III. Criminelle aiaxime : il faut que jeunesse se passe
Elle s'est renouvelée bien vivement, et a été répétée plus fréquemment que jamais dans notre siècle dépravé, l'absurde, la déplorable maxime qu'avaient déjà entendue les siècles précédents, et dont nos pères avaient gémi, qu'il faut que jeunesse se passe: c'est-à-dire qu'il faut laisser la jeunesse s'écouler dans les dissipations, dans les plaisirs, dans les dissolutions : et à la faveur de cette maxime, aussi insensée dans son principe que funeste dans ses effets, il n'y a ni violation de précepte qu'on ne tolère, ni excès qu'on ne permette, n'y débauche qu'on n'autorise. Comment, dans un monde qui n'a pas perdu toute idée de christianisme, a pu s'introduire l'idée si outrageante pour Dieu qu'il est un temps pour les passions, et un temps pour la piété ; un temps pour le monde, et un temps pour le salut ; un temps pour le démon, et un temps pour Dieu ? On regarde la jeunesse comme une fièvre dans l'ardeur de ses accès : et on ne veut pas y apporter de remèdes. On se la représente comme un torrent dans la violence de ses débordements : et on néglige d'y opposer une digue. Mais ne nous faisons pas illusion. Dieu ne prend point pour règle de ses jugements les caprices d'un monde qui favorise les désordres de la jeunesse, afin d'autoriser les siens. L'Evangile, voilà la loi de tous les âges.
N'imaginez pas cependant, jeunes gens, objet de notre zèle le plus tendre, qu'en vous formant à la piété, nous voulions vous élever pour les cloîtres, et qu'en travaillant à vous rendre pieux nous prétendions faire de vous des solitaires. Cet état, le plus parfait en lui-même, cesse de l'être , devient même pernicieux pour ceux qu'une vocation supérieure n'y destine pas : et ces voca tiens sont accordées à peu de personnes. C'est à vous
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rendre de bons citoyens de la terre que nous aspirons : et le moyen certain de le devenir est de vous rendre dignes d'être un jour les citoyens du ciel. La piété qui est utile à tout, et qui aux espérances de la vie future joint les vrais biens de la vie présente (1) ; la piété est le principe le plus fécond, le mobile le plus actif , le garant le plus assuré, le soutien le plus solide de toutes les vertus sociales.
Ne croyez pas non plus que, en vous rappelant aux préceptes sévères de la religion, notre intention soit de vous interdire tous les plaisirs. Nous le savons ; l'esprit de l'homme est un arc qui ne peut pas être toujours tendu, et sans cesse élever ses traits vers le ciel : il a besoin de relâche ; une honnête distraction lui est souvent nécessaire. Votre âge surtout l'exige plus impérieusement et plus fréquemment. Votre esprit d'une part plus léger, ne pourrait pas être fixé dans une longue application ; de l'autre part plus faible, serait incapable d'une forte contention. Vos organes mêmes , délicats et non encore formés, demandent de temps en temps une dissipation qui les développe. Une gaieté ingénue, telle qu'il convient à votre âge, est très-compatible avec la piété. Des divertissements innocents, loin de vous détourner de vos devoirs peuvent vous rendre plus propres à les bien remphr. Ce que le grand apôtre nous ordonne de vous recommander est , non pas de renoncer à tout amusement, mais d'en jouir avec sobriété (2). Ce que, d'après lui nous condamnons dans vous, n'est pas l'usage modéré des plairs : c'est l'abandon aux plaisirs. Ce ne sont pas les plaisirs de la vie : c'est la vie de plaisir. Ce ne sont pas les plaisirs innocents de la société : ce sont les plaisirs criminels du monde, les plaisirs continuels qui font
(i) Pietas ad omnia utiliiest, promissioneiu habens vitae quae nuni est, et fatarae. i Timoch. 4; 8.
(2) Juvenes simililer exhortare ut sobrii sint. Tit. 1; 6.
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oublier Dieu, les plaisirs coupables qui éloignent de lui, dans lesquels s'écoulent les plus belles années de la plupart des hommes ; et que les maximes perverses du monde prétendent justifier, ou au moins excuser.
Ne sommes- nous donc pas dans tous les temps les créatures de Dieu? Tout ce que nous possédons, tout ce que nous sommes, u^est-ce pas toujours de lui que nous le tenons ? Y a-t-il à cet égard quelque ditTérence entre le commencement et la fin de notre carrière ? D'après quelle loi, selon quel principe, les crimes de la jeunesse ne seraient-ils pas encore des crimes ? Notre vie entière n'est pas trop pour un Dieu, à qui nous la devons toute entière. Chacun de nos jours est un don de sa munificence, chacun de nos moments est marqué par quelqu'un de ses bienfaits. Il est le Dieu de nos premières années , comme de nos derniers jours. Nous lui promîmes à notre baptême de lui consacrer les unes et les autres, et ce serait dans le temps le plus voisin de cet engagement sacré, presqu'immédiatement après l'avoir contracté, que nous nous croirions moins criminels d'y manquer I