L. Changement de vie
Un autre genre de satisfaction , et en ce point nous sommes d'accord avec les protestants , est le changement de vie. Ce que saint Remy dit à noire premier roi chrétien , en l'admettant à la grâce du baptême , Dieu le dit au pécheur à qui il confère celle de la pénitence : Brûlez ce que vous adorâtes , adorez ce que vous brûlâtes. Un véritable pénitent est un homme tout changé : d'esclave des passions, il est devenu l'enfant de la charité. Plus il s'abandonna à ses penchants déréglés , plus il les combat. Il présente au Seigneur , en expiation de ses péchés , les efforts qu'il fait pour n'en plus commettre ; et achève de s'en purifier , en cessant de s'en souiller. Il s'est , comme dit l'Apôtre , dépouillé de ce vieil homme qui était corrompu dans ses habitudes , par les désirs de l'erreur. Renouvelé dans son intérieur , il s'est revêtu de l'homme nouveau , que Dieu a créé en lui , par la justice et la véritable sainteté (3). Mais peu-
flagella Domini, quibus qaasi servi corripimar, ad emendationem nostram, et non ad perditionem nostram evenisse credaraus. Judith 8;
(i) Bealus homo qui corripitur a Deo. Increpationem ergo Domini ne reprobes : quia ipse vulnerat , et raedetur ; percutit, et manus ejns sanabunt. Job. 5; 17, 18.
(2) Corripe me, Domine, verumtamem in jadicio, et non in furore tac. Jerem. 10; 24.
(3) Deponere vos secandnm pristinam conversationem veterem hominem qui corrumpitur secundnm desideria erroris. Renovamini spiritu mentis vestrœ, et induite novnm hominem qui secundum Deum crea!u8 est in jnstiiia et sanctitate verilatis. Ephes. 4; 22, 23, 24-
vent-ils croire qu'ils expient leui's désordres, les pécheurs , lîélas I beaucoup trop nombreux , qu'on voit , au sortir de leurs confessions , aussi abandonnés à leurs passions qu'ils l'étaient auparavant ? N'est-ce pas une contradiction , que des hommes qui se disent convertis, restent aussi fastueux , aussi intéressés , aussi sensuels , aussi aigres, aussi emportés, qu'avant leur prétendue conversion? N'est-ce pas une illusion de se croire détaché du péché , en restant attaché à ce qui l'entretient ? Est-on délivré de la peste , quand on garde des habits empestés? N'est-ce pas un mépris ^ une dérision du sacrement , que ce monstrueux mélange , cette succession criminelle de dévotion et de plaisirs , d'actes de piété et de péchés ; de sacrements le matin , et le soir de jeux , de bals, de théâtres? Quel bien leur revient-il, demande l'Ecclésiastique , de s'humilier , de se mortifier pour leurs péchés , s'ils continuent de les commettre ? Peuvent-ils espérer que leurs prières seront exaucées (1)? Ahl loin que cet usage du sacrement leur soit profitable , il leur devient funeste. Ils se font un prétexte de persévérance dans le crime de ce qui était le moyen souverain de les en retirer. Ce sont des malades qui , par l'abus du remède , l'ont rendu non-seulement inutile, mais pernicieux. Rien ne mène plus promptement et plus sûrement à l'endurcissement, que la fatale sécurité inspirée par le retour au sacrement , sans conversion réelle. Le bain de la pénitence, s'il n'amolUt pas le cœur , l'endurcit , comme certaines eaux , dans lesquelles les plantes se pétrifient.
Ll. Fuite d
es occasions.
Cette réforme de la vie entraîne avec elle , comme une condition nécessaire , le renoncement total et absolu à ce qui fut la cause, ou l'occasion de nos offenses. On aime toujours le péché , quand on chérit ce qui le produit ; on
(i) Homo qui jejanat a peccatis sais, el iteram eadem faciens, qaid proticit humiliando se? Orationera illias quis exaudiet ? Eccli. 34; 3i.
ne le fuit pas en suivant la route qui y mène : c'est vouloir rester pécheur que de continuer à rechercher ce qui rend tel. Comme cette séparation est souvent pénible , impose des sacrifices, exige des efforts, Dieu daigne aussi la recevoir en expiation de nos fautes. Mais ayant fait de la fuite des occasions le sujet d'une autre considération , nous ne croyons pas devoir y insister ici.
LU. Réparation.
A la fuite des causes du péché , il est nécessaire de joindre la réparation de ses effets. C'est encore un des dignes fruits de la pénitence : c'est un des moyens par lesquels nous expions nos offenses. Moyen efficace : il faut être véritablement converti pour se condamner sévèrement soi-même à tous les sacrifices , quelque grands qu'ils puissent être. Moyen nécessaire : la loi y est précise. Dieu ne reçoit nos satisfactions , que quand nous satisfaisons à nos frères ; et il ne pardonne nos torts envers le prochain , que lorsque nous les réparons. Cette réparation indispensable , si juste en elle-même , si utile au bien de la société , doit réunir deux caractères. Elle doit être universelle pour tous les torts ; entière et complète , au moins autant qu'on le peut pour chaque tort. Vous possédez injustement le bien de votre fière , réparez par la restitution. Vous lui avez nui dans l'opinion par vos détractions , réparez par le rétablissement de sa réputation. Vous l'avez offensé par des injures , réparez par l'humilité de vos excuses. Vous l'avez aliéné par votre inimitié , réparez par la sincérité de votre réconciliation. Vous avez blessé son âme par vos scandales , réparez par la sainteté de votre édification. Réparez pleinement , entièrement. Votre réparation sera insuffisante, elle sera nulle, elle vous laissera dans la terrible inimitié de Dieu, si elle ne remet pas, au moins autant qu'il est en votre pouvoir, les choses dans leur état antérieur. Dieu n'admet sur ce point important de compensations , de tempéraments , d'accommodements , que dans le cas de