XXXV. Surveillance continuée après l'entrée dans le monde
C'est une erreur bien dangereuse , mais bien commune , de regarder comme finie l'éducation d'un jeune homme , lorsqu'au sortir de ses premières études il commence à se produire dans le monde. Parents, qui aimez sincèrement et chrétiennement vos enfants , vous dûtes commencer leur éducation le plus tôt possible : vous devez la prolonger aussi longtemps que vous pourrez. Estce au moment où les passions commencent à fermenter , qu'il faut ne plus s'opposer à leurs ravages ? Est-ce à l'âge où la communication des mauvais exemples est devenue plus contagieuse , qu'il convient d'y abandonner? Est-ce quand des ennemis de toute espèce , au dedans pressent votre fils , au dehors l'environnent et l'assiègent , que vous devez le laisser sans secours exposé à leurs attaques ? Trouveriez-vous bon que le berger de votre troupeau , après avoir élevé les agneaux , ne s'occupât plus de soigner et de défendre les moutons? Non ^ elle n'est pas finie l'éducation , parce que les premières études le sont. C'est au contraire alors qu'elle devient plus importante et plus dijÊficile : plus importante, à raison des nouveaux dangers qui surviennent ; plus difficile , par la diminution de l'autorité. Il ne suffit plus de commander: il faut persuader. Il est nécessaire de regagner par la confiance ce qu'on a perdu du côté du pouvoir. Il faut remplacer la sévérité du commandement par la douceur de l'influence : et redoubler de surveillance , quand l'autorité diminue. L'Esprit saint vous le recommande. Ne laissez pas à la jeunesse de votre fils une liberté absolue: craignez jusqu'à ses idées (1). Empêchez le vice d'entrer,
(i) Ne des illi potestatem in jnventnte : et ne despicias cogiiatas ias. EccU. 3o; 1 1 .
même dans sa pensée. Pour conserver son innocence , prolongez le plus longtemps que vous pourrez , cette heureuse ignorance du mal , dans laquelle vous avez eu jusqu'ici le bonheur de l'entretenir. Ecartez de lui , avec un soin attentif et continu , toutes les occasions qui pourraient devenir nuisibles à sa pureté. Le remède le plus efficace , le seul assuré contre les tentations , et vous devez le savoir par votre propre expérience , est de s'en éloigner. Que servirait de recommander à vos enfants le bien , si vous leur laissez la facilité du mal ? Pour tenir dans le régime prescrit un convalescent affamé , on ne lui permet pas d'approcher d'une table abondante. Vous n'abattez pas la clôture de votre jardin , en recommandant qu'on n'en dérobe rien. Veillez surtout sur les sociétés des jeunes gens. Les liaisons perverses sont le principe le plus naturel et le plus commun de corruption. C'est par la communication que se gagne la peste. Crédule , confiante , facile , la jeunesse reçoit aisément les impressions de ce qui l'entoure : elle se laisse entraîner au courant dans lequel elle se trouve. Dans des sociétés vertueuses vos enfants ambitionneront l'honneur de les imiter. Les leçons qu'ils y recevront formeront leurs principes. Ils y trouveront des guides qui les dirigeront, ils y contempleront des modèles qui les encourageront. Mais, hélas I les mauvais conseils, les mauvais exemples, ont plus de force pour entraîner au mal , que les bons pour porter au bien. Un seul ami , un seul camarade peut détruire en un moment l'ouvrage de tant d'années. Pour détourner ce malheur , un point de la plus haute importance est de rendre à vos enfants votre maison agréable. Ils n'iront point chercher ailleurs le bonheur quand ils le trouveront au sein de leur famille ; procurez-leur des divertissements honnêtes , vous préviendrez par-là , dans eux , la tentation d'en désirer d'autres.