‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 266 sur 281 · IV. Dieu venî être servi par la jeunesse · texte numérisé non relu

IV. Dieu venî être servi par la jeunesse

Non, Dieu ne vous a pas accordé ces belles et florissantes années de la jeunesse, pour que vous les consumiez dans le désordre, et que vous alliez courir en insensé de débauches en débauches. Il en réclame spécialement l'hommage. Enfants, louez le Seigneur, vous dit-il par son prophète (1). S'il est parmi vous des petits, qu'ils viennent à moi, vous répète-t-il par l'organe du Sage (2). Il ne rejette pas sans doute ceux qui reviennent à lui dans l'hiver de leurs ans. Mais ils lui sont bien plus

(i) Laadate pneri Dominum , laudate nomen Domini. Ps. 1x2; i, (a) Si quis est parvulus, veniat ad me. Prov. 9 ; 14.

DJES JEUNES GENS. 495

agréables ceux qui le suivent depuis le printemps de leur vie. Les vœux que lui offrent ces cœurs encore purs, sont ceux qui lui plaisent le plus. L'odeur qui s'élève vers lui, de cette fleur delà première innocence, estTencens le plus précieux qu'on puisse lui offrir. Jésus-Christ s'en est expliqué positivement. Ses disciples voulaient repousser des enfants qui lui étaient présentés pour participer à ses bénédictions. Et c'est ce que nous voyons encore trop souvent dans le monde. Combien d'hommes, de parents même, éloignent de Jésus-Christ la jeunesse, par leurs maximes irréligieuses , par leurs criminels exemples I Mais le divin Sauveur donne, dans cette occasion, une importante leçon, qui doit retentir dans tous les siècles. Laissez ces enfants venir à moi, et gardezvous de les en empêcher, car c'est à eux qu'appartient le royaume des cieux (1). Ecoutez, jeunes gens, cette grande instruction. Appelés par le divin Maître à venir auprès de lui, répondez par votre empressement à une si douce invitation. Encore aptes à partager le royaume des cieux, craignez de vous en rendre indignes. Prenez dès vos jeunes années la sainte, l'utile, la nécessaire habitude de la crainte de Dieu, de son amour de son service. Abandonnez les frivoles idées qui occupèrent votre première enfance. Fuyez surtout les dangereux désirs qui agitent, qui troublent, qui tourmentent votre jeunesse. Marchez sur les pas du Dieu qui vous y appelle, dans les voies de la prudence chrétienne. Attachez- vous aux vertus qui s'y pratiquent, à la foi, à la justice, à la charité (2).

(i) Tune oblati sont ei parvnli , ut manus eis im^oneret, et oraret. Discipuli autein increpabant eos. Jésus vero ait eis: Sinite parvulo? , et nolite eos prohibere ad me venire : talium est enim regnam cceloruni. Matth. 19; i3, 14,

(a) Relinquite infantiam et viviie, et ambalate per vias prndentiae. Prov. 9 ; 6.

Jnrenilia autem desideria fuge : sectare vero justitiam , fidem , charilatem. a Tirnoth. 2; aa.

Mais malheureusement ce n'est pas ainsi que se conduisent la plupart des hommes. Pai une intervention de principes aussi coupable qu'elle est déraisonnable , on raisonne sur l'affaire de son salut tout au contraire que sur les autres. Et je parle ici des prudents du siècle ; de cette sagesse que le monde estime, mais qui, devant Dieu , et par conséquent dans la réalité , est folie et extravagance (1). Dans les premières années on se consume de soins et de travaux , pour assurer le repos des der nières. On amasse dans la jeunesse pour jouir dans l'âge avancé. Mais, dans l'ordre religieux et moral , c'est tout le contraire. La jeunesse commence par se livrer aux douceurs et aux jouissances ; et laisse à la vieillesse le poids énorme des péchés qu'elle a amassés , à supporter. Elle dissipe son trésor de grâces , et charge ses derniers jours de dettes immenses , qu'elle ne pourra que difficilement acquitter. Va, jeune homme , dit l'Ecclésiaste , va te réjouir dans ton adolescence. Accorde à ton cœur tous les plaisirs qu'il désirera; toutes les jouissances que tes yeux lui présenteront. Mais sache que pour tout cela Dieu t'appellera en jugement. Ote donc de ton cœur les passions qui le tyrannisent : délivre ta chair des séductions qui la corrompent. Car la jeunesse et la volupté ne sont que vanité (2;. Le même sage observe, et décrit un jeune homme entraîné par les perfides séductions d'une corruptrice , et suivant aveuglément le dangereux objet qui l'attire. Le malheureux , dit-il , igncre qu'il est comme le bœuf qu'on conduit au sacrifice, ou comme Tagneau bondissant que l'on traîne pour le garrotter (3).

(i) Sapientia hujus raandi stultitia est apud Deara. i Cor. 3; 19.

(2) Laetare ergo juvenis in adolescentia taa , et in bono sit cor tuuni in diebos juventutis tnae, et ambula in viis cordis tui, et in intaitu oculorum tuorura. Et scito quod pro omnibus bis adducet te Dens in judiciuin. Auferiram a corde tno : et amove nialitiara a carne ma. Adolescentia enim et voluptas vana sont. Eccl. 11; 9, 10.

(3) Considero vecordem juvenem , qui transit per plateam juxta angulum, et prope viamdoraus illius graditur in obscuio, advesperas-

Car la justice divine n'attend pas toujours son dernier jugement pour commencer à punir les désordres de la jeunesse. Combien d'hommes , désolés des maux que leur ont attirés et des privations auxquelles les ont livrés les dissolutions de leurs jeunes années , pourraient dire au Seigneur , comme Job et avec bien plus de raison : Vous écrivez contre moi un jugement amer , et vous voulez me consumer des péchés de mon adolescence (1)1 Celui-ci regrette sa fortune dissipée dans de frivoles plaisirs , et déplore la pauvreté à laquelle il s'est volontairement dévoué. Celui-là gémit d'une santé délabrée et des infirmités qu'il s'est données par son libertinage. Cet autre souffre dans l'inquiétude continuelle des querelles qu'ail s'est attirées , des inimitiés qu'il s'est suscitées. Cet autre encore languit dans l'avilissement où il s'est plongé, dans le mépris des hommes honnêtes qu'il a éloignés de lui; et comme dit un piophète , traîne dans la honte l'opprobre dont il s'est chargé dans ses jeunes années (2). Leurs propres fautes sont devenues leur premier châtiment.

Page 1