AUTOPSIE
Maigreur extrême du cadavre. Le crdne est petit , mais bien conformé ; les os du crâne sont très-épais , surtout à l'occiput, et très-fragiles à la région frontale.
A l'ouverture de la dure-mère, il s'écbappe de la cavité de raracbnoide plusieurs onces de sérosité rougeàtrc : la quantité de celle-ci est égale à droite et à gauche.
L'arachnoïde très-épaissie présente de nombreuses ramifications de vaisseaux ; elle est adhérente à la pie-mère, qui elle-même adhère à la substance corticale dans plusieuii points des circonvolutions cérébrales. La substance corticale est rouge , et la substance médullaire est fort injectée et de consistance naturelle.
Les ventricules contiennent peu de sérosité, les organes ventriculaires sont parfaitement sains ; les lobes cérébraux , examinés avec la plus scrupuleuse attention, n'offrent aucune trace de lésions. La base du crâne n'offre aucun développement anormal. Le cervelet est volumineux, sa surface est injectée , il est entouré d'un liquide séreux peu abondant.
Thornx.
Les poumons sont parfaitement sains, le cœur et les annexes n'offrent rien de particulier.
Abdomen.
L'estomac est distendu en partie par des gaz et par des liquides. La membrane muqueuse présente vers le grand cul-de-sac des plaques rouges -, elle est fort épaissie, et dans plusieurs points de la surffice on l'enlève facilement avec le scalpel j on remarque quelques points phlogosés dans les intestins grêles; vers le cœcum,la membrane muqueuse est seulement injectée •,les autres organes abdominaux sont dans l'état naturel.
UÉFLEXiaNS.
Celte observation présente une grande erreur dans l'appréciation de la maladie , un traitement anli-sypbilitique a été donné mal à propos. On sait que l'emploi immodéré des mercuriaux développe quelquefois l'aliénation mentale. J'ai sous les yeux trois malades dont l'aliénation mentale est due principalement à celte cause.
La folie s'est déclarée progressivement cbez M. B*"**^, comme il arrive le plus souvent; enfin est survenue la fureur; une méningo-cérébrite des plus caractérisées s'est compliquée d'une inflammation intestinale. Ces deux affections, qui succédèrent à une affeclion cbronique du cerveau , expliquent la mort prompte du malade.
A l'autopsie on n'a pas trouvé les désordres que Ton pouvait soupçonner pour expliquer la paralysie, mais les signes non équivoques d'inflammation qui se rencontrèrent sur les membranes du cerveau, coïncident avec la fureur.
Ce n'est pas la première fois que je n'ai pas trouvé dans le cerveau des lésions correspondantes aux phénomènes de paralysie, comme on le verra par l'observation suivante.
N** iS. '^^MémngO'cérébrile compliquée d'une affection intestinale ; symptômes de paralysie.
Mort , autopsie.
M. C..., âgé de trente-cinq ans , d'un tempérament nerveux, d'une conslilulion délicate, d'un caractère fort difficile, très-irascible, ayant toutes les habitudes d'un homme déréglé, adonné aux plaisirs de l'amour, était fort exalté avant les événemens de juillet i83o. Le 28 juillet, en sortant de chez lui, on veut le faire travailler aux barricades; il s'y refuse, et on le frappe violemment. On lui pratiqua une saignée; dès lors l'aliénation mentale se déclara, la violence survint \ on fut obligé de le sortir de chez lui-, on l'amena dans mon établissement le ^ août i83o. Il était dans l'état suivant : Le physique est délabré, la figure est pâle , les papilles sont dilatées, le pouls est fréquent sans plénitude, sa poitrine est fatiguée, il tousse , la parole est brève, les discours sont incohérens. Je m'appliquai principalement à soutenir le physique affaibli avant de songer au traitement de l'aliénation mentale-, il avait d'ailleurs été tellement baigné et saigné que l'on ne pouvait, sans crainte , réitérer les mêmes moyens. Des potages succulens rétablirent ses forces, et, pendant un mois, sa santé physique n'éprouva aucun échec; l'aliénation mentale persistait avec moins d'agitation cependant, mais avec le caractère de la démence. Dans le courant de septembre on fit une consultation, et Ton reconnut une affection profonde du cerveau qui ne laissait pas d'espoir de rétablissement. Cet élat augmenta encore par l'habitude de la masturbation qu'avait le malade depuis long-tems. Dans les premiers jours d'octobre le dévoiement survint; on essaya de le modérer par des boissons adoucis-
( 74 ) santés et légèrement astringentes, mais inutilement. Le malade s'affaiblit chaque jour, et ne larda pas à succomber. Pendant le dernier mois de l'existence de M. C , on remarqua chez lui deux phénomènes particuliers \ l'un était un mouvement de relation continuel des membres supérieurs^ l'autre, vers les derniers jours de sa vie, une paralysie complète des membres du côté droit.
AtJTOPSIE,
Os du crâne fragile ^ dure-mère peu adhérente à ces os ; arachnoïde fort injectée : une cuillerée de sérosité s'échappe de la cavité supérieure ; pie-mère sans adhérence à la surface corticale du cerveau^ injection de celte membrane : la substance corticale présente aussi une injection plus prononcée que dans l'état ordinaire.
Les ventricules contiennent fort peu de sérosité ; les organes ventriculaires sont sains j le cervelet est volumineux, mais n'offre aucune altération.
Thorax.
Les organes contenus dans cette cavité ne présentent rien de particulier.
Abdomen.
L'estomac offre des taches noirâtres vers le grand cul-desac.
Les intestins laissent apercevoir des plaques rouges qui sont formées dans l'épaisseur de la membrane muqueuse: elles sont disséminées à la surface des intestins grêles. Rieii n'est à remarquer dans les organes abdominaux.
REFLEXIONS
Les derniers phénomènes qui ont prëccdé la mort de
M. C pouvaient donner à penser que l'on trouverait dans
le cerveau des traces de lésions correspondantes. Zs'ous n'ayons rien aperçu qui put confirmer Tobservation : l'aliénation mentale, qui était récente, coïncide avec les traces inflammatoires récentes qui occupaient les membranes et la substance corticale du cerveau.
On doit regarder ce fait comme une exception ^ car il est rare de ne pas trouver dans le cerveau des lésions correspondantes à la paralysie.
Dans l'observation suivante , au contraire , les lésions seront clairement démontrées.
!X° i6. — Méningo-cérehrite chronique ', apoplexie , ramollissement.
Mort , autopsie.
M. H...., ex-colonel, âgé de soixante-huit ans , d'un tempérament sanguin athlétique, d'un embonpoint considérable, d'un caractère fort gai, d un esprit tin et subtil, avait passé par tous les grades avant d'arriver à celui de colonel. Il s'était fait remarquer dans plusieurs occasions par son dévouement à Napoléon , qui plusieurs fois l'avait chargé de missions délicates. A l'âge de soixante ans, il eut une attaque d apoplexie, qui paralysa légèrement le côté gauche, et qui diminua sensiblement les facultés intellectuelles j depuis cette époque, il conserva une faiblesse des membres gauches, et l'aliénation mentale se montra avec
( 76 ) tous les caractères de la démence. Il devint méchant, insociable, prétendait qu'on voulait l'empoisonner, ne vivait que de lait et d'œufs , ne voulait pas se coucher. Cet état engagea sa famille à le placer dans une maison de santé : il fut amené chez moi, le 4 décejnbre i83o. Il était dans la situation suivante : d'un embonpoint extraordinaire , il pouvait à peine se tenir sur ses jambes , qui étaient enflées ; son visage était bouffi et décoloré : il prétendait être affecté d'un asthme. Au bout de quelques jours , on lui fit changer son régime : il se coucha et mangea de toutes choses. Ses paroles étaient pour l'ordinaire incohérentes j cependant quand il racontait des batailles et des victoires , il semblait retrouver toutes ses facultés et son esprit. Le nouveau régime auquel il fut soumis ne tarda pas à lui rendre des forces : il marchait assez facilement , et son visage reprit sa coloration habituelle. J'espérais que son état mental suivrait la même marche 5 je fus entièrement trompé : la démence ne fit que se confirmer. Cette situation dura pendant trois années sans offrir le moindre changement 5 elle aurait pu se prolonger long-tems encore, sans une attaque d'apoplexie qui vint terminer son existence.
Le i5 octobre i833, il tomba tout-à-coup, et paUt. Il perdit momentanément connaissance -, on crut à un simple étourdissement : un bain de pied avec farine de moutarde fut donné. M. H.... reprit l'usage de ses sens, et se promena le reste de la journée ; mais vers le soir, il eut une nouvelle défaillance qui fut bientôt suivie de tous les symptômes de l'apoplexie : la commissure de la bouche est entraînée à gauche ^ celle-ci se remplit d'air , le malade fume la pipe : résolution complète des membres, surtout du côté droit. On le mit au lit. Comme il avait mangé, on ne put le saigner j ingestion de deux grains d'émétique qui lui fit
(77 ) rendre le pota{ye qu'il avait pris. Vers neuf heures , forte saignée du bras, sinapismes aux extrémités ^ à quatre heures du matin, seconde saignée : le malade reprit un peu de connaissance 5 la respiration s'accélère; la bouche se remplit d'air qui s'échappe avec bruit. Vers midi, accès de fièvre bien caractérisé ; le pouls est à peine sensible à l'artère radiale 5 mais les artères carotides battent avec violence, et les artères temporales sont fortement déplacées par l'abord du sang. Application de quinze sangsues à l'anus et de deux ventouses scarifiées au col.
Le 21 octobre, nouveau paroxisme, respiration légèrement stertoreuse^ contracture des membres paralysés, surtout le bras droit. Le 22 , même état. Le 23 , la respiration devient plus stertoreuse -, il a un hoquet continuel-, le ventre se météorise. Le 24 il succombe.