‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 40 sur 281 · XLIV. Choix d'un confesseur · texte numérisé non relu

XLIV. Choix d'un confesseur

Ce que nous venons d'exposer sur les conditions nécessaires pour rendre la confession sainte et sahitaire , montre suffisamment quels sont les défauts qui la rendent ou nulle ou criminelle. Il en est un cependant que nous ne devons pas passer sous silence , parce qu'il est malheureusement aussi commun que funeste. Il concerne le choix du confesseur aux pieds duquel on va faire la déclaration de ses offenses. Ils n'ont pas cessé avec l'ancienne loi ces prophètes mensongers qui , se prétendant les envoyés du Seigneur , séduisaient le peuple ; annonçaient l'indulgence >, quand la colère était près d'éclater ; publiaient la paix au temps de la plus menaçante guerre; endormaient dans le crime , avec l'assurance qu'il était pardonné ; et conduisaient à la mort par la promesse de la vie (1). L'Eglise de Jésus-Christ se lamente d'avoir de

(i) Curabant contritionem fîliie popuH inei cura ignominia, dieentes : Pax , pax, et non erat pax. Jeretn. 6; 14.

Vae quae consuunt pulvillos sub omni cubito manus, et faciunt cervicalia sub capite univers» anatis, ad capiendas animas : et cum caperent populi ruei , vivificabant animas corum , et violabanl me ad populum meum. propter pugillum hoidei , et fragmen panis : ut JnterJicerent

semblables ministres qui perdent les âmes par le moyen même par lequel ils devraient les sauver. Les uns par une ignorance coupable des saintes règles, les autres imbus des principes d'une morale relâchée, d'autres encore dépourvus du courage sacerdotal , et condescendant bassement aux désirs des pénitents , affaiblissent la discipline , ne réforment point les habitudes , n'exigent pas les réparations , imposent , pour les péchés les plus graves , les satisfactions les plus légères , et , pour admettre au bienfait de la réconciliation , se contentent de paroles illusoires, dont ils ont souvent reconnu le peu d'effet. Aveugles , répéterons-nous après le divin Maître , ils se font conducteurs d'autres aveugles , et les mènent avec eux dans la fosse (1). Hélas ! disait le saint évèque de Genève , quelle immense multitude , et de confesseurs , et de pénitents , par de fausses absolutions, sont précipités dans l'abîme (2) I Mais, ô déplorable aveugleuîent du cœur ! ô inconcevable inconséquence de Fesprit I Ce sont ces guides trompeurs que recherchent un grand nombre de chrétiens. Ceux spécialement , à qui des directeurs exacts et sévères seraient le plus nécessaires , sont les plus empressés à les éviter. Ils ressemblent à ce criminel roi d'Israël , qui détestait le saint prophète du Seigneur , parce qu'il lui annonçait toujours le mal , et jamais le bien (3). Ils courent après leurs docteurs du mensonge , et leur disent , comme des Israélites égarés : ]\'e nous présentez pas des vérités qui nous affligent ; débitez-nous

animas , quse non moriuntur, et viviCcarent animas quae non vivant ; mentientes populo meo credenti mendaciis. Ezech. i3; i8, lo.

(i) Caeci sunt, et duces csecoruin. Ca^cus autem si cseco ducatum priestet, ambo in foveam eadunt. >:atth. i5; 14.

Maledictus qui eirare facit caecum in itinere : et dicet oranis populus: Amen. Deuteron. 27 , 18.

(2) Erunt, qui beaiificant populum istum, seducentes, et qui beatillcantur, prœcipitati. Is. 9; 16.

(3) Ego odi eum, quia non prophetat mihi bonum , sed maium. 3 Reg. 22; 8.

des erreurs qui nous plaisent (1). 0 vous qui venez à la piscine sacrée pour vous laver de vos souillures , comment pouvez - vous vous plonger dans des eaux bourbeuses et infectes , qui vous saliront encore davantage ? Quelle est votre contradiction de vouloir , pour vous guérir de vos infirmités , choisir le médecin ignorant qui les aggravera ? de désirer faire la pénitence dont vous sentez l'indispensable besoin , et d'en rejeter les saintes et nécessaires rigueurs? Quittez ces guides imposteurs qui ne peuvent que vous égarer ; laissez-les courir seuls à leur perte. Cherchez un directeur rempli du véritable esprit de Dieu , éclairé et pieux , doux sans faiblesse , exact sans austérité , également éloigné du relâchement et du rigorisme; dont le zèle, dàrigé par la prudence, soit mûri par l'expérience ; qui sache verser sur vos plaies , dans une juste proportion , et l'huile qui adoucit , et le vin qui fortifie. Ses lumières vous éclaireront; ses instructions vous dirigeront ; ses exhortations vous toucheront ; ses conseils vous animeront. Il ne précipitera témérairement , ni ne retardera inutilement le bienfait de l'absolution ; et il consommera votre heureuse conversion , par l'imposition d'une satisfaction convenable et proportionnée à vos fautes:

XLY. Erreur des protestants sar la satisfaction.

Les hérétiques des derniers siècles , qui ont attaqué toutes les parties du sacrement de pénitence , n'ont pas plus respecté le dogme de la nécessité de la satisfaction que les autres. Ils ont abusé d'un principe qu'ils ont reçu

(i) Dicunt videntibus, nolite videre; et aspicientibus, nolite aspicere nobis ea qnae recta sont : loqnimini nobis placentia , videte nobis errores. Is. 3o ; lo.

de rtlglise catholique , pour détruire la doctrine qu'elle a toujours professée. Le pécheur par lui-même est dans l'impuissance de satisfaire à Dieu pour ses péchés. L'offense étant infinie , tout ce que l'homme peut offrir de lui-même ne peut y avoir aucune proportion. Mais le Verbe éternel, fait homme, a offert pour tous les hommes une satisfaction d'un prix infini ; c'est Dieu qui a satisfait à Dieu. De cette vérité incontestable ils ont raisonné ainsi. Dès que la satisfaction faite par Jésus-Christ a été infinie , elle a été suffisante , et puisqu'elle a été suffisante, toute autre est inutile. C'est faire injure à la pénitence du divin Sauveur , à ce sang si pur , dont une seule goutte aurait suffi pour sauver le monde entier , que de croire qu'il soit nécessaire d'y ajouter une pénitence humaine. Ainsi anéantissant la satisfaction, comme ils avaient détruit la contrition et la confession , ils ont réduit toute l'œuvre de la justification du pécheur au seul changement de vie, et ont prétendu qu'elle est comprise toute entière dans les paroles de Jésus-Christ à la femme adultère : Allez, et ne péchez plus (1).

XL^'I. Nécessilé de la satisfaction.

En exigeant de ceux qu'elle admet à la pénitence une satisfaction personnelle , l'Eglise catholique ne prétend rien ajouter à la satisfaction infinie faite par son divin Auteur. Ce n'est pas le supplément de cette satisfaction divine , c'est son apphcation qu'elle ordonné. Le sang de Jésus-Christ est d'un prix infini ; mais il ne rachète du péché que ceux sur lesquels il coule : il faut l'attirer sur soi , pour en recevoir le bénéfice. Que nos frères séparés portent leur conséquence aussi loin qu'elle peut et qu'elle doit aller , elle leur fera sentir le vice de leur raisonnement. Si la vertu infinie du sang divin rend toute satisfaction personnelle inutile , tout autre acte de religion est superflu. Le baptême n'est plus nécessaire pour nous

(i) Vade , et jara amplius noli peccare. Joan. 8; ii.

72 SDR LA PENITENCE.

racheter du péché originel , puisque , pour nous en déhvrer , le Verbe divin a répandu un sang dont l'efficacité est infinie. A quoi servent nos prières dès que Jésus-Christ a offert , et, comme le dit son apôtre , offre sans cesse à son Père pour nous ses vœux (1) dont la valeur est infinie ? Pourquoi nous charger à sa suite de la croix , et souffrir pour lui , tandis qu'il a subi pour nous des souffrances d'un prix infini? Qu'avons-nous besoin de mériter par nos œuvres , quand le Fils de Dieu a mérité pour nous d'une manière infinie? La satisfaction que nous faisons nous apphque individuellement la satisfaction de Jésus-Christ; comme le baptême nous applique sa rédemption; nos prières , ses prières; nos souffrances, ses souffrances; nos mérites, ses mérites. Baptême , prières , souffrances , mérites , satisfactions , tout ce que nous pouvons faire pour Dieu ne déroge nullement au prix du sang de Jésus-Christ. Au contraire, c'est le prix infini du sang divin qui fait tout le prix de nos faibles œuvres. Elles seraient mortes pour le salut , si elles n'étaient pas vivifiées de sa puissante et infaillible efficacité. Loin donc que notre satisfaction soit injurieuse à celle de Jésus- Christ , elle l'honore , parce qu'elle s'y rapporte ; parce qu'elle en reçoit toute sa valeur ; parce qu'elle n'est réellement satisfaction , qu'en vertu de son union avec la satisfaction divine.

Telle est la doctrine que l'Eglise catholique a toujours professée, et qu'elle a positivement définie dans le dernier de ses conciles : elle distingue deux choses dans tout péché : lacoulpe et la peine; la coulpe, c'est-à-dire le vice du péché , la tache qu'il imprime à l'àme ; la peine , qui est le châtiment mérité parle péché. La contrition^ la confession et l'absolution , effacent, abolissent, anéantissent absolument toute la coulpe. Elles remettent aussi la peine éternelle que Dieu réservait au pécheui' , mais

(i) Salvare in perpetuum potest accedentes per semetipsum ad Deura, semper vivens ad interpellandum pro nobis. Hebr. 7; 2 5.

en la commuant , et en y substituant une peine temporelle (1). Nous connaissons, dans nos tribunaux humains, cette double manière de remettre les châtiments; ou entièrement , ou partiellement ; ou par une abolition absolue, ou par une rémission, une diminution de peines. Dieu a usé de la première dans le baptême ^ de la seconde dans la pénitence; mettant, dans sa sagesse suprême, cette différence entre ceux qui ont péché avant de posséder la foi , et ceux qui ont abusé de ce don sacré. Maître absolu de ses gi'âces, Dieu sans doute a le pouvoir de les accorder avec plus ou moins d'abondance , et d'y attacher les conditions qu'il lui plaît. Lui a-t>il plu d'accorder au pécheur un pardon absolu et sans restriction ? A-t-il mieux aimé mettre une réserve ? A-t-il voulu remettre, avec le péché, toute la peine du péché , ou laisser encore à subir une peine extrêmement légère en comparaison de celle qu'il abolissait? Son intention a-t-elle été que la satisfaction générale qu'il a faite sur le Calvaire pour tout le genre humain , s'appliquât d'elle-même à chaque particulier ; ou que chaque particulier fût tenu de se l'appliquer par des œuvres satisfactoires ? Telle est la question qui divise l'Eglise catholique et les communions protestantes ; questions que Tonne résout pas en disant que la satisfaction du pécheur déroge à celle de Jésus-Christ, et lui est injurieuse ; ques-

(i) Si quis dixerit totam pœnaiu simal cara culpa remittî semper a Deo , satisfactionemqae pœnitentiam non esse aliam fjoam fideni qua apprehendunt Chrisfum pro eis satisfecisse, anathema sil.

Si quis dixerit pro peccatis quoad pœnam temporalein minime Deo per Christi mérita satistieri pœnis ab eo inflictis, et patienter toleratis, vei a sacerdote injunctis, sed neque sponte sasceptis, ut jejuniis, orationibns , eleeraosynis , vel aliis etiam pietatis operibns; atque ideo optimam pœnitentiam esse tantnm novam vitam, anathema sit.

Si quis dixerit satisfactiones, quibiis pœnitentes per Christuin Jesura peccata redimurit , non esse cultus Dei , sed traditiones horninum ; doctrinam de gratia, et vernni Dei cultum atque ipsum benelicium mortis Chrlsti obscurantes , anathema sit. Conc. Trld. de sacr. pncnit. can. 12; i3, 14.

Page 1