‹ Considérations sur l'art de la guerre. Par le baron RogniatChapitre 11 sur 21 · MÉTAPHYSIQUE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE DE LA GUERRE

Concluons de ces observations que l’amour des richesses exerce sans doute une grande influence pour exciter le courage des peuples corrompus ; mais que ce ressort est le plus fragile comme le plus dangereux de tous ceux qu’on peut employer ; qu’il relâche les liens de la discipline et amollit le soldat, et qu’il ne faut par conséquent s’en servir qu’au défaut de tout autre.

Telles sont les passions qu’on a mises le plus souvent en jeu pour animer les armées. Je passe sons silence la haine et la vengeance, passions qui me paraissent plus propres à rendre les soldats cruels que braves. Quant à la gloire, cette passion des grandes âmes est trop sublime , comme je l’ai dit, pour faire impression sur l’esprit grossier de la multitude. Qu’importe, en effet, au commun des hommes l’opinion de la postérité ? la sphère de leurs idées ne s’étend guère au-delà du moment présent et des personnes qui les environnent; ils ne peuvent am-. bitionner les suffrages d’un avenir qui échappe à leur faible vue, et ils restent insensibles aux charmes de la gloire, qui n’ont de pouvoir que sur les grands coeurs.

Mais il ne suffit pas de préparer et de répandre le germe des passions dans le sein des soldats, il faut encore savoir le faire éclore au moment du \ombat; il faut toucher, émouvoir, agiter, enflammer, et mettre en jeu les passions qui dorment au fond de leurs cœurs, afin de les aveugler sur

les périls qu’ils vont courir. On y parvient par l’éloquence, non pas cette éloquence qui convainc, par le raisonnement, une assemblée choisie, mais celle qui parle à l’imagination et aux passions d’uïie multitude d’autant plus crédule, qii’elle est plus ignorante. Aussi les généraux romains ne négligeaient -ils jamais de haranguer leurs troupes avant le combat; ils réveillaient dans leurs cœurs des sentiments de religion, d’amour de la patrie, de gloire nationale, d’ambition, de riches.ses, et ils leur présentaient en perspective un tableau de tous les biens, de tous les plaisirs propres à flatter leurs passions, qui les attendaient dans les bras de la victoire. Habitués à parler à la tribune devant le peuple romain, ils étaient tout formés à ce genre d’éloquence vif et passionné qui séduit et entraîne la multitude. Nos généraux modernes au eontraire ne savent pas parler en public, ce qui les •prive d’un puissant levier pour remuer les troupes. Faute de savoir parler, nous écrivons des proclamations qui .sont ensuite lues froidement et avec négligence à la tête de chaque bataillon. Mais ces gestes oratoires, ces charmes du débit , cet accent passionné, cette chaleur, ce feu qui pénètre de la bouche de l’orateur dans l’ame de ses auditeurs; cette multitude dont les pa.ssions fermentent d’autant plus vivement qu’elle est plus nombreuse; cette autorité que les paroles empruntent du prestige de la puissance; celte

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