‹ Considérations sur l'appréciation de la folie, sa localisation et son traitementChapitre 7 sur 11 · AUTOPSIE DE LA TETE · texte numérisé non relu

AUTOPSIE DE LA TETE

La tête est de moyenne grosseur , la circonférence du crâne est de vingt pouces ; le diamètre anléro-postérieur six pouces et demi ; le diamètre transversal cinq pouces et demi ; le front est peu développé et fuyant -, la partie postérieure du crâne est développée, surtout aux protubérances de l'estime de soi et de l'amour physique.

La dure-mère est fort dense, Farachnoide fort épaissie présente un aspect gélaliniforme , surtout à la partie antérieure des hémisphères ; épaississement de la pie-mère , qui adhère dans beaucoup de points aux circonvolutions cérébrales.

Les hémisphères, dépouillés de leurs membre nos. prcsenlent des espèces d'ulcérations multipliées, qui semblent faites comme avec un emporte-pièce, et qui sont le résultat de l'adhérence de la substance corticale à la pie-mère enlevée.

Ces sortes d'ulcérations se font remarquer surtout aux lobes antérieurs du cerveau , et sont rares sur les lobes moyens et postérieurs.

La substance corticale est généralement plus ramollie que dans l'état naturel ; la substance médullaire est ferme au contraire , elle est seulement fort injectée ; les ventricules latéraux contiennent une petite quantité de sérosité ; les organes ventriculaires sont sains : on ne trouve rien dans les autres parties du cerveau.

lltFLEXIO^■S.

M. F"**** était prédisposé à l'aliénation mentale dont il fut atteint. Très-irritable , il fut frappé plus qu'un autre des événemens de la vie. Les commotions politiques, le choléra , et un violent incendie bouleversèrent une tête déjà faible. Dans un autre mémoire sur l'influence des événemens politiques sur l'aliénation mentale , j'ai cité des faits de folie déclarée à l'occasion des événemens de juillet. Le choléra a aussi amené des aliénés dans mon établissement.

La marche de la folie chez M. F*** coïncide parfaitement avec l'affection du cerveau , un état congestif suivi bientôt d'un travail inflammatoire latent, enfin tous les signes de la méningo-cérébrite chronique qui devint bientôt paralytique, extinction successive de tous les organes, et la mort. L'autopsie offre un haut degré d^intérét.

La tête n'a pas une forme défectueuse , le front cA peu développé, les loss:;? occipitales infcriçyrcs ont une forte

(66) saillie, ce qui annoncerait, suivant Gall , un entraînement vers Famour physique^ mais quatre à cinq lignes d'épaisseur de Toccipital donnent l'explication du peu d'influence organique 5 ce malade ayant été fort réservé , d'après les renseignemens qu'on m' adonnés.

La méningo-cérébrile chronique qui est prouvée par un ramollissement de la substance corticale , et l'épaississement desméningesdonnentl'explication de la démence et même de la paralysie générale. On a remarqué que ces sortes d'ulcérations étaient principalement placées à la partie antérieure des hémisphères cérébraux , et étaient en petit nombre ailleurs j la substance médullaire avait aussi une consistance plus prononcée.

P^*' i3. — ■ Méningo-céréhrite aiguë, terminée rapidement par une méningo-céréhrite chronique.

Mort, autopsie.

M. B***,âgé de soixante-quatre ans, d'un tempérament sanguin, d'une bonne constitution, gai, laborieux, intelligent, faisait le commerce de vins de Champagne. Il travaillait lui-même dans ses caves, et passait souvent du chaud au froid. Il avait de tems en tems des catarrhes. Il eut à une certaine époque une attaque d'apoplexie , après laquelle on s'aperçut de la diminution de ses facultés. Plus tard il devint irascible , méchant, refusait de manger, menaçait les gens qui l'entouraient -, il maigrit beaucoup , l'agitation était extrême , les parens se décidèrent à l'amener chez moi.

A son entrée, sa santé physique était fort altérée ^ il était maigre, afifecté d'un catarrhe chronique ^ ses crachats étaient purulens , il était agité et furieux.

Cette situation donnait des craintes pour sa vie , le traitement fut le suivant : application de sangsues à l'anus , boissons adoucissantes et pectorales,looch.C'élait avec beaucoup de peine qu'on parvenait à lui faire prendre des médicamens. L'isolement dans une chambre obscure parvint à le calmer, et, un mois après, la santé physique était améhorée -, l'agitation avait cessé , mais le malade était en démence. Il resta dans celte situation pendant une année , en mars i833 il eut une seconde affection catarrhale qui attaqua même la vessie. On le guérit encore, et on retira un bon effet de la térébenthine molle de Venise, contre la maladie de vessie.

Vers le mois de décembre i833 , de nouveaux symptômes d'une affection de poitrine se déclarèrent^ il commençait à ressentir l'influence heureuse d'un traitement adoucissant, lorsqu'on s'aperçut tout-à-coup d'une faiblesse des membres du côté droit, et d'une contracture avec soubresauts des muscles de la cuisse. Dès lors, gravité extrême des phénomènes morbides , état comateux , et mort.

ATITOPSIE.

Tète de moyenne grosseur ^ circonférence du crâne, vingt pouces ^ diamètre antéro-postérieur, six pouces et demi 5 diamètre transversal , cinq pouces et demi ^ os du crâne fragiles ; dure-mère si mince qu'elle se déchire par la tractiou qu'on opère sur elle, une partie reste adhérente aux os du crâne ^ le cerveau étant enlevé de sa cavité, présente à sa base un développement extraordinaire des artères qui sont ossiûées. L'arachnoïde épaissie, la pie-mère est avssi plus épaisse et adhère dans beaucoup de points aux circonvolutions cérébrales-, c'est surtout à lu partie antérieure do celles-ci que se trouve le ramollissement de la subslance corticale qui reste adhérente à la membrane pie-mère.

Les ventricules latéraux contiennent un peu de sérosité • à gauche , en dehors du corps strié , on rencontre un rajnollissement très-limité , large comme une amande. Les autres parties des ventricules sont saines.

Le cervelet est volumineux et dans l'état naturel.

Thorax.

Les poumons offrent à droite un endurcissement qui occupe le hord postérieur, et qui est entièrement dû à un engorgement sanguin. A gauche et au sommet du poumon, cm aperçoit une masse d'engorgement de la grosseur d'une forte noix, et qui parait être la cicatrice d'un ancien abcès -, autour de cette masse , des tubercules ramollies. Les bronches sont dilatées et contiennent encore de la mucosité épaisse. Le cœur est flasque , les orifices des vaisseaux n'offrent rien de particulier.

RÉFLEXIONS

On a pu voir par celte observation la prompte transition d'une méningite aiguë à une méningite chronique -, l'âge avancé du malade en a été une des principales causes.

L'autopsie a offert des lésions pathologiques qui expliquent les phénomènes de l'aliénation mentale et ceux de la paralysie et de la contracture des membres vers la fin de l'existence du malade.

L'épaississement des membranes et leur adhérence à la substance corticale , le ramollissement de celle-ci , surtout à la partie antérieure des hémisphères, ne laisse aucun doute.

Le noyau de ramollissement en dehors du corps strié coïncide avec les phénomènes de paralysie et de contracture.

La cicatrice trouvée dans le poumon gauche est une

(69) preuve qu'une vomique n'est pas toujours une affection mortelle.

N** 14. "-^ jépoplexîe faible ', paralysie incomplète, Mé-

ningo-céréhrite aiguë.

Mort, autopsie.

M. B***, âgé de trente-sept ans, d'un tempérament sanguin-lymphatique, d'une bonne constitution, ayant tenu un rang honorable, était devenu fort riche ^ il ne se contenta pas de sa fortune, voulut acquérir davantage, se livra à des spéculations qui le ruinèrent. Il en éprouva un violent chagrin et se trouva forcé de se livrer à des travaux de cabinet, pour mettre ordre à ses affaires : ces travaux le fatiguèrent beaucoup. Au mois de juillet 1827, à la suite d'une attaque d'apoplexie faible qui fut combattue par des évacuations sanguines , il conserva une faiblesse dans les membres du coté droit et une grande difficulté dans la parole. Quelques mois après cet accident, les parens de M. B***lc voyant dans la même situation, réunirent en consultation plusieurs médecins distingués qui furent d'avis qu'il y avait affection organique du cerveau. L'un des médecins annonçait la présence d'une tumeur squirrheuse dans cet organe, et qui le comprimait j un autre voyait un kyste séreux, etc. M. Masson, médecin ordinaire du malade, fut d'avis de réitérer la saignée , appuyant son avis sur la constitution du sujet. On combattit son opinion et l'on proposa de soumettre M. B*** à un traitement anti-syphilitique, parce qu'il avait eu plusieurs affections vénériennes : ce dernier avis prévalut. M. B*** fut mis à l'usage des boissons anti-syphilitiques et de la liqueur de Wan-Swieten. Ce traitement, continué avec

(70) exactitude , n'apporta nul changement favorable. Plus tard on appliqua un selon à la nuque , qui parut soulager le malade et diminuer les symptômes effrayans de la paralysie.

Les premiers mois de 1828 se passèrent assez bien. Le malade pouvait sortir de chez lui ; il voulut s'occuper de ses affaires, mais, vers le mois d'août, la paralysie delà langue augmenta beaucoup, il eut même des momens d'absence et de déraison. Le 2 novembre il se promenait tranquillement avec sa femme, lorsque tout-à-coup il prétend qu'elle a volé quelqu'un , et qu'il faut se sauver au plus vite. On le ramène chez lui , son délire s'accroît. Le médecin est appelé et cherche à le calmer, on lui fait une saignée. Il est toujours dominé de la même pensée, craint pour luimême , croit qu'on vient l'arrêter et veut se jeter par la fenêtre. On le saigne une seconde fois ^ le lendemain on l'amène dans mon établissement.

M. B*** croit être au lieu de son supplice et me prie d'en accélérer l'exécution. La journée du 3 est agitée, on est obligé de le maintenir avec une camisole de force. Il parle de supplice, d'exécution , etc. Un bain, affusions froides sur la tête , légers sinapismes aux extrémités. Le 4 novembre , même agitation avec paroxisme le soir. Le 5 , même situation -, le médecin ordinaire du malade conseille de lui faire prendre , en trois doses , neuf grains de sulfate de quinine. Le 6, l'agitation est un peu moins violente, on peut lever le malade et même le conduire au jardin , sa marche est chancelante. Le 7, sulfate de quinine^ six grains. Le 8, il y a constipation, on lui donne une once d'huile de ricin. Le soir, le malade est agité, il n'a pas uriné : on est obligé de le sonder. Le 9, évacuations alvines très-abondantes. Le 10, le dévoiement persiste : eau de riz, sirop de gomme, demilavement avec graine de lin, etdiascordium demi-gros. Le 1 1

et les jours suivans , le dévoiement persiste avec abondance, ce qui contribue beaucoup à affaiblir le malade. M. B*** continue à déraisonner j il se plaint de la tête, la fièvre ne le quitte pas. M. B*** , affaibli par le dévoiement et l'agita* tion continuelle, ne tarda pas à tomber dans le marasme. Cette position persista jusqu'au 20 novembre , jour de sa mort.

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