XIX. Inconséquence du délai
Tel est donc , dirai-je l'absurde , dirai-je le déplorable raisonnement que renferme votre délai de conversion ? Je reconnais la nécessité de faire pénitence : mais en même temps j'y éprouve une grande difficulté , et la conséquence que j'en tire , c'est qu'il faut laisser cette difficulté s'augmenter encore. Pour arracher de mon cœur la passion qui .s'y est élevée, j'attendrai qu'elle y ait jeté de plus profondes racines. Pour éteindre le feu qui me consume , j'attendrai qu'il soit devenu un incentiie. Pour me délivrer de la chaîne qui m'accable , j'attendrai qu'elle soit devenue encore plus pesante ; pour me retirer du limon infect où je croupis , j'attendrai que j'y sois enfoncé tout entier.
XX. Vice de différer sa, pénitence sur le fondement de la miséricorde divine.
Et quel est donc le motif de cette étonnante sécurité qui tranquillise ainsi le pécheur suspendu sur l'abîme ?
Pourrait-on l'imaginer , si on ne le voyait ? C'est la gion elle-même qui rassure contre les maux dont elle menace. C'est dans la miséricorde divine , que le pécheur place son principal espoir. Il fonde sa grande confiance d'être dans tous les temps le maître de sa conversion, sur les secours de la grâce que Dieu nous a promis. Dernier subterfuge , plus funeste que tous les autres, parce qu'étant également vain , il est encore plus criminel.
La miséricorde du Seigneur est infinie. Elle désire plus que moi-même ma conversion. Elle m'ordonne d'espérer en elle avec une ferme confiance. Tel est le langage que tient le pécheur pour justifier le délai de sa pénitence.
Les principes les plus vrais deviennent les plus dangereux , quand on en fait de fausses applications. Les maximes évidemment fausses séduisent peu de personnes : elles révoltent , et par elles- mêmes avertissent du danger de s'y livrer. Il faut plus de réflexion pour découvrir le vice d'une conséqiience , que pour apercevoir la fausseté d'un principe. Et l'ennemi du salut sait fort bien qu'il nous pervertira plus facilement par des raisonnements captieux , que par de fausses maximes.