‹ Considérations sur l'appréciation de la folie, sa localisation et son traitementChapitre 6 sur 11 · AUTOPSIE DE LA TETE · texte numérisé non relu

AUTOPSIE DE LA TETE

Les os du crâne sont fort épais et fort durs , surtout à la région frontale.

L'arachnoïde est très-épaissie sur les lobes antérieurs du cerveau -, en ouvrant cette membrane, il s'échappe plusieurs cuillerées de sérosité rougeàtre ; l'arachnoïde semble comme infiltrée de sérosité, ou, pour mieux dire, il y a de la sérosité entre elle et la pie-mère ; cette dernière membrane est épaissie et adhérente dans la région pariétale avec la substance grise du cerveau -, des deux côtés , la substance corticale est plus rouge et plus injectée que dans l'état ordinaire -, là substance médullaire a la densité naturelle ; les ventricules sont distendus par de la sérosité sanguinolente , deux cuillerées à peu près dans chaque ventricule. A la partie postérieure du ventricule droit on rencontre une ouverture à bords inégaux et ramollis qui communique à une poche qui était formée aux dépens du lobe postérieur de l'hémisphère droit : cette poche, mise à nu, laisse voir la substance mé^ dullaire correspondante entièrement détruite et ramollie avec un commencement de putréfaction. Les organes ventriculaires sont sains -, le cervelet est baigné dans une sérosité rougeàtre et n'offre rien de remarquable.

r^ÉFLEXIONS.

Les lésions cadavériques ont exactement coïncidé avec les phénomènes pathologiques. En effet, le délire aigu peut être expliqué par les traces anciennes d'inflammation de l'arachnoïde et de la pie-mère, qui adhèrent en plusieurs

(59) jiolhb à la substance corticale-, celle-ci est plus injectée el pliis rouge que dans Télat ordinaire. La démence trouverait son sié^ dans l'épaississement des meml3ranes et dans le ramollissement de la substance corticale : Tëpaississement des os du crâne-, une sérosité plus abondante dans la cavité de raracbnoîde; le ramollissement de la plus grande partie du lobe postérieur droit du cerveau , auraient donné lieU aux symptômes de la paralysie qui a terminé Texislence de cet aliéné.

On a vu que les fonctions nutritives s'exécutaient parfaitement au milieu de ce désordre du svstème nerveux. Il est de remaiTjue constante que plus l'aliénation se prononce par la démence, plus les fonctions assimilalrice» semblent prendre d'énergie : effort conservateur de la hature, qui veut que les organes abdominaux meurent les tîferniiers , lorsque dcjà les autres organes sont paralysés.

N<* II. "^^ ConsUtution ofyoplecliquc ^ ménmgo-ccivbrite clij'onicjue paralytique.

Mort , autopsie.

]\t. G...., âgé de cinquante-cinq ans, d'un tempérament sanguin, d'une constitution apoplectique, homme d'une intelligence médiocre, était sujet aux congestions céré-»braies subites ; son visage devenait violet , on le saignait, il revenait à lui; et, pendant quelque tems, sa santé était bonne jusqu'à de nouveaux accidens. En 1808, il perdit sa femme, qui lui fut enlevée en quelques heures^ il en eut un vif chagrin. On remarquait chez lui des momens d al>- Sience j cependant il vaquait à ses affaires. Les congestions

(6o) cérébrales devinrent plus fréquentes, les saignées aussi. Enfin M. G.... devint incapable de gérer ses affaires : il se retira à la campagne-, et, ainsi isolé et bien soigné, le mal n'augmenta pas jusqu'au commencement de 182^. A cette époque, il devint extravagant : il se croyait un grand personnage, M. de Chateaubriand ou autre 5 il prenait sa maison pour un château , son jardin pour un parc. Il vint à Paris faire à sa famille les scènes les plus ridicules. Une partie de Tannée se passa ainsi, et ce ne fut qu'au mois d'octobre que de nouvelles folies forcèrent ses parens à le placer dans une maison de santé. M. G.... était dans la situation suivante: la santé physique est parfaite, embonpoint considérable j démence confirmée par l'incohérence des idées : quelquesunes sont dominantes et relatives à l'achat de châteaux , de maisons, etc. Pendant les premiers tems de son séjour dans l'établissement, le sang ne parut pas l'incommoder 5 un régime bien suivi le soutint dans cet état jusqu'au printems. A cette époque, il eut une congestion cérébrale : l'œil gauche fut infiltré de sang ^ on fit une saignée pédiluve sinapisé, tisane émétisée. Rétabli de cet accident, M. G.... était revenu à la santé ; seulement il y avait un peu d'embarras dans la parole *, il se tenait courbé. L'automne se passa assez bien. Cependant, la figure était souvent colorée , et l'on recourait aux bains de pieds sinapisés. A l'entrée de l'hiver, il eut un nouveau coup de sang : on employa les moyens ordinaires ^ mais on remarqua un affaiblissement des extrémités inférieures. La démence devint complète , le malade chancelait -, il était malpropre , et demandait les soins les plus assidus. Les craintes s' augmentant, on appliqua un vésicatoire à la nuque , et de tems en tems de légers sinapismes aux jambes.

La paralysie fil des progrès aussi çffrayans que rapides ^

le malade, au mois de mars 1 829, ne pouvait plus se tenir sur ses jambes. Un abcès énorme se développa à la fesse droite , le pus en sortit en grande quantité. Cette complication empira beaucoup l'état du malade , ses forces se soutinrent encore pendant quelque tems , mais les ouvertures et contr'ouvertures qu'on fut obligé de faire pour donner une issue plus facile au pus fatiguèrent et entraînèrent le malade, qui succomba au mois d'avril 1829.

La paralysie avait fait d'immenses progrès, car dans les derniers jours de sa vie le malade pouvait à peine se servir de ses bras j il eut un dévoicment noir et fétide qui termina ses souÉfrances.

AtTOPSIE.

Maigreur extrême 5 la tête est petite^ assez bien conformée; Le cuir cbevclu est fort dense, on a de la peine à le séparer des os du crâne avec le scalpel. Ceux-ci sont très-épais, surtout à la région frontale. Adhérence tellement grande de la dure-mère avec la face interne des os, qu'en tirant sur eux, on déchire cette membrane à la base du crâne. On est obligé de la couper circulaircment, et l'on enlève le cerveau en même tems que la boite osseuse. Il s'échappe alors une assez grande quantité de sérosité sanguinolente. Adhérence dans plusieurs points à la région frontale de l'arachnoïde cérébrale, et de celle qui tapisse la dure-mère. Epaississement et opacité de l'arachnoïde dans la région supérieure du cerveau. Quelques granulations se remarquent près du sinus longitudinal de la dure-mère : la pie-mère est injectée , sans adhérence à la substance grise des hémisphères. Celleci est pointillée de rouge , elle est de consistance naturelle. La substance médullaire est à l'état sain. Les vçnlri'

cules contiennent de la sérosité en assez grande quantité. Les organes des ventricules sont parfaitement sains ; la protubérance annulaire et le cervelet sont dans l'état normal.

Thorax.

Les poumons sont sains , le cœur est volumineux, les ventricules sont hypertrophiés , mais à un degré peu avancé.

Abdomen.

Vestomac est distendu par des gaz et des matières liquides. La membrane muqueuse est parsemée de taches rouges, les intestins grêles sont injectés j cette injection s'aperçoit à travers la membrane séreuse. La muqueuse est d'un rouge livide. Il n'y a pas d'ulcération. Les autres organes abdominaux n'offrent rien de remarquable.

L'ouverture de l'abcès laisse voir les fibres du grand fessier pour ainsi dire disséqués par la matière purulente , et tout le tissu cellulaire environnant a disparu par la fonte inflammatoire qui s'est opérée.

RÉFLEXIONS

Les lésions cadavériques ne sont pas aussi concluantes pour expliquer les phénomènes pathologiques que dans l'observation précédente ; cependant , en examinant avec attention 5 je crois pouvoir m'en rendre compte de la manière suivante : il suffit d'une congestion cérébrale habituelle pour expliquer cette tendance à l'apoplexie j cette congestion même qui persiste peut expliquer les premiers phénomènes de l'aliénation mentale. La congestion cérébrale apoplecti« que peut aussi avoir dépendu de l'hypertrophie du cœur ^ me l'autopsie Ta démontré. La démence n'a pas tardé à

se prononcer chez M. G à cause de cet état permanent

de congestion cérébrale et de répaississeraent des membranes. Quant à la paralysie générale , on peut Tcxpliquer par la persistance de l'inflammation congestive chronique qui a déterminé l'épaississemeut des os du crâne, l'adhérence intime de la dure-mère avec ceux-ci, et telle qu'on a été obligé de la couper circulairement, l'abondance de la sérosité dans toutes les cavités de rarachnoïde , cette réunion de lésions parut jusqu'à un certain point donner l'explication des phénomènes paralytiques.

La mort a été hâtée par le travail inflammatoire du tissu cellulaire de la fesse , et l'abondance de la suppuration qui a fatigué le malade.

N*» 12. — 3Ienmgo^cérébrite chronique paralytique.

Mort , autopsie.

D'un tempérament lymphatique, d'une assez bonne constitution 5 âgé de quarante-deux ans, M. F*** n'a jamais eu une intelligence bien développée j il était irritable , susceptible, et craignait le ridicule , y donnant quelquefois sujet. Ce malaise qu'il ressentait, se connaissant lui-même, lui laissait une impression de tristesse qu'il surmontait avec peine. Forcé par son état de visiter des caves , il eut, à l'âge de trente ans , des douleurs rhumatismales violentes. Marié à l'âge de trente-cinq ans avec une femme très-jeune , il ne trouva pas dans cette union le bonheur qu'il y cherchait ^ des soucis , des chagrins , des pertes d'argent , vinrent à la fois l'assaillir et ébranlèrent un cerveau déjà faible. On s'aper^^ut qu'il remplissait mal sou emploi, il éUiit triste,

défiant, ombrageux. Les événemens de juillet i83o achevèrent de troubler son esprit , le délire survint. Il avait peur de tout , et voyait des ennemis dans toutes les personnes qui l'entouraient. Deux événemens majeurs , le choléra et un incendie qui eut lieu près de sa maison , contribuèrent aussi à Texaspération de sa maladie.

On fut obligé de le placer dans une maison de sanlé le 24 septembre 1882 , où il fut soigné pendant quelques mois 5 le i8 juin i833 il me fut confié, il était dans félat suivant: fort affaibli et décoloré, il avait assez d'embonpoint, son visage est hébété , il ne parle pas.

Il éprouva, quelques jours après son entrée, des évanouissemens qui nous firent craindre pour sa vie; sa marche était chancelante , et ses bras le servaient maladroiteiucnt ; ses fonctions nutritives s'exécutaient bien. Cet état maladif ne fit qu'augmenter, et la paralysie générale fit chaque jour des progrès. Bientôt la vessie et le rectum se paralysèrent , et M. F'^^^japrès six mois de séjour dans mon établissement, mourut le 16 décembre i833.

Page 1