertu naturelle , dont on a instruit leurs jeunes années ?

C'est donc une vérité certaine , et que tous les sophis-

nies de l'impiété ne peuvent ébranler, qu'il est nonseulement important, mais nécessaire , que l'éducation morale soit en même temps religieuse , et dès lors il est aisé de sentir l'avantage dont il est qu'elle commence avec la raison , et que les principes religieux, s'unissent , s'amalgament , s'identifient avec les premières idées. Ces précieuses semences déposées dans les esprits encore tendres , dans cette terre vierge qui n'est encore encombrée d'aucune autre production, y germeront plus promptement , s'y enracineront plus profondément , y pousseront des rameaux plus fortement , y produiront des fruits plus abondamment.

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