MÉTAPHYSIQUE DE LA, GUERRE
> pompe qui commande l’attention, tout manque aux froides lectures de nos proclamations. Ces discours mal lus soutiennent à peine l’attentjon dù soldat, et le laissent aussi glacé. qu’auparavant.
Nous couvrons notre ignorance et notre incapacité du vain prétexte de l’impossibilité de nous faire entendre d’une grande multitude. Comment fai.saient donc les consuls romains pour haranguer des armées quelquefois de quarante mille hommes ? Au reste, au défaut d’expérience , le calcul seul doit nous démontrer qu’un général peut se faire entendre d’un corps d’armée de trente mille hommes, rangé avec ordre auprès d’une tribune élevée en g^zon cqrpiW. chez les Romains ; car c^te multitùde, formée éfi .colonne serrée autour de l’orateur^ riedoit occuper qu’un demi-cercle de cinquante toises de rayon , espace assez circonscrit pour qu’une voix élevée puisse le parcourir.
Ne haranguons point nos troupes au hasard en nous servant de lieux communs; que nos discours soient en rapport avec leurs idées et leurs passions habituelles, et évitons sur -tout l’éloquence verbeuse. Parlons religion à dès fanatiques , richesses à des gens avides , amour de la patrie à des républicains, et honneur à des Français; saisissons sur- tout les sentiments qui naissent des circonstances du moment pour les animer. C’est ainsi que le général Kléber sut enflammer d’un seul mot scs troupes en Égypte.
438 ' CHAPITRE ÎCII.
L’amiral anglais avait proposé à une armée française, fière de sa bravoure et de ses succès, qui demandait à quitter l’Égÿpte, de mettre bas les armes et de se rendrè prisonnière. C’était vouloir la rendre invincible, et transformer tous ses soldats en héros. Kléber fait assembler scs troupes, et leur lit cette infôrae proposition : ce ne fut qu’un cri d’indignation! Mes camarades, s'écrie aussitôt le général français, on ne répond à une telle insolence que par des victoires; préparez-vous à combattre. Une prompte et brillante victoire fut en effet l’unique réponse des Français.
Je' termine ici ces réflexions sur la métaphysique de la guerre, que je n’ai ni le temps ni les moyens de développer plus au long. C'est un pays immense que je ne fais qu’indiquer, laissant à ceux qui se sentent plus de force et de talent que je n’en ai , le soin de le parcourir et ' d’en faire une reconnaissance exacte.