‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 267 sur 281 · V. Ne pas remettre à an antre âge le service de Diea · texte numérisé non relu

V. Ne pas remettre à an antre âge le service de Diea

Ils n'avaient pas, lorsque leurs désordres commençaient , l'idée de leur donner une longue suite. En prenant la funeste résolution de se plonger dans la licence, ils étaient bien éloignés de consentir à se précipiter dans l'enfer. Le tentateur se gardait bien de mettre devant

cente die, in noctis tenebris^ et caligine. Et ecce occurrit illi malier ornatu meretricio, prseparala ad capiendas animas, garrula et vaga. Statim eam seqnjtur, quasi bos ductus ad victiraam, et quasi agnns lasciviens.et ignorans quod ad vincula stultustrahatur. Proi^. 7; 7 et seq.

(t) Scribis contra me amaritndines et consumere «ne vis peccatis adolescentise meae. Job. i 3 ; 26.

(2) Confusus sura, et erubui : quoniam sastinai opprobrium adolescentiae meae. /erem. 20; 19.

leurs yeux une perspective aussi effrayante, iqui les aurait fait reculer. En leur offrant l'appât du vice, il leur présentait la facilité du repentir, la certitude du pardon. A côté du danger il mettait la ressource. Il leur proposait à la fois^ pour le présent, l'attrait du plaisir, pour Tavenir une réparation aisée. JPar le désir des jouissances criminelles, il les attirait dans ses filets ; par l'espoir du retour, il les y retenait; et il les tenait sous sa domination, par la persuasion qu'ils rentreraient, quand il leur plairait, sous l'empire de Dieu,

Tel est donc, malheureux jeunes gens égarés par ces prestiges, tel est votre absurde, votre détestable, votre fatal projet, vous réservez à Dieu vos dernières années , vous livrez à son ennemi la fleur de vos ans. Sentant la nécessité d'être au Seigneur, vous ne voulez vous donner à lui que le plus tard possible ; vous consentez à lui accorder les restes d'une vie corrompue par les dissolutions ; vous fixez votre retour à lui au temps où vous ne pouvez plus faire autrement ; vous voudrez bien quitter le monde , quand vous en serez las, quand vous en sentirez fortement la vanité, quand vous aurez subi ses injustices, éprouvé ses tromperies, essuyé ses méchancetés ; ou , pour parler plus exactement encore , vous quitterez le monde quand il vous quittera ; vous ne vous en dégoûterez que parce qu'il sera dégoûté de vous ; votre intention est d'être à lui maintenant par choix, et de finir par vous donner à Dieu par nécessité. Jeune homme, enivré de plaisirs, qui ne connaissez de bonheur que la multiplicité des divertissements, d'occupation que leur variété, vous penserez à y renoncer, quand, les ayant tous épuisés, vous en serez rassasié, ennuyé , fatigué , quand leur pointe , émoussée par le continuel usage, ne vous en donnera plus le sentiment ; quand, blasé de leur éternelle répétition, vous n'y trouverez plus que désagrément et dégoût. Jeune libertin, vous consentirez à abandonner vos dissolutions , quand vos sens usés s'y refuseront ; vous cesserez vos débauches quand la vieillesse anticipée qu'elles vous auront pro-

curée vous empêchera de les continuer. Jeune femme , vaine de quelques attraits dont vous orna la Providence pour un autre objet, idole superbe qui , fondant votre culte sur vos séductions, mesurez votre gloire sur le nombre de vos adorateurs, vous jugez qu'il sera temps de vous occuper de Dieu quand vous ne pourrez plus occuper le monde de vous, quand cette fleur de beauté qui brille sur votre visage s'étant fanée, il n'y aura plus ni œil qui vous regarde, ni cœur qui vous aime.

Souvenez-vous, dit i'Ecclésiaste, de votre Créateur aux jours de votre jeunesse , avant que le temps de l'affliction arrive, et que s'approchent les années qui vous déplairont (1). Ce que vos mains peuvent aujourd'hui, hâtez-vous de l'opérer ; car il n'y aura plus ni raison, ni sagesse, ni science dans les enfers, vers lesquelles vous vous avancez (2). Pouvez-vous en effet compter, je ne dis pas avec certitude, mais avec une raisonnable prO" habilité , sur cette vieillesse à laquelle vous renvoyez votre conversion ? Celui qui tient dans ses mains le fil de votre vie, vous a-t-il promis de le prolonger jusquelà ? Reportez vos regards sur les temps qui vous ont précédés : promenez-les autour de vous. Voyez par l'expérience des siècles anciens, et par la vôtre même, combien peu d'hommes, parmi ceux qui entrent dans le monde, y restent jusqu'à l'âge avancé. Vous n'êtes pas assuré d'un seul jour de vie; et vous osez vous flatter d'un long cours d'années : et c'est sur cette extravagante présomption que vous fondez tout l'espoir de votre salut : elle est votre seule ressource contre la danmation. Ah I que ne peuvent s'ouvrir devant vous les portes de l'abîme

(i) Mémento Creatoris tni in diebns juventutis tnae: anteqaam veniat tempus afflictionis, et appropinqaent anni de quibus dicas: Non mihi placent. £cc/. 12; i.

(a) Qaodcuinqae facere pote.st manns tua instanter operare : quia, nec opus, nec ratio, nec sapientia , nec scientia ernnt apad inferos , quo tu properas. Eccl. 9; 10.

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infernal ! que de malheureux vous y verriez , qu'a précipités votre folle confiance I Ils furent ce que vous êtes : ils pensèrent ce que vous pensez : ils agirent comme vous agissez. En suivant la même voie qu'eux, vous devez arriver, et peut-être très-prochainement, au même terme.

Mais je le veux : Dieu vous fera la giâce de vous placer dans la classe privilégiée. Yous traverserez les années de votre jeunesse, sans succomber aux dangers qui vous menacent , et que vos désordres auront encore aggravés. Vous arriverez à l'âge avancé , où la raison mûrie , l'effervescence du sang apaisée , vous font espérer une plus grande facilité à mener une vie chrétienne. Vous vous proposez les exemples de plusieurs pécheurs , qui , des routes du vice , sont remontés dans leurs derniers jours aux voies de la vertu. Vous vous flattez que vos vices expireront , comme les leurs , avec l'âge qui vous les fait commettre. Oui sans doute, Dieu reçoit avec bonté ceux qui reviennent à lui dans quelque temps que ce soit. Sa miséricorde, qui s'étend sur toute chair (1) , nous présente des modèles de pénitence dans tous les âges de la vie , pour exciter tous les âges à la pénitence. Mais pour quelques brebis perdues dans le désert , que la grâce du bon pasteur a ramenées de leurs égarements, combien est plus grand le nombre de celles qui , restées dans la région de perdition , y sont devenues la proie du dévorateur I Les os de ces pécheurs invétérés s'étaient , dit l'Esprit saint , remplis des vices de leur adolescence , qui sont descendus avec eux dans la poussière du tombeau (2). Jusque sous les neiges de la vieillesse , ceux dont le feu impur consuma les jeunes années en sentent encore pétiller les dangereuses étincelles. Il en est même , et beaucoup auxquels l'âge apporte de nouvelles

(i) Misericordia Domini super omnern carnem. Eccli. i8; 12. (2) Ossa ejas implebuntur vitiis adolescentiae ejus: et cura eo in pulvere dorniient. Job. 22; 11.

passions ; et souvent sans détruire celles qui infectèrent la jeunesse. La jouissance immodérée des voluptés est remplacée , ou même accompagnée par les désirs effrénés de l'ambition , et les insatiables soucis de l'avarice. A l'ardeur des plaisirs succède ou se joint celle de la fortune. Ces hommes autrefois pécheurs, aujourd'hui pénitents , que vous suivez aveuglément dans le cours de leurs anciennes erreurs , pouvez-vous être sûr de les imiter de même dans leur conversion ? C'est au temps où vous aurez rendu la vôtre plus difficile , que vous la remettez. C'est quand , à cette première nature vicieuse que vous vous croyez déjà incapable de vaincre , se sera jointe la seconde nature plus invincible encore de l'habitude , que vous vous proposez de combattre l'une et Tautre. C'est quand vous vous serez rendu plus irréformable que vous vous proposez de vous réformer. Cet arbre tendre encore et flexible , qu'il vous serait facile d'assujettir , et de tenir dans sa rectitude naturelle , ou d'y ramener, vous le laissez se dejeter et se courber, en attendant, pour le redresser , qu'il ait pris sa croissance. Pensez à toutes les difficultés que vous élevez contre votre conversion , en la différant. Que d'irrésolutions et de perplexités vous éprouverez , avant de vous y déterminer ! Que de peines vous vous assurez , pour arracher de votre cœur des passions qui s'y seront fortement enracinées I Que de combats vous aurez à rendre , contre votre mémoire , pour en bannir les souvenirs dangereux ; contre votre imagination , pour en effacer les images criminelles ; contre votre volonté , pour l'assujettir aux ordres de votre raison ; contre votre cœur , pour en chasser les honteuses affections dont vous l'aurez souillé I Que de chagrins vous vous préparez pour vous détacher de jouissances qui vous seront devenues de plus en plus chères I Que d'embarras vous vous suscitez , pour rompre des liaisons dans lesquelles vous vous serez fortement engagé I Que de regrets , de privations , de mortifications , pour rendre votre pénitence efficace I Que d'inquiétudes et d'alarmes , si vous soupçonnez qu'elle n'a pas été suffisante I Et

pourrez-vous jamais avoir la certitude d'avoir été pleinement réconcilié avec Dieu? Pensez-vous aussi que les secours divins , indispensablement nécessaires pour opérer une vraie conversion , vous seront aussi libéralement accordés à la suite d'une vie qui les aura si peu mérités? La source n'en sera pas tarie sans doute ; mais elle sera diminuée , Dieu ne fera pas , de l'abondance de ses grâces , la récompense de l'abus de ses giâces.

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