LIV. Effets salutaires de la satisfaction
Tels sont en effet les salutaires effets de la pénitence extérieure : en exprimant , pour le passé , les péchés commis , elle en abolit pour le présent les tristes restes , pour l'avenir elle en prévient le funeste retour. L'absolution obtenue d'après une vive contrition et une confession sincère , a fermé la plaie j mais il reste encore à faire disparaître la cicatrice. L'arbre est abattu, il faut le déraciner ; il faut porter le fer sur ses racines pestilentielles , qui , si on ne les extirpe pas , pousseront indubitablement de nouveaux rejetons. Ces racines qu'a jetées le péché dans l'âme , et qui s'^ sont profondément enfon cées, ce sont les habitudes vicieuses qu'il a fait contracter, et qu'il est indispensable de détruire. Or, comme l'enseigne le concile de Trente , rien n'est plus propre à abolir les restes du péché, à faire cesser les habitudes criminelles, que les peines satisfactoires , par la pratique soutenue et les actes réitérés des vertus contraires (1). On réforme le ph vicieux, en faisant prendre le pli opposé. Ainsi les peines qui réparent le péché, le préviennent (2). En guérissant la maladie, ce remède communique une force qui empêche d'y retomber. L'absolution nous a bien séparés des pécheurs , comme l'est Jésus-Christ : mais , et cVst la doctrine du grand apôtre , nous ressemblons pleinement au divin Modèle , nous manifestons en nous sa vie
(i) VLx satisfactorise pœnae medentar qnoque peccatornm reliquiis, et viliosos habitns maie coiuparatos contrariis virtutum actionibns tollunt. Conc. Trid. sess. it^^doctrina de sacrum, pœnit. cap. 8.
(2) Quam bonam est correptura manifestaie pœnitentiaiii : sic enim effugies volantariam peccatum. Eccli. 20; 4-
sainte , quand nous portons , imprimé sur notre chair , le sceau de sa mortification (1).
Les travaux de la pénitence contribuent encore à nous retenir dans le devoir , en ce qu'ils sont un avertissement de n'en plus sortir. Si la rémission des péchés n'obligeait plus à rien , si elle n'était suivie d'aucune peine temporelle , l'extrême facilité du pardon pourrait inspirer une téméraire confiance , ralentir la vigilance , faire négliger les précautions contre la rechute. Mais le pénitent qui se rappelle les peines que lui a attirées son péché , se tient bien plus en garde contre les tentations qui l'y feraient tomber. Celui qui par une faute s'est attiré un mal quelconque, est bien plus attentif à l'éviter. Si, dans un pas fâcheux, il nous est arrivé un accident grave, nous avons soin de n'y pas retourner.