‹ Considérations sur l'agriculture canadienne [microforme]Chapitre 11 sur 12 · FA NS · texte numérisé non relu

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besoin, pour la plupart, d' être revisés et améliorés ;

le pauvre y aient accès, voilà deux bons loyens que ces terres ne restent plus à l'état de forêts, au grand dét#i ment du bien-être matériel du pays et du progrès si pres sant de l’agriculture.

Nous savons que le gouvernement est entré franchement dans les nécassités agricoles du jour. Ila à cœur l'œuvre de la colonisation : il a fait plus, il a commencé d'agir. Mis, d autres nécess tés reltives au commerce, aux voies ferrées, à la navigation intérieure et transatlantique, avec les difficultés ordinaires des circonstances du temps, ont absorbé plus particulièrement et son attention et ses ressources. Maintenant que toutes ces choses sont en bon train, le gouvernement et le parlement canadien pourraient-ils s occuper d'intérêts plus graves que ceux de l’agriculture ? On peut dire d'abord que du côté des p'ans et des avis touchant ces grands intérêts, il reste peu à

chercher, à deviner : c’est "le témoignage du vœu public, il est clair comme le jour. On n'a done rien à risquer de ce côté en se mettant tout de bon à l'œuvre. Là, point

d'esprit de parti à redouter ; point d'opposition malveillante et tracassière À combattre. Que l’on mette donc de suite à l'étude et ce qui a été écrit et ce qui a été fait déjà parmi nous en agriculture ; et que l’on aboutisse le plus tôt possible à un résultat général propre au besoin du temps et à l'honneur du pays.

Pour nous, nous désirons que dans ce travail nos gouvernments et nos lzislateurs aient en vue, avant tout, le bien du peuple et du pauvre, par la simplicité des rouages et des moyens. Une culture peu coûteuse et utile, une instruction agricole générale, mais anologue à cette culture ; des chemins faciles et nombreux pour conduire aux forêts et assurer efficacement la colonisation des terres obtenues à aussi bas prix que possible ; des facilités de tout genre accordées au pauvre, dans les premières années de son travail, sauf à lui faire rembourser quelque faibles redevances plus tard ; enfin, l'emploi des moyens déjà éprouvés dans notre systè: ne actuel d’ agriculture, mais moyens qui ont voilà ce que Le gouvernement et nos chambres auront à cœur sans doute d: bien considérer avant de sacrifier l'argent public à la grande cause agricole. Toujours est-il certain, qu'on ne

l'oublie point, que le plus grand bien du pas, aujour-

4 PP emmener renom,

d’hui, est attaché à un bon système agricole. Et ce système ne sera bon qu’autant qu'il sera accessible au pauvre et à la masse du peuple. Plus tard, quand ce système aura porté ses fruits, si l'on veut y ajouter du relief, et en expérer une plus grande somme de produits, alors il sera temps de créer des écoles savantes, des journaux analogues, des opérations sur une grande échelle et même des musées d'instruments si l’on veut.

Croyons bien que le plan qui réunit le simple et l’utile est aussi celui qui sera le moins dispendieux, tout en opérant plus généralement ct plus promptement. Qu'on lessaie et on verra.

Disons de suite, d’après notre point de vue, que le plan susoéré par M. Casgrain, de l'Islet, remplacerait bien, pour le moment du moins, vu l'état affaibli des finances publiques, les fermes-modèles coûteuses, et partant, nécessairement en petit nombre. D'après M. Casgrain, que chaque comté ait sa ferme d'expérience publique, et ce, aux frais en partie des expositions annuelles, voilà déjà que le cultivateur a partout sous les yeux un modèle et des leçons. Cela vaut mieux évidemment que quelques fermesmodèles haut montées et très-utiles sans doute, mais disséminées à de trop grandes distances. /

Quant aux expositions, elles devraient toutes rentrer, elles aussi, dans les conditions du plus grand bien à produire pour le plus grand nombre. C'est la règle de sagesse et de logique qu’on devrait adopter avant tout dans les divers moyens que nous avons cités touchant l’amélioration de notre agriculture. Le luxe, en cet ordre de choses, doit être, comme ailleurs, chose à part, pour les riches et les spéculateurs. Un peuple à l'aise dans ses besoins matériels, n’est point celui où quelques citoyens seulement sont opulents ; mais bien celui qui a, dans son industrie ou dans la culture de son fond, le nécessaire et l'utilité. Le reste est pur luxe, qui sert, si vous voulez, à l’ornement d’un pays comme des habits précieux servent à l’ornement d’une personne riche.

Ainsi, nos expositions utiles, nécessaires même, seraient celles où les produits, les animaux, les instruments viendraient en rapport avec les moyens et les besoins du peuple en général et du pauvre. Ceux-là, avant tout, retireraieut un vrai profit, de très-utiles leçons.et un grand en-

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couragement dans la vue des objets qu'on met ainsi sous leurs yeux et à leur portée. Autrement les expositions auraient pour effet, à part l'utilité qu’elles ont toujours pour les riches, d'engager ceux qui ne le sont point, soit à tenter

) des essais coûteux et manqués le plus souvent, soit à les

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De cette fuçon, l'argent publie consacré à ees sortes d'expositions manque son but pour le peuple et le pauvre ; lesquels pourtant doivent toujours et avant tout attirer l'attention bienveillante du gouverne- Mieux vaut done, encore une fois, des expositions à la manière de M, Casgrain, lesquelles seraient conformes, en même temps, à ses fermes-modèles, dont nous venons de parler. Voilà des institutions agricoles populaires, parce qu'elles sont simples, peu coûteuses et suffisantes, du moins pour l’époque actuelle.

Ce que nous disons de nos expositions du jour, il y a peu d'écrivains sur l’agriculture qui n’en aient jugé comme nous. Celane veut pas dire, comme on voit, qu'il faille abolir ces expositions ; non, nous ne voulons rien abolir, mais rendre généralement efficace au peuple ‘des champs ce que l’on a fait pour lui, dit-on. A notre point de vue, nous croyons devoir le répéter, il ne s'agit pas de détruire mais d'améliorer pour le bien général, et non pour l'intérêt privé de quelques individus ou de quelques classes favorisées de la fortune. Le solest à tous ceux qui ont les moyens de l’acquérir; cherchons donc d’abord ces moyens pour nous et pour nos frères qui sont pauvres ; puis, mettons-nous à l’œuvre en améliorant tout notre sÿstème d’après l'expérience et d’après l'exigence des besoins actuels du pays.

C'est dans cet esprit que doit être examiné tout ce qu'on a écrit, en ce pays, sur l’agriculture. La presse canadienne, soit dans ses journaux politiques et littéraires, soit dans des opuscules ou des journaux spéciaux, s’est plus ou moins occupée, depuis vingt ans, des intérêts de l'agriculture. Seulement, on remarque depuis quelques années que lé journalisme politique et littéraire a presque cessé de donner habituellement comme autrefois certains renselznements agricoles: d'autant plus utiles pourtant qu'ils arrivaient au lecteur plus fréquemment que par la voie des journaux spéciaux ; lesquels ne se publient : que tous les mois. Ce sont les journaux ordinaires, s'ils con:

tenaient régulièrement des enseignements agricoles simples et usuels, que nous voudrions voir lus assiduement par le peuple, soit dans la demeure respective de chaque cultivateur, soit dans les instituts agricoles et industriels. HEn se tenant au courant des améliorations du jour en agriculture, le peuple serait en même temps au fait des intérêts politiques et commerciaux qui peuvent le concerner. Non que nous voudrions pour le peuple des campagnes des connaissances politiques, commerciales et industrielles propres à le faire sortir des douces affections de son heureux état. Non, mais il n’est pas nuisible au peuple, dans les divers états qui l'occupent, surtout d’après notre régime constitutionnel, qui prête tant à l'exploitation de l’homme par l’homme, il n’est pas nuisible au peuple agricole d'avoir un certain degré d'instruction touchant ce qu’on appelle les affaires publiques. Qu'on évite les écarts de la passion qui font les partis et leur haine anti-chrétienne autant qu'anti-patriotique, le reste demeure dans le vrai et le permis. Alors, sans secousse, ni péril, vou: avez à la fois un peuple propriétaire et intelligent. La chose est d'autant plus possible, aujourd’hui, que tout le monde lit et lira de plus en plus, si tout le système complet d'éducation que nous possédons fonctionne sagement.

Quant aux journaux spéciaux que nous avons concernant l'agriculture, tant en anglais qu'en français, nul doute qu'ils sont utiles au point de vue de leurs auteurs ; et partant, pas plus que les autres moyens que nous avons cités touchant l'amélioration de notre culture, ils ne sont des hors-d'œuvres. (Ceux qui veulent, en agriculture, commencer par la science, ou, comme ils dise nt, par la tête, ont leurs raisons de penser ainsi dans l'intérêt des classes riches et instruites. Mais, après cette concession faite, qu'il soit permis de penser qu'avec le peuple il faut procéder du simple au composé, du connu à l'inconnu, des premiers principes à leurs conséquences modérées, enfin, des éléments à un développement plus général ; c’est-à-dire à une certaine science. La lozique le dit, et elle est vieille comme l’esprit humain et sage comme le bon sens. N’allons pas instruire le peuple à l’encontre de ses lois ; car, à comme ailleurs, par: la pente naturelle de la faiblesse humaine, le peuple pourrait se faire grand mal, à Jui et à d’ autres : c'est-èdire à tont

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le pays. A ce point de vue, on ferait donc bien de renoncer à vouloir commencer l'instruction agricole du peuple par des sortes d’universités, des journaux scientifiques à outrance, des moyens pratiques dispendieux, accessibles tout au plus aux amateurs et aux opulents.

Que chacun donc qui aime son pays et l'agriculture, qui en est la vie, l'honneur et la plus solide gloire, considère, en tout, ‘les choses au point de vue de | utile ct du praticable pour “le plus grand nombre. C’est là notre thèse constante, qu'on veuille bien nous en pardonner la répétition à cause de sa vérité et de son importance. Ainsi, savants tant que vous voudrez pour ceux qui peuvent les comprendre, grâce à leurs études colléciales ou spéciales ; ; mails, pour le peuple, à l'époque actuelle, et même plus tard, car le peuple n'ira jamais tout entier au collége ni aux hautes écoles, ce serait un grand mal social. Pour le peuple, des journaux agricoles qui disent simplement les choses nécessaires, sans remonter au déluge ni aux deux œufs de Lœda, pour vouloir tout expliquer scientifiquement ; c’est-à-dire sans bagage trop chimique, physiologique, géologique, botanique, zoologique, enfin sans tous les autres giques connus ou possibles ; voilà l’enseignement que la presse peut donner utilement au peuple : laissant le reste aux hautes écoles. À quoi donc servirait au peuple cette poussière olympique, puisqu'il ne peut nine doit aller en masse aux écoles savantes ?

Touchons maintenant au dernier moyen d'améliorer notre agriculture, et d'ouvrir une colonisation riche et immense ; c’est celui qu'offrent les deux grandes puissances sociales sans lesquelles les œuvres utiles et générales ne sont que partielles et d’un fruit médiocre. D'abord, au point de vue sous lequel nous avons envisagé notre sujet, 11 devient une de ces questions mixtes où le citoyen, le prêtre, peuvent et doivent se rencontrer, il nous semble, sans ombrage ni déplacement d'état. Nous voyons à l'étranger, en France nommément, des prêtres et des évêques figurer d'action et de parole s dans les intérêts si nobles de l'agriculture. Il n'y a pas lieu de dire ici pourquoi il n en serait pas ainsi parmi nous, puisque la chose y existe depuis longtemps au vu et au su de tout le monde. Dans le territoire du Saguenay, dans les town-

ships de l'Est, dans la partie appelée la colonisation de: M. Mailloux, laquelle s'étend aujourd’hui avec une ému- .

lation digne de tout éloge et plein: du plus bel espoir, le gouvernement, Σ citoyen et le prêtre, animés d’une même entente, ont rivalisé de zèle, et Dieu bénit ‘visiblement leurs œuvres par des moissons prodizieuses, par des paroisses entières qui surgissent du milieu des forêts. Mais pour ôter tout raison de s'étonner à certains esprits touchant la participation du prêtre à des œuvres plus matérielles que more les, disons que le prêtre, comme Dicu qui l'a envoyé, se sert des voies humaines souvent pour arriver au but principal du salut éternel des âmes. Et comme l’agriculture bien réglée est assurément un moyen humain très propre à diminuer le vice età favoriser la vertu, le prêtre n'est done pas déplacé à dire son ‘mot et à dévouer ses cforts dans l'intérêt de l’agriculture quand l'occasion lui en est donnée. De plus, rien qui détende au prêtre d'aider charitablement ses frères, même dans leurs intérêts purement temporels. Enfin, le prêtre est citoyen, qui en doute ? À ce titre, sans nécliger les devoirs sacrés de son état, il peut, en agriculture comme dans tous les autres intérêts civils, agir et parler de son plein droit. Et voilà comment cette puissance: sociale sert au fonctionnement général et utile de notre agriculture. L'autre puissance, c'est le gouvernement du pays. A lui la tâche directe d'étudier d'abord lecaractère et les vrais besoins du peuple canadien sous le rapport agricole. Point de système «a priori, ni importé tout fait de l'étranger. Ilya, dans le | pays, Comme nous l'avons dit, assez d'esprit et assez de ressources matérielles pour opérer un bien général et prompt par le moyen de la colonisation et de l'amélioration des fonds déjà cultivés. Tout dépend du point de départ pour rencontrer sûrement ce bien général et prompt. À certains égards, si l’on ne veut pas trop s'attacher aux formes et aux rouages à la mode du jour en tout, l'œuvre est aisée à commenc:r et à être menée à bonne fin. KNil'on déplace les caosos de manière qu'on agisse comme pour un peuple et des besoins étrangers, mieux vaut laisser cette œuvre tout à fait à la protection de la providence et au zèle particulier.

Ainsi, que le gouvernement et nos chambres législatives commencent tout de bon à s'occuper de cette œuvre dans

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nisation de # un genre simple, modique et prompt ; à mesure que les une ému-. 4 forêts tomberont pour laisser prendre aux bûcherons un

l espoir, le champ et une demeure, vous verrez aussitôt le prêtre, une même comme il le fait depuis qu'on s'intéresse à la colonisation, visiblement aller y fixer sa propre demeure et sanctifier ce lieu. Dear des pa- | puis dix ans seulement, malgré des obstacles qui devraient rêts. Mais ‘enfin cesser, comptez, dans tout le Canada catholique, sprits tou- . combien de paroisses nouvelles se sont formées par ces preplus maté- 4 miers efforts réunies du citoyen, du gouvernement et du

> Dicu qui h prêtre ?

pour arriver # On a vu avec douleur que les projets de loi présentés par comme l’a- N MM. Cauchon ét MeMicken sur l’usure, n’ont pas trouvé, eu bumain même dans nos chambres législatives, un appui victola vertu, le rieux. Quoi ! une mesure si morale et si utile } tous nos inà dévouer ! térêts matériels et surtout à l’agriculture, céderait le pas à L l'occasion des intérêts privés ou à quelques lâchetés ? Si vous tolérez au prêtre * l'usure au degré scandaleux qu’elle a déjà atteint, dites-nous urs intérêts quand il sera temps de la réglementer avec plus d'espoir de jen, qui en succès ? Kerait-ce une maxime accréditée aujourd'hui de crés de son . laisser volontiers f aire le mal sous le prétexte qu on le réles autres | primera plus tard ? C'est ce beau principe qui a mis lI- .. Et voilà talie en feu et le monde en commotion. Non, que l'opiinementgé- | nion publique, s’il le faut, au moyen de pétitions, vienne puissance, | ranimer l'opinion législative et déjouer les faiblesses des directe d'é- | intérêts privés. Dans un temps où tout canadien devrait du peuple : prêter la main au bonheur du pays par l’agriculture, il y système a aurait de nos mandataires qui se refuseraient à ce condans le cours indispensable ? La cupidité de quelques spécu-

é assez de . lateurs doit-elle empêcher l’ exerçice des devoirs de la législ'etprompt lJature ? Attendre encore une année, c’est donner une anration des née de plus au progrès d’un chancre déj: \ assez funeste. Non, lépart pour . l'usure immmodérée, sans loi ni foi, ne souffre aucun it. À cer- délai. Par toutes les raisons les plus graves, nos honoaux formes | rables législateurs doivent prêcher d’ exemple, et légiférer re est aisée . selon les vrais principes et non selon les écarts de la passion.

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législatives uvre dans

‘“ L'épi, c’est-à-dire le pain, voilà donc le blason des agriculteurs, les premiers nobles du monde.”

M. Darvrau.

Avant de toucher aux préjugés et aux obstacles qui ont retardé le progrès de notre agriculture, il faut nécessairement dire un mot de l'émigration. Dans la pensée de notre gouvernement, si l’on en juge par les paroles de M. le Commissaire des Terres, en proposant son projet de loi

sur la régie des terres de ls couronne, il faudrait ranger 6

l'émigration européenne au nombre des moyens d'agrandir et d'améliorer notre culture. Il nous paraît impossible f d'accepter cette idée in extenso.

Sans doute, le Canada est aujourd'hui trop grand pour la population qui l’habite ; mais d’après les accroissements rapides qu'il prend, il viendra un jouroù un grand peuple homogène le possédera, si on laisse la population actuelle à ses conditions naturelles, et si l’on augmente pour elle les garanties de bien-être auxquelles ‘elle à droit avant les étrangers que l’éinigration nous amènerait. Voyez les Etats-Unis, toujours à la veille de se seinder ou de se combatre par la nature diverse des races qui les habitent.

Cela n’arriverait pas, il est vrai, pour le Canada-français, si l’on avait soin du moins d'appeler une émigration aussi rapprochée que possible de la population indigène par la religion, les mœurs et la langue. Déjà exposés, comme . nous le sommes par notre régime politique, à l'amalgame hétérogène de deux races, il semble qu'l serait tout-à-fait sage à notre gouvernement de ne point pousser plus loin les embarras et les maux qui résultent d’une population formée de toutes sortes d'éléments. Et si une partie de notre population a droit de n'être pas envahie par l'émigration étrangère, c’est bien la population canadiennefrançaise, dont les pères ont conquis ce pays sur la barbarie avant que l'Anglais l'ait conquis par le hasard des combats.

Or, cette population canadienne- française, qui est pleine de sève et d'avenir, à besoin, pour prospérer sous tout rapport, des mêmes conditions qui l'ont amenée jus,

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qu'à nos jours forte, morale et heureuse. C'est-à-dire que,

s'il faut absolument de l’émigration, elle ne devrait être

que conforme en religion, en caractère et en langage à la population indigène. Bien plus, cette émigration devrait comporter d’autres similitudes, mais secondaires, telles ique ia vocation agricole dont notre peuple a été gratifié viisiblement par la Providence.

1 Onse trompe en bien des choses aujourd’hui quoique, vi-

+vant assis en plein siècle des lumières, par la raison que les iprincipes en tout sont altérés ou ignorés.

On croit faire un

peuple précisément parce qu’on réunit des familles sur un

“terrain donné.

sique, toute machinale.

LS Re

Ce n’est là qu'une opération toute phy- Des enfants qui font agir des automates sur une table donnent assez bien l’idée de ces

: brasseurs de populations en frais de former des peuples.

Le maître, aujourd’hui, dans cet escamotage À grande échelle est Napoléon ITT, qui fait, défait, refait, en spéculation du moins, des royaumes, des annexions, des confédérations au jour le jour. Aucun sens moral n'entre dans ces combinaisons, aucune considération religieuse, mais la crainte, l'intérêt, la raison du lion, voilà les fils de ce mécanisme d’un nouveau genre. On à besoin

… de la Savoie pour protéger ses frontières, on l’a prend; . voilà la raison du lion.

l'Autriche incommode, on lui tue 60,000 hommes et à soi

Le voisinage trop rapproché de

150,000 ; voilà la raison de la crainte. On voulait un royaume de l'Italie centrale pour un Bonaparte ; voilà la raison d'intérêt. Ht pourtant, disait-on, on n'avait combattu ‘que pour une idée ! C'était tout-à-fait chevaleresque ; voilà pourquoi 50,000 Français ont si bien versé leur sang. Mais, aujourd'hui qu’ils sont morts et que la fumée de la gloire s’est envolée avec la fumée des combats, on peut

dédommager les vainqueurs par des provinces et des

tres.

‘royaumes pris sur tout le monde, amis, ennemis et neu- Et voilà, au dix-neuvième siècle, comment se font encore les peuples. (C’est un retour à la barbarie et au paganisme, rien de plus. Pourquoi ? parce que les passions ont remplacé les principes. Et comment appelez-vous tout cela ? de lu politique ! Kh bien, faut-il quant à nous, peuple canadien, pour entrer dans les conditions étranges

.de cette politique, faut-il subir toutes sortes d'émigrations,

bonnes où mauvaises, par quelque raison isolée de pur in-

térêt matériel ? faut-il, nous et nos descendants, nous voir acculés sur notre propre sol pour faire place à des races propres peut-être qu'à ruiner nos intéréts et nos droits de tout genre ? Non, nos législateurs, de concert avec le peuple, doivent veiller rigourc usement à ce qu'il n'en soit pasainsi. Les races d’ honimes ne rentrent pas dans le régime des bestiaux. Choisissez-les, et ne réunissez que celles qui se conviennent avant tout au point de vue religieux, moral et matériel : puis, par surcroît, autant que possible, réunissez-les encore au point de vue du caractère, de la vocation sociale et du langage. De cette manière, vous aurez un peuple, même un grand peuple, comme vous le voulez, mais non des agglomérations factices ou des sortes de ménageries. Témoins, aujourd'hui, l'Italie et les Etats-Unis. L'un et l’autre de ces vays s’apprêtent à entrer en révolution, quand et comment en sortiront-ils ?

Quel mal y aurait-il que le Canada prît du temps à se développer selon ses lois naturelles, dès lors que vous le gouvernerez assez bien pour que le peuple qui l'habite, petit ou grand, ait le bien-être matériel, moral et religieux qui lui convient? Mais, dit-on, le pays serait plus riche, plus renommé s’il offrait une masse de population comme dans les grands pays. Depuis quand ce qu’on appelle le peuple dans les grands pays est-il plus riche que dans les pays moindres ? Étla renommée, qu'est-elle, pour les parias de ces grands pays ? La vanité est puissante en tout, dans l esprit du temps, mais elle n’a pas encore pu faire un peuple ni une société heureuse purement par le vent de la gloriole.

Quant à à nous, #ppuyons-nous sur les principes et tout, ira mieux : c'est la règle universelle de toute bonne entreprise, par conséquent d’une bonne et sage émigration, si émigration est nécessaire,

Passons maintenant aux obstacles et aux préjugés touchant l’agriculture.

Nous allons étonner quelques-uns en formulant franchement que nous mettons au nombre des hommes à préjugés, en cette matière, ceux qui veulent commencer un enseionement agricole national par la création d’écolés savantes et coûteuses, propres seulement à quelques demi douzaines d’élèves dont le gouvernement paierait les frais

dants, nous place à des réts et nos de concert à ce qu'il rentrent pas et ne réuau point de rcroît, aude vue du

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au point qu'on l'a fait ailleurs.

L\ son œuvre :

avancée.

de pension en sus de toutes les autres charges de ces écoles. M Vraiment, c’est bien la peine d'aller s’instruire à l'étranger pour en rapporter des hnitations si peu faites pour nos besoins actuels. Une mesure en ce sens, dit-on, tend à venir devant nos Chambres. C’est un malheur et une bil- Mevésée que nos mandataires bien pensants devront suivre ‘de près afin de les détourner à tout prix. Nous avons assez de notre organisme trop haut monté à l'égard de l'éduca- ‘tion populair e. Des centaines, des milliers d’ enfants s’instrui-

Nraient utilement et suffisamment en plusieurs lieux, en agri-

sans ces créations faites à rede la nature des choses Si c'est IÀ commencer par

| culture come autr ement,

} puis le commencement du monde à procéder du simple 2 composé. Une université agricole, quand il n'y à Siné

» dans le pays d'écoles mêmes élémentaires dans cet ordre

. d'enseignement, c'est voir bien singulièrement les choses. + Espérons qu’un tel plan restera pour le présent à l’état | d'utopie.

Il ne s'agit point, encore une fois, pour Îles besoins agricoles du pays, à l'époque actuelle, d'élever la science

Voici quelques citations à

ce sujet: elles sont empruntées à un écrivain français qui

se rit comme nous et comme bien d’autres, de certaines améliorations savantes faites dans

son pays sur divers ’'objets se rattachant à l' agriculture. « Dieu avait fait des bœufs avec des cornes, “dit- il, l'homme en a créé sans cornes. Les chevaux que l'on fait courir à Chantilly et à Epsom, sont des inventions de l'homme. Ki la nature, ajoute-t-il, revenait sur la terre, elle ne reconnaîtrait plus elle trouverait la place prise par la civilisation Elle tomberait au milieu d’une société qui fa- ‘brique des anguilles, qui travaille aux générations spontanées, qui inocule des maladies artificiclles à des oiseaux domestiques pour en faire des pâtés de foies gras; pour laquelle le gibier atteint son point de perfection At il : sent le fromage, quand il marche au lieu de voler, et la

race porcineet bovine, quand elle ne peut plus marcher.»

€ L'industrie bovine, a dit un jour un maître d'école, ne connaît ni climats, ni saisons, ni soleil, ni orages. Ici, l’homme devient indépendant de Dieu, et apprend à se passer de lui.

» Apprendre à se passer de Dieu, ajoute l’auteur, est une pointe d’un très bon goût philosophique et bovin / En attendant, nous ne savons pas ce que nous autres hommes nous avons gagné à ce progrès des bœufs surchargés de graisse. Ce qu'il y a de certain, c'est que le bœuf dans la marmite du pauvre, coûte aujourd’hui deux fois plus cher qu'il ne lui coûtait autrefois. Saluez le progrès ! »

Voilà bien, dans cet échantillon, un aperçu de ce qu’on nous veut en agricuiture quand on prétend commencer par la tête. Point d'amélioration. saine et générale apparemment sans commencer par le progrès des bœufs gras et la haute science qui refait la nature et apprend à se passer de Dieu. C’est là ce qu'il faut au peuple et au pauvre, et penser autrement, dit-on, c’est n’y rien comprendre, c’est tout à fait indigne des lumières du siècle. Ah! pauvres lumières et pauvre siècle, que vous rendez souvent pitoyables et nuisibles ceux que vous éclairez ! On fait instance actuellement. auprès de notre Parlement pour l’engager à créer des écoles d'agriculture où la science et le progrès qui font les bœufs impotents et déroutent en tout la nature et Dieu, seront la base de l’enseignement. Il faut le dire, il ya parmi nous aujourd’hui, en plus d’un genre, des hommes ou trop savants ou trop dépourvus de réflexion. Ils ne veulent plus, en rien, que l’on commence par le commencement, mais par le progrès complet des choses. Il faut du puf partout et de l’étalage. Le naturel, le suffisant, le convenable leur fait peur. L’utile est condamné comme n'étant plus de ton : c'est trop commun, c’est roturier, c'est du moyen-âge. Iln’y a plus,gon dirait, qu'une classe dans la société, qu'une école: la classe des esprits faux ou changeants, et l’école de la vanité et du déraisonnement. Une institution quelconque ne peut plus ni commencer ni se soutenir sans cela. On a tellement gâté l’esprit public qu'il réagit aujourd'hui sur ses maîtres, et qu’à tout prix il lui faut, comme chez la Rome païenne, des spectacles et des petits pois ; ajoutons, pour notre thèse, et des bœus gras et du puff. Oui, les païens en savaient autant; c’est dommage d'en être encore à les copier après vingt siècles de lumières chrétiennes et de bon sens rectifié par ces lumières.

En sera-t-il, devant nos chambres, touchant les plans agricoles qu’on leur soumet, ce qu’il en a été de l’usure ? Tra-t-on investir de la digni® des lois, des idées si peu en

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harmonie avec le bien du peuple et avec les besoins du pauvre ? Il est bien à craindre qu’il en soit ainsi, vû l'influence qu’exerce sur un trop grand nombre le motif malheureux de l'intérêt privé et le désir de faire briller le pays au loin au dépens de son bien-être intérieur. Sans avoir l'air d’y songer, on sacrifie le peuple à la vanité de créations étrangères, propres tout au plus aux riches embarrassés de leurs richesses, ou à des Lucullus tourmentant la nature et Dieu pour satisfaire les caprices de leurs sens émoussés. Est-ce là cette tête par où nous devons commencer une régénération agricole en Canada ?

Non assurément : il n’est besoin parmi nous nide cette science, ni de ce progrès pour ouvrir nos forêts et combattre la routine et les préjugés touchant l'art agricole. Art nécessairement simple, puisqu il a été approprié au peuple par la Providence elle-même.

Les quelques feuillets relatifs à cet art que l’un de nos derniers Gouvernears avait fair circuler à ses frais parmi le peuple, suffiraient même à donner une instruction suffisante pour le temps, si nos léuislateurs voulaient faire le reste. Ces feuillets touchaient précisément aux défauts de notre routine ou de notre insouciance. Ils étaient le travail d’un cultivateur canadien à l'aise. Ce cultivateur avait exécuté lui-même la théorie toute simple et judicieuse qu’il communiquait à ses compatriotes par la voie honorable de ce gouverneur bien intentionné et bien pensant en cette matière. Enfin, cette théorie était en harmonie avec notre climat, avec la nature de notre sol, avec les moyens dont peuvent disposer nos cultivateurs ordinaires. Outre donc les livrets utiles sur l’agriculture, dont nous avons déjà parlé, et tous écrits par des Canadiens, pour le climat et le sol canadiens, en proportion avec les ressources pécuniaires des agriculteurs canadiens, ces feuillets sur l’agriculture devraient être mis entre les, mains de tous les enfants des écoles, par le moyen d’une bonne loi et d’une petite subvention à cette fin. Ce que l’on propose de dépenser pour une ou deux écoles de haut parage, couvriraient les frais de cet enseignement plus simple, mais général et plus utile. D'alleurs, quant à ces écoles s1 élevées, vous avez déjà dans la ferme de Varennes et dans ce que vient d'établir le collége de Sainte-Anne, qui réunit

précisément, sous un double rapport, ce dont le pays pourra

avoir besoin pour longtemps, vous avez ces écoles savantes au degré qu'il suffit pour qu'elles ne soient pas des créations faites maloré Minerve, malgré la nature et malgré Dieu.

Il y a bien d’autres choses que des utopies ou des emprunts forcés d'écoles et de science étrangères, qui doivent attirer ici l'attention ct le zèle dés amis de l’agriculture. Déraciner la routine, par quelques principes clairs et éprouvés ; combattre l'insouciance ou la paresse par voie d'autorité, s’il le faut, de la part des parents à l’égard de leurs fils, et de la part de la Législature à l'égard de tous; corriger l’inconduite en la soumettant légalement, s’il le faut encore, aux travaux agricoles, qui rendront toujours mieux que les travaux forcés et la honte du pénitencier, voilà comment on peut en finir avec la routine, l'insouciance et l'inconduite. Quant à ceux qui peuvent facilement abandonner un préjugé par, le simple raisonnement, il leur suffira de suivre les enseignements d’une bonne école, ou d’un lectureur populaire bien intentioné, ou d’un journal à la portée de tout le monde : les fermesmodèles, les expositions, telles que nous les avons indiquées, achèveront le reste. Déjà, on le sait, même ponr l'école de Sainte-Anne qui ne fait que de naître, la vue des beaux produits qu'elle à obtenus sur sa ferme, dans la moisson dernière, a fait ouvrir les yeux à tous les cultivateurs sensés qui les ont admirés. On leur a fait voir aussi que ce beau rendement ne coûtait pas aussi cher qu’on le pensait, etque tout compte réglé, il est resté et du profit et les plus belles espérances. C’est au point de départ, en agriculture comme en toute industrie, qu'il faut s'attendre aux sacrifices : bientôt ensuite viennent les résultats heureux. D'ailleurs, le goût aujourd’hui est à l’agriculture, plus qu'aux chantiers, aux pêcheries et à la navigation : c’est un bonheur. Profitons-en et les préjugés, l'insouciance ou la paresse céderont bientôt le terrain devant une guerre intelligente, vive, unanime et sans relâche.

Quel est le mal, après tout, dans notre agriculture ? peu de chose : quelques principes et quelques moyens simples peuvent y remédier. Voici : nos agriculteurs cultivent trop de champs à la fois. [ls ne s'appliquent pas assez aux assolements, à l'irrigation, aux labours profonds et répétés, aux rotations. Ils ne S 'inquiètent pas assez non plus de

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la nature du sol, des grains qui lui conviennent, des engrais qu'ilexige. Et, quant aux moyens, souvent ils ne dépendent pas deux, mais de l'administration publique. Voilà à peu près, les principaux défauts de la routine. Donnez les principes contraires par un enseignement général, sans chimie ni physiologie, chose fort possible ; faites appliquer ces principes élémentaires dans les petites fermes de comté ou d'écoles, puis donnez les moyens qui ne dépendent pas du cultivateur, et vous régénérerez en quelques années le Canada au point de vue agricole. Essayez-le, c'en vaut la peine. Du moins, auriez-vous une excuse de nous détromper ou de vous détromper après essai fait. Jusque À, nous avons droit d’insister et de tenir à notre pensée.

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