‹ Considérations sur l'Anachlorhydrie: avec précisions d'ordre techniqueChapitre 18 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Lésions anatomiques

et troubles sécrétoires

Les rapports entre les troubles de la secrétion gastrique et les lésions anatomiques de l'estomac ont été interprétés différemment au cours des 80 dernières années.

En réalité, il n’y a pas de conclusion possible, nous nous bornerons donc à exposer ce que nous avons cru comprendre à la lecture des principaux travaux sur ja question.

Une gastrite était considérée autrefois, selon la conception de Broussais, comme une affection comparable à celle des autres muqueuses, bronchique, nasale ou oculaire ; le phénomène important était l’inflammation s’accompagnant d’une production exagérée de mucus, le catarrhe muqueux.

Puis vers 1878, sous l'influence de Leube, une place prépondérante a été donnée au système nerveux. C’est à cette époque qu'Einhorn a créé son mot d’achylie.

Vinrent ensuite Martius et son école qui firent de l’achylie une affection congénitale, Le principal argument de cette

thèse était la fréquence de l'achylie, ne s’accompagnant d’au-

cun symptôme clinique, ni d’altérations anatomiques. Pour Martinez, l’achylie constitutionnelle, qui peut être familiale, s'accompagnerait d’un psychisme défectueux, sans donner lieu toujours à des accidents gastriques. Cette hypothèse ne semble pas avoir acceptée en France. Elle a contre elle des examens nombreux faits sur des nourrissons qui n'ont pas permis d'établir l'existence d’un seul cas d’achylie constitutionnelle.

Hayem, par ses patientes recherches, a montré l'importance des lésions anatomiques qui sont à la base des troubles de la secrétion. Il a insisté sur le parallélisme des lésions secrétoires et anatomiques. Les troubles nerveux primitifs de l'estomac seraient pour cet auteur extrêmement rares. « Sous le nom de névroses de l’estomac » écrit-il « on devrait comprendre uniquement les troubles nerveux gasiriques des autres maladies susceptibles de retentir dynamiquement sur l'appareil nerveux de l'estomac.

Mais i] convient de tenir compte des faits de plus en plus exceptionnels, dont l'origine organopathique est encore obscure, et de laisser une porte ouverte aux résultats qu'apporteront les recherches ultérieures sur cette partie difficile de l'histoire des gastropathies ». (Traité de Médecine de Brouardel et Gilbert, 540).

D'après le professeur Hayem, les lésions de l'estomac

pourraient toujours être révélées par l'étude de la secrétion

gastrique en dehors de quelques faits assez hypothétiques de gastronévroses primitives.

Les difficultés de classification dues à la grande fréquence et à la diversité des lésions anatomiques de l'estomac ont peu à peu éloigné les auteurs de cette conception. M. Mathieu a fait aux conceptions de Hayem des objections basées sur la banalité et la fréquence des gastrites chroniques, leur importance peu appréciable sur la nutrition, l’utilité restreinte que leur connaissance apporte en thérapeutique.

À l’étranger Knud Faber, auteur danois qui a consacré à cette question de nombreuses études. depuis 20 ans, admet qu'il existe toujours des modifications anatomiques dans les troubles de l’élaboration de l’acide des ferments. Il considère la muqueuse stomacale comme un organe giandulaire soumis d’une part à des influences traumatisantes s’exerçant sur sa large surface interne, et d'autre part accessible à des causes toxiques d’origine sanguine au même titre que les autres glandes, le foie et le rein. Il distingue donc des gastriques exogènes et des gastrites hématogènes.

Ces deux formes de gastrites seraient surtout différentes au début, quand les lésions sont avancées elles se confondent et s’accompagnent des mêmes troubles de la secrétion. Les lésions anatomiques de la première classe des gastrites seraient tout d’abord plus superficielles, que celles de la se-

conde classe, ces dernières atteindraient toutes les couches

de la muqueuse et détermineraient rapidemént uné pangästrite. |

Il n’y aurait pas pour Knud Faber de parallélisme entre l'insuffisance de la secrétion et les lésions anatomiques, en particulier les altérations des cellules glandaires. Le trouble de la secrétion et l’inflammation serait deux effets qui dépendraient d’une même cause, d’un même facteur efficient de la maladie. Souvent, dans l’anachlorhydrie, une étude histologique permet de mettre en évidence des cellules plaines de grains de secrétion et des canaux glandulaires intactes. Il manquerait, dans ces cas, une impulsion neurogène pour déclancher la sécrétion. D'autre part, toutes les gastrites ne s’accompagnent pas de troubles de la secrétion. Ce n’est que lorsque les troubles atteignent un certain degré d'intensité que l’on constaterait à côté des lésions interstitielles des lésions de dégénérescence des cellules glandulaires.

Nous ne possédons pas actuellement de test clinique qui permette de conclure de l'étude de la sécrétion et de ces troubles à la nature de la lésion anatomique de la muqueuse de l'estomac. La plus récente, même, l'épreuve à l’histamine, ne permet pas d'établir un diagnostic anatomique. L’examen endoscopique a montré que toutes les formes anatomiques de gastrite peuvent exister dans les cas où l’anachlorhydries

persiste après l'injection d’histamine,

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