Nous devons camper étendus en ordre de
bataille pour éviter les surprises, et non i>as agglomérés comme les Romains, parce que nous ne pouvons pas nous renfermer et nous mettre en sûreté comme eux dans des enceintes fortifiées. .
31. Il serait souvent convenable de renlorcer nos positions et nos camps par des travaux de campagne qui pii.ssent s’exécuter en une nuit, ce qui est pos.sible en renonçant à les faire à l’épreuve du boulet.
3a. En plaçant les batteries hors des redoutes destinées à les défendre , derrière des épaulements à très-petite portée de mousqueterie de ces redoutes , on obtient une grande économie de travail , plus de force réelle, et beaucoup de facilité pour le tir de 1 artillerie.
33. Au reste, quelque talent que l’on apporte dans le choix des positions et dans la disposition des troupes, il faut, en dernier résultat, chasser l’ennemi du terrain qu’il occupe , ce qu on ne peut faire qu’avec des soldats braves.
3.4 • Mais pour qu’ils soient braves, il faut les rendre tels; car la bravoure n’est pas une qualité innée en nou»
35. On n’y parvient ni par les raisonnements , ni par les châtiments, ni même par la discipline, niais bien par le jeu des passions. Nos institutions doivent donc tendre à donner des passions à nos troupes; et c’est ensuite au général a re-
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veiller et à exciter ces passions par ses harangues au moment du combat.
3ü. Les passions qui ont eu le plus d’influence sur les troupes chez les différentes nations, .sont le fanatisme, l'amour de la patrie, l'honneur, l’ambition, le désir des richesses.
37. En jetant un coup-d’œil sur les grandes opéiations offensives de la guerre, nous trouvons qu’on peut faire deux sortes de guerre, une guerre d’invasion, et une guerre méthodique.
38. La première sorte s’emploie avec succès pour conquérir les états de.spotiques d’Asie, où le peuple esclave, indifférent pour son maître, ne prend aucune part à la défen.se; mais la seconde peut seule réussir contre des états républicains,' où le patriotisme des citoyens oppose des obstacles sans cesse renaissants à la marche des conquêtes.
3g. En Europe, où le patriotisme des peuples qui ont quelque part aux affaires publiques, et le système de politique des souverains, qui tend sans cesse à établir entre eux un équilibre de puissance, s’opposent également à la rapidité des conquêtes; une guerre méthodique peut seule procurer des succès stables et solides.
40. Ce genre de guerre exige deux armées, une armée active j)our gagner des batailles, et une armée de réserve pour occuper et conserver les pays conquis, en tirer des ressources, aj>puyer l’armée active, l’alinjenter et la soutenir.
CONCLUSIONS. 5o9
4 1 ■ L’armée de réserve doit choisir et préparer une ligne défensive que j’appelle base d opérations, où l’armée active, en cas de revers, ptiisse se recruter, se reformer, se réorganiser, se retremper, et aiTcter renueiiii à l’aide des obstacles de l’art et de la nature.
4a. C’est sur cette base d’opérations que doivent s’établir tous les dépôts de munitions de guerre et de bouche nécessaires à l'existence des armées. Ou les mettra en sûreté contre les entreprises de l’ennemi, par des enceintes bastion nées, en fortifications mixtes, qui puissent s’élever en peu de temps, et renqjlir momentanément l’objet de la fortification permanente. • 43. Ces places du moment .seront disposées sur la ligne défensive aux nœuds des principales routes, de manière à eu renforcer les parties les plus essentielles , et à concourir à la défense.
44- Lu jetant un coup d'œil sur les grandes opérations de la guerre défensive , on s’aperçoit qu’elles doivent s'appuyer sur des places fortes. Les places rendent à cette guerre différents genres de services, qu'il s’agit avant tout de bien apprécier, afin de ne pas tomber dans les fautes, ou de les dédaigner mal-à-propos, ou de les multiplier sans nécessité, ou .de les disposer sans discernement.
45. D’jibord elles mettent en sûreté dans leur sein les dépôts d’armes et de munitions, préjiarés d’avance pour les be%oins de la guerre,
5io CONCLUSIONS,
qu’on peut regarder comme les richesses militaires d’une nation.
4(i. Ensuite elles ferment les principaux passages des montagnes , et facilitent aux armées le pa.ssage des fleuves sur lesquels elles forment des tètes de pont.
47. Et enfin elles offrent sous leurs murs un refuge et un a.syle aux armées défensives , asyle que l’agresseur est obligé de respecter sans pouvoir passer outre, parce que la raison de guerre s’oppose à ce qu'il laisse une armée sur ses derrières.
48. Mais, pour qu’elles puissent remplir ce dernier objet, il est indispensable qu’elles soient entourées par un vaste camp retranché, préparé d’avance, dont elles seront le réduit. Ce camp retranché consistera en quatre petits forts disposés en quarré autour d’elles, à deux ou trois mille toises les uns des autres.
4q. Du reste, il est inutile, il est désavantageux même de multiplier les forteresses sur une frontière, au point d’affaiblir les forces actives par les garnisons nécessaires à leur conservation. Au lieu de les entasser sur les frontières, il est préférable de les disperser dans toutes les provinces d'un grand état, afin de n’étre pas privé de leurs dépôts et de leurs secours , lorsque la fortune transporte le théâtre de la guerre dans l’intérieur.
5o. Une armée défensive, au lieu de s’oppo-
CONCLUSIONS. 5ii
ser de front à la marche de l’agresseur, doit se placer sur ses flancs , prête à couper sa ligne d’opérations , s’il la laisse sur ses derrières pour pénétrer dans l’intérieur, ou à se réfugier dans le camp retranché de la place la plus voisine, s’il marche à elle. Cettè manœuvre fait éehouer l’entreprise de l’ennemi, çu l’oblige à se livrer aux longueurs d’une guerre de sièges.