II. Corisid. sur la Mor. Chrét
En excitant dans nos cœurs une salutaire confusion, la déclaration détaillée de nos péchés contribue encore à nous en inspirer le regret. Si, comme nous l'avons exposé , la contrition que nous ressentons de nos iniquités nous engage à aller les confesser , la confession humble et sincère que nous en faisons , augmente à son tour , anime , rend plus vive la douleur que nous en avons. C'est quand nous repassons avec attention les désordres de notre vie , que nous en comprenons plus clairement , que nous en ressentons plus amèrement la malice , la grièveté , la noirceur (1). C'est en soulevant le fardeau de nos iniquités , que nous nous sentons plus vivement accablés de leur poids. C'est en remuant cet amas de corruption et de pourriture , que nous sommes plus sensiblement , plus douloureusement affectés de son infection (2).
Et s'il est vrai , comme tout ce qu'il y a eu de philosophes l'a enseigné , comme toute l'antiquité l'a cru , comme les protestants eux-mêmes le reconnaissent , s'il est vrai qu'un des principes fondamentaux de la morale, qu'un des moyens les plus efficaces pour la pratique de tous les devoirs , est la connaissance de soi-même, n'estelle pas souverainement utile à l'acquisition de cette importante connaissance , la loi qui astreint l'homme à rentrer fréquemment en lui-même , à parcourir les détours de sa conscience , à porter dans les recoins les plus obscurs le flambeau de l'attention , pour venir ensuite présenter à Dieu les découvertes qu'il y aura faites ? En renonçant à la confession sacramentelle , nos frères séparés de nous se sont persuadés qu'ils se déchargeaient d'un
(i) Scratemur vias nostras, et quaeramus, et revertamur ad Dominum. Thren. 3 ; 4o.
(2) Non est pax ossibas meis a facie peccatornm raeoram : quoniam iniqaitates meae supergressae snnt capnt meum , et sicot onus grave gravatae sunt super rae. Putruerunt, et corruptae sunt cicatrices ineee a facie insipientiae meae. Psalm. 87: 4, 5, 6.
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joug. Ils se sont soustrait un appui , et l'un des principaux appuis de toute morale naturelle , religieuse et civile.
Reconnaissons donc , admirons , bénissons cette bonté infinie , qui , pour nous délivrer des péchés qui nous soumettaient aux peines éternelles , ne nous demande que de nous accuser (1). Dans les sévères tribunaux de la justice humaine , l'aveu des crimes attire l'arrêt de condamnation. Au tribunal paternel de la miséricorde divine , la confession des péchés obtient la sentence de grâce. En déclarant ingénument combien je suis pécheur je cesse de l'être. Ce n'est pas tout encore. La grâce que j'ai reçue dans ma confession va me suivre après ma confession. Elle fut aux pieds du prêtre une grâce de regret : dans le monde elle devient une grâce de défense. Elle anima mes résolutions; elle me donne la force de les exécuter. Elle me rendit les droits au royaume céleste, elle me confère la persévérance qui les réalisera (2).
Sur le tribunal pénitentiel le prêtre n'est pas seulement le ministre de la justice , l'instrument de la miséricorde : il est encore Torgane de la Sagesse suprême. En l'étabhssant notre juge , Dieu le fait aussi notre guide. Il nous remet par sa sentence dans la voie du salut , et nous y dirige par ses conseils. Ses lumières , éclairant
(i) Dixi : Confitehor atlversam me injastitiam raeam Domiiio • et tu remisisti iiupietatera peccati mei. Psalm. 3i; 5, 6.
Qai abscondit scelera saa, non dirigetur ; qui autem confessas fuerit, et reliquerit ea, miseiicordiam contequetar. Prov. 28; i3.
Si confiteamur peccala nostra ; fidelis est et jostus, ut remittat nobis peccata nostra, et emundet nos ab omni iniquitate. i Joan. i- g.
(2) Vias meas in conspecta ejus argnam : et ipse erit salvator mens. Job. i3, i5, 16,
Révéla Domino viam tnam : et spera in co, et ipse faciet, et edacet quasi lumen justitiam tuam , et judicium tcum tanqnam meridicm Psalm. 36; 5, 6.
Révéla Domino opéra tua, et dirigentnr cogitationes ta» Prov f6; 3.
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notre intelligence , nous montrent nos devoirs , éclaircissent nos difficultés . dissipent nos doutes. Ses exhortations , soutenant notre volonté , l'encouragent à tous les sacrifices , éteignent nos inimitiés , eflacent les injures, ouvrent le cœur aux réparations , la main aux restitutions.
O protestants , ô nos frères , dont nous déplorons l'égarement et le malheur, que de biens vous avez perdus, en rejetant la salutaire pratique de la confession sacramentelle I De combien d'avantages vous vous privez pour vous épargner la confusion momentanée de confesser vos péchés I Revenez , ah I revenez à ce tribunal sacré , dont l'éloignement est un de vos plus grands mauXj et rend les autres irrémédiables. L'Eghse , cette tendre mère que vous avez méconnue , mais qui ne cessa jamais de vous chérir , vous y attend , vous y appelle. Il est la porte , et pour vous , après vos erreurs , la seule porte de la voie céleste. Frappez-y , et elle tombera devant vous : et , réunis à vous dans cette route sainte , nous marcherons tous ensemble vers le terme heureux où notre réunion sera éternelle.