VII. L'ambition proscrite dans les livres saints
Les plus saints personnages ont reconnu , par l'inspiration de l'Esprit divin , les dangers de l'ambition , et nous enseignent à nous en préserver. David déclare qu'il
(i) Hœc omnia tibi dabo, si cadens adoraveris me. Malth. 4; 9.
(2) Horrende et cito apparebit vobis : quoniam judicium dmissimum his qui praesunt fiet. Exiguo enim conceditur misericordia : potentes autem potenter tormenta patienter. Sap. 6; 6, 7.
Nolite plares magistri fieri, fratres mei ; scientes qaoniam majus jndiciam sumitis. Jac. 3; r.
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n'a jamais admis à sa table l'œil superbe , et le cœur insatiable (1). Le sage fils de Sirach recommande de ne pas demander au Seigneur des prééminences , ni au souverain une chaire d'honneur (2). Malheur, dit Isaie , à vous qui ajoutez maison à maison , qui joignez champ à champ, jusqu'à l'extrémité du pays. Prétendez- vous être les seuls qui habitiez la terre (3) ? Mais les plus terribles anatlîèmes contre cette dangereuse passion sont ceux dont Jésus-Christ la foudroie. Il la repousse loin de sa personne , lorsque , pour n'être pas soupçonné d'aspirer aux grandeurs humaines , il déclare formellement que son royaume n'est pas de ce monde (4) ; et lorsqu'en conséquence de son principe , tantôt il refuse de se rendre juge d'une question de propriété C5) , tantôt il s'enfuit pour se soustraire aux empressements du peuple , qui, émerveillé de ses miracles, veut le couronner roi (6). Ce qu'il nous montre par son exemple, il nous l'enseigne plus positivement encore par ses fréquentes leçons. Il annonce en plusieurs occasions à ceux qui veulent s'élever qu'ils seront humiliés ; et que ceux-là , au contraire , seront exaltés qui s'humiheront (7). Il prononce que ce qui est élévation parmi les hommes, est abomination
(i) Superbo ocolo et insatiabili corde, cuni hoc non edebam. Ps. loo; 5.
(2) Noli quaerere a Domino ducatuiu, neqne a rege calbedram ho noris. Eccli. 7 ; 4.
(3) Vae qui conjangitis donium ad doraura , et agrnm agro copulatis Dsque ad terminnra loci. Numquid babitabitis vos soli , in medio terrae?/j. 5; 8.
(4) Respondit Jésus : Regnum meum non e^t de hoc mundo. Joan. 18; 36.
(5) At ille dixit iUi : Homo , qois me constituit judicem aut divisorem super vos? Luc. 12 ; 14.
(6) Jésus ergo, cum cognovisset quia venturi erant ut râpèrent enm , et facerent eum regem , fugit iterum in montera ipse solus. Joan. 6; i5.
(7) Omnis qui se exaltât humiliabitur , et qui se humiliai exaltabitar. Luc. 14 ; 2. Et alibi.
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devant Dieu (1). Il ordonne de se préserver du vice des scribes , qui marchent revêtus d'ornements d'honneur , se font rendre des respects , exigent les premières places dans les maisons et dans les synagogues (2). Interrogé par quelques-uns de ses disciples sur celui qui est le plus gi-and dans le royaume des cieux , il amène au miUeu d'eux un enfant , et leur signifie que , s'ils ne se rendent pas petits comme des enfants , le royaume des cieux est fermé pour eux (3). A l'occasion de l'ardeur avec laquelle plusieurs conviés à un repas s'empressaient d'occuper les places honorables , il leur fait en parabole une leçon générale , applicable à toutes les conditions , à toutes les conjonctures de la vie. Il défend de courir après les premières places , afin d'éviter la confusion d'en être expulsé ; mais il veut qu'on choisisse le lieu le plus bas , pour recevoir l'honneur d'en être retiré , et élevé à une place plus distinguée (4). Egarés par la fausse idée de toute leur nation , sur le règne temporel du Messie , les fils de Zébédée engagent leur mère à venir demander à leur divin Maître de les placer tous deux dans son royaume , l'un à sa droite , l'autre à sa gauche. Jésus-
(i) Qaod hominibus altnmest, abomiuatio est ante Deam. Luc. i6; i5.
(2) Dicebat eisindoctrina sua : Cavete a scribis qui volnnt in stolis ambalare, et salatari in foro , et in primis cathedris sedere in synagogis , et primos discubitns in cœnis. Marc. 12 ; 38, Sg.
(3) în illa hora accessernnt discipuli ad Jesam , dicentes : Qais, putas , major est in regno cœlornni? Et advocans Jesns parvulum, staf uit euin in medio eorum , et dixit : Amen dico vobis , nisi conversi faeritis , et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum. Match. 18; i, 2, 3.
(4) Dicebat autemet ad invitatos parabolam, intendens quomodo primos acenbitus eligerent, dicens ad illos : Cura invitatus fueris ad nuptias , non discumbas in primo loco : ne forte honoratior te sit invitatus ab illo; et veniens is qui te et illum vocavit, dicat tibi : Da i hnic locum ; et tune incipias cum rubore novissimum locum tenere. Sed fum vocatus fueris, vade , recumbe in novissimo loco : ut cum venerit qui te invitavit , dicat tibi : Araice, ascende superius. Tune erit tibi gloria coram simnl discnmbentibus. Luc. i4; 8 et seq.
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Christ a permis que deux de ses apôtres , de ceux mêmes qu'il semblait honorer d'une prédilection spéciale , se laissassent emporter par la vaine ardeur des grandeurs du siècle ; voulant donner , dans leurs personnes , à tous ceux qui connaîtraient son Evangile , la leçon du mépris des grandeurs. Il a souffert leur ambition , pour prévenir la nôtre. Il commence par leur faire entendre que , pour être placés dans son royaume , il faut avoir bu le calice amer dont il sera abreuvé dans sa passion. Il leur montre ensuite ce qui doit les distinguer des souverains et des grands de la terre , qui dominent avec hauteur et empire. Il n'en sera pas ainsi de vous , dit-il ; celui qui veut être grand parmi vous , qui aspire aux premières places, doit se faire le serviteur des autres. Il finit par leur proposer son propre exemple , et déclare qu'il est venu, non pour être servi, mais pour servir (î). O vous tous qui vous qualifiez de chrétiens , qui vous glorifiez d'être les disciples de celui qui a honoré , ennobli dans sa personne l'état de serviteur , comment pouvez-vous rougir de l'être? De quel front , ayant devant les yeux ce maître et modèle , osez-vous aspirer à une domination , à des dignités , à des grandeurs pour lesquelles il ne vous a pas fait naître ?
(i) Tune accessit ad enm mater filiorum Zebedaei adorans, et petens aliquidab eo. Qui dixit ei : Quid vis? Ait illi . Die ut sedeant hi duo filii mei, unus ad dexteram tuara, et unus ad sinistrara in regno .tao. Respondens autem Jésus dixit : Neseitis quid petatis. Potestis bibeie calicem quem ego bibitaïus i>um ? Dicunt ei: Possumus. Ait illis: Calicem quidem raeum bibetis: sedere autera ad dexteram meani, vel sinistram , non est meum dare vobis ; sed qaibus paratum est a Pâtre meo. Et audientes decem, indignati sunt de duobos fratribus ; Jésus autem vocavit eos ad se, et ait : Scitis quia principes gentium dominantur eorum , et qui majores sunt , potestatem habent in eos. Non ita erit inter vos ; sed quicumqne voluerit inter vos major fieri, sit vester minister : et qui voluerit inter vos primns esse, erit vester servus : sicut Filius hominis non venit minislrari, sed ministrare , et dare animam soam redemptionem pro uaultis. Matth. 20 ; 20 et seq.
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"VIII. Effets funestes de l'ambition.
Et pouvait-il ne pas proscrire de ses anathèmes une passion destructive , par sa nature , de toutes les vertus qu'il venait apporter à la terre ; une passion germe empesté et fécond de tous les vices qu'il se proposait de déraciner ? L'ambition n'est pas un de ces péchés qui restent concentrés dans le cœur ; un de ces vers qui périssent et s'enterrent dans la piqûre qu'ils ont faite? Du sein où elle fut conçue , elle s'élance avec furie , traînant à sa suite , et répandant de tous côtés une multitude de vices et de désordres. Considérez-la dans ses divers périodes ; dans son principe , dans sa marche , dans son succès : partout vous la trouverez vicieuse et viciante. Vous la reconnaîtrez criminelle en elle-même , odieuse dans ses moyens , funeste dans ses effets.