‹ Considérations sur l'appréciation de la folie, sa localisation et son traitementChapitre 5 sur 11 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

N° I. — Méningo-cérébn'te simple.

Prompte guenson.

M. H , âgé de dix-huit ans, d'un tempérament san-

guin-lympathique, d'une constitution nerveuse, d'un caractère très-irascible, et d'une grande vivacité, à la suite de contrariétés qu'il eut avec sa mère, s'emporta jusqu'à la fureur , et brisa ce qui l'entourait. On s'aperçut dès lors d'une grande bizarrerie dans ses actions , puis de désordre. Il prétendait faire des expériences de physique en prenant un verre d'eau et en le retournantdans ses mains, etc. Le médecin qui le vit l'envoya à la campagne pour le distraire de ses folies. Cet isolement ne produisit aucun effet, son déHre augmenta, et Ton fut obligé de le placer dans une maison de santé. Il fut d'abord stupéfait de ce changement, il parut plus raisonnable , mais les jours suivans il donna essor à toutes ses idées. Il casse, brise autour de lui, s'agite, ie promène en chantant; sesvétemens sont en désordre. Bains ^ affusions froides sur la léle, limonade. Quelques jours se passent dans cette agitation et dans un délire général; il ne peut écrire, ni suivre une conversation. Bains frais prolongés, douches en arrosoir sur la tête, limonade avec crème de tartre. L'agitation cède peu à peu, ses pensées sont plus saines , ses discours plus réglés ; bientôt son état fut si satisfaisant , qu'on l'emmena à la campagne , où il ne tarda pas à guérir.

RÉFLEXIONS

Une simple congestion des méninges et du cerveau peut expliquer Télat maniaque où s'est trouvé ce jeune homme. Un traitement simple et de peu de durée a suffi pour le faire disparaître. Le médecin consulté a saisi l'indication du traitement prompt qu'on a fait au malade, mais on a vu que l'isolement incomplet n'avait pas suffi , et qu'il avait fallu l'éloigner de ses parens. Le voyage qu'on lui a fait faire dans sa convalescence n'a eu d'heureux résultats que parce que le traitement médical avait déjà détruit la maladie. On * a remarqué qu*au moment de l'amélioration obtenue chez

M. H il avait essayé en vain de lire ; le cerveau, encore

tout étonné de la commotion qu'il venait de recevoir, ne pouvait exécuter ses fonctions dans toute sa plénitude.

N*" 2. — Méningo-cérébiile aiguë.

Prompte gut'rison.

M"" D âgée de trente-neuf ans, d'un tempérament

lymphatique , d'une constitution éminemment nerveuse, d'une extrême sensibilité et d'une grande douceur, éprouva pendant l'année 1822, à la suite d'une couche, des symptômes comme léthargiques. Elle sortait de ces accès par des attaques de nerfs ; il en résultait un affaiblissement notable des facultés intellectuelles : ^a mémoire surtout fut altérée j

depuis, M'""D avait recouvré toute sa santé. Au mois de

décembre 1828, elle accoucha sans accidens, elle voulut nourrir son enfant -, mais son lait étant trop aqueux, elle fut obligée d'y renoncer, ce qui la chagrina beaucoup et lui causa

( 3i ) une grande Vistesse. Au mois d'avril 1829, un de ses enfans eut la rougeole , elle le soigna nuit et jour', la situation de cet enfant l'inquiéta vivement, elle-même fut prise de la maladie qui, à «on déclin, s'accompagna de délire. On remarqua des momens d'absence, de la divagation. Elle eut une attaque de nerfs, à la suite de laquelle son délire augmenta. L'agitation survint avec une grande loquacité, elle veut se jeter par la fenêtre , etc. Celte situation eflraya son mari, il se décida à la placer dans une maison de santé, la malade elle-même demandait à sortir de chez elle pour avoir un meilleur air.

A son arrivée elle était dans l'état suivant : agitation extrême, mouvemens hrusques, visage coloré, yeux étincelans, la rougeole était entièrement passée. Un bain tiède prolongé pendant plusieurs heures , affusions froides sur la tête : la nuit est fort agitée, paroles incohérentes, cris violens. Cependant la malade se calme vers le malin , nouveau bain , douche en arrosoir sur la tête , diète absolue , tisane adoucissante légèrement acidulée. L'agitation persista quelques jours, mais sous l'influence d'un traitement an liphlogis tique rigoureux , la méningo-cérébrile céda, et la malade ne tarda pas à entrer en convalescence. Je purgeai plusieurs fois avec de Feau de Scdlitz , et, au bout de cinq semaines de traitement, la malade sortit parfaitement guérie.

RÉFLEXIONS

Une femme d'un tempérament nerveux a présenté des accidens très-graves à la suite d'une couche, et, sous l'empire d'une prédisposition aux maladies nerveuses , elle est afl'ectée d'aliénation mentale. Une afl'ection inflammatoire des méninges et de la surface cérébrale se déclare , et les

phénomènes du délire coïncident avec la violence des lésions pathologiques : un traitement sédatif a suffi pour guérir cette dame. On a vu que je n'ai pas employé la saignée, la constitution de cette dame et son état de convalescence d'une rougeole expliquent ma réserve à cet égard : je pense qu'il faut être en général modéré dans les évacuations sanguines que l'on fait aux aliénés, comme je le dirai plus loin, et d'une manière plus détaillée à propos d'autres aliénés.

La maladie de M"" D.... a été guérie d'autant plus promptement qu'elle était concentrée sur un seul point du système nerveux.

N° 3. — Méningo-cérébrite , compliquée de névropathie,

Guérison.

M"' L.. . , âgée de soixante-cinq ans , d'un tempérament nerveux, d'une constitution irrilahle, avait eu toute sa vie de violens maux de tête, et , comme elle le disait elle-même, une mauvaise têle. Pendant l'hiver de 1828 elle eut des chagrins violens, elle perdit son mari et une partie de son bien. Elle devint bizarre, se déplaisait partout, s'agitait la nuit, elle eut même l'idée de se tuer : les douleurs de tête devinrent intolérables pendant le mois de février. Application de sangsues derrière les oreilles , bains , afl usions froides -, mais l'agitation augmentant , on la plaça dans mon établissement le 2 mars 1829 ; elle était dans l'état suivant : son physique est altéré, elle est maigre et pâle, le moral n'est pas moins affecté j elle s'imagine qu'on veut lui faire du mal, elle répond à peine aux questions qu'on lui adresse , sa tête est chaude. Application de sangsues derrière les oreilles, le len-

demain, bain tiède prolongé, avec une légère douche sur la léle. Pendant quelques jours Tagilalion persiste, elle parle beaucoup, marche continuellement : bains prolongés , renouvelés chaque jour. L'agitation céda enCn , il ne lui restait plus que quelques idées bizarres. Je la purgeai deux fois par semaine, je l'occupai dans la maison, des bains et de légers purgatifs terminèrent le traitement, et la guérison fut complète.

RÉFLEXIONS

Un âge avancé est souvent une cause d'insuccès dans le traitement de l'aliénation mentale, cet exemple prouve qu'il y a des exceptions. Dès le principe Tafleclion parut simple et son siège facile à déterminer. Une céphalalgie habituelle , une grande agitation , mêlée à quelques idées tristes, étaient le résultat d'une réaction du cerveau sur le système nerveux général, et surtout sur le bas-ventre , ce qui est prouvé par une mauvaise nutrition , car cette femme était fort maigre. Les moyens les plus simples ont suffi pour changer cette situation , et l'occupation et les distractions qu'on lui procura lui firent un grand bien.

N' 4* — " Mcningo-ccrébrite , compliquée de néuropathie.

Guc'rison.

M d'un tempérament sanguin et d'une constitution

nerveuse, est âgé de trente-deux ans , d'un esprit cultivé et doué d'une imagination ardente^ il s'est livré toute sa vie à la culture des lettres : il était naturellement passionné, et aira^t le plaisir. Après la révolution de juillet, qui Ct sur

(34) lui une grande impression , il occupa diverses places honorables que lui firent donner sa capacité et son zèle.

Au moment du choléra, il relevait à peine d'une maladie qui l'avait retenu au lit -, il s'occupa un des premiers de son apparition , et des secours à donner aux cholériques.

Tout-à-coup ses idées changent , il ne croit plus à l'épidémie , ou se croit le pouvoir de guérir les malades atteints. Il est en proie à une extrême agitation , le délire éclate vio^ lamment et bientôt on est forcé de le placer dans ma maison. Il était à son arrivée dans la situation suivante : visage trèsrouge , yeux injectés , agitation , paroles brèves , loquacité extrême : il se dit envoyé du ciel pour guérir les cholériques et prétend en avoir rétabli \ dans d'autres instans il n'y croit plus , et dément tout ce qui se dit sur l'épidémie.

Le pouls est large et fréquent, saignée de quatre palettes ; l'agitation persiste pendant quinze jours , pendant lesquels il prit des bains et des douches -, à cette époque on obtint un peu de calme , mais la divagation persiste. Ses idées sur le choléra semblent s'affaiblir , d'autres aussi bizarres leur succèdent -, il distribue des places, des honneurs, se croit appelé à réformer le gouvernement et ses abus j il croyait et assurait entendre entrer dans la maison des voitures amenant des membres de la famille royale , etc.

Je me bornai à le tenir au régime végétal, aux bains frais et prolongés. Il avait peu d'appétit, parce que les voies dif eslives participaient à l'irritation générale du système nerveux il y avait constipation : boisson légèrement acidulée, lavement d'eau de son , application de sangsues à l'anus. Deux mois s'écoulèrent dans une alternative d'agitation et de calme apparent , pendant lesquels il remâchait sans cesse les mêmes idées : tous les deux jours bains de deux heures , avec ou sans douche sur la têle, un léger purgatif uaç faii*

la semaine, distractions de tout genre. Vers lu fin du troisième mois de séjour, application de deux boutons de feu à la région trapézienne , la suppuration fut très-abondante : amélioration notable -, le malade divague rarement, et commence à entrevoir les erreurs de son imagination. Vei^s la dernière quinzaine de son séjour dans rétablissement, des furoncles se développèrent sur diverses parties du corps. Son appétit revint, sa santé physique était parfaite : je conseillai de voyager, ce qui eut lieu , et à son retour il était parfaitement guéri.

RÉFLEXIONS

On conçoit facilement qu'avec la constitution de M. .,..., ses habitudes , son genre d'esprit et son imagination ai> dente et passionnée , il fût prédisposé à l'aliénation mentale 5 plusieurs causes morales vives se succédèrent , et bouleversèrent des projets de bonheur qu'il avait formés : très-fatigué par les soins qu'il donna aux cholériques, ayant passé de suite plusieurs nuits , une inflammation congestive du cerveau et des méninges détermina l'explosion du délire.

La méningo-cérébrite se compliqua d'une névropathie enléro-cérébrale •, ce qui rend compte des idées fixes qui se mêlèrent aux autres phénomènes. Cette sorte de mélange de symptômes se rencontre souvent chez les aliénci , et prouve la difficulté d'une bonne classification. En recherchant les sièges différens de ces mêmes symptômes , et en. les signalant, on se rend mieux compte des phénomènes, et surtout on adresse plus directement les remèdes.

J'ai encore dans celle occasion ménagé les saignées, comme je Iç fais ordiuuircmcat , à moins d'indicatious ur-

gentes; car je crains de produire un affaissement du cerveau, qui peut devenir fatal à la fonction intellectuelle, et j'ai remarqué qu on laissait plus d'action aux autres remèdes en conservant précieusement la force vitale de cet organe. J'aime mieux user l'influence nerveuse exagérée , que de la rompre tout-à-coup. Le succès ayant d'ailleurs presque constamment répondu à mon traitement, je me crois autorisé à dire qu'il faut saigner les fous avec précaution.

Voici un autre fait qui vient à l'appui de mon assertion.

M , homme distingué et instruit, doué d'une grande

imagination, mais entraîné par des idées politiques exagérées, devient fou j il avait, à son entrée dans mon établissement, les signes d'une méningo-cérébrite aiguë. Ce malade était d'une constitution athlétique : on aurait pu sans crainte lui tirer du sang j je ne lui fis pourtant qu'une seule saignée. Je le baignai beaucoup, lui donnai des douches avec modération 5 je ménageai ses alimens. Je le purgeai au déclin de la maladie, et, au bout de six semaines, il était parfaitement guéri.

On a remarqué , dans notre première observation , que l'amélioration s'était manifestée après l'application des boutons de feu au col. J'ai retiré un grand avantage de ce moyen, surtout dans les aliénations mentales qui prennent un caractère chronique. Ce moyen, un peu violent, produit une dérivation fort avantageuse. Quatre à cinq mois ont suffi pour guérir ce jeune homme , et l'on peut trouver ce tems fort court , en comparaison de ce qui arrive à certains malades. On doit attribuer ces résultats à la prédominance de de la méningo-cérébrite qui , rendant la maladie plus simple, a rendu aussi la guérison plus facile.

N^ 5. — Nés^ropathie-spino-cérébrale y terminée par uns méningo-cérébrite .

Guerison.

M. F..., âgé de trente-six ans , d'un tempérament sanguin et d'une constitution éminemment nerveuse, est né d'un père dont la bizarrerie était citée. Capitaine d'artillerie, et homme fort distingué par l'étendue de ses connaissances scientifiques et littéraires, M. F... a toujours eu une propension aux idées mélancoliques. La vie contemplative était celle qui lui plaisait le plus : la lecture des ouvrages d'imagination , et surtout celles de compositions vaporeuses , faisaient ses délices. Aimant beaucoup le plaisir, il s'y livrait avec ardeur \ mais il passait facilement à la tristesse 5 il avait besoin d'un excitant pour en sortir, et cet excitant se trouvait dans les boissons spiritueuses. Al'àge de trente-un ans, il épousa une jeune personne belle et spirituelle, mais sans fortune. Ce mariage , qu'il avait souhaité ardemment , le combla de bonheur. Pendant deux ans, les vœux qu'il formait pour avoir un enfant ne furent pas exaucés : il en prit de la tristesse j cependant la troisième année, sa femme devint enceinte, mais elle accoucha d'un enfant mort : nouveau désespoir! Il fit tous ses efforts pour oublier son chagrin, et se livra avec intempérance à la boisson , pour s'étourdir dans son malheur , mais il retomba bientôt dans une profonde mélancolie avec désir de se suicider. Le 2 5 juin 1829, possédé de l'idée de terminer son existence, il alla passer quelques jours à la campagne ; il fit des préparatifs de suicide, mais il n'eut pas la force de les exécuter; il revint chez lui à pied, tête nue par la chaleur de midi. Un médecin appelç Iç trouva dans Tétat suivant : face rouge , physiono-^

( 38 ) mie troublée, yeux égarés, céphalalgie, soif, pouls dur, plein et fréquent. Sangsues aux tempes, un bain, affusion froide sur la tête, diète. A dix heures du soir, calme et cessation du délire, tristesse profonde, disposition au sommeil, mais le malade ne peut dormir. Le médecin conseille d'éloigner le malade de sa famille pendant huit jours. On Téloigne en effet 5 mais au bout de quelques jours il veut revenir, et reprend son régime de vie ordinaire. Plusieurs mois s'écoulent dans une alternative de calme et d'agitation. Le médecin conseille un voyage en Suisse pour tâcher d'éloigner le malade des idées qui viennent l'assiéger. Il part : M. F. . . grand admirateur de la nature , en ressent un heureux eft'et, mais les impressions sont fugitives , et les idées dominantes subjuguent son esprit : il retombe dans la plus affreuse mélancolie; il se livre au désespoir, et se serait infailliblement suicidé, si Ton ne l'avait entouré de toutes les précautions imaginables. Vers le mois d'octobre 1829, des symptômes d'irritation de la moelle épinière se manifestent 5 soubresauts des membres supérieurs, tremblement des mains, douleurs dans la région dorsale, vive sensibilité , et secousses comme gahaniques. Le médecin recommande les bains, et emploie l'acide hydro-cyanique à faible dose , sans en tirer de l'avantage ; enfin on applique un séton à la nuque : ces symptômes s'amoindrirent.

On conseilla au malade de profiter de ce calme pour venir à Paris se faire traiter. Le 4 novembre 1829, il se présenta chez moi dans ce but. Il me raconta lui-même, avec les plus grands détails, toutes les particularités de sa mahdie , et se soumit volontiers à Fisolement qu'on réclamait. Les habitudes régulières de la maison , un régime végétal , des bains fréquens le maintinrent dans cet état de calme , et je crus que le changement de lieu suffirait pour amener la

(39) guérison ; mais au mois de décembre , raccès mélancolique i-eprit toute sa force, et ses idées de suicide se renouvelèrent. Le visage se colora, et les soubresauts des membres reparurent. Application de quinze sangsues à l'anus, bains, affusions froides sur la tète. M. Esquirol, consulté, ordonna le régime lacté, la saison ne permettant pas un autre traite^ ment. Il eut des alternatives d'agitation et de calme, il fit même une sérieuse tentative de suicide, et voilà comment il s"y prit : il avait un bonnet de soie qu'il défila, non sans que la soie ne se cassât mille fois peut-être, et pendant les courtes absences de son domestique, il parvint à en faire un cordon pour se suspendre. Il réussit un soir à se débar»rasser de toute surveillance, et tenta la suspension j mais la corde, ni le point d'appui ne suffirent à l'exécution de son projet. Je le vis au moment même ; il avait des regrets profonds d'avoir échoué dans sa tentative : sa figure était altérée, les battemens du cœur accélérés ; il était violemment agité. Il fut soumis à une telle surveillance que deux domestiques étaient attachés à sa personne. Pendant le mois de février, je profitai de quelques jours d'un tems moins rigoureux pour baigner le malade. Je réitérai l'application des sangsues à l'anus , et je le purgeai deux fois par semaine avec de l'eau de Scdlitz ^ enfin . je fis appliquer un vésicatoire au bras. Le mois de mars , qui fut très-doux , me pei^ mit d'insister sur les bains prolongés. A celte époque, le délire prit de l'extension ; M. F... s'imagina avoir une seconde vue : il prédisait à chacun son sort à venir; ses idées fixes et sa mélancolie l'avaient abandonné. J'augurai favorablement de ce changement 5 la maladie paraissait se localiser, et prenait la forme d'une méningo-cérébrile ordinaire. J'annonçai à sa femme cet heureux changement, et bientôt après sa guérison. Elle se hâta de venir à Paris,

et dans les premiers jours d'avril, M. F... quitta mon établissement. Je conseillai de prolonger pendant quinze jours la convalescence à Paris, en jouissant modérément des plaisirs qu'offre la capitale.

M. F... est retourné chez lui parfaitement guéri, après neuf mois de la plus cruelle maladie, et depuis j'ai eu le plaisir de recevoir de ses nouvelles , qui me confirmaient sa guérison.

RÉFLEXIONS

Cette observation présente un grand intérêt, sous plusieurs rapports ^ elle prouve que, quelle que soit la persistance du mal, on doit aussi persévérer dans le traitement, et ne jamais se ralentir. J'ai vu des guérisons inespérées par le fait des soins continus qu'on donnait aux malades. Si nous repassons rapidement les faits principaux de cette observation, nous voyons un homme jeune, essentiellement nerveux, très-impressionable , ressentir avec violence des chagrins qui auraient été passagers chez d'autres, mais qui, chez lui, déterminent des actes de désespoir.

Les boissons spiritueuses dont il faisait usage augmentèrent le mal. Ce fut loin de ses amis, de sa famille qu'il fallut essayer de le traiter, en le confiant à des mains étrangères , la maladie ayant fait de si effrayans progrès qu'on craignait à chaque instant une affreuse catastrophe.

Les phénomènes de la névropalhie ne furent pas toujours franchement dessinés : on aperçut un mélange d'exaltation qui semble appartenir à la méningo-cérébrile -, cependant, lorsqu'on vit des symptômes du côté de la moelle épinière s* développer , la névropathie avait acquis toute sa force en raison de l'extension de l'affection du système nerveux. La maladie ne parut céder que lorsque l'affection cérébrale

a dominé, et que le délire devenant général, le caractère de la maladie a changé. La guérison a été prompte. La plupart des monomaniaques qui guérissent passent par cette période , il faut que Taffection nerveuse ou inflammatoire se concentre dans le cerveau pour que, la maladie devenant simple, la guérison ait lieu. Nous en verrons d'autres exemples dans les observations qui vont suivre. On a écrit que la monomanie avec suicide avait le plus souvent son siège dans le bas-ventre : celte observation serait tout-à-fait contradictoire, car le malade a toujours conservé la plus parfaite intégrité de fonctions intestinales et des organes contenus dans l'abdomen.

N° G. — NévropatJiie cérébrale-idiopathique , terminée par une méningo-cérébrite chronique.

Point de guciison.

Agé de trente-huit ans, d'un tempérament sanguin, d'une excellente constitution, doué d'une grande intelligence , M. R.... reçut une éducation peu soignée ; il se destinait à la médecine, et fut obligé de travailler beaucoup pour vaincre les premières difficultés : il apprit seul le latin , et fut reçu bachelier ès-lettres. Ses éludes médicales furent conlinuées avec persévérance ^ il acquit le titre de docteur en médecine. D'un esprit sublil et profond, M. R.... n'étudiait pas les sciences superficiellement, il voulait pénétrer les secrets de noire admirable organisation : sa thèse et sa nouvelle physiologie prouvent ses longues méditations. Ce genre d'étude faisait ses délices^ il s'y livra immodérément, et se fatigua beaucoup. En 182G, il fit paraître une brochure intitulée : Point du départ animé. On y trouve beaucoup

de bizarreries, un style ampoulé, et des idées extraordinaires ; cependant on peut le suivre au milieu de son désordre d'imagination. En 1827, parut le i5/^tèwe de multif plicitè. Cet ouvrage ne laissa aucun doute sur la confusion de ses idées, et la perversion de ses facultés intellectuelles. Depuis celte époque, M. R.... se livra alternativement à des idées mystiques et métaphysiques. Il écrivait à des prêtres, à des grands personnages; il allait s'agenouiller, pendant plusieurs heures, dans les églises^ il travaillait ensuite une grande partie de la journée. Il sortait de son travail pour se livrer à son goût pour la table, pour le vin, dont il buvait beaucoup, mais sans s'enivrer. '

Soumis à toutes ces causes d'excitation , Taliénation mentale s'est confirmée de plus en plus chez M. R.... Il en est résulté un grand désordre dans ses actions et dans ses paroles. Il parlait avec emphase et abondance d'un système épistolaire à la mécanique ^ il devait réformer la langue, et en rendre l'étude mécanique ^ il observait les astres, et prétendait les gouverner, etc. C'est dans cette disposition mentale que je fus chargé de donner des soins à M. R.... Sa santé est parfaite ^ cependant on observe un état pléthori-. que et une rougeur de visage qui annoncent assez la congestion habituelle du cerveau : la tête est chaude , le pouls plein. Une abondante saignée est pratiquée-, bains tièdes. Pendant quelque tems , on continue le traitement antiphlogistique , mais sans succès : l'aliénation persiste, et semble prendre le caractère de la démence. Il n'écrivait plus \ mais, dominé par ses idées mystiques , il s'agenouillait dans le jardin , regardait le soleil, parlait seul à haute voix, et ses discours sans suite prouvaient tout le désordre de ses facultés intellectuelles.

A la suite d'une consultation de plusieurs confrères^ il

fut reconnu que cette aliénation , déjà ancienne, ne présentait aucunç chance de guérison : on le plaça à Charenton.

IlEFLEXIOyS.

Si Ton éludie avec attention cette observation, on voit qu'un cerveau bien organise n'est pas toujours une garantie contre la folie ; on pourrait dire, au contraire, que la grande intelligence de M. R.... Ta conduit à la démence la plus prononcée par l'abus qu'il en a fait. On peut suivre l'altération progressive de ses facultés : une étude constante, un travail assidu donne naissance à un bon ouvrage, qui est bientôt suivi d'une production bizarre j puis d'un autre qui n'est qu'un amas de folies et tout-à-fait inintelligible. D'abord on n'a pu distinguer aucune trace d'altération organique dans le cerveau : c'est une monomanie d'écrire, à laquelle se mêlent des idées mystiques. La névropathie cérébrale-idiopalhique est déclarée, mais une inflammation congestive du cerveau se manifeste -, elle devient chronique : la démence termine la scène des phénomènes morbides.

Nous avons combattu cet état congesîif par une évacuation sanguine j des bains tièdes ont été donnés pour calmer le système nerveux j nous avons purgé le malade : tous les remèdes ont été infructueux. Un des signes d'incurabililé qui s'est manifesté chez ce malade , est rexcellcnt état de son physique : ou pourrait presque toujours prédire T incura bilité, lorsque les malades conservent ou prennent de l'embonpoint j ceux qui, au contraire, maigrissent pendant le traitement font bien augurer pour la gucrison.

N*' 'j* ^-^ Nc\*ropathie utero - cérébrale , compliquée et suivie dune méningo-céréhrite»

Guéri son.

M"" J..., âgée de trente-quatre ans, d'un tempérament sanguin , d'une forte constitution , d'un naturel bizarre, et dominée par des idées religieuses, était hystérique. Elle perdit un protecteur qu'elle affectionnait beaucoup : elle en conçut du chagrin \ sa dévotion parut s'en augmenter. Elle s'agenouillait dans la rue, devant une image de la Sainte- Vierge ; un grand désordre se fit remarquer dans toutes ses actions, et bientôt on s'aperçut d'une grande exaltation dans ses paroles : c'est dans cette situation qu'elle me fut confiée, le 28 novembre 1829.

A son arrivée il y avait chez elle de la fureur ^ elle voulait briser les meubles j la nuit fut fort agitée. Le lendemain je la fis mettre dans un lieu obscur pour essayer de la calmer. Je ne pouvais ni la saigner , ni la baigner -, les règles coulaient avec abondance. Quelques jours après, application de ventouses derrière les oreilles , bains , affusions froides sur la tête. L'agitation persista -, elle déchirait ses vétemens 5 on fut obligé de la maintenir avec une camisole. Un mois s'écoula sans changement , et , malgré la rigueur de la saison , on continuait les bains en même tems que les douches, ou les affusions sur la tête -, régime végétal. Pendant le mois de janvier, la malade se calma un peu-, le mois suivant elle était tout-à-fait tranquille , mais elle déraisonnait encore et pa ' raissait indifférente à tout. Application de vésicatoires au bras. On cherche à l'occuper , mais elle travaille peu. Au mois de mars, M*^'' J... est très-calme , demande ses parens> ses amis, reçoit bien leurs visites, On continue le traitement

(45) suivant pour amener une parfaite guérison : bains et purgatif alternativement. L'état physique et mental s'améliore, et la malade sort guérie le 28 avril i83o.

RÉFLEXIONS

Prédisposée comme je Tai dit, il n'est pas étonnant que cette femme ait été atteinte d'aliénation mentale. Je crois qu'on naît avec la prédisposition à la folie comme à tout autre maladie j c'est d'ailleurs ce que prouvent les demandes qu'on adresse aux parens. Il y a chez les aliénés, soit une disposition héréditaire, une organisation vicieuse, ou une éducation mal dirigée, etc.

On ne peut révoquer en doute l'influence du cerveau sur les autres organes de l'économie, de même qu'on reconnaît celle de nos organes sur lui. Pourquoi la matrice joue-t-elle un si grand rôle dans l'existence de la femme .^ C'est parce que le système nerveux de cet organe réagit sans cesse sur le cerveau. Si l'on observe ce qui arrive au moment de la puberté dans les deux sexes , le développement des organes de la génération change les goûts et les déterminations intellectuelles des adolescens. On les voit quitter leurs jeux pour la lecture des romans ou des ouvrages d'imagination j ils y trouvent une nouvelle vie et de nouvelles pensées. C'est à cette époque que les passions , les inclinations, les penchans ont toute leur force, apparaissent avec violence. Si l'organisation cérébrale laisse prédominer les déterminations passionnées, celles-ci entraîneront le jeune homme dans un torrent de désordres , il arrivera à ce moment d'effervescence pendant lequel il faut, dit-on, que jeunesse se passe.

Chez les jeunes filles il y a plus de modération dans les passions, leur éducation, la réserve qu'on exige d'elles, y

(46) mettent un frein; mais aussi leur santé en souffre parfois; elles sont exposées à des maladies nerveuses, qui , parlant de la matrice , sont incontestablement causées par leur continence. La plupart des jeunes filles sont hystériques à un degré différent , et toujours en rapport avec le développement des organes génitaux et la susceptibilité nerveuse de Tutérus, Plus il y a chez elles de disposition à cette névrose, plus aussi les rapports sympathiques seront capables d'ébranler le système nerveux en totalité ; le cerveau participe à cette excitation, et si cette excitation continue , il en peut résulter un trouble dans les facultés intellectuelles.

La personne qui fait le sujet de celte observation est une preuve de Tinfluence nerveuse dont je parle ; d'abord hystérique , elle devint aliénée. A son entrée dans rétablissement, l'ahénalion mentale avait la forme d'une méningocérébrite aiguë , qui a cédé à un traitement sédatif. On rcr marquera que les règles coulaient abondamment pendant le délire, celte circonstance est assez rare, car le plus souvent il y a chez les femmes aliénées une suppression menstruelle.

]N^o g^ — < Névropathie utero - cérébrale , terminée par une méningo-céréhrite aiguë,

Guc'ilson.

M"* A , âgée de vingt-deux ans , d'un tempérament

sanguin , d'une assez forte constitution , d'un caractère fort gai , fut aUiée par son mariage à une famille qui ne lui plaisait pas. Sa belie-sœur était d'un caractère jaloux, et leurs rapports en devenaient désagréables. M'"'' A.... éprouvait de l'ennui; du chagrin j elle se plaignait de son sort ) elle devÎDt

(47 ) enceinte, et son humeur fut inégale ^ on remarqua même après son accouchement de ia bizarrerie dans ses aclions. Enceinle une seconde fois, ellectiit difficile à vivre, se plaignait conlinucllement de sa belle-sœur. Elle accoucha heureusement-, les suites de couches furent assez régulières , mais on s'aperçut d'une profonde tristesse ^ elle s'abandonna à des idées religieuses exagérées j elle s'accusait d'avoir offensé Dieu, et \oulut se jeter par la fenêtre. Cet état de mélancolie persista pendant un mois ; mais sa situation devenant plus grave, elle fut placée dans une maison de santé. Elle fut baignée, et on lui appliqua un vésicatoire à la nuque. Deux mois après, en mai 1828, elle me fut conGée ; elle était dans la situation suivante: Continuellement effrayée, elle tremblait lorsqu'on l'approchait, se laissait tomber et restait sans mouvement , ou bien elle s'accrochait à vous , et mordait ce qui Tentourait^ il fallait la faire manger-, elle ne parlait pas , urinait continuellement dans ses vètemcns. Son visage était coloré, ses traits grippés, son œil fixe^ le pouls plein mais fort lent-, point de menstruation. Application de quinze sangsues à l'anus , bain prolongé, affusions froides sur la tète. Le mois de juin s'écoula sans aucun changement. Le 8 juillet, époque de la menstruation , application de huit sangsues à la vulve; le 10, même application ; le la, un large vésicatoire est mis à la nuque. La suppuration du vésicatoire semble produire un peu d'amélioration ; elle peut rester habillée et ne déchire plus ses vétemens ; mais elle est toujours silencieuse et immobile. 8 août , douze sangsues aux parties génitales -, le 1 4 , même application ; bains prolongés tous les deux joui^. Le mois de septembre se passe sans changement notable. Au 8 décembre application de sangsues à la vulve -, vésicatoire au bras ^ la suppuration est très-abondante. Pendant I« mois de jainyier, U malade

(48) parait moins absorbée ; elle semble s'émouvoir à la vue de ses parens , qui jusqu'alors n'avaient pu rien obtenir d'elle. Le i" février 1829, elle eut une attaque de nerfs et d'hystérie 5 elle se roule par terre ^ sa léle est renversée en arrière ; le col est gonflé ^ elle parait éprouver des douleurs dans le bas-ventre.

Du I" au 5 , elle eut plusieurs accès pareils. Malgré la rigueur de la saison, je la fis baigner. Le 6 février, les phénomènes de l'aliénation ont subitement changé. La malade parle avec véhémence, s'agite, et chante. Le lendemain et jours suivans l'agitation persiste -, elleôle ses vétemens et se promène nue dans la chambre. Bains, affusions froides. L'agilalion augmente tous les jours. M""*" A.... ne peut être maintenue par une camisole, elle la met en pièces avec ses dents, rien ne lui résiste*, elle s'enveloppe d'une couverture comme d'un manteau. Application de vingt-cinq sangsues aux jambes, car il est impossible de faire une saignée. On combat la constipation par l'addition d'un purgatif en poudre qu'on mêle à ses alimens. Le i 2 , malgré le froid qui est excessif, elle s'échappe dans la cour, se roule dans la neige , mange de la glace. Pendant qu'elle est au bain , application de ventouses scarifiées au cou. Le 1 3 , même agitation , besoin continuel de crier, de marcher, de déchirer. Si l'on parvient un instant à fixer son attention, elle répond d'ailleurs assez juste, mais bientôt le désordre reparait. Le i ^ février elle est un peu moins agitée. Ptyalisme abondant qui continue les 18, 19, 20 et 21. he 22, le ptyalisme diminue, l'agitation reprend. Une once d'huile de ricin est donnée dans du bouillon gras. Evacuation. Friction aux jambes avec pommade stibiée, bain tiède. On renouvelle le purgatif^ la salivation a cessé -, la malade est plus tranquille. Le traitement se continue ainsi, alternativement des bains, des pur-

( 19) gatifs doux et rappîicalion de sangsues à l'époque des règle?. M"* A.... revient un peu à elle-, elle s'habille, répond assez juste aux questions qu'on lui fait j elle s'oecupe parmomens. Il se mélc dans ses discours des mots de Dieu, de ci'oix , d'enfer 5 on s'aperroit qu'elle revient à ses premières idées de religion, à ses ennuis domestiques. Pendant quelques mois encore elle a des momens d'une extrême vivacihi ^ mais elle peut sortir et travailler assiduement. A l'automne ses règles reparurent et le mieux se confirma. Je conseillai aux parens de cette dame de la conduire à la campagne 5 mais leur situation les en empêcha • la malade elle-même préférait rester dans l'établissement .d'où elle sortit au mois de décembre i8'2c), dans la meilleure situation phvsique et morale.

J'ai vu souvent celte dame depuis 5 elle a eu un eiifai>l, et l'aliénation mentale ne s'est pas reproduite.

REFLEXIONS

Cette observation est remarquable et vaut mieux que toutes les théories pour expliquer les phénomènes d'aliénation et son siège probable. Une éducation soignée, des pratiques religieuses continuelles avaient fermenté dans l'esprit d'une jeune personne naturellement gaie , mais facile à attrister^ ce qui prouve un système nerveux, mobile; voilà pour la prédisposition. Placée par son mariage au milieu d'une famille qui l'excitait continuellement, on se rend compte à quel agacement nerveux M"'' A... fut exposée. A un premier accouchement succéda un changement d'humeur, de la tristesse; après le second se développa la folie. Ou sait que l'aliénation mentale se déclare pendant et surtout après la grossesse ; on cite des observations curieuses et

(5o ) nombreuses de ces sortes d'aliénations. On rapporte qu'une femme devenait folle le jour même qu'elle devenait grosse. Ces observations viennent à l'appui de mon opinion, que le point de départ de la folie est souvent hors du cerveau, et que son siège se trouve, pour ainsi dire, réparti dans la chaîne du système nerveux de la vie animale. Il arrive souvent que l'aliénalion mentale succède à un accouchement -, les lochies se suppriment, et la folie se déclare. Dans cette observation il n'y a pas eu de suppression de lochies \ mais il Y avait tant de causes prédisposantes qu'il a suffi de la seule circonstance de raccouchement pour donner lieu à la névrose dont il est question.

La maladie eût été moins rebelle si elle se fût développée par suite d'une suppression , parce que l'on aurait pu espérer faire cesser la folie en rappelant l'écoulement du sang. Si l'on examine maintenant quels furent les phénomènes de la folie dont il s'agit, on peut voir que tout le système nerveux était plus ou moins compromis. Aux idées fixes qui dominaient la malade il s'est joint des symptômes cataleptiques , qui peuvent faire supposer que la moelle épinière n'a pas été étrangère à son développement^ d'ailleurs, on ne peut révoquer en doute l'influence primitive de la matrice des nerfs utérins sur le système nerveux et sur le cerveau. Le siège de cette aliénation a été successivement la matrice, le cerveau , la moelle épinière, pour enfin se fixer lout-à-fait au cerveau , et produire les phénomènes de la

manie.

C'est ainsi que je ferai toujours l'analyse des faits de l'aliénation , pour rattacher les symptômes à telle ou telle lésion appréciable ou probable. Je rapporterai la monomanie dont a été affectée M."^' A... au système nerveux général, tandis que la manie sera rapportée au cerveau excli*sir

ycmeï;f j et pour désigner la maladie dont je viens de parler, je rappellerai névropathie uléro-spino-cérébrale, terminée par une méningo-cérébrile algue. Celle-ci a succédé aux phénomènes nerveux primitifs, qui ont eu une longue durée j tandis quela marche de la méningo-cérébrile a été plus rapide , comme il arrive toutes les fois que Taliénation mentale appartient à ce genre d'excitation des membranes et di^ cerveau.

J'ai dit ailleurs qu'il suffisait d'une simple congestion de cet organe chez un individu prédisposé, pour produire l'aliénation mentale. En effet , il est rare de pouvoir reconnaître des symptômes inflammatoires bien tranchés, puisqu'il n'y a le plus souvent aucune réaction fébrile , mais ce manque de fièvre chez les aliénés n'est pas une preuve qu'il n'y a pas d'inflammation , parce quela fièvre chez les fous se montrerait plutôt par un développement énorme d'inervation , que par une réaction circulatoire. Je crois que Tinflammalion qui a lieu au cerveau chez les maniaques pourrait être nommée inflammation congestive, qui épaissit les membranes, les obscurcit et détermine leur adhérence. La substance corticale qui les touche participerait à cette subinflammation. Le véritable travail inflammatoire n'aurait lieu que dans le ramollissement aigu , comme on l'observe autour des foyers apoplectiques : c'est alors que l'on remarque une réaction fébrile -, il en est de même dans la fièvre cérébrale, où il se développe une inflammation algue franche de méninges. Il n'y a pas que l'arachnoïde qui offre des inflammations latentes qui ne développent aucune fièvre. J'ai vu à l'Hotel-Dieu, dans le service de M, Récamier , des malades qui n'avaient nullement laissé soupçonner, pendant leur vie, une pleurésie compliquant d'autres aflcelions, et dont ks traces oui clé trouYées après leur mort.

M. Dupuytren, dans ses cours, nous rapportait qu'à la suite des grandes opérations , on perdait quelquefois c^cj malades d'une inflammation d'une des séreuses, que Ton n'avait nullement soupçonnée pendant la vie.

Mais revenons à notre observation. Un des phénomènes que j'ai signalés, c'est la salivation abondante qui est survenue pendant l'accès de fureur, qui variait suivant son abondance, ce qui me faisait conclure que la sur-excitation du cerveau cédait à la sur-excitation des glandes salivaircs et vice versa ^ d'ailleurs, cette sorte de crise s'observe souvent dans les maladies graves.

On a vu que j'ai fait des efiorts réitérés pour rétablir la menstruation, convaincu que j'étais que les phénomènes de l'aliénation mentale cesseraient aussitôt que la matrice aurait repris sa fonction. Cet organe ayant été le point de départ de la maladie , c'était sur lui qu'il fallait porter son attention. On pourrait croire, d'après ce fait, qu'en rétablissant les règles chez les femmes aliénées , on les guérit toujours j il arrive, au contraire, que si les règles reviennent trop promptement, l'aliénation persiste.

J'ai employé dans le traitement de M"* A..., les sédatifs de toutes sortes , et les dérivatifs internes et externes.

Je me sers quelquefois avec succès des frictions avec la pommade stibiée sur le cou, sur les jambes , etc. : elles ont contribué à l'amélioration survenue chez cette dame.

Il a fallu quinze mois de traitement pour guérir cette malade : il ne faut pas s'étonner de ce long espace de tems, et ne désespérer de la guérison des aliénés que lorsque des signes bien certains d'incurabilité se font apercevoir. Tels sont les symptômes de démence, dès l'origine de la maladie, et ceux de paralysie de la langue , qui est bientôt suivie d'une paralysie générale.

Dans ces deux cas , on ne peut douter d'une arteclion profonde du cerveau.

Les médecins modernes ont fait de f;rands efforts pour arriver à la connaissance des lésions qui coïncident avec l'aliénation mentale : Gall voit une lésion de la force vitale du cerveau ; Broussais rapporte les phénomènes à Tirritalion; M. Foville à la substance corticale et aux méninges cérébrales-, d'autres ont signalé une différence dans la densité des tissus du cerveau. M. Esquirol pense que la lésion des 'orces vitales du cerveau est la cause de beaucoup de folles : cet auteur manifeste la même opinion que Pinel sur l'influence des lésions organiques du cerveau dans la produc- Uon de cette maladie. M. Prost a vu la cause de la folie dans Taffection de la membrane gastro-intestinale, et dans la présence des vers dans le canal digestif- enfin, on a admis une raréfaction ou une augmentation du liquide cérébrospinal de M. Magendie. D'après ce résumé sur le siège de la folie, on peut voir quelle est la divergence des opinions. N'est-il pas de la plus haute importance de se renfermer dans l'analyse des faits , de marcher pas à pas avec les symptômes, que Ton rapportera aux diflerentes lésions, soit inflammatoires, soit névropalhiques?

On a vu que je me suis efforcé de prouver que le point de départ de la folie n'est pas toujours dans le cerveau, que des centres nerveux peuvent réagir sur cet organe, et le faire délirer.

Des autopsies ont d'ailleurs prouvé une affection constante des membranes et du cerveau, toutes les fois que, pendant la vie, on a observé des phénomènes congestifs inflammatoires j soit aigus , soit chroniques.

N° 9. — Névropatliie cérébrale idiopàtkif/ué,

Guerison.

M. *** , âgé de quarante-deux ans , d'un temp^t'àmeht nerveux, d'unie constitution irritable , est né d'une mère qui a toujours eu de la disposition à la lypémanie , et qtii a eu, il y a quelques années, un accès de monomanie suicide. Homme bien né , bien élevé , ayant une assez grande imagination, il éprouva quelques revers de fortune, et fut trompé dans ses espérances. Ami d'enfahfce de persoiitties en place, il espérait un eniploi de leur protection -, mais il se faisait attendre. Il en fut attristé 5 et, pour exciter l'intérêt , il s'imagina qu'en se montrant zélé partisan de l'instruction primaire, et en favorisant daiis l'éducàtiôti les réforities utiles^ il s'attirerait la bienveillance dont il avait besoin. Tout-àcoup il passa, de son calme babituel et d'un état mélancolique ordinaire , à une extrême activité : il fit des projets de toutes sortes , dont il entretenait sa femiiie et ses amis. Il voulait acheter des domaines coiisidérables pour eii faire des asiles de %ieillards ou d'enfàns-, il alla même jusqu'à vouloir, par ses mains, démolir la maison qu'il habitait pour la Reconstruire d'après ses plans et pour ses projets. Il devint tellement déraisonnable (Jù'il n'y eut pliis d'autre itioyen que de l'éloigner de chez lui. Il me fut confié dans le courant de i833.

A son entrée, son physique est un peu altéré; il est amaigri -, sa physionomie exprime le désordre : le pouls est fréquent sans plénitude , la tête est à peine chaude , les pupilles sont dilatées. Il parle beaucoup, toujours de ses projets-, s'aperçoit de sa captivité, s'en plaint , et cherche à s'en affranchir. La nuit fut agitée ; bain le lendemain. Le malade

se calme, et demande à écrire. Il adresse ses lettres à des fonctionnaires publics : ces lettres portent l'empreinte de son désordre j application de douze sangsues à l'anus. Le calme continue , mais le malade est rêveur -, il fait des vers , écrit toujours : bains tièdes , afi'usions froides sur la télé , vésicatoire dans le dos, que l'on remplace bientôt par un cautère au bras : quelques légerspurgatifs terminèrent le traitement* Le malade est sorti de l'établissement, au bout de trois mois, dans un état de convalescence si satisfaisant , qu'on ne peut douter de sa guérison.

RÉFLEXIOKS.

Les pertes de fortune et l'espoir trompé de yi. *** n'auraient pas été suffisantes pour bouleverser son esprit, s'il n'avait été prédisposé à Talié nation mentale. Né d'une mère qui a été folle , il lui a fallu la cause la plus légère pour développer un germe qui fermentait cbez lui î

J'ai sous les yeux un autre exemple déplora])le d'hérédité. M. D... , âgé de vingt-deux ans, d'une constitution éminemment nerveuse, d'une structure grêle , est né d'une mère qui toute sa vie a été bizarre et folle , et qui est morte dans un accès de Ivpémanie. D'un naturel cbarmant, ce jeune homme a (lût d'excellentes études, mais il fut toujours triste et peu communicatif. Vers l'âge de dix-huit ans , on s'aperçut d'une bizarrerie dans ses actions , et les mêmes idées qui avaient dominé sa mère vinrent l'assiéger : il a peur du feu, des vases de cuivre^ il s'inquiète à l'excès du sort de ses parens, de ceux qui l'entourent j il ne veut pas sortir crainte d'être écrasé , etc.

Placé dans une maison de santé, il fut traité pendant deuxanssans succès ^ ilmo fut confie au mois de janvier i8J3. Sa santé me donna quelques inquiétudes ; une toux sèche

( 56 ) et opiniulre me fît craindre une affection pulmonaire ; mais avec des soins on parvint à la calmer , à la détruire tout-àfait.

Au milieu de la série d'idées qui l'obsèdent continuellement, on peut cependant fixer quelquefois son attention 5 et, en causant avec lui, il retrouve toute son instruction, sa mémoire , toute son intelligence.

J'ai continué le traitement qui avait été fait, mais je n'en ai obtenu aucun résultat satisfaisant :

On a remarqué dans l'observation qui précède celle-ci que le malade écrivait beaucoup. Ses premières lettres présentaient le cachet du désordre de son esprit. Les aliénés peuvent quelquefois en imposer par leurs paroles, mais rarement par leurs lettres : souvent on a besoin de ce mode d'appréciation pour se convaincre de la folie 5 il est fort in:portant que les médecins-légistes cherchent à s'éclairer de cette manière dans les cas douteux.

Le traitement employé pour M. "♦'** fut simple : on tira peu de sang, on baigna le malade, des dérivatifs à Textérieur et à l'intérieur furent administrés^ le traitement moral était surtout fort important : l'isolement était de toute nécessité.

AUTOPSIES (i).

N° 10. — Mémngo-cérèhn'te aiguë, terminée par une mé^ nijigo-cérébrite chroîiique paralytique,

Movt et autopsie.

M. H , âgé de trente-huit ans, d'une assez forte constitution, d'un caraclère fort irascible et brutal, avait été traité dans une maison de sanlé d'une manie aiguë avec fureur. Lorsqu il me fut confié, il était dans un élat complet de démence : il ne répondait à aucune question , déchirait ses vétemens, criait sans motif. Sa sanlé physique était bonne 5 il était vorace^ ses déjections étaient involontaires. Je n'ai pu me procurer des renseignemens positifs sur létat antérieur de ce malade. Quelques mois après son entrée dans mon établissement, on s'aperçut qu'il marchait difficilement , que ses jambes paraissaient plier sous lui. Vers le mois d'août 1828, il eut un accès épilepliforme : on le saigna j on lui donna des bains de pieds sinapisés. La paralysie dès lors augmenta^ il se soutenait à peine : la démence dégénéra en idiotisme. Il jetait des cris perçans lorsqu'on voulait l'approcher : les fonctions nutritives s'exécutaient bien. Cet élat resta station nairc jusqu'au mois de janvier 1829^ les membres supérieurs conservaient encore leur mobilité j mais, dans les premiers jours de février, le malade s'affaiblit au point de ne pouvoir plus se tenir debout : les membres supérieurs furent paralysés à un moindre degré

(1) Je rogrottc tic 110 pouvoîi- donner un plus graml nombre (rourcrtiiros ; mais dans un clahlisscmcnt particulici' OU n'est pas toujours maitiç de se li^ TïCï à cçttç itivcsligi-lioiu

(58) que les membres inférieurs; mais le malade ne pouvait plus manger seul. Cette situation ne fit qu'empirer : il succomba le 12 avril 1829.

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