‹ Considérations sur l'alimentation de l'enfant après la naissanceChapitre 3 sur 9 · ANALYSE · texte numérisé non relu

ANALYSE

Dü LAIT DE LA FEMME,

Lehman.'

Régnault.

Becquerel

et

Vernois.

Bouchardat

et

Queveune.

Eau ......... . .. .t ..

Caséum et sels insolubles.

Beurre... ...

Sucre de lait et sels solubles

Le lait de la femme est relativement très-pauvre en caséum, aussi se prend-il difficilement en caillots. La présure à 50® amène toujours la coagulation , mais d’une façon incomplète, on voit seulement se former des grumeaux petits et isolés. La quantité d’albumine qu’il renferme est trop faible pour que la cbaleur le fasse coaguler. C’est le lait le plus riche en beurre et en lactine.

Sa composition diffère peu de celle du sang , qui est formé de globules suspendus dans une dissolution de fibrine . d’albumine et de sels. Le lait est une émulsion de matières grasses dans de l’eau rendue plus visqueuse par le caséum ^ tandis que le sang se distingue par des corpuscules albuminoïdes doués d’organisation.

« Le lait, dit M. Bouchut, n’est qu’une substance formée de toutes pièces au dépens du sang , qui en renferme les éléments déjà tout préparés. Ne -voit-on pas, en effet, que le sang nous offre, on peut le dire, sous les mêmes formes , toutes les matières terreuses du lait ?

»Le caséum, c’est l’albumine du sang,^ dont l’état.moléculaire seul est changé , et d’ailleurs , on a trouvé le caséum dans le sang d’un grand nombre d’animaux ; puis la présence de la matière grasse sous forme de globules dans le sang n’est plus douteuse aujourd’hui ; enfin, l’acide lactique est démontré exister dans le sang des animaux, dont le lait renferme de la lactine. Le lait est donc dérivé du sang, auquel il ressemble par tous les principes qu’il renferme : matières terreuses, caséum ou albumine, matière grasse et acide lactique, et dont il diffère par tous ceux qui lui manquent : fibrine , matière colorante , etc. (1). »

Ainsi constitué, le lait est un aliment complet; de plus, par ses éléments, il est le seul capable de suffire à la vie et à l’accroissement du Jeune enfant ; par son assimilation facile , il est le seul qui convienne à son estomac débile, à ses intestins facilement irritables.

Nous avons maintenant à nous demander comment le lait, une fois ingéré par le nouvel être, se modifie , se digère’, sé transforme en matières assimilables telles, qu’il suffit à tous les besoins de l’enfant. Les glandes salivaires , au moment où le fluide mammaire est introduit dans la cavité buccale par la succion, sécrètent une certaine quantité’de salive qui se mélange avec le lait, puis arrivent ainsi mêlés dans l’estomac. Là, il est presque immédiatement coagulé par la pepsine (ferment de la muqueuse gastrique) et séparé en deux parties ; l’une liquide,,c’est le sérum; l’autre solide , c’est le caséum. Le sérum , contenant la lactine et les sels solubles, étendu par le suc gastrique, est absorbé presque aussitôt par les radicules veineuses de l’estomac.

' Cette première phase de la digestion s’opère avec rapidité ; la seconde exige plus de temps (un intervalle de deux heures environ ). Ce qui ca-

(1) M. Bouchul, Traité'pratique des maladies des nouveau-nés et des enfants à la mamelle, 3e édit., p. 18. '.

racterise cettG dorniGre, c Gst la dissolution lontG Gt progrGssivG du coa* gulum casGGux par 1g suc gaslriquG, Gt, gu définitivG , son absorption par les vaisseaux de la muqueuse de l’estomac.

L’absorption des matières grasses a lieu dans tout le parcours de l’intestin grêle; elle demande un laps de temps plus long, qu’il est difficile de préciser. Ces matières, émulsionnées d’abord par la bile et le suc pancréatique, pénètrent dans les vaisseaux chylifères qui tapissent les parois intestinales, et arrivent dans le torrent de la circulation en passant par le réservoir de Pecquet, le canal thoracique et la veine sousclavière.

Une fois absorbés après l’élaboration digestive, les divers principes du lait ont chacun une destination spéciale. La lactine et le beurre appartiennent à la classe des corps hydrocarbonés ; leurs éléments , par un mécanisme qui nous échappe encore aujourd’hui, commencent à se désunir dans le torrent de la circulation , puis , se combinant à l’oxygène, sont, en définitive, éliminés sous forme d’eau et d’acide carbonique, après avoir fourni, par cette série de métamorphoses, la chaleur nécessaire à l’entretien de la température de 37 degrés et demi centigrades. La caséine et l’albumine , substances essentiellement azotées, servent à former l’albumine du sang et la fibrine des tissus. M. Bouchardat pense que ces matières , propres à l’accroissement du sujet, se détruisent difficilemetit, puisque l’urine des jeunes animaux ne contient pas d’urée; la physiologie nous apprend que l’urée est le dernier terme de la transformation des matières albuminoïdes. Les éléments inorganiques du lait (sels) se déposent dans la trame du tissu osséux , leur quantité est ordinairement en rapport avec la rapidité de l’accroissement, elle varie sui' vant les espèces; l’homme-s’accroissant lentement, le lait de la femme contient peu de sels. ,

Le lait n’est un aliment complet et suffisant qu’autant que ses divers éléments sont dans les proportions normales ; sa pauvreté en matériaux nutritifs ou sa viciation par le mélange avec des liquides pathologiques, deviennent pour le nouveau-né une cause de souffrance et de maladie ; il faut donc pouvoir s’assurer de sa pureté et de ses qualités nutritives.

Pour cela, on peut avoir recours à plusieurs moyens qui, sans être d une très-grande précision , suffisent cependant pour éclairer le praticien.

Ainsi, le microscope, dont l’usage devient tous les jours plus familier, permet d’apprécieî d’une manière assez exacte la richesse du lait, celle-ci étant en rapport avec rabondance des globules contenus dans ce liquide. Cet examen consiste à soumettre à un grossissement de 300 diamèlrea environ, une goutte de lait étendue sur une plaque de verre; on aperçait aussitôt, au milieu d’un liquide transparent ou légèrement opalin, une grande quantité de globules sphériques, dont le volùrae varie depuis le point apercevabie jusqu’à 0,‘“‘“‘01 à peu près. Leur surface est lisse, parfaitement diaphanes au centre, leur contour eat limité par une ligne foncée, qui n’est qu’un effet de la réfraction de la lumière. Les globules du lait ne sont pas des éléments anatomiques particuliers, mais siînplement des gouttes ou granulations de matière grasse en suspension. Ils sont dépourvus de membrane enveloppante.

Sur la composition interne des globules du kit, on a donné plusieurs hypothèses complètement inadmissibles aujourd’hui. Les uns, avec Leuwenhoëck, admettent deux: espèces de corpuscules ; les plus volumineux seraient formés par le beurre, les plus petits par le caséum. M. Raspail les croit de nature albumineuse et oléagineuse. MM. Mandî et Turpin prétendent qu’ils sont organisés. Quelques auteurs même les croient composés de plusieurs éléments. M. Raspail leur décrit une enyelo^e propre d’albumine. MM. Dumas et Hènle les croient recouverts de matière, caséeuse.

« Mais, d’après M. Donné, les globules laiteux ne peuvent être constitués que par le caséum ou la matière grasse ; il est impossible qu’ils soient formés par le sucre de lait ou par les sels, puisque ces matières sont à l’état de dissolution. Pour savoir à quel des deux éléments , èii caséum ou de la matière grasse, ils apparliennent, on a recours à l’expé- -nence suivante : si on jette sur un filtre du lait de vache, par exemple , ,1e papier kisse passer un liquide clair et opalin qni, par l’acide acétique, donne un précipité blanc caillebbté. Ce liquide contient beaucoup de caséum, et cependant le mieroscope' y découvre à peine quelques

globules très-petits. La partie restée sur le filtre se compose de globules laiteux qui contiennent la crème ; traités par l’étber, ces globules, comme d’ailleurs toutes les matières grasses, se dissohent et disparaissent (1). »

S’il se trouve un peu de sang dans le lait, le microscope permet facilement de découvrir les globules particuliers du sang au lieu des -corpuscules laiteux dont nous avons parlé un peu plus haut. Les globules sanguins sont de petits disques, aplatis, ronds ; leur diamètre est de 0“,006 à 0®,007, et leur épaisseur de 0“,002.

La présence du pus est révélée aussi par les globules qui caractérisent ce liquide pathologique. Ce sont de petits corps sphériques, à surface lisse ou à peine grenue , ayant un diamètre de 10 à 14 millimètres, suivant les organes. Ils sont grisâtres, transparents à la lumière transmise, d’un blanc jaunâtre à la lumière réfléchie. Ils se composent d’une masse de cellules contenant de un à quatre noyaux, épais' de 0‘“,003 à 0®,004 millièmes de millimètre.

Pour apprécier approximativement la richesse du lait au moyen d’instruments, je dois encore citer en première ligne M. Donné, pour son lactoscope; puis M. Quevenne , pour son lacto densimètre , et enfin l’appareil de M. Leconte. L’emploi du lactoscope de M. Donné est fondé sur ce que le lait doit, en grande partie, son opacité aux globules qui s’y trouvent contenus. Cet instrument se compose de deux tubes rentrant l’un dans l’autre et munis de deux verres parallèles*, que l’on peut rapprocher ou éloigner à volonté à l’aide , d’un pas de vis pratiqué sur les montures métalliques des deux verres. Cinquante divisions servent à mesurer le degré d’écartement des verres, le zéro correspond à leur contact. Un petit entonnoir placé sur le tube répond à l’intervalle qui peut exister entre les deux disques transparents. Pour se servir de cet instrument , on le place en face d’une bougie allumée à la distance d’un mètre, la flamme est nettement visible à travers l’instrument, lorsque

(t) M. Donné, Recteur de l’Académie de Montpellier, Cours de microscopie, 1844, p. S56. ^ •

les verres sont en contact; alors on verse un peu de lait dans l entonnoir, et l’on écarte graduellement les verres jusqu’à ce que l’œil ne distingue plus la flamme de la bougie. Le degré de cet écartement est en raison inverse du nombre des globules, c’est-à-dire de la richesse du beurre. Quand le lait est riche, une couche mince suffit pour éclipser la lumière de la bougie, et il en faut une couche d autant plus épaisse, que le liquide analysé est plus séreux et plus pauvre en globules. Un lait de

bonne qualité marque ordinairement 10“,30.

Le tacto-densimUre àe Quevenne est tout simplement une petite éprouvette présentant 100 divisions. On la remplit de lait, qu on laisse en repos jusqu’à ce que la couche de crème soit bien formée, c’est-à-dire pendant 24 à 36 heures. Dans un lait de bonne qualité, la couche'qui surnage doit mesurer 3 divisions sur 100.

L’instrument de M. Leconte se compose d’un tube de 0“,02 de diamètre, fermé à une de ses extrémités et divisé dans sa longueur en cinq parties, ayant chacune une capacité de S centimètres cubes. A sa partie supérieure , se trouve soudé un tube d’un diamètre beaucoup plus petit, divisé en vingtièmes de centimètres cubes. Celui-ci est surmonté d’une partie évasée en entonnoir et sans graduation. Le lait à analyser est introduit dans l’instrument par l’entonnoir, et après avoir ajouté 5 centimètres cubes d’acide acétique cristallisâble, on agite le mélange pendant quelques minutes. La caséine, qui s’était coagulée au contact de l’acide acétique ,*se dissout peu à peu , et le beurre vient surnager sous la forme de flocons blancs. Il suffit alors de chauffer avec une lampe à alcool pour liquéfier le beurre , qui paraît à la surface sous la forme d’une couche limpide. dont il est facile de mesurer l’épaisseur au moyen des graduations, tracées sur le petit tube. Cette opération exige à peine quelques minutes et donne de bons résultats.

Colostrum, —Le liquide sécrété par les mamelles n’offre pas d’emblée les caractères physiques dont nous venons de parler. Sa composition chimique même présente de notables différences, lorsque la sécrétion

mammaire commence à s'établir. Ainsi, d après M. Simon (l),la composition du colostrum de la femme immédiatement après l’accouchement

est : .

Eau. ....82,8

Matières grasses. 5,0

Caséine. 4,0

Sucre de lait.. 7

Cendres.. 0,31

■ D’après cette analyse, on voit que les quantités de sucre de lait, de beurre , de sels que contient le colostrum surpassent les proportions des mêmes principes qu’on retrouve dans le lait. La caséine même y est aussi abondante que dans ce dernier liquide. M. Dumas n’est pas de cet avis; il pense, au contraire, que le colostrum contient peu de sucre et beaucoup moins de caséine que le.lait lui-même.

Le premieV lait ou colostrum est un liquide ressemblant à de l’eau de savon très-légère, jaunâtre , d’une saveur fade, quelquefois un peu amère , de consistance plus grande que celle du lait, il ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. Par le repos, ce liquide se sépare-en deux parties .• l’une séreuse , l’autre visqueuse qui forme à sa surface une espèce de crème jaune, épaisse, onctueuse. Exposé à l’air, il s’aigrit et se putréfie avec rapidité. Quaqd on l’examine au microscope, on voit qup ces éléments diffèrent de ceux du lait. Au lieu des globules sphériques réguliers, à bords noirs que contient ce dernier, on trouve 1® des globules très-petits, liés entre eux par une matière visqueuse et se séparant par petites masses agglomérées; 2® un certain nombre de globules laiteux, irréguliers, de volume inégal, quelques-uns très-grands ressemblant aux gouttes d’huile ordinaire, vues sous le microscope; 3® enfin, une troisième espèce de corpuscules^qui sont propres au colostrum, et que M. Donné appelle corps granuleux.

Ces corpuscules sphériques, ovoïdes ou à contours irréguliers ont un volume qui varie entre 0,01 et 0,05 de millimètres ; ils sont jaunâtres,

(i) Thèse de Paris, M. Deprez, année 1859.

faiblement transparents , à contours foncés. Les alcalis n’exercent aucune action sur eux -, l’éther, au contraire, les dissout d une manière complète.

Les mamelles donnent du colostrum bien avant la fin de la grossesse. Cette sécrétion conàmence à partir du sixième ou septième mois de la gestation. Elle est plus ou moins abondante ; suivant les sujets, la quantité de liquide sécrété augmente à mesure que l accouchement approche.

Après le travail, le colostrum perd bientôt ses caractères, il s éclaircit, le nombre des corps granuleux diminue ^|^s globules laiteux prennent une forme plus régulière et deviennent indépendants. Au bout d un mois à peu près, le lait né présente plus de traces de colostrum. Mais avant d’être élément nutritif pour l’enfant, le colostrum a, d’après la majorité des auteurs, des propriétés purgatives, dues, d’après les uns, à la grande quantité de-sels qu’il contient, et d’après d’autres au beurre qui y est en excès.

IL — DE l’allaitement maternel.

Toutes les statistiques montrent que l’alimentation qui convient le mieux au nouveau-né, est l’allaitement maternel, qui n’est en quelque sorte que le complément de la maternité.i Pendant la vie intra-utérine, le fœtus a puisé tous les éléments de sa nutrition dans le sang maternel ; après la naissance, il trouve encore dans le lait de celle qui l’a nourri pendant neuf mois les matériaux les plus appropriés à ses besoins et à la force assimilatrice de ses cmganes. C’est toujours le même sang élaboré, c’est toujours la même source qui fournit pendant cette longue période. Le rapport intime qui unit la mère à son enfant se continue, on peut dire sans interruption, depuis le moment de la conception jusqu’à Celui du sevrage. Alors seulement l’enfant est assez fort pour vivre indépendant et participer à la vie commune.

Le cœur de la mère est heureusement doué de cet amour, de cet attachement sans bornes qui lui fait oublier toutes les douleurs, toutes les fatigues , pour ne -penser qu’à son enfant. A peine délivrée , elle concentre sur lui toute son affection ; elle ne pense plus à elle-même , elle ne songe qu’à conserver les jours de son nouveau-né.

Il y a dans la sollicitude maternelle, dans les soins que l’enfant reçoit, quelque chose qui, dans beaucoup de circonstances, compense ce que la constitution physique de la femme et les qualités du lait laissent à désirer. Rien n’est plus commun que devoir des mères élever de beaux • enfants, quoiqu’elles n’aient pas les apparences d’une bonne nourrice. €’est un fait démontré par l’expérience, et tous les observateurs sont d’accord pour proclamer la supériorité de rallaitemént maternel.

«H est difficile, dit M Donné, de définir d’une manière .précise quelles sont les conditions de santé que doit présenter une mère qui se dispose à nourrir, et quelles sont celles qui excluent absolument l’allaitement de sa part ; c’est moins une apparence de force extérieure et une santé robuste et immuable que l’on doit exiger qu’une bonne eonstitution, c’est-à-dire une constitution irréprochable sous le rapport des affections héréditaires qui peuvent compromettre l’enfant ou qui peuvent prendre, sous l’influence de rallaitement, un développement et un degré d’activité capables de nuire à la mère.

»^i l’on ne devait accorder la faculté de nourrir qu’aux mères douées d’une force et d’une santé aussi robuste que celles qu^ recherche dans les nourrices étTangères, il faudrait à peu près renoncer à voir les femmes du monde allaiter jamais leurs enfants; car il est très rare de renconfrer ces conditions dans la femme habitant les grandes villes, et surtout parmi cefles de quelques classes de là société; mais il y a tant de compensation à leur infériorité sous ce rapport, relativement aux nourrices étrangères, qu’il est bon de mettre une certaine mesure dans les exigences, et de ne pas pousser la sévérité à l’excès (1).» €azeaux se range complètement de cet avis

(1) Conseils aux mères sur la manière d’élever les enfants nouveau-nés; Donné 1842.

(2) Traité â’aecoudhement, 5e ëâit., p. 991.

C’est aussi ropinion de Désormeaux. D’après ce dernier, «les consé quences de l’allaitement maternel sont si considérables, qu il faudrait des circonstances bien impérieuses pour s’en dispenser. On voit tous les jours des femmes qui paraissent de médiocres nourrices avoir de beaux nourrissons.» -

Comme je l’ai dit précédemment, les relevés statistiques témoignent en faveur de là supériorité de ce mode d’allaitement. Les recherches de M. Benoiston de Chateauneuf montrent que la seule mise en nourrice augmente la mortalité. M. Bertellon (l),,dans un mémoire communiqué à l’Académie de médecine en 1852, démontrait que là plus grande partie de l’excédant des décès dans lé département de la Seine et dans les treize départements qui l’environnent, dépendait de l’usage funeste où sont les mères d’abandonner leurs enfants à une surveillance étrangère.

Qu’on ne nous accuse pas cependant d’être du nombre de ceux qui pensent que presque toujours et quand même la mère doit allaiter son enfant; nous croyons au contraire que le médecin prudent fera bien de ne pas obéir en aveugle à un esprit de système exclusif favorable ou défavorable à l’allaitement maternel. Tout ce qu’on peut dire, c’est que, d’une manière générale, la présomption doit être en faveur de la mère.

Si donc on ne constate dans la famille de la mère, ni chez elle-même, la présence d’aucune affection diathésique ; si on ne redoute aucune disposition à la phthisie pulmonaire; si le tempérament n’est pas lymphatique à l’e:^, pourvu que la mère soit douée d’une force moyenne et d’un embonpoint ordinaire . que l’appétit soit bon, que les forces se réparent convenablement par la nourriture et par le sommeil, que le lait soit de bonne nature et en quantité suffisante, non seulement l’allaitement maternel peut ê|re permis, mais encore il doit âre conseillé, et la meilleure nourrice sera la mère elle-même.

Obstaclss Q, l cillciitBinBnt fh,Q,t6Tn6l. — Malgré tous ces avantages l’allaitement maternel est plus d’une fois impossible; la mère doit alors

(1) Gazette médicale de Paris, 1832, pî 209. Études statistiques sur des nouveau-nés.

savoir se résigner à confier son enfant à une nourrice, c’est au médecin à la, prévenir et à la déterminer à ce sacrifice. Parmi les obstacles à l’allaitement maternel, les uns existent au moment même de l’accouchement, les autres ne se manisfestent que plus tard et lorsque déjà l’allaitement a été commencé.

Les contre-indications de la première catégorie sont générales ou locales. En tête des contre-indications tirées de l’état général, nous aurons les affections morbides constitutionelles susceptibles de se transmettre par hérédité : tèlles sont la scrofule, la tuberculose, le cancer, etc. ^

Une mère entachée d’un de ces vices ne doit pas nourrir, car agissant différemment, on placerait le nouveau-né dans les conditions les plus favorables à la réalisation de l’état morbide dont il a contracté le germe pendant la vie intrà-utérine. Le lait de sa mère, quoique paraissant de bonne nature, est vicié dans sa constitution vitale, s’il est permis de s’exprimer ainsi, ce lait est scrofuleux, tuberculeux, cancéreux, etc.

Un médecin qui a laissé plusieurs traités importants au point de vue pratique , Pujol (de Castres) (1), s’exprime ainsi : « Le lait est un sang commencé, il a non seulement des propriétés communes de vie et d’animalisation, mais encore des qualités spécifiques et propres à Ja nature, à la constitution et à l’idiosyncrasie de l’individu qui le fournit. En ce sens, on peut assurer que chaque nourrice à son , lait comme son visage, son tempérament et sa manière de voir, d’où on est obligé de conclure èn bonne physiologie que les qualités du fluide laiteux, administré à l’enfant qui tête, peuvent et doivent modifier de diverses manières toute sa débile . organisation^ et par conséquent lui communiquer les vices soit organiques, soit humoraux dont est atteinte la femme qui le nourrit. »

Dans les circonstances auxquelles nous faisons allusion , l’allaitement n’est pas seulement préjudiciable à l’enfant, mais encore il exerce une influence fâcheuse sur la santé de la mère , sur l’économie entière , une

(1) Pujol (de Castres), OEuvres de médecine pratique, t. ii. p. 261 ; Essai sur les maladies héréditaires.

action débilitante qui peut hâter les progrès de l’état morbide constitutionnel. Quelques auteurs, avec le célèbre Morton, ont prétendu que l’allaitement était favorable aux femmes phthisiques, et qu’il avait pour heureux résultat de suspendre ou plutôt de retarder la marche de la tuberculisation. Cette opinion, malgré le talent dé ceux qui 1 ont soutenue, est en désaccord complet avec les faits cliniques. M. Grisolle , en 1849, communiqua à l’Académie de médecine un mémoire contenant dix-sept observations par lesquelles il est arrivé â conclure : que la grossesse, loin d’avoir sur la marche dé la phthisie, le pouvoir suspensif qu’on lui avait accordé, loin même d’être une circonstance favorable en prolongeant rexistencê, précipite, au contraire, la catastrophe. Depuis cette époque^ bien des faits sont venus confirmer l’influence fâcheuse de-la grossesse et de l’allaitement dans le cas de tuberculisation pulmonaire.

Les femmes faibles, valétudinaires', recouvrent, d’après quelques au teurs, une bonne santé en nourrissant leur enfant ; nous devons dire que nous ne sommes pas de cet avis; nous croyons tout le contraire. D’une manière générale, l’allaitement ne convient nullement aux femmes dont la constitution est originairement débile, pas plus qu’à celles qui sont épuisées à la suite d’une maladie grave ou de longue durée, car les fatigueinhérentes à la lactation doivent nécessairement augmenter la détérioras tion de l’organisme et achever la ruine des forces. D’ailleurs , le lait que fournissent les mamelles, dans ce cas, est insuffisant ou de mauvaise nature. •

Soim à prendre pendant la grosmse pour faciliter T allaitement. — Pour que railaitement maternel soit possible, il est nécessaire que les mamelles soient bien conformées et que l’enfant trouve dans ces organes une alimentation suffisante et de bonne qualité.

Il n’est pas besoin de dire que l’oblitération des conduits galactophores, l’imperforation du mamelon , l’absence de cet organe des deux côtés à la fois, ne permettent pas de songer à 1 allaitement. La brièveté trop grande du mamelon est un obstacle contre lequel on a souvent à lutter. Cette brièveté peut n’être que relative, c’est à-dire qu’assez long à la rigueur

pour un enfant fort qui aurait l’habitude de la succion, il est trop court pour un enfant nouveau-né, qui ne peut pas ou qui ne veut pas le prendre. La mauvaise conformation du mamelon est produite, dans la plupart des cas, par la compression que les vêtements trop serrés, et surtout le corset, exercent sur cet organe, qui s’aplatit et semble s’effacer. Aussi, est-il prudent de ne pas attendre le moment de l’accouchement pour examiner les seins ét voir si le mamelon est dans les conditions convenables. Il est possible , quand on s’y prend de bonne heure, de donner à cet organe une longueur suffisante. Les moyens que l’on a proposé pour y arriver sont nonibreux, et on ne doit pas les employer indifféremment. La titillation du mamelon, faite à d’assez fréquents intervalles dans les derniers temps de la grossesse, ne peut convenir que lorsque sa brièveté est peu prononcée. Il en est de même de l’application des bouts de seins. Pour rendre plus énergique.l’action de ces derniers instruments , on a conseillé d’adapter à leur partie centrale un corps de pompe qui, à chaque coup de piston, fait le vide dans le petit appareil et force le mamelon à proéminer dans sa cavité. Mais, d’après M. Cazeaux, l’usage de la pompe ventouse n’est pas sans inconvénients. En effet, à chaque mouvement d’ascension du piston, la peau fine et délicate qui entoure le mamelon frotte contre les parois du bout de sein et s’enflamme plus d’une fois à la suite de frottements répétés. L’usage des pipes de verre, que la femme peut appliquer elle-même, donne quelquefois lieu aux mêmes accidents. On préfère généralement un moyen beaucoup plus simple et' plus inoffensif; nous voulons parler de la succion exercée plusieurs fois par jour, par une grande personne , par un enfant de quelques mois , ou bien encore par un jeune chien, .

Accidents qui peuvent troubler le cours de Vallaitement. — Les femmes, qui nourrissent pour la première fois et dont les bouts de seins sont mal formés, sont exposées, pendant la première ou la deuxième semaine qui suit l’accoucbement, à certains accidents locaux capables de gêner ou d’empêcher même l’allaitement. On voit paraître sur le mamelon ou autour de cet organe , des érosions, des excoriations, des gerçures, des

fissures ou des crevasses. Sur chacune de ces affections, nous allons dire quelques mots,*et nous allons indiquer les moyens de les prévenir et de les traiter.

L’excoriation, dont l’érosion constitue en quelque sorte le premier degré, est une petite plaie superficielle de la peau, le derme est mis à nu, la couche d’épiderme qui le recouvrait ayant été détachée par les efforts de la succion que fait le nouveau-né. Quand il y a gerçure , la peau est sèche, fendillée, la couche épidermique est desséchée et prend l’aspect de petites écailles. La fissure est une petite ulcération allongée et ordinairement plus profonde que la simple excoriation. La douleur est très-vive, surtout lorsqu’elle se développe au point où la hase du ma, melon s’insère à là mamelle. C’est encore ce point qu’occupent le plus ordinairement les crevasses, espèces de fissures accompagnées de tuméfaction et de sensibilité extrême des tissus environnants. Ces petites solutions de continuité, abandonnées à elles-mêmes, ont de la tendance à se creuser de plus én plus. On les voit quelquefois déraciner presque en entier la base du mamelon.

Les efforts de succion que fait l’enfant lorsque ce dernier est trop court, sont la cause la plus ordinaire des accidents locaux dont nous venons de parler. Quelquefois la simple exposition au froid du mamelon, aussitôt l’allaitement, produit les mêmes accidents. Nous devons citer encore comme cause, la jeunesse de la femme, nourrissant pour la première fois, dont la peau est fine, délicate, les tempéraments lymphatiques, nerveux.

L’opiniâtreté-de ces différentes lésions, surtout des fissures, des crevasses , est une circonstance qui doit préoccuper l’accoucheur. Il devra s’efforcer de prévenir autant que possible la manifestation. En cas d’insuccès, il aura recours aux moyens curatifs les plus appropriés.

Moyens prophylactiques.— On conseille de faire quelque temps avant 'l’accouchement des lotions sur le mamelon, avec de l’eau salée, du vin de 1 eau-de-vie étendue d eau. Quand la femme commence à donner à téter, M. Trousseau recommande de faire laver le mamelon avec une

éponge fine aussitôt l’allaitement. La salive du nourrisson est acide et pour peu qu’il reste du caséum, cela suffit pour amener des excoriations. Ces lotions seront faites de préférence avec de l’eau légèrement astringente, mais il faut les pratiquer avec promptitude afin de laisser le sein exposé à l’air le moins possible. Aussitôt après, on recouvre le mamelon d’un petit capuchon de plomb percé d’un trou à son centre, afin de le protéger contre le contact de l’air froid et le frottement des vêtements.

Moyens curatifs. —Quml aux moyens prétendus curatifs, leur nombre est trop grand pour que nous essayons de les désigner. Ceux qui paraissent avoir donné les meilleurs résultats sont : les lotions astringentes ou caustiques. M. Velpeau conseille la solution de nitrate d’argent ou de sulfate de zinc ; M. Trousseau se sert aussi d’une solution légère de nitrate d’argent, et dans quelques cas, de sulfate de zinc ou de cuivre. M.Bourdel, agrégé à cette Faculté, a eu beaucoup à se louer de l’emploi de la teinture de benjoin contre les gerçures , qu’elles soient superficielles ou profondes, larges ou peu étendues, anciennes ou récentes. On l’applique au moyen d’un pinceau, chaque fois que l’enfant a fini de 4,éter. Inutile d’ajouter que le sein sera lavé avec le plus grand soin chaque fois qu’on le présentera au nourrisson.

Le collodion a été proposé comme un moyen de soustraire la surface malade au contact de la bouche du nouveau-né, d’empêcher le tiraillement des lèvres de la plaie pendant la succion; malheureusement la touche mince qu’il forme à la surface de la peau se détache facilement par petites écailles au contact de la salive.

L’emploi simultané du collodion et de la baudruche paraît avoir donné d’assez bons résultats à M. Legroux. Le pansement auquel il a recours consiste à recouvrir d’abord le sein malade d’une couche de collodion, et par-dessus un disque de baudruche de la grandeur de la paume de la main percée à son centre de petits trous, de façon à ce qu’ils correspondent au mamelon. Cette application doit être aussi exacte que possible; en rend le pansement plus solide, en recouvrant la baudruche d’une autre couche de collodion. L’appareil ainsi disposé peut rester deux ou

trois jours en place, mais chaque fois que l’enfant devra téter, il faudra avoir soin de mouiller la baudruche au niveau du mamelon avec un peu d’eau sucrée» Cette précaution a-pour but de rendre la baudruche plus souple et de débarrasser les petites ouvertures des matières qui peuvent s’y être coagulées. On doit bien veiller à ce que le lait ne s accumule pas entre le mamelon et la baudruche, car ce liquide , par son séjour, empêcherait la guérison de petites ulcérations, et finirait meme par les rendre plus profondes. Chaque fois qu’on aura recours à une nouvelle application de baudruche et de collodion, il faut ne donner le sein qu’une heure après, afin que l’éther, contenu dans le collodion, ait eu le temps de se volatiliser et que ses vapeurs n’incommodent pas le nourrisson.

Malgré les inconvénients que ces lésions présentent, les femmes ne continuent pas moins à nourrir; si on est assez heureux pour en obtenir la guérison , l’enfant ne se ressent pas trop de cet accident. Mais quelfois les fissures et les crevasses du mamelon sont le point de départ d’engorgements inflammatoires du sein qui aboutissent à la suppuration. Quand l’inflammation atteint seulement le tissu cellulaire péri-glandulaire, l’allaitement peut être continué sans danger pour l’enfant; mais si la suppuration provient de la glande elle-même, l’enfant est exposé à avaler du pus. Dans ce cas, on doit se hâter d’interrompre l’allaitement du côté affecté, et si les deux sont atteints, de confier l’enfant à une nourrice. .'

Les altérations dans la quantité et dans la qualité du lait sont des contre indications dont il faut tenir le plus grand compte. Si ce liquide est de mauvaise qualité ou insuffisant, l’enfant ne tarde pas à dépérir et souvent il meurt par la faute de ceux qui ont pour mission de veiller sur sa santé. -

L’état, des mamelles ne peut fournir des données suffisantes pour faire connaître l’abondance du produit sécrété. « Ce ne sont pas toujours les seins les plus volumineux, les plus arrondis, qui fournissent le plus de lait, car souvent le développement qu’ils ont acquis n’êst dû qu’à la prédominance du tissu cellulaire et de la graisse, tandis que les seins moins gros, mais affectant la forme de poires, indiquent un développement de

la glande mammaire elle-même et promettent une sécrétion lactée plus abondante, alors surtout que la peau qui les recouvre, marbrée de belles veines bleues, témoigne delà richesse de la circulation(1).»

L’abondance du colostrum pendant les derniers mois de la grossesse est, d’après la plupart des accoucheurs, un signe qui fait espérer qu’après l’accouchement la femme aura beaucoup de lait.

Troubles de luséerétiôn laiteuse. — Altération dans la quantité. — Après la naissance de l’enfant, la sécrétion lactée peut être nulle, ou bien la îenction physiologique s’établit, mais l’appareil mammaire n’élabore pas assez de liquide pour alimenter le nouveau-né.

Dans le premier cas , il y a agalactie complète, alors on est obligé de confier aussitôt l’enfant à une nourrice ; dans le second , l’agalactie est incomplète et trop sou vent les mères se laissent aller â la douce espérance que, sous l’influence de rallaitemeht, le lait viendra bientôt remplir les mamelles et fournira au nourrisson une alimentation suffisante. Le médecin devra se garder de partager cette illusinn, s’il ne veut s’exposer à compromettre à la fois la vie delà mère et celle de renfant,. L’insuffisance du lait a pour conséquence l’amaigrissement, ou du moins l’arrêt de développement du nouveau-né, qui est tourmenté par des coliques, par la diarrhée, sa bouche est fréquemment le siège d’une affection aphtheuse. Le nourrisson est continuellement affamé, le sein ne calme pas ses cris, et si on lui présente de l’eau sucrée ou du lait un peu étendu dans un biberon, il le saisit avec avidité.

L’examen de la mère, fait à divers moments de la journée, permet de constater que ses mamelles molles et flasques ne sont jamais dislendues. La petite quantité de liquide qu’elles sécrètent est clair et séreux , d’autres fois on obtient à peine quelques gouttes d’un fluide plus épaissi,

d’une couleur blanche légèrement jaunâtre.

Dans quelques cas, l’agalactie ne se manifeste qu’à une époque plus ou moins avancée de rallaitement. Les causes sont nombreuses, les

(1) Trousseau. Cfiuique médicale de ï’Hôtel-Dieu; 2me édit., 1865, t. ni, p. 142.

plus fréquentes sont : les affections aiguës ou chroniques, les émotions morales vives, la grossesse, le retour des menstrues, la mauvaise alimentation et toutes les circonstances qui ont pour effet d’affaiblir l économie (évacuations successives, hémorrhagies abondantes, suppurations, etc. ). , ,

Le pronostic de l’agalactie consécutive varie avec la cause qui lui a donné naissance; si celle-ci est passagère ou facile à détruire, on peut espérer le retour du lait ; au contraire, quand la cause est permanente et qu’elle a déjà profondément modifié le système vivant, la suppression du lait peut être considérée comme définitive, quels que soient les moyens employés pour la combattre.

Nous ne nous arrêterons pas sur toute cette série d’agents prétendus galactopoiétiques, d’après ce que nous venons de dire des causes et du pronostic de l’agalactie. A proprement parler, il n’est aucune substance qui ait la propriété spéciale de ramener la.sécrétion du lait, la plupart des moyens qui ont été donnés comme tels n’agissent avec efficacité que lorsque l’agalactie est passagère ou que la cause qui l’a produite n’existe plus'. Aussi les regarde-t-on comme étant d’un faible secours, et beau coup de médecins ont depuis longtemps renoncé à leur emploit. En général, lorsque, la suppression du lait dure depuis peu et a succédé à une cause dont l’action est épuisée, il suffit de remettre l’enfant au sein pour que la fonction se rétablisse; tandis que .lorsqu’elle est la conséquence de longues souffrances et d’une débilitation profonde, elle résiste à tous les moyens. Il faut alors de toute nécessité faire allaiter l’enfânt' par une nourrice. Quelquefois la sécrétion du lait diminue graduellement et sans.cause appréciable, comme on le voit chez quelques femmes à une époque plus ou moins éloignée de l’accouchement, malgré le soin quelles ont de donner souvent le sein à l’enfant.

L’usage d’une nourriture substantielle et réparatrice, l’emploi de moyens propres à entretenir du côté des mamelles un état de fluxion modérée (frictions douces sur ces organes, applications de topiques chauds^ ventouses sèches, etc.), peuvent, dans quelques cas, réveiller leur action sécrétoire ou la rappeler si elle a cessé depuis peu.

XlldTdtion dans lo, (jucilit6 ,— L abondaQCB du lait n’est pas toujours une preuve que ce liquide possède toutes les qualités d’un bon aliment ; il peut être altéré dans sa constitution, il est quelquefois trop pauvre ou trop riche eu aliments nutritifs, ou bien il contient des principes étrangers à sa composition normale.

D’après M. Donné, « un lait pauvre en globules ou en crème est un lait aqueux, qui, ne contenaiît pas en suffisante quantité les éléments véritablement nutritifs, ne procure pas à l’enfant une bonne alimentation, n’entretient pas ses forces et ne lui fournit pas ce qui est nécessaire à son développement. C’est une des causes les plus fréquentes du mauvais succès de l’allaitement, l’enfant pâlit et végète faute de nourriture, et cette circonstance échappe d’autant plus facilement, qu’elle se rencontre très-souvent avec une abondance notable et une apparence extérieure, d’ailleurs très-convenable du lait (1) »

Toutes les circonstances qui ont sur j’économie une action débilitante sont des causes d’appauvrissement du lait: telles sont la misère, la mauvaise alimentation, les chagrins, les maladies chroniques, les affections aiguës de nature septique, etc. Les femmes d’une constitution faible, délicate, celles qui sont douées d’un tempérament lymphatique trèsprononcéj n’ont presque toujours qu’un lait séreux et peu nourrissant. Aussi est-il prudent de l’examiner avec soin, afin de ne pas attendre pour confier l’enfant à une nourrice que la vie de ce dernier soit compromise. Lorsqu’on espère réussir par les moyens de l’hygiène^^et de la matière médicale à remédier promptement à l’appauvrissement du lait, on peut essayer pendant quelques jours l’allaitement artificiel, pourvu toutefois que l’état de l’enfant le permette.

Influence de Texchs de richesse du lait. — La trop grande richesse du lait, c’est-à-dire l’augmentation sensible de la quantité des globules, est une circonstance qui quelquefois en rend la digestion difficile; il n’est pas rare de voir des enfants frêles, délicats, dépérir entre les mains

(4) Conseils aux mères, etc., p. 45.

d’une nourrice robuste, dont ies mamelles-sécrètent un lait abondant et trop riche. La diarrhée, les yomissements fréquents sont les symptômes qui annoncent que le tube intestinal est chargé d’élaborer une nourriture trop substantielle, la nutrition, par suite, se fait mal et l’enfant dépérit sensiblement. D’après M. Cazeaux, l’intolérance de l’économïe se révèle quelquefois par l’apparition de croûtes dites laiteuses.

La plupart des accouebeurs proposent, pour remédier aux ioconvénients d’un lait trop riche, de soumettre la mère à un régime composé d’aliments peu substantiels; en même temps ils prescrivent au nourrisson une certaine quantité d’eau légèrement sucrée après chaque repas. M. Donné a proposé une pratique qui se recommande par sa simplicité -et son efficacité ; elle est une heureuse application clinique des observations et des recherches auxquelles s’est livré. M. Péligol. Ce chimiste a démontré que plus le lait séjourne dans les mamelles , plus il devient aqueux. D’après lui, si on partage en trois parties le produit d^-une même traite en ,4e recueillant dans trois vases différents, le premier lai test le plus aqueux, le plus pauvre en éléments nutritifs, le second est plus riche et le troisième est le plus substantiel de tous M. Donné, se fondant sur ces observations, déduit la règle à suivre dans les cas où le produit de la sécrétion mammaire trop riche en principes nutritifs, est difficilement supporté par l’estomac de Tenfant; il est possible alors d’obtenir un lait plus léger, si on a le soin de mettre plus d’intervalle entre chacun des repas du nourrisson. Le lait par son plus long séjour dans les mamelles, devient plus aqueux et perd une partie des éléments qui, par deur trop grande-abondance , empêchaient la digestion de se faire convenablement. ■

Altération du lait. — Il est quelquefois de mauvaise qualité, parce qu’il conserve les propriétés et la composition du colostrum. Cette altération, facile à reconnaître aux caractères que le microscope révèle est incompatible avec l’intégrité des fonctions digestives et avec la santé de l’enfant, qui ne tarde pas à être pris de coliques, de diarrhée, de

vomissements. Le seul moyen de faire cesser ces accidents est de remplacer au plutôt le lait vicié par un lait de bonne nature.

Quelquefois il s’y trouvé une certaine quantité de mucus ou de lameljes d’épithélium provenant des conduits gàlactophores. Cette altération ne fait généralement en rien souffr ir l’enfant, et l’allaitement né doit.pas être suspendu. Mais il n’en est pas de même lorsque le lait contient du sang et surtout du pus. M. Donné, sur un jeune enfant allaité par une femme dont le mamelon saignait abondamment toutes les fois qu’elle donnait à téter, a constaté'de fréquentes indigestions. A Cooper a observé le même accident chez une femme qui nourrissait, atteinte d’une pneumonie grave et au début d’une inflammation de la mamelle.

Quand le-mélange a lieu dans l’intérieur de la mamelle, le liquide qui en sort présente une teinté plus ou moins roussâlfe en rapport avec la q:uantîté de sang qu’il contient et le imiGroFCope révèle la présence des globules sanguins faciles à reconnaître à leur forme ét à leur couleur. L’examen du lait est complètement négatif, lô^que le sang est fourni parla surface extérieure du mamelon et qu’il se mélange âvee le lait dans la bouché de l’enfant au moment delà sücéion.

Lés accidents les plus graves et la mort même de l’enfant sont la conséquence de la viciation du lait par une certaine; quantité de pus, il y a véritable empoisonnement. L’enfant présente d’âhord des troubles digestifs plus ou moins marqués (vomissements, coliques, diarrhée), dépérit et bientôt périrait si on méconnaissait la cause de son état dé souffrance ou si on négligeait d’y porlér remède en confiant rallaitement à une autre nourrice. Le mélange du lait et du pus est à redouter toutes les fois que la glande mammaire est lè siège d’un travail inflammatoire qui se termine par suppuration. Le lait n’a rien de changé dans sonaspect, si la collection purülentè est d’un petit volume et profondément placée. Néanmoins le microscope fait voir sans peine les éléments du pus qui sont de petits globules sphériques, à surfaee lisse ou à peine grenue, ayant un diamètre de 10 à 14 millimètres suivant les organes. €es corpuscules transparents à la lumière transmise, d’un blanc jaunâtre à la lumière réfléchie, sont insolubles dans l’éther ou ralcool, et se dissol-

\ent facilement dans l’ammoniaque qui n’attaque pas les globules du lait. En outre, les globules du pus se colorent en jaune comme toutes les matières azotées au contact de l’eau iodée. Celle-ci n altère pas la coloration des globules laiteux.

Reste maintenant à parler des modifications que subit le lait dans certaines circonstances, quoique les instruments de la physique et de la chimie soient jusqu’à présent impuissants à le démontrer. Ce liquide, tout en conservant l’aspect, la densité, etc. , qui lui est propre, acquiert donc à coup sûr, par le fait d’une émotion morale vive, d une violente perturbation dynamique, des propriétés nouvelles. Son ingestion est quelquefois le point de départ d’accidents graves, qu’on ne peut expliquer qu’en invoquant uné modification insaisissable , un changement subit survenu dans la vitalité du fluide mammaire. Il existe dans la science une. foule d’exemples qui démontrent parfaitement ce que je viens de dire. Ainsi, dans les Annales de la liUérature médicale britannique, tomei. année 1^4, on lit le fait suivant : Une nourrice, encore émue du danger que venait de courir son mari dans une querelle avec un soldat qui avait tiré le sabre contre lui et auquel elle avait arraché cette arme, donna le sein à son enfant âgé de 11 mois et bien portant; l’enfant le prit pour le quitter bientôt en proie à une agitation’extrême et mourut en quelques instants. Nous citerons encore le fait que rapporte Burdach dans son Traité de physiologie, iome iy , page 383, d’après Berlyn, c’est un enfant de trois mois que la mère avait allaité aussitôt après avoir éprouvé une vive contrariété, qui fut atteint au bout de quelques heures de convulsions et qui resta hémiplégique.

Il est certaines conditions physiologiques qui deviennent quelquefois un obstacle à la continuation de l’allaitement.-Nous voulons parler du retour de la menstruation et de la survenance d’une nouvelle grossesse. Le lait n’acquiert pas, dans ces circonstances, des qualités vicieuses, étonné peut pas faire dépendre d’une altération de ce liquide les phénomènes morbides que présente le nourrisson. Ces deux états s’accompagnent toujours de fluxion utérine ; par suite, cette dernière a pour effet de diminuer ou de tarir complètement la sécrétion lactée. Les mamelles recoi-

\ent moins de sang, et leur sécrétion devient plus faible ou se suspend tout-à fait. On doit remarquer si l’enfant souffre; dans ce cas, c’est que son alimentation est insuffisante , et il est indispensable de lui donner une nourriture supplémentaire, ou de le confier à une nourrice s’il ne se trouve pas à l’âge du sevrage ou dans de bonnes conditions pour cela.

Quand l’accouchement est terminé ^ à quel moment convient-il de donner le sein au nouveau-né? — Lorsque l’enfant crie, la majorité des mères s’imaginent qu’il a besoin de téter , ne prennent pas même le temps de se-reposer de la fatigue du travail pour donner le sein au nourrisson. Cette pratique est très-défectueuse et fatigue inutilement la mère. L’enfant qui vient de naître peut parfaitemeiit rester quelque temps sans prendre le sein ; quelques cuillerées d’eau sucrée suffisent ordinairement pour , calmer ses cris. Il vaut beaucoup mieux attendre deux ou trois heures, la mère a le temps de se reposer, et pendant cet intervalle, on donne tous les soins nécessaires à l’enfant. -

Quelques accoucheurs conseillent de ne commencer l’allaitement que 24, 36 et même 48 heures après la naissance. En agissant ainsi, on empêche le nouveau-né de bénéficier du colostrum , dont l’action , légèrement purgative, favorise l’expulsion du méconium, et plus d’une fois on est obligé de suppléer artificiellement à la propriété laxative du premier lait.

Bien souvent l’enfant ne sait comment prendre le mamelon la première fois qu’on le lui présente ; aussi est-il utile de le lui placer dans la bouche et de faire sortir quelques gouttes de lait, de plus, il est nécessaire de voir s’il tète réellement et s’il opère la déglutition, car souvent les enfants faibles, inhabiles, peuvent tromper la mère , et il sera facile d’éviter toute méprise en s’assurant que le larynx exécute les mouvements d'ascension et de descente qui ont lieu-dans l’acte de la déglutition.

Combien de fois par,jour l’enfant doit-il prendre le sein et quelle, quantité de lait doit-on lui laisser prendre? — L’allaitement doit être réglé autant que possible , aussi la mère devra commencer dès le début, d’une

Tïianière à peu près régulière ^. à présenter le sein à âon enfant ; c’est le seul moyen de rendre les digestions faciles et de prévenir les accidents qu’entraîne souvent une alimentation mal dirigée. L intervalle à mettre entre chaque allaction , vdrie avec 1 âge du nourrisson et avec l’état de ses forces. Le nouveau-né, pendant les premiers jours de sa naissance, prenant peu de lait à la fois, a besoin de téter plus souvent, et à mesuré qu’il acquiert des forces, on doit éloignèr 1 intèrvallè des repas et les répéter toutes les deux ou trois heures. Au contraire ^ quand l’enfant est faible ou né avant terme , les répas devront être plus rapprochés. Il n’y â aucun inconvénient à laisse!* téter le nourrisson autant qu’il le véiitet a ie îâiser endormir au seiUi Dès qué son appétit est satisfait, il se retire ou s’endort, èt s’il a pris un peu trop dé lait, restomac s’en débarrasse facilement. .

Pour que l’alimentation réponde aux besoins dé l’enfant^ il faut que célüi-Ci puise dans le sein de sa nourrice Une sufbsantë quantité dè lait. Cette quantité varie nécessairement avec son âgé. Dans les premiers temps dé rallaitement, 60 â 80 grammes de lait lui sont nécessaires à chaque repas, vers 4 à 5 mois il. en absorbera jusqu’à 280 grammes, par suite, pour sa journée V il lui en faudra environ 1500 grammes. M. Natalis Guillot à proposé un moyen très-simple de connaître la quantité de lait qui est ingérée à chaque repas. Avant de mettre l’eUfant au sein, on lé pèse dans une balance sans le dépouiller de ses langes , après qu’il a tété V on lé pèse dé nouveau dans lë même état. La qUantilé dè lait ingérée est exàctèrirent représentée par la différence entre les deux pesées.

Les femmes nourrices ont un três-grând besoin de sommeil, elles doi^ véht se reposer quelqüés heures, èt nè pas suivre cette mauvaise habh tude dé donner à téter la nuit comme lé jour. M. I)onné conseille même dé susperidre tout-à-fait rallaitemént pendant la nuit, dé manière à Ce que la mère puisse jouir de 7 heures dé sommeil non interrompu. Pendant ce laps de temps, lorsque l’enfant se réveille., ce qui n’arrive guère que deux OU trois fois , quand il eét en bonUé èânte ^ hhé personne est chargée du soin de calmer ses cris, en lui donnant Un pèU de làit dé vache coupé. Les enfants •s’habituent à ce régime , n’en souffrent pas,

surtout si, pendant le cours de l’allaitement, la mère est obligée de le suspendre quelques jours, ils prennent sans difficulté le biberon. Malheureusement, toutes les mères ne peuvent pas se payer une garde de nuit pour leur enfant, beaucoup sont obligées après une journée de travail et de fatigue de s’occuper de leur nourrisson la nuit, leur sommeil est très-court, par suite répare peu leurs forces qui s’affaiblissent toujours de plus en plus. Dans ce cas , elles doivent l’habituer à nè prendre le sein qu’une ou deux fois au plus depuis le moment du coucher -jusqu’à celui du lever, afm de pouvoir goûter un sommeil un peu réparateur. L’enfant lui-mêniè s’habitue à dormir et le sommeil ne lui est pas moins profitable qu’à la mère.

A quel moment convimt4i d'ajouter d'autres aliments au lait fourni par la mère. -— On s’accorde assez généralement à conseiller un peü de nourriture vers le cinquième ou le sixième mois, c’est-à-dire vers le commencement de la première dentition. Mais cette nourriture doit être légère et facile à digérer. On doit bien se garder d’imiter les gens du peuple, qui se félicitent de voir leurs enfants manger de bonne heure et avaler des aliments indigestes sans s’inquiéter s’ils les digèrent. M. Cazeaux s’élève' beaucoup centre cet usage. Il est, au contraire, très prudent decommencer là ^nouvelle alimentation par quelques petits potages légers, composés avec des substances féculentes, comme l’arow-root, le îapioka, la cassave , le vermicelle, la farine de riz , la mie de pain Lien bouillie >et passée , ou mieux encore la farine de froment, le meilleur et le moins cher de tous ;les féculents. Ces bouillies sont préparées avec du lait iCoupé d’eau et sucré ou avec du beurre, Les potages gras peuvent aussi être donnés , mais ils ne doivent pas faire la partie principale, de r.ah- .mentâtion complémentaire, et encore ce n’est qu’à un âge déjà assez avancé. « Dans tous les cas, dit M. Donné (1), il est bon de varier, d’alterner ces fécules, le changement et la variété dans les aliments étant un point essentiel que nous recommanderons pour les enfants, dès

{1) M. Donne, ouv. cit., p. 181.

qu’ils sont entrés dans le régime de la vie ordinaire, non seulement afin de ne pas les lasser et les dégoûter en leur donnant trop souvent la meme substance, mais dans l’intérêt de leur constitution et de leur santé. C est là, on peut en être sûr, un point important, et, si on peut dire ainsi, le secret delà bonne alimentation des enfants.» De plus ce même'auteur préconise l’usage du vin, de l’eau rougie légèrement sucrée.

Dès l’instant que l’enfant commence à manger, on doit diminuer le nombre des allactations graduellement. Cinq fois par jour environ vers le septième mois, deux ou trois fois vers dix mois- Aloi’sla mère cessera d’allaiter la nuit. En diminuant progressivement le nombre des allactations , il y a un avantage , c’est d’habituer peu à peu l’enfant à se passer du sein de sa mère et à développer son goût pour les aliments autres que le lait ; de plus , c’est de faire diminuer graduellement aussi, la sécrétion mammaire; par suite, le sevrage est plus facile pour l’enfant et pour la mère.

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