CHAPITRE I
Etude du chimisme gastrique
L'étude du chimisme gastrique comporte trois temps successifs :
Le premier consiste à faire secréter l'estomac, le second à prélever le contenu gastrique par tubage, le troisième à analyser ce qui a été extrait de l'estomac. Ces trois temps ont leur importance et méritent que nous les envisagions succes-
sivement.
S I. — Les excitants de la sécrétion gastrique
L’estomac sécrète pendant l’alimentation, il sécrète encore à la suite des réflexes à point de départ buccal, duodénal ou rectal; sous l’action de certaines substances agissant par voies humorales "sous l'influence d’une excitation chimique, thermique, électrique ou mécanique dans certaines conditions.
Tous ces excitants ont été utilisés en clinique; nous ne retiendrons que les plus employés : Le repas d'Ewald (150 gr.
de thé léger et so gr. de biscotte ou pain rassis), le repas à
dm Q 3
l'alcool (300 cc. d’une solution d'alcool éthylique à 5 % additionné de 0,053 % de salicylate de soude), ou encore l'injec-
tion d’histamine.
S I. — Le Tubage
Soixante minutes après la prise du repas d'Ewald, une demi heure après celle du repas à l'alcool, le contenu gastrique est prélevé soit avec le gros tube de Faucher qui provoque le vomissement, soit à l’aide d’un tube de petit calibre (tube d'Einhorn) par aspiration à la seringue.
Tous ceux qui ont eu l’occasion de pratiquer des tubages en série, se sont rendus compte des avantages que présente l'emploi du tube fin. Loever, F. Ramond, Reñfuss et autres l'ont préconisé. Ils recommandent l’emploi d’un repas d’épreuve spécial pour éviter les obturations du tube ou de son olive terminale var les parcelles alimentaires.
Nous sommes arrivés aux mêmes conclusions, tout en conservant le repas d'Ewald parce qu'il est commode, que ses effets sur la sécrétion ont été bien étudiés et qu’il répond aux exigences des conceptions modernes de physicochimie. iôrsque l’olive métallique terminale a des orifices suffisamment grands et nombreux, lorsque le tube de caoutchouc est opaque aux rayons X pour permettre de repérer sa position et qu'il est süifisamment rigide pour ne pas s’a-
platir et s’obturer par l’aspiration de la seringue, ce deuxiè-
me mode de prélèvement n'offre que des avantages sur le premier :
Le)
1°. — Îl est moins désagréable pour le malade et par là même risque moins d’actionner les réflexes inhibiteurs de la sécrétion qui provoquent de fausses anachlorhydries passagères.
2) I] facilite une étude plus précise du contenu gastrique à jeun.
3) Laissé à demeure dans l'estomac il permet var des prélèvements fractionnés et successifs :
a) de suivre les variations de l'acidité et de la valeur des ferments au cours de la digestion.
b) d'étudier : +) la vitesse de l'évacuation gastrique (par la méthode des liquides colorés); 6) les réflexes duodénaux et les aliments qui les favorisent.
c) d'obtenir un suc gastrique presque pur. À cet effet, on recommande de vider l'estomac par aspiration à la Seringue, avant la fin de la sécrétion déclanchée par un repas d’épreuve. Le suc qui continue à S’écouler dans l'estomac vide n’y est plus souillé par les aliments. Lorsque cette manœuvre est combinée au procédé des deux sondes, on a celui qui consiste à obturer le pylore par manœuvres externes pour empêcher les reflux duodénaux, on oeut admettre que
le suc gastrique ainsi prélevé est presque pur.
$ III. — Les aralyses de Laboratoire 1° ETUDE DE L'ACIDITÉ GASTRIQUE
La mise en évidence de l'acide chlorhydrique libre du suc gastrique se fait généralement en clinique, par les méthodes qualitatives suivantes :
| 1°. — Par le procédé sommaire du virage violet du papier au rouge congo.
2°. — Par la réaction précise de Günzbûüfger, à la phloroglucine et vanilline.
Le taux de l'acidité totale du contenu gastrique est mesuré à l’aide d’un dosage par la soude caustique décinormale, en présence de phénolphtaléine..
L'évacuation de l'acidité libre du suc gastrique peut se faire à l’aide de deux méthodes :
1° Celle qui mesure le taux d’acidité libre : le dosage par la soude n/10 en présence d’une solution alcoolique de dimethylamidoazobenzol à 3 % (Tôpfer-Linossier).
2° Celle qui.détermine la concentration des ions h : la méthode électrométrique ou colorimétrique de mesure du Ph.
a): La méthode élecirométrique consiste à mesurer la concentration en ions H d'une solution par la mesure de la force élecitromotrice d'un courant qui s'établit, lorsque deux électrodes d’une pile plongent dans des solutions de Ph différentes. Cette force électromotrice dépend, on le sait, de la
différence de concentration en ions H des deux solutions.
b) La méthode des indicateurs colorés consiste en une comparaison colorimétrique entre le suc gastrique réparti en plusieurs tubes à essai, renfermant chacun un indicateur de puissance connue et une échelle de solution étalonnée de ph croissant. ( |
Comment interpréter les résultâts obtenus par ces diverses méthodes. ? Depuis que les conceptions physicochimiques modernes ont montré l’importance de ia concentration des ions n, peui-on encore se contenter du simple dosage ? Dans quelle mesure cette manœuvre, var l'apport progressif de soude caustique, modifie-t-elle la dissociation des ions h du liquide biologique examiné ? Dans quelles conditions les résultats du dosage sont-ils semblables à ceux que donnent les méthodes rigoureuses de détermination du Ph. ?
Physiciens et cliniciens se sont efforcés à résoudre ces problèmes. Deux solutions étaient possibles : ou bien renoncer aux méthodes de dosages ou bien les adapter par une critique serrée aux nécessités actuelles.
Le procédé rigoureux qui consiste à mesurer le Ph. par la méthode électrométrique est d’un maniement compliqué, il nécessite un appareillage coûteux et n'a pu, pour ces raisons, se généraliser en clinique.
La méthode des indicateurs colorés est moins précise à cause de l'instabilité des solutions étalonnées et du fait mé-
me de son principe; elle est utile pour l’étude des sucs ana-
chlorhydriques parce que plus sensible que le dosage, elle rend des services pour l'étude des ferments.
MM. Ramond et Zizine l'utilisent couramment ; ils en ont recommandé l'emploi. Pour la rendre plus accessible au médecin, Sahli a proposé une technique simple qui consiste à comparer un échantillon de suc gastrique additionné de violet de méthyle à une solution aqueuse de violet de méthyle à laquelle on ajoute de l’acide chlorhydrique décinorma! jusqu’à égalité de coloration. Ce procédé, s’il ressemble à l’ancien dosage, a sur lui l’avantage de ne pas modifier le degré de dissociation des ions H du liquide examiné.
D'autres auteurs ont cherché à préciser les conditions dans lesquelles l'ancienne méthode du dosage était utilisable. Ils s'appuient sur le fait que, dans une solution aqueuse, un acide minéral est presque complètement dissocié. Ostwald a montré que cette dissociation pour n/r0 Hel était de 95 %, pour n/1000 Hel de 09 %. Michaelis donne des chiffres un peu plus faibles, mais de même ordre de grandeur. D'où il résulte, que si l’on excite la sécrétion gastrique à l’aide d’une solution exempte d'albumines et de sels, on peut admettre que la dissociation de l’acide chlorhydrique est presque complète dans le liquide retiré de l'estomac. Les chiffres acquis par le dosage de l’acide libre correspondent, dans ce cas, à ceux de l'acidité vraie, les courbes obtenues par les méthodes paysico-chimiques modernes de recherche du Ph. et par le
dosage de l’acide libre, sont bien parallèles, Avantages :
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1) La simplicité des manipulations :
2) Alors que la méthode électrométrique ne permettait pas l'emploi de repas d'épreuves, contenant de l'alcool, la méthode de Tüpfer-Linossier le permet.
Le repas d'Ewald répond aux exigences actuelles; la sécrétion qu'il provoque peut être étudiée à l’aide d’un dosage facile à réaliser en clinique. Cependant, dans les conditions pathologiques, alors qu’il existe des matières organiques dans le suc gastrique, soit du sang ou du pus ou du mucus abondant, les résultats sont faussés. Ces impuretés peuvent être repérées à l'œil nu en général. I] faut y penser lorsque les courbes obtenues par le dosage au dimethylamidoazobenzol d’une part et la phénolphtaléine d'autre part sont divergentes. La phénolphtaléine est très sensible à la présence d'albumine et les erreurs qui sont dûes à cette présence sont considérables. Plus il y a d’albumine et plus le virage de la phénolphtaléine se fait du côté alcalin. La présence d'acides organiques aménerait des modifications dans le même sens. C’est à la présence de ces albumines que seraient dus les chiffres peu élevés d’Hcl. dans les estomacs néoplasiques, plus encore que dans ceux de l’anachlornydrie essentielle.
La présence de liquide de stase dans l’estomac peut être aussi une cause de fausse ana ou hypochlorhydries. II est donc indispensable de s'assurer qu'il n'existe pas de liquide
dans l'estomac par un tubage à jeun, Nous reviendrons plus
loin sur l'importance de cet acte de l’étude du chimisme
gastrique.