ARTICLE II
Localisation de la folie, ou rappoit des phénomènes de l'allcnation mentale avec les lésions et altérations organi<pies du système nerveux. — Nouvelles dénominations.
Jusqu'alors on s'est borné à signaler dans les livres les principaux symptômes de la folie, et on les a groupés pour faciliter leur étude. Quatre formes principales ont surtout fixé l'attention des observateurs : la manie, la mélancolie, autrement nommée monomanie, la démence et l'idiotisme: telles furent et telles sont encore les dénominations qui désignent les principaux pbénomènes de l'aliénation mentale. On a établi des variétés surtout pour ce qui regarde la monomanie : les expressions de monomanie, panophobie , etc., se rapportent aux idées fixes des aliénés.
Aujourd'hui que des observations nombreuses et des autopsies nous ont mis sur la voie que certaines altérations organiques coïncident avec les phénomènes de l'aliénation mentale, pourquoi ne pas s'efforcer de faire disparaître du langage médical les anciennesdénominations,quinesont que l'énoncé des symptômes des maladies , mais qui n'indiquent nullement leur siège réel ou probable? ne serait-il pas plus conforme aux idées générales de pathologie de désigner l'organe malade en y rattachant les phénomènes de maladie.
L'aliénation mentale offre trois types principaux : le type tonique et congestif inflammatoire du cerveau et des mé-
Ci4) ninges, le lypc alonique avec les signes d'inflammation chronique du cerveau et des méninges 5 enfiii, le type névi opathique 5 présentant les phénomènes d'une névrose sans lésion bien caractérisée des organes nerveux : toutes les formes, tous les symptômes de l'aliénation mentale peuvent être rapportés à ces modes d'affection du système nerveux.
Lorsqu'il y a des symptômes d'excitation cérébrale, on devra dire qu'elle dépend d'une méningo-cérébrite aiguë ^ lorsqu'au contraire on reconnaîtra de la démence , on l'attribuera à une méningo-cérébrite chronique-, de même, on rapportera à un état de névrose les différentes monomanies qui occupent un si longue page dans l'histoire de l'aliénation mentale.
Je me fonde, pour soutenir mes assertions, sur l'observation et les autopsies. L'observation nous apprend que chez les maniaques il y a toujours des phénomènes de congestion et même d'inflammation des méninges et du cerveau. Les autopsies faites à k Salpétrière par MM. Foville et Pinel-Grandchamp n'ont-elles pas prouvé qu'il y a des signes non équivoques d'inflammation des méninges cérébrales, des adhérences de l'arachnoïde et de la pie-mère, de la rougeur et même du ramollissement de la substance corticale, des adhérences de la pie-mère avec cette dernière ? ^-^ Les docteurs Koyer-Collard et Bayle n'ont-ils pas déjà sighalé des inflammations aiguës pt chroniques des méninges dans l'aliénation mentale?
•'• Je désignerai donc le type inflammatoire de la folie par la dénomination de méningo-cérébrite aiguë. ' La démence , qui se présente avec tous les signes d'un affaiblissement de facultés morales et intellectuelles, dépend d'une inflammation chronique qui s'est opérée lentement
( i5) et qui amène progressivement ce que j'appellerai l'atrophie du cerveau.
Les autopsies ont encore prouvé ce que j'avance. L'ouvrage de M. Calmeil sur la paralysie générale des aliénés fourmille de faits qui ne laissent aucun doute sur rexistencc d'un einflammation chronique des méninges et du cerveau, épaississement des os du crâne, épaississement et injection séreuse de la pie-mère, son adhérence à la substance corticale, qui s'enlève par lambeaux et en même tems qu'elle; décoloration , mollesse , ou densité plus grande du cerveau , etc.
L'expression de méningo-cérébrite chronique devra donc désigner la démence.
La méningo-cérébrite offre des nuanccsà Finfini, depuis la plus aiguë jusqu'à celle qui est chronique. La manie tranquille sera désignée par les mots méningo-cérébrite, de même que la démence avec paralysie recevra le nom de méningocérébrite paralytique (i).
La monomanie ou névropathie a son siège non seulement dans le cerveau , mais encore dans les diflerentes parties du système nerveux de la vie animale. Le cerveau, organe central, censorium commune^ reçoit toutes les commotions nerveuses, et aucun phénomène nerveux n'a lieu sans sa participation. Il peut arriver cependant que le cerveau seul soit le siège de la névropathie ; celle-ci alors est idiopalhique. Pour expliquer la névropathie sympathique, il faut se représenter le cerveau comme compris dans la chahie de maladie, mais il n'en est pas le siège exclusif: comment désigner les dillèrensorganes de l'économie qui participent à l'affection névropathique .^ On ajoutera les noms des organes
(i) Dans le cours de mon travail , h la suite des observations que je vai§ citer, on trouvera des rcUexious où sont d«vdoppccs luej idccà relatives i\ ces nouvsUes d<;nominatiou!>.
( i6) souffrans : ainsi l'utérus, Teslomac et le cerveau peuvent simultanément être affectés de névrose et donner lieu à une monomanie. Je rappellerai névropathie-T^astro-utéro-cérébrale , de même que la névropatliie idiopathique du cerveau portera le nom de névropalhie cérébrale.
C'est à l'observation que j'ai faite d'un bypocondriaque et à un travail que j'ai entrepris, en i832, sur l'iiypocondrie, à propos du mémoire de M. Rracliet de Lyon, que je dois la connaissance plus approfondie de la monomanie j car il est essentiel de dire que je n'admets pas d'hypocondrie , qui n'est à mes yeux autre chose qu'une monomanie.
Je m'exprime ainsi, page 22 : a L'hypocondrie paraîtrait dépendre de l'influence des organes abdominaux malades sur le cerveau , et pourrait être regardée comme un degré de monomanie symptomatique.» Voici d'ailleurs l'histoire de l'hypocondriaque, qui m'a fourni une occasion si favorable d'observation. J'appellerai la névrôpathie dont il a été affecté , névropathie-gastro-cordo cérébrale , parce que c'est dans celte chaîne nerveuse que se trouvait le siégé de sa monomanie.
M. G..., âgé de vingt-trois ans, d'un tempérament bilieux et nerveux, d'un caractè re gai, s*é tait fortement occupé de calculs de loterie, en même tems qu'il faisait une cour fort assidue à une jeune personne. Sous ces influences, il se développa des symptômes d'hypocondrie très-alarriians. Il se plaignait alternativement de la région du cœur , de la poitrine, de l'estomac et du bas-ventre ^ au milieu de ses souffrances, qu'il exagérait, il débitait mille extravagances : il prétendait que son sang était arrêté, que ses pieds étaient gelés ^ il prévoyait une fin prochaine, etc.
A la vérité, son cœur battait momentanément plus fort qu'à l'ordinaire, ses digestions étaient un peu difficiles-, il
( '7 ) était constipé, mais son physique était loin du dépérissement qu'il croyait voir. Toutefois sa situation persistant pendant plusieurs mois, donna des craintes : on craignit alternativement une affection du cœur, et un commencement de phlhisic pulmonaire. Une consultation eut lieu, et les consultans ne trouvèrent aucune lésion organique. Les nerfs scu's et leur réaction sur le cerveau ont donné lieu à celte série de phénomènes.
Le traitement se composa de celte sorte. Application de sangsues à l'anus, digitale en poudre et en pilule, bains généraux, vésicatoire au milieu du dos, régime adoucissant.
Ce malade sortit de mon établissement dans une meilleure situation, et fut bientôt guéri sous Tinfluence des distractions et d'un voyage que je conseillai.
Cette affection nerveuse si tranchée fut pour moi un trait de lumière qui me mit sur la voie de reconnaître dans celte monomanie une névrose qui réagit sur le cerveau.
Je consultai mes souvenirs, et j'observai plus attentivement les malades qui m'environnent, et je vis que le plus souvent la monomanie est une affection nerveuse réagissant sur l'organe cérébral.
Voici un autre exemple. Une demoiselle âgée de quarantequatre ans, ayant eu toute sa vie une disposition hystérique, devint aliénée. Elle croit être poursuivie par un individu qui la menace sans cesse, et qui lui donne des coups de poinçon et de poignard dans le ventre. Il lui parle continuellement, dit-elle, l'injurie, et à son tour elle lui rlposlc parles épilhèles les plus grossières. Souvent la nuit elle lui livre des combats, et Ton trouve à son lever la chambre en désordre , et ses meubles brisés. Cet élat persiste encore, et le traitement employé n*a pu diminuer les accès. Je demande à tout observateur de bonne foi où se trouve le point de départ
de l'aUénation mentale? Est-ce le cerveau qui est seul en élât de névrose, ou bien n'est-il pas plus conséquent d'attribuer l'aliénation aux nerfs de la matrice et du bas-ventre qui, réagissant sur le cerveau, le font délirer. La malade n'est pas guérie parce que l'affection hystérique persistant, la névropalliie a dû continuer aussi. Rien n'est plus difficile à guérir que ces sortes de névroses , surtout chez les femmes, à cause de la mobilité du système nerveux, et une remarque qui a été faite par les observateurs, c'est que la monomanie accompagnée d'hallucinations ne guérit pas.
Je rapporterai une autre observation de névropathie non moins curieuse. Une femme, âgée de soixante ans, se trouvait depuis long-tems dans l'établissement fondé par mon père, lorsque je l'observai moi-même avec la plus grande attention. Elle se croyait enceinte du Messie, et parlait souvent à son enfant dont elle accusait les mouvemens, et se plaignait de douleurs déchirantes produites par ses soubresauts. Plusieurs fois je l'ai vue se mettre en colère contre ce prétendu enfant, le menacer de ne plus manger pour le punir. En effet elle menait un régime de vie extraordinaire. Elle ne se nourrissait que de légumes et de pain. Elle se versait tous les matins un pot d'eau sur le cou et sur le basventre. Celte femme est morte , et n'a présenté à l'autopsie que des adhérences anciennes dans plusieurs points du péritoine. Le cerveau n'offrait aucune altération sensible. Je pense que chez cette femme le système nerveux abdominal, qui fut d'abord ébranlé par une inflammation du péritoine, a surtout été le siège de Taliénation mentale, et que le cerveau a subi secondairement l'influence nerveuse, et que les hallucinations qui se sont fait remarquer , dépendaient de cette réaction constante de l'abdomen sur la tcte.
Il me parait certain ue la monomanie , ou, comme je i*ap-
( '9) pelle, la névropathie, a son siège dans le système nerveux de la vie animale, et qu'il suflit qu'un point de celui-ci soit irrité pour réagir sur le cerveau et le faire délirer. Le point de départ peut élre l'estomac, la matrice , le foie, etc.
Les nerfs de la vie organique ne participent nullement à ces phénomènes, à en juger par Tétat des voies digestives qui exécutent leurs fonctions, et qui acquièrent même un surcroit d'aclivité rcmar([uable. Les fonctions de la circulalion et de la respiration s'exercent aussi dans toute leur plénitude.
On peut citer un grand nombre de faits à l'appui de mou opinion sur la névropathie , et son siège. Les femmes hislériques deviennent souvent monomaniaques. Le spleen des Anglais est attribué à la raie. On a observé des femmes qui , devenant enceintes, devenaient monomaniaques. L'aliénalion mentale se déclare souvent pendant ou après les suites des couches. Certains monomaniaques s'imaginent avoir des animaux dans le bas-ventre, dans la gorge, et tous ces pbé^ nomènes sont purement nerveux. On m'a assuré que Papavoine avait une maladie de vessie dont il souffrait beaucoup, et que des accès lypémanîques succédaient ordinairement à ses douleurs. Je me rappelle avoir vu , à l'hôpital Saint-Louis, un individu qui croyait avoir un serpent dans . le ventre , et qui fut guéri en lui faisant accroire qu'on lavait retiré, en pratiquant aux parois abdominales une sorta de selon, par lequel on fit passer une couleuvre. Ces faits et ceux qu'on pourrait citer , car ils sont nombreux , doivent nous mettre sur la voie pour apprécier les monomanies qui , n'ayant pas un caractère aussi tranché , n'en sont pas moins de simples névroses. La névropalhie sera idiopalhique lorsqu'on ne pourra assigner à la maladie d'autre siège que lo cerveau, mais dans louslcs cas on rcconnaUrales symptôme^
d'une névrose qui n'a nul rapport avec les phénomènes qui constituent les autres genres de délire, à moins que Ton ne rencontre une sorte de mélange de symptômes qui permet de les confondre. Dans le cours de mes observations, on verra que je les intitule névropathie compliquée de telle ou telle forme de délire, lorsque la névrose se complique ou se termine par une affection autre que la névropathie.
On verra aussi que j'ai accompagné chaque observation de réflexions , ce qui me dispense d'entrer pour le moment dans de plus grands détails.
Il me reste à examiner deux formes d'altération de l'entendement, qui ont entre elles la plus parfaite analogie. Je veux parler de l'idiotisme et de l'idiotie. J'appelle idiotisme cet état de démence dégénérée de telle sorte que la maladie a modifié l'organisation du cerveau et en a déterminé l'atrophie. L'idiotie, au contraire , est un état constitutionnel natif qui fait que l'intelligence ne s'est jamais développée que jusqu'à un certain point : c'est l'atrophie congéniale. Dans ma thèse sur l'idiotie , j'ai blâmé l'expression d'idiotisme du célèbre Pinel 5 un examen plus approfondi m'a fait voir qu'il avait bien observé. En effet, si l'on suit la marche de la démence, on la voit se terminer, soit par la paralysie générale, ou bien par l'idiotisme. Ces deux terminaisons sont bien différentes, puisque dans l'une la mort suit de près la paralysie, tandis que dans l'autre l'idiotisme devient un état constitutionnel dans lequel les individus peuvent vivre longtemps. Il faut qu'ils soient frappés d'une maladie accidentelle, ou d'une attaque d'apoplexie, pour terminer leur carrière -, mais ce n'est plus par le fait essentiel du cerveau qu'ils succombent, comme on le remarque dans le cas de démence compliquée de paralysie générale. Je crois m'étre
rapproché autant que possible de la vérité , et je proposerai les dénominations suivantes, qui expriment mieux le genre de lésions qui appartiennent à ces phénomènes. Atrophie congéniale , ou idiotie. Atrophie consécutive ou démence terminée par l'idiotisme. Atrophie sénile , ou démence sénile.
L'idiotie ou atrophie cérébrale congéniale offre des degrés suivant que l'atrophie du cerveau est plus ou moins confirmée. Dans un travail que j'ai fait sur ce sujet à la Salpétrière , ayant sous les yeux cent idiots et imbéciles , je me suis efforcé d'établir des degrés suivant le développement de leur intelligence ; j'ai fait plus, j'ai prouvé qu'en s'occupant davantage de ces êtres imparfaits on pouvait, jusqu'à un certain point , développer leur intelligence. A coté de cette pensée, j'ai rapporté des exemples. J'ai cité deux observations d'un développement intellectuel progressif chez deux idiotes, pendant l'espace de sept années.
Je crois avoir le premier élevé la voix pour faire connaître la possibilité d'améliorer le sort de ces êtres disgraciés par la nature , et j'espère que les médecins à la tête des grands établissemens nenégUgeront pas d'étendre ces recherches (i).
(i) It paraît qne (îcptiîs pcn radmlnisliation des li«\pit'\llX ;i litubli deux services pouï rccçyolr les cotuis iUiv(i,
ARTICLE m.
Traitement des alitiics.
Maintenant que nous connaissonsle siège probable de raliénalion mentale, je crois qu il deviendra plus facile de la traiter. On a trop accrédité dans le monde, et même parmi les médecins, qu'il n'y a pas de traitement contre la folie. Bfforçons-nous de prouver le contraire.
En principe nous dirons que plus la folie est simple , Xnoins le traitement et la cure sont difficiles. Par simple j'entends celle qui appartient, soit aune congestion momentanée du cerveau, soit à l'irritation ou l'inflammation des mem^ 33ranes et de la surface cérébrale. Plus au contraire l'affection e'étendra au système nerveux d'une manière générale, plus le traitement et la guérison seront difficiles , telle est la mo- ;Domanie.
Dès les premiers symptômes d'aliénation mentale , il faut que le médecin sache saisir les indications qui se présentent. S'il y a congestion cérébrale, tirer du sang avec modération , taigner, et faire suivre un régime approprié^ éloigner le malade de ses occupations ordinaires s'il y a des signes d'inflammation des méninges-, fureur, faire une large saignée, donner des bains prolongés, douches sur la télé ou seulement affusions froides j isoler entièrement le malade. Lorsque la fureur est extrême, je l'ai calmée quelquefois en plaçant le malade dans un lieu obscur -, dans cette situation les sens ne fournissent plus autant à l'excitation du cerveau , et celui-ci se trouve calmé dans la fonction.
J'emploie aussi avec grand succès rapplication des vcn-r touses hcariûées à la nuque. J'ai fait iaire des verres k pompe, de grandeur convenable, pour s'adapter à celle partie du col. On peut retirer le meilleur effet, soit d'une application de sangsues à l'anus ou derrière les oreilles ^ maii cette application étant souvent dilîicile chez les malades agités, on devra recourir aux ventouses scariûées.
Lorsque lessynaptômes de la méningo-cérébrite persistent, et qu'il y a une tendance vers l'état chronique, on doit em-: ployer les moyens dérivatifs, tels que les exutoires de tous genres , et les purgatifs , depuis les laxatifs jusqu'aux drastiques : l'émétique en lavage, l'eau de Sedlitz, le calomalar , le petit lait de Weiss, la gomme-gulte, la scamonée, riiellébore tant vantée par Hippocrate. Quant aux dérivatifs cutanés, ils seront variés suivant les phénomènes morbides. Voici ceux que j'ai employés avec plus ou moins de succès ; sinapisme aux extrémités , entre les épaules , sur le basventre. On peut se })0rner à les promener à la surface du corps. Suivant les indications, vésicatoires aux extrémités inférieures ou supérieures, volans ou suppurans, entre les épaules, à la nuque ou sur toute autre partie du corps qui peut offrir un point de départ de la maladie.
Je me sers assez souvent du fer rouge dans la région trapézienne, et j'en ai tiré de bons effets, surtout dans la monomanie. Le docteur Valentin , dans son ouvrage sur ritalie, raconte des iiaits merveilleux de guérisons de maniaques par l'appUcalion du fer rouge à la nuque et à la région occipitale-, il se sert d'un cautère pointu qui pénètre jusqu'aux muscles : je n'ai jamais employé ce moyen dans la période d'acuité de l'aliénation mentale, mais seulement dans la période chronique.
J'ai fait usage aussi de moia japonais, appliqué à la nuque,
au front, aux tempes, à Tocciput et au sinciput. On néglige peut-être trop ce moyen si usité en Chine, et importé parmi nous par le docteur Sarlandière. On peut proportionner la brûlure de ce moxa à volonté, on peut la multiplier, la faire aussi profonde qu on le désire , tandis qu'avec le moxa ordinaire, on ne peut arrêter l'action du feu , et brûler jusqu'aux os , comme on en cite des exemples. Il est un autre dérivatif non moins puissant , c'est la pommade émétisée, surtout lorsque l'aliénation mentale a succédé à une mélaslate d'une affection rhumatismale, ou à une rétrocession d'exanthème ; on peut alors aider le traitement par des bains de vapeur ou des fumigations.
La monomanie est sans contredit l'aliénation mentale la plus difficile à guérir •, le caractère ataxique de cette sorte de délire explique cette difficulté. Dans la monomanie idiopalhique il y a plus de chances de succès que dans la monomanie symptomalique. Dans le premier cas, la local'sation étant plus exacte, les traitemens s'adresseront plus directement au centre des phénomènes nerveux. Les moyens indiqués ci-dessus sont aussi ceux qui conviennent à la monomanie, mais la sagacité du médecin peut seule distinguer l'opportunité de leur application. Lorsque la moncmanie sera symptomatique , il faudra rechercher quel est le point de départ de la névrose , et agir sur celui-ci suivant les symptômes.
Nous voici arrivés au point le plus délicat du traitement des aliénés : c'est le traitement moral. Il faut du tact, de l'adresse, du sang-froid, de l'énergie et toujours de la bienveillance, pour diriger le moral des aliénés.
L'isolement , dont j*ai déjà parlé , produit en général un effet très-salutaire. Le changement de lieu , d'habitudes , des personnes qui le& entourent, et la contrainte nécessaire à
(a5) laquelle ils se trouvent soumis , la régularité de leur existence contribuent le plus souvent à améliorer leur situation.
Il est fort important de placer les aliénés dans un lieu qui puisse leur plaire. En France, les élablissemens destinés aux aliénés sont généralement bien , depuis l'impulsion donnée par les médecins de nos jours.
J'ai eu l'occasion de visiter plusieurs hôpitaux de Londres , et j'y ai remarqué une propreté extrême qui tit;nt du luxe. Les batimens, qui sont beaux, laissent pourtant à désirer pour leur construction et leur étendue. Les malades y sont trop resserrés 5 leurs promenades trop bornées : tels sont les hôpitaux de Bethlem et de Saint-Luc j mais à six milles de Londres, dans le comté de Middlesex, se trouve un établissement nouvellement formé , l'hôpital d'Hauwell , d'une grande étendue, et que j'ai trouvé dans toutes les conditions désirables.
On y trouve des salles spacieuses, des divisions et des subdivisions, de grandes cours séparées pour chaque espèce de malades , condition très-essentielle pour la guérison des aliénés.
Autrefois les moyens contentifs étaient accablans pour ces malheureux : on les chargeait de chaînes, on les liait, on les garrottait^ aujourd'hui on ne se sert que d'une camisole, qui les maintient dans leurs momens de fureur. Dans l'hôpital Saint-Luc, à Londres, on voit encore des chaînes et des menottes en fer^ à Bethlem, on ne voit plus de chaînes-, à Hauwell, ce sont des camisoles ou des manches en cuir fixées à la nuque par une courroie vissée.
La douche peut servir au traitement moral des aliénés; ils la craignent beaucoup ; c'est un moyen de répression et
d'obtenir leur soumission. Cet utile moyen pourrait devenir funeste s'il était confié à des mains inhabiles, ou qui pourraient en abuser; il faut que ce soit le médecin lui-même qui l'administre. En effet, si l'on réfléchit aux inconvéniens d'une douche trop violente ou trop prolongée, on peut craindre d'augmenter la congestion cérébrale, et la rupture des vaisseaux qui pourrait s'en suivre. Il y a des aliénés qui supportent la douche avec une sorte d'insensibilité : il ne faudrait pas s'appuyer de ce fait pour en user immodérément.
En Angleterre , la douche ne ressemble nullement à la nôtre; c'est plutôt une pluie que reçoit le malade : qu'on se représente une boite de la forme d'un carré long, un peu plus large en bas qu'en haut, et au-dessus une espèce de réservoir, percé de trous, par lesquels s'échappe l'eau qui arrose le malade. En France , les plus belles douches que j'aie vues sont à la Salpétrière: indépendamment d'un conduit en cuir, terminé par un robinet, et que l'on peut promener autour de soi dans une salle de bain de forme arrondie, il y a aussi des douches de surprise, d'une force différente , qui font tomber sur la tête de l'aliéné , à la volonté du médecin, un certain volume d'eau. En parlant de ces douches , je me rappelle le bain de surprise que j'ai vu à l'hôpital Saint-Luc de Londres : c'est un réservoir en pierre, à fleur du sol, entouré d'une rampe de fer -, d'un côté, il y a un escalier qui permet de descendre jusqu'au fond du réservoir , et favorise l'introduction plus ou moins subite di^ malade qu'on y veut plonger.
Un moyen très-efïicace pour obtenir une amélioration dans l'état mental des aliénés, c'est de les occuper aussitôt qu'ils en sont susceptibles. M. le docteur Hélis , médecin écossais , chargé de la direction (}ç rbôpilal d'Hauwellj qui
(^7) contient de quatre à cinq cents aliénés , m'a dit qu'il occupait ses malades, dans les cuisines, à la confection du gaz, à la buanderie , et que c'étaient eux qui avaient fait les travaux de terrassement de l'établissement : il a fait construire de vastes ateliers , ou Ton confectionne toutes sortes d'ouvrages.
Ce médecin m'a assuré que dans un autre hôpital, en Ecosse, il avait retiré des avantages immenses de ces travaux pour la guérison des aliénés. En France, on a déjà fait de pareilles applications : M. Esquirol , à la Salpétrière, M. Férus, dans son cours sur les maladies nerveuses, nous a annoncé qu'il se proposait de faire travailler des aliénés dans un terrain , à la barrière de la Santé. Il n'est pas d'établissement particulier à Paris où 1 on n'ait soin d'occuper les malades, et, pour mon compte, j'en ai retiré des résultats satisfaisans. Il y a un double avantage : celui de forliGer le physique et d'occuper le moral- en détournant les malades de leurs idées dominantes , ils finissent par les perdre.
Lorsque les idées des aliénés commencent à prendre une meilleure direction, les voyages deviennent salutaires; jusque-là , il est rare qu'ils réussissent , on n'en obtient pas toujours ce qu'on espérait. Au contraire, lorsqu'après un isolement bien dirigé on les distrait par des voyages, ils en ressentent bien plus vivement tout le bienfait.
Quant aux distractions à procurer aux aliénés dans les établissemens où ils sont placés, il (iiut les varier suivant leur situation : le billard, les jeux de différentes sortes, la musique, les travaux du jardinage, le dessin même pour quelques-uns. J'ai eu chez moi un jeune homme, excellent musicien, et qu'on engageait à jouer du piano : il y consacrait plusieurs heures par jour; et pendant cet intervalle,
séâ idées fixes, car il était monomaniaque , se trouvaient suspendues.
C'est surtout dans les élabltssemens particuliers qu'on peut s'occuper de chaque malade : le médecin n'ayant autour de lui qu'un petit nombre d'aliénés , ses soins doivent être plus assidus.