XXXIII. Nécessité de la confession
C'est donc un dogme certain que la confession auri culaire , constamment et uniformément pratiquée depuis l'origine du christianisme , a pour auteur le divin auteur du christianisme; qu'elle est par conséquent d'une nécessité absolue pour obtenir le pardon des péchés. Il n'y a pas de milieu pour moi : ou accuser mes iniquités, ou en rester chargé (1) : ou les déposer maintenant dans
(r) IniquiLitem ineam annuntiabo : et cogitabo pro peccato lueo. Ps. 37; 19.
le tribunal sacré , ou les porter un jour au tribunal de Jésus-Christ : ou les laver dans la piscine sacrée , ou les déplorer dans les flammes de l'enfer. Dans cette alternative si consolante d'une part , si effrayante de l'autre , puis-je rester en suspens? Observons cependant que, quelque nécessaire que soit en elle-même la confession , il y a un cas où elle cesse de Fètre. C'est lorsqu'elle est impossible , soit par le défaut de temps , soit par le défaut de prêtre. Alors , comme nous l'avons dit , elle peut être suppléée par un acte de contrition parfaite. Mais alors même , à cet acte de contrition il est indispensable de joindre le désir et la promesse de se confesser aussitôt que la liberté en sera rendue. Quelque vive que soit la douleur du péché , quelque ferme que soit la résolution de n'y plus retomber , quelque ardente que soit la charité dont émanent ces sentiments , ils restent stériles , ils n'opèrent pas la rémission , s'ils ne sont pas confirmés par le vœu du sacrement. Quand la déclaration des péchés n'est pas nécessaire dans la réalité , elle est toujours nécessaire dans le désir , dans l'intention , dans la promesse.
XXXIY. Utilité de la confession.
En supprimant la confession à cause des peines et des gênes qu'elle cause au pécheur , les protestants ne considèrent pas que ces peines mêmes et ces gênes sont, dans l'ordre religieux , le principe des plus grands biens. Le remède actif , appliqué sur la plaie , l'irrite d'abord , et y cause une douleur momentanée , mais l'adoucit ensuite , la referme et la guérit. La pensée seule de se mettre dans la pénible obligation de confesser sa faute , a été quelquefois un motif qui a empêché de la commettre. L'expérience montre que la confession , en même temps qu'elle est le remède des passions , en est le frein ; et
Dens, vitam meam annantiavi tibi : posuisti lacrymas meas in conspecta tno. Fsalm. 55; 9.
(ju'eri réparant les offenses passées , elle prévient les futures. La confession fréquente est , non-seulement selon les docteurs, mais de l'aveu des pécheurs eux-mêmes , un préservatif puissant contre les rechutes.
Quoi de plus humiliant pour l'homme , que de faire à un autre homme l'aveu de ses faiblesses , de lui révéler sa honte , de lui découvrir ce qu'on voudrait se cacher à soi - même I Oui , nos frères errants , nous en convenons avec vous , rien n'est plus humiliant ; mais nous vous répondons que , par cela même , rien n'est plus sa lutaire. L'humilité est la grande vertu du christianisme, la base fondamentale des vertus chrétiennes : et quand est-il plus nécessaire , plus juste de la pratiquer que dans la pénitence ? L'orgueil , qui fut dans le monde le premier principe du péché (1) , n'a pas cessé d'en produire un grand nombre. Il infecte même de son venin ceux dont il n'est pas la cause directe. Tout péché est une révolte de la créature , qui secoue le joug de son créateur , qui refuse de lui obéir (2). C'est par les routes de l'orgueil que nous nous sommes éloignés de Dieu ; c'est par les voies opposées de l'humilité , que nous devons revenir à lui. La honte que nous ressentons d'accuser nos offenses , est un commencement de réparation, une première expiation de la vanité qui nous les fit commettre. La confusion la plus convenable , la plus adaptée aux vices qu'elle doit réformer , est certainement celle qui naît de ces vices mêmes. L'énonciation générale, vague, qu'on a commis des péchés, faite à celui qui connaît tout, ne répare rien , n'expie rien , n'a aucune proportion , aucun rapport avec la cause des péchés , n'en suppose pas même le regret , peut se trouver dans le scélérat le plus déterminé à persévérer. Tout homme est pécheur ; s'avouer pécheur , c'est uniquement reconnaître qu'on est homme.
(i) Initiura omnis peccati est superbia. Eccl. lo; i5. (2) A seculo confiegisti jugum meum , dirupisti vincula inea , et ilixisti : Non serviam. Jerein. 2; 20.