CHAPITRE I
Etiologie, Anatomie patholo2ique2.
Nous ne voulons pas nous étendre longuement sur la description de la conjonctivite granuleuse. Cette étude à été souvent faite, et cependant nous ne pouvons nous empêcher d'en dire quelques mots avant d'entrer dans le vrai sujet de notre thèse.
Les avis ont été longtemps très partagés sur la pathogénie de la conjonclivite granuleuse. Les uns ne voyaient dans la granulation qu'un résultat de l’organisation d'éléments physiologiques comme les papilles et les follicules; d’autres en ont fait une véritable néoplasie.
Les récentes recherches d'anatomie pathologique ont donné raison à cette façon de penser, tout au moins en partie. En effet, la vraie oranulation trachomateuse est un véritable néoplasme, mais il faut dire que ces vraies granulations sont rarement seules, elles sont souvent alliées à des follicules et des papilles hypertrophiés que l’on regarde comme de fausses granulations.
Nous ne voulons pas ici faire le diagnostic différentiel de la vraie et de la fausse granulation, il a été fait avant nous et de main de maitre. Nous ne voulons nous occuper que de la vraie granulation néoplasique.
Jwanoff dit avoir trouvé chez les granuleux de nombreuses glandes tubuleuses, mais il ne sait pas si ces glandes se présentent avant
l'apparition des premières granulations ou si c’est une simple
LA complication. Iwanoff prétend que ce sont ces glandes tubuleuses qui sont cause de la longue durée du processus trachomateux et de ses récidives.
Cependant, cela n’expliquait pas la pathogénie de la granulation. Tout portait à croire que l’on avait affaire à une affection d'origine microbienne.
En effet, la contagiosité de la conjonctivite granuleuse est connue depuis la plus haute antiquité. Du temps des Groisades on fonda un hôpital pour les granuleux, l’hospice des Quinze-Vingts. Pendant la première République, l’armée d'Égypte est dévastée par l’ophtalmie. d'Égypte qui n’estautre que la conjonctivite granuleuse. Les médecins qui suivirent l'expédition rapportent qu'en Égypte, la mouche est le principal agent d'infection des granulations. En 1834, le gouvernement belge est obligé de licencier son armée, atteinte presque en entier de conjonctivite granuleuse.
Enfin, l'influence du terrain et du milieu, sont là pour affirmer la nature contagieuse et par conséquent microbienne de la conjonctivite granuleuse.
Les premières recherches sont dues à Hirschberg qui découvre: dans la sécrétion conjonctivale les Stabchen bactérie. La même année, en 1881, Sattler annonça au congrès d’Heidelberg qu'il avait trouvé un micrococus dans la sécrétion granuleuse et dans la granulation. D'après lui, ces microcoques sont rarement isolés; ils se groupent par trois où quatre en triangle ou rectangle: ils exécutent des mouvements très précipités. Sattler avait cultivé ces microcoques ; il en avait fait des inoculations et avait ainsi reproduit la granulation. Koch, en 188%, trouva : 4° des bacilles; 2 des éléments arrondis comme les gonocoques.
En 1886, Poncet de Cluny trouva dans la cornée et dans les cellules lymphatiques des mierocoques, mais qui ne se groupent pas comme ceux de Sattler, en triangle et en rectangle.
Michel dit que c’est un diplocoque doué de mouvements de:
=" = rotation et d’oscillation; ce diplocoque ne liquifierait pas la gélatine.
En 1888, Petresco trouve un microcoque qui diffère de celui de Poncet en ce qu'il ne se trouve pas seulement dans les leucocytes, mais dans le tissu même de la conjonctive et de celui de Michel en ce qu'il liquifie la gélatine.
En somme, on ne sait rien de bien fixe sur la nature et la forme du microbe que l’on à appelé trachomcoccus; toujours est-il que la granulation vraie néoplasique semble bien d’origine microbienne.
Ces granulations sont de petites tumeurs arrondies, brillantes et diaphanes. Leur évolution comprend trois périodes : une période d’incubation, une période adulte, une d'organisation. La première période est encore obscure; on ne connait pas les modifications de la muqueuse au contact du microbe avant l'apparition de la granulation. Pendant la période adulte la base de la granulation est formée par un stroma conjonctif qui va en diminuant vers le sommet où il ne forme plus que des travées. Les vaisseaux sont rares dans la granulation,.sauf à la base. La période d'organisation est la transformation des éléments cellulaires de la granulation en tissu cicatriciel. Les cellules s’allongent, deviennent fusiformes et se disposent en faisceaux. Ce processus continue jusqu’à ce que toute la granulation soit constituée par du tissu cicatriciel.
Telles sont les lésions de cette affection oculaire si rebelle à tous
les traitements, à récidives si fréquentes.