‹ Considérations sur l'art de la guerre. Par le baron RogniatChapitre 4 sur 21 · DE LA LEVÉE DES TROUPES · texte numérisé non relu

DE LA LEVÉE DES TROUPES

Les anciennes républiques , pour lever leurs armées, faisaient choisir par leurs magistrats, parmi les citoyens en état de porter les armes, ceux qui , d'après leur fortune et leur force physique, parais^ient les plus propres au serA'ice militfire; elles formaient ainsi, de l’élite de la nation, ces excellentes armées dont les exploits, le courage et les travaux ont retenti d’âge en âge jusqu’à nous, et causent encore notre surprise et notre admiration.

Chez les nations barbares*, qui ravagèrent et conquirent l’empire romain , les armées étaient composées de tout ce qui avait la force de porter les armes. Lorsqu’elles s’établirent au milieu des peuples qu’elles avaient subjugués, elles conservèrent le même esprit guerrier; elles se cantonnèrent dans les pays conquis , en se tenant toujours prêtes à se rassembler en armes aux ordres de leurs chefs. Nous avons encore sous les yeux, en Europe , un exemple de cet état de

chose : les Turcs, après avoir conquis plusieurs nations de l’Europe , se sont cantonnés au milieu d'elles , et cette milice , nourrie et entretenue par les vaincus, se tient prête à se réunir en corps d’armée, aussi souvent que l’ordonnent le grand-seigneur et les pachas, qui sont ses chefs militaires. La différence des religions est une barrière qui 1rs sépare constamment des peuples vaincus, qu’une crainte politique les empêche d’armer pour s’en .servir à la guerre.

I.ÆS anciens barlîares , moins politiques ou moins fanatiques que les Turcs, adoptèrent la même religion que les peuples vaincus, et se servirent d’eux , la phipart du temps à la guerre ; deux cau.ses qui, en mélangeait les nations conquérantes et conquises, affaiblirent 1^ gouvernement militaire impo.sé par les vainqueurs, et lui enlevèrent cette stabilité qu’il conserve eu Turquie.

La méthode introduite par le gouvernement féodal , de lever des troupes comme un impôt établi sur les terres provenant de la couronne , dut disparaître peu-à-peu avec ce gouvernement. L’usage des armées permanentes , constamment à la disposition du prince , destinées à remplacer des levées temporaires et tumultuaires , s’établit dans toute l'Europe; et l’on soumit les villages à l’obligation de fournir annuellement un certain nombre d’hommes , pour les former et les recruter. Ces soldats ou miliciens ( milites ) ,

UE LA LEVÉE DES TROUPES. 71 étaient désignés par la voie du sort sur toute la population , et allaient alimenter l’armée active, ou bien ils formaient des bataillons provinciaux pour la défense des places fortes. Ce mode de Ipvées, connu en France sous le nom de milice, fut presque toujours employé par Ix>uis XIV, pour former ses nombreuses armées, qui s’élevèrent jusqu’à quatre cent mille hommes.

On avait recours en même temps aux enrôlements volontaires, qu’on favorisait ordinairement par des primes en argent. Mais ce moyen, dont l’efficacité diminuait pendant la guerre, en raison des dangers qu’on avait à courir, justement au moment où l’état avait le plus besoin de soldats, était bien rarement suffisant pour recruter les armées en temps de guerre. On fut presque toujours obligé de suppléer par la voie de la milice, au défaut des recrues volontaires, ou engagées à prix d’argent.

D’ailleurs, les enrôlements volontaires fussentils suffisants, il serait sans doute avantageux de renoncer à ce mode de recrutement, ou du moins de le restreindre dans des bornes convenables , en n’engageant que des jeunes gens nationaux et bien nés. Quelque séduisant qu’il paraisse au premier aspect , parce qu’il semble soulager la société de gens inutiles , ou m^me nuisibles , pour les consacrer à sa défense, rf est cependant réprouvé par une longue et funeste expérience, qui eu a dévoilé les graves inconvénients. Il avait

ya CHAPITRE PREMIER. '

fait de no.s armées le refiigu et le réceptacle des déserteurs et des étrangers de toutes les nations, de inalheiireiix accablés sous le poids de la paresse, de la ntisère et des vices de toute espèce, qui dégradèrent dans l'opinion publique la pliq> noble de totites les profe.ssions ; et tel fut l’avilissement dans lequel tombèrent nos soldats par cette compo.sition vicieuse, que l’honnète homme, au lieu de voir avec orgueil ses fils se consaerer à la défense de sa patrie, était réduit à rougir lorsqu'ils .s’enrôlaient.

De quels moyens bas et odieux les recruteurs ne se servaient-ils pas pour atlrapper dans leurs filets une jeunesse incon.sidérée? Mais n’agitons pas cette .source impure. Ces prétendus enrôlements volontaires, qui n’étaient .souvent que des pièges tendus à l'ignorance et à la simplicité, favorisaient les vices et les désordres de la société , et peuplaient nos armées de .soldats sans -énergie, sans amour de la patrie, et. toujours prêts à déserter aux premiers revers. '

Figurons-nous que les illustres guerriers de la Grèce et de Home, la tête hors du tomb^tu, eussent pu voir nos armées européennes telles qu’elles étaient composées il y à vingt-cinq ans ! quel eût été leur étonnement, en apercevant ce ramas de vagabonds et d’étrangers , d'hommes sans aveu , perdus de dettes et de débauches, de malheureux sans moyens d’existence, dont se recrutaient alors nos troupes ! Ne se seraient-ils

DE LA LEVÉE DES TROf^Eb.

pas écriés, dans leur surprise ?« C’est donc ainsi « que les modernes confient leurs intérêts les « plus chers, leur liberté, leur existence poli- « tique, la défense sacrée de la patrie, à ceux qui «ont le moins d’intérêt à la conservation de « l’état, à cette dernière classe^la lie de 'la so- « ciété, que sa misère et ses vices rendent avide « de désordres, de troubles, et de confusion! «Comment n’ont -ils pa^ cherché à imiter le «noble exemple que nous leur avions donné? « Parmi nous, tout citoyen se devait à la défense « de la patrie; mais tous n'étaient pas également « admis à remplir l’emploi honorable de soldat. « On faisait un choix, et l’on ne prenait que ceux « qui, par leur fortune et leur force physique, «^inspiraient de la confiance aux magistrats. Mous a formions ainsi nos armées de l’élite de la na* U tion , et la défense de notre liberté , le plus U grand, le plus cher de tous les biens, n’était « confiée qu’à nos meilleurs citoyens. »

Les Français ont 'entendu les pvemiers cette voix des anciens, qui leur criait que tout citoyen se doit à la défense de sa patrie, lis ont commencé, il y a vingt -cinq ans, à consacrer en Europe, par leur exemple, ce principe qui devint la source de leurs brillants succès jusqu’au moment où les autres peuples furent contraints, par l’intérêt de leur conservation, de l’adopter également. Ce n’esl qu’aiers que l’équilibre.

rompu en Europe par l'iniitation d’une seule institution antique, a pu se rétablir.

Chez les anciens , les magistrats désignaient l'élite des citoyens pour composer leurs excellentes années; mais l’austérité de ce mode d’appel qui, d’adleurs, serait sujet dans nos monarchies à de uomTreux abu.s, ne peut guère convenir, ni à la nature de nos gouvernements, ni à la mollesse de notre «duention , qui éloigne la classe opulente du métier pénible des armes. Lorsque les Fran(,;ais, au coininenceiiient de leur révolution , se virent forcés , par l'impéricusi; nécessité de sc défendre contre une coalition générale, d'avoir recours aux appels pour former des armées capables de repousser leurs nombreux ennemis, la voie du sort leur parut plus juste et moins voisine des abus ; ils crurent même devoir adoucir et mitiger la sévérité de leur admirable loi de la conscription, en tolérant les remplacements^ C’est un adoucissement qui prive, il est vrai , nos armées de la classe la plus riche, et par conséquent la plus intéressée au soutien de l’état, mais qui était jïeut-étre nécessaire pour ménager notre délicatesse et l'influence des gens ' riches.

Les Français paraissent vouloir abandonner aujourd'hui cette institution, qui fut pendant vingt-cinq ans le principe de leur gloire militaire et de leur inQuence en Europe. Parce qu’un

DE levée des troupes. <j-> gouvernement qui abusait de tout, a abusé de la conscription , j'entends crier de toutes parts qu'il ne faut plus de conscription ; belle conclusion ! J’aimerais autant qu’on me dit que, parce qu’on a abu.sé quelquefois de la nourriture, il faut y renoncer pour toujours, et se laisser mourir de faim.--

Sachons distinguer l’abus d’une loi, de la loi même. Si la conscription nous a fourni d’encel* lentes armées; si des triomphes éclatants ont garanti la bonté de ce mode de recrutement; si la plupart des autres nations de l'Europe, con^ vaincues de son excellence par une funeste expérience , l’ont imhé sous différents noms ; si cette institution semble nécessaire aujourd’hui ]K>ur assurer le recrutement des armées, et par conséquent l’indépendance des états, pourquoi y renoncerait- on ? IMais ce mot de conscription effarouche les esprits de la multitude ! Hé bien ! changeons ce mot terrible ; prenons-en un autre , celui de mibce , par exemple, qui rappelle d’anciennes instâtutiims , et gardons la chose qui est excellente en elle-tnême. Mais on s’est servi de la conscription pour faire périr des générations entières dans de folles expéditions ! Hé bien ! sachons prévenir les abus, en donnant des limites convenables à ce mode de recrutement, f^s deux chambres arrêtent annuellement les levées d’argent nécessaires pour les dépenses de i'état; pourquoi n’arrêteraient-elles pas en même

temp.s les levées d'iiomnies nécessaires à .sa de'-

feiise? L’un estencore plus important que l’autre.

La première eho.se à examiner, c’e.st la quantité d’hommes qu’on peut lever annuellement et consacrer à la {^tierre, sans épuiser un état; car, si les consommations excèdent les reproductions, la population diminue par degré et l’état s’affaiblit par ses complètes mêmes, puisqu’il se dépeuple tout en .s'agrandissant. Qu’un .souverain, par exemple, dépense à la guerre cinquante mille hommes par an, tous levés dans son royaume! Il est évident que, pour réparer cette perte immense, il faut que, parmi lès mâles , «le nombre des nai.ssamres excède de cinquante mille celui des morts par d'autres cau.ses que la guerre ; sinon , l’état .se «lépcuple et jienchc vers sa ruine, quels que soient .ses succès militaires.

C’est donc les registres civils des naissances et des morts qu’il faut consulter jiour connaître le nombre d’hommes qu’on peut con.sacrer à la guerre. L’excédent des naissances sur les morls, parmi les mâles, fixe la con.sommation qu’on peut .se permettre .sans affaiblir la population.

Voilà des calculs qu’on trouvera sans doute bien froids, lorsqu’il s'agit de la vie des hommes; mais, je le demande, est ce en invoquant l’iuimanité que l’on obtiendra des conquérants, qu’ils restreignent les levées de troupes dans de justes bornes? Ce mot n’e.st-il pas vide de sens pour eux ? Au lieu de tenter inutilement de

DE LA LEVÉE DES TROUPES. 77 s’adresser à leur cœur, ne vaut -il pas mieux s’adresser à leur raison , en leur prouvant, par des calculs positifs,qu’au-delà d’un certain terme, la guerre ne fait que les affaiblir, en affaiblissant la population du royaume qui sert de base à leur puissance, et que l’échafaudage de leurs conquêtes s’écroule lorsqu’il ne s’appuie plus que sur des armées qui dépérissent journellement par l’impossibilité de se recruter? C’est ce qui est arrivé à Napoléon à la fin de sa carrière, et c’est ce qui arrivera à tous les conquérants qui, n’écoutant qu’une aveugle ambition, se jeteront dans des entreprises disproportionnées à la population de l’état qui sert de base à leur puissance. ,

Je sais qu’il est des circonstances critiques où toutes ces considérations doivent céder devant le salut public , et où non-seulement une partie de la jeunesse , mais la population entière doit courir aux armes, comme les Romains après la bataille de Cannes ; mais ces crises politiques sont rares, de courte durée, et le danger passé, on doit bien vite abandonner ces mesures dépopulatrices pour rentrer dans des limites convenables. H est certain qu’en générai, l’intérêt d’un souverain lui défend ^e dépasser dans les consommations les limites que lui assigne la reproduction de l’espèce humaine, sous peine de voir son royaume se dépeupler, et de ne régner bientôt plus que sur des tombeaux. L’exemple des

Romains, qui employèrent souvent presque toute leur jeunesse à la guerre , dit pour notis un exemple trompeur , puisque leurs armdes n’étant pas permanentes comme les nôtres, les légionaires revenaient à Rome contribuer à la population dans l’intervalle «l’une guerre à l’autre, et que d’ailleurs les étrangers, attirés par le doux attrait de la liberté et par les prérogatives du nom romain, s’établissaient en foule dans cette cité fameuse, et contribuaient à remplacer les consommations de la guerre.

Nous avions circonscrit avec raison nos levées dans la classe «les jeunes célibataires. Cette cla.s.se, dégagée et libre des soucis et des inquiétudes domestiques, «lans cet àga où le mouvement est un besoin, où l’impétuosité des passions aveugle sur les dangers, ne craint pas de se livrer aux fracas et aux périls de la guerre. I..es Romains choisissaient leurs légi«)naires parmi les citoyens mariés ou non, depuis dix-.sept jusqu’à quarantesix ans. I.e mode d’élection qu’ils avaient adopté leur permettait de laisser une grande latitude aux magistrats, qui sans doute évitaient d'enle- ’ ver les jeunes gens trop faibles pour porter les armes, et les hommes mariés nécessaires à l’existence de leur Inmille. Nops ne pouvons pas les imiter; car l’aveugie sort, qui remplace parmi nous les mugi.strats pour d«'signer les soldats, peut atteindre l’homine faible, comme l’homiue’ fort, l’homme indispensable à la subsistance- de

DE LA LEVÉE DES TROUPES. 79 sa famille , comme l’inutile célibataire. Le seul moyen de prévenir ces méprises,' ou du moins fie les rendre moins fréquentes, c’est de ne soumettre à son empire que la classe la plus propre à la guerre, celle de vingt à vingt-et-un ans. L’expérience a prouvé que les individus de cette classe sont en général assez robustes pour soutenir les fatigues de la guerre, et assez jeunes pour s’habituer facilement à la vie des c.imps, si différente de la vie civile, et pour se pliér aisément à la discipline militaire.

Il se présente une question importante à examiner, c’est de savoir jusqu’à quel âge il est convenable au bien des armées et de l’état de retenir les soldats sous les drapeaux. Vers l’âge de trente ans, lorsque l'homme a fini son accroissemet»t, ses membres commencent à perdre leur .souplesse ; il devient bientôt lourd, pesant; le mouvement cesse de lui être agréable; l’efFervescence de la jeunesse, qui lui faisait trouver des charmes dans la vie errante et variée du militaire, se calme par degrés j>our faire place à des idées de rejios et de tranquillité; dès -lors, le soldat, qui ne se livre plus qu’à regret à .ses exercices, fait mal un métier qu’il ces.sè de faire avec plaisir, à moins que des idées d’ambition et d’avancement ne viennent le stimuler; mais ces idées ne peuvent germer que dans la tète du plus petit n<nnl>re. C’est donc non loin de ce terme qu’il faut borner la carrière militaire

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8o . CHAPITRE PREMIER.

Le soldai, en servant dix ans, depuis vingt jusqu’à trente, consacre à la guerre la période de sa vie qui y est la plus propre. En supjx)^ sant qu’il taille deux aus pour l'aguerrir et le plier à tous les détails de la milice, l’armée jouira de ses services, dans sa force physique et morale , pendant huit ans. Au-delà de ce terme, son corps usé et cassé par les fatigues , les blessures et les travaux , demande un genre de vie plus tranquille et moins pénible.

D'ailleurs, il est important pour la population, pour la tranquillité publique, et pour le bonheur de ces braves vétérans, que l'époque de leur retraite soit dans un âge qui leur permette de suivre une nouvelle carrière , et de passer du service de Mars à celui de Vénus, par des mariages coiitractés à une des époques les plus convenables de la vie.

Les Romains, il est vrai , n’étaient exempts du service militaire qu’après vingt campagnes ; mais leur position était fort différente, tant que leurs armées ne furent point permanentes, puisqu'ils ne passaient qu’une partie de l'année dans les camps. Lorsque leur service devint continu sous les empereurs, sa durée fut réduite à seize aus au lieu de vingt.

On tomberait dans d’autres inconvénients , en fixant la durée du service militaire à moins de dix ans, à cinq ans, par exemple, comme elle était déterminée dans la lui de la conscription, par une

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DE LA LEVÉE DES TROUPES. 8i dispo.sition que l’intérêt et le besoin des armées n’ont jamais permis d’observer. Les congés délivrés à cintj ans de service priveraient les corps de leurs meilleurs soldats au moment où ils sont instruits, aguerris et endurcis aux fatigues de la guerre, pour les remplacer par des soldats novices et ignorants. Qu’on ne pense pas que ces congés précoces, évidemment contiaires aux i^érêts de l’armée, fussent davantage dans ceux de la population. En renouvelant les armées par cinquièmes, au lieu de les reirouveler par dixièmes, on serait obligé. d’y appeler chaque année le double de recrues. C’est ce premier départ qui afflige les familles, et qui fatigue les jeunes gens, en interronq)ant le cours de leurs occupations ordinaires pour les livrer à l’existence militaire, et non pas la nécessité de passer aux armées quelques années de plus, r.orsque les jeunes gens sont pliés et habitués à la vie des camps, ils la mènent .sans répugnance, et même avec plaisir, tant que leur jeunesse leur permet d'en soutenir les fatigues. Nous .sommes tous gouvernés par rinfluence de l'habitude, et c’est le passage d’un genre de vie à un autre qui est désagréable, et non pas la nécessité de nous y livrer pendant dix ans au lieu de cinq.

Je voudrais que les congés fussent religieu.sement délivrés après dix ans de service, et que la guerre même ne fût pas un prétexte pour en suspendre l'expédition. Qu’on ne délivre pas de

8j chapitre premier.

congé en temps de guerre, lorsque la durée du service est fort limitée, je le conçois : on y est peut-être contraint par la nécessité de conserver de bons soldats sous les drapeaux. Mais, lorsque cette durée est de dix ans, les congés n’atteignent plus que des hommes usés et alTaiblis par leurs blessures et de longues fatigues, qui u'aspirent qu’au repos : ces hommes ne seraient plus qu’une faible ressource pour la guerre.

D’ailleurs, n’est- il pas juste d’épargner à ces braves vétéi^ns l’ennui de n’apercevoir d'autre terme à leurs dangers et à leurs travaux, que la mort? Contentons-nous du sacrifice de leur jeunesse, et laissons -les jouir , dans leur vieilles.se, de cette tranquillité qu’ils nous assurèrent longtemps au prix de leur sang. Ne leur refusons pas des congés après dix ans de milice; et qu’alors la reconnaissance nous fasse un devoir de leur assurer des moyens d’existence par des pensions proportionnées à leurs services. L’exemple de ces récompenses nationales stimulera la jeunesse au métier des armes, et qu’on ne craigne pas que le trésor public se trouve dans l’impossibilité d’acquitter ces dettes de la recojinais- .sance nationale; car elles ne seront pas nombreuses. Combien |)eu de soldats parviendront au terme de dix ans, fixé pour leur carrière militaire, au travers des hasards et des dangers de la gnerre, et des maladies engendrées par les fatigues et les privations de toute espèce ! On peut calculer qu’il eu restera à peine un rjuart.

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