EXERCICES ET TRAVAUX MILITAIRES
IVIarcher avec ordre, et combattre avec adresse et ensemble, tel est le métier du soldat de ligne: il est nécessaire de lui apprendre l’un et l'autre au dépôt, avant de l'envoyer à sa légion. Il ne sufbt pas de donner des armes aux recrues, il faut encore leur enseigner à s’en servir avec dextérité ; il ne suffit pas de les rassembler, il faut encore les ranger convenablement pour la marche et le combat, et leur apprendre à marcher avec l’ensemble et la précision nécessaires pour leur faire conserver leur ordre et leur rang. Ainsi, leur éducation au dépôt doit rouler principalement sur les maniements d’armes et sür les manœuvres.
Nos réglements, consacrés à l’instruction du soldat, sous ce double rapport, sont clairs, précis, et conviennent en général à l’organisation actuelle de nos troupes. Mon intention n’est point ici de les suivre dans les détails des exercices qu’ils prescrivent , et de répéter ce que tous
EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. i6i les militaires savent; comme cet officier qui expliquait les grandes manœuvres des Prussiens au prince de Ligne : Ces soldats que vous voyez . en avant, Ini disait-il naïvement, hé bien] c’est le premier rçing; ceux qui viennent ensuite, c’est le second rang; et les derniers de tous, c’est le troisième rang.
Indiquer quelques perfectionnements propres a simplifier nos exercices, et faire connaître les changements que réclame mon organisation légiouaire, voilà tout ce que je me propose. Je serai cependant obligé d'entrer dans quelques détails sur l’éducation des troupes légères, espèce de troupes à peine connues dans nos armées actuelles, mais qui sont destinées à joner un grand rôle dans la légion. J’entre en matière , en commençant par l’exercice du fusil.
Notre infanterie s’exerce à faire deux espèces de feux, des feux sur trois rangs, et des feux de file. L’opinion des militaires les plus éclairés semble proscrire les premiers, parce que l’attitude du premier rang, obligé de se mettre à genoux pour ne pas gêner le tir du troisième, est dangereuse et fatigante. Mais un inconvénient encore plus grave, c’est que les trois rangs se trouvant en même temps dégarnis de feux après leur décharge générale, rien ne les appuie, rien ne les protège jusqu’au moment où ils ont rechargé leurs fusils. Qu’une charge de cavalerie , dérobée par un pli de terrain, ou entraînée par
2*, Édit. 1 1
ldi CHAPITRE V.
un niumeiit d’audace, brave cette déchaîne
unique, et continue sa course sans se laisser in-»
, timider par cette tempête d’un instant ; dans quelle situation critique se trouvent nos fantassins! Les. cavaliers sont sur etix, la lance en arrêt, sans leur donner le temps de recharger leurs fusils; ils les percent et les enfoncent à coups de lance, sans qu’ils puissent se défendre avec leurs baïonnettes, espèce de piques trop • courtes contre la lance.
Ces motifs font préférer aux feux de trois rangs les feux de file, qui ne sont pas sujets aux mêmes inconvénients. Le soldat, moins pressé par le commandement , ajuste et ménage mieux son coup de fusil; et sur-tout, il est plus rassuré en se voyant protégé par ses voisins, dont les armes sont rechargées lorsqu’il décharge la sienne : mais le grand vice de ces sortes de feux , c’est que le troisième rang, réduit à ne pas tirer, dans la crainte de blesser les hommes du premier, devient presque inutile. Je sais qu’on cherche à en tirer parti , en lui faisant charger les armes du second rang; mais la perte de temps occasionnée au second rang par cet échange de fusils, est à-peu-près égale à celle nécessaire pour charger ses armes; de sorte que le feu de file n’est guère plus vif avec trois rangs qu’avec deux.
Les Anglais ne tirent que sur deux rangs , et certes , on n’a point remarqué que leur feu eût moins d’intensité que celui des autres nations.
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EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. i63 Le feu de file réduit donc le troisième rang à la nullité. Cette espèce de feu, uniforme et continu , est sans doute fort meurtrier à la longue ; mais il n’étonne ni n’ébranle point l’assaillant comme des décharges soudaines , qui , semblables à des coups de tonnerre, frappent son imagination de terreur; et c’est sur- tout sur l’imagination qu’il est inqiortant d’agir. Le feu de file est sans doute bon dans les combats de position à position ; mais pour arrêter une colonne d’attaque, et sur-tout une charge de cavalerie, on peut desirer des effets plus subits, plus prompts, plus effrayants, sans cependant tomber dans les inconvénients reprochés aux feux de trois rangs.
Pour cela, introduisons à leur place, dans nos cohortes, des feux successifs de rang, innovation que l’organi.sation légionaire rend facile, puisque .chaque rang y forme une compagnie .séparée et distincte. Voici comme on les exécutera :
I^echef de cohorte, après avoir prononcé feux de rang, commande à la compagnie de grenadiers ou du premier rang ; Grenadiers, en joue , feu; chargez. Tandis que le premier rang charge, il fait un commandement analogue à la compagnie du second rang. Dès que le premier rang a fini de charger, il commande au troi.sième rang : Troisième rang(^ à ces mots les grenadiers baissent la tète pour ne pas gêner le tir) , en joue, feu; chargez. Aussitôt que le second rang a fini de charger, le premier rang recommence son ‘feu ,
<*t ainsi de suite , de manière que les trois rangs ne soient jamais dégarnis de feux tous à-la-fois, et qu’il y en ait toujours un au moins de chargé, pour soutenir et protéger les deux autres. Nous obtiendrons ainsi l’avantage d étonner et d’intimider l'infanterie ennemie par des décharges subites et très-fréquentes , de ne pas gêner le feu du troisième rang, et de rassurer les soldats par la certitude qu’ils sont défendus par un rang ou deux de fusils chargés, devant ou derrière eux.
Mais le triomphe des feux de rang est sur-tout contre la cav|ilerie : qu’une cohorte, exercée à cc genre de feux soit chargée par des escadrons ennemis; le premier rang fait sa décharge à vingt toises, et présente la baïonnette; le second fait la sienne à dix toi.ses, et présente la baïonnette; enfin, le troisième rang sous la protection des baïonnettes des deux premiers, formant une double fraise devant lui , ne fait .sa décharge qu’àbrûle-pourpoint, lorsque le cavalier ennemi est arrivé jusque sur les baïonnettes. S’il se trouve de la cavalerie assez audacieuse pour vouloir soutenir et braver cette triple décharge, ménagée connue je viens de l’expliquer, tant pis pour elle, car elle se fera détruire; ses escadrons seront rompus, et la baïonnette fera raison du petit nombre de cavaliers épargnés par les balles.
'Le feu successif de ra/i^ était connu depuis longtemps, puisque Montécuculi le recommande dans
EXERCICES ET TR AV. MILITAIRES. i65 ses Mémoires, comme loi plus efficace de tous. Ce qui l’avait fait (omber en désuétude de nos jours , c’était sans doute la difficulté de le ménager convenablement avec nos compagnies actuelles , dont chacune forme des sections de bataillon. Il était en effet bien difficile qu’un rang formé de différents fragments de compagnie , pût mettre de l’ensemble et de la précision dans son feu.
Voilà le seul changement que j’aie à proposer pour l’exercice du fusil : je me hâte maintenant de jeter un coup-d'œil sur nas exercices-manœuvres, sans entrer dans des détails qui me mèneraient trop loin. Qui voudrait tout dire sur l’art de la guerre, cet art si vastç, si compliq^ié, engendrerait une multitude de volumes, et l’ennui qui marche à leur .suite.
Un préliminaire indispensable, pour établir de l’ordre et de l’en.semble dans les manœuvres, c’est d’enseigner aux soldats un pas militaire ou égal; car la nature a donné à chaque individu une allure, une démarche particulières, un pas plus ou moins allongé , qui ne pourraient point s’adapter à Tuniformité de marche qu’il faut obtenir des troupes , afin d’éviter cîe rompre les rangs. Toutes ces variétés et irrégularités dans la démarche doivent disparaître, pour fairepiace à un pas d’ordonnance , uniforme et réglé , auquel le soldat soit astreint sous les armes.
Nous avons deux pas militaires, comme les
i6'6 CHAPITRE V.
Romains, mais qui ne ressemblent aux leurs, ni pour la vitesse, ni pour le mécanisme. Notre pas ordinaire est d’une lenteur importune , et contraire à l’esprit des manœuvres, qui ne sauraient être exécutées avec trop de célérité. Notre pas accéléré n’est pas plus prompt que le pas ordinaire des Romains, et nous n’en avons aucun pour égaler la vitesse de leur pas accéléré, qui approchait de la rapidité de la course. Au reste, la vitesse n’était pas le seul avantage qu’il eût sur le nôtre; il était simple, naturel, souple, et conforme à l’articulation <(108 membres; ils s’en servaient en route comme dans les manœuvres. Le nôtre , au contraire , est sautillant , roide , court, et si fatigant qu'on ne peut pas .s’en servir en route. Voyez nos soldats à l’exercice; ils res- ■semblent à des automates qu’on fait marcher par ressort, tant on les oblige à roidir leurs membres. Les malheureux attendent avec impatience le moment de quitter cette démarche génatite et contre nature. '
Je voudrais que 1% pas militaire de mes légionaires fût, comme celui des Romains, conforme à la démarche ordinaire de l’homme. Qu’oti fasse marcher mi homme bien constitué et d’une moyenne taille ; qu’on mesure la longueur de son qu’on étudie le mouvement de ses
genoux, de ses jambes, de ses pieds, et l’on obtiendra un type sur lequel on modèlera le pas militaire des légionaires. On les exercera tous à
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EXKRClCIiS ËT TRAV. MILITAIRES. 167 marcher ce pas , dans des temps égaux, avec une vitesse ordinaire de trente-huit toises par minute, et, accélérée, de quarante-cinq .toises par minute, comme celle des Romains. Il s’exécutera au son d’une musique militaire, afin d’en régler les temps et la cadence. Le pas ordinaire servira pour la marche, elle pas accéléré pour les manœuvres et les attaques.
Rien de plus facile que de trouver des méthodes pour déployer une troupe en ordre de bataille, pour la former en colonne, et pour changer son front ois sa direction , trois des principaux objets que se propose la tactique. On peut y parvenir de plusieurs manières; mais de toutes ces manières , il faut trouver la plus simple et la plus courte , et c’est là la difficulté. La plus sinkple, pour éviter le désordre et la confusion, qui sont la perte des armées ; la plus courte , pour économiser le tempe , le trésor le plus précieux à la guerre. I.ies manœuvres les moins compliquées que nous connaissions sont certainement celles des Romains ; comme leurs Cohortes marchaient ordinairement par le flanc, chaque légionaire n’avait qu’un quart fie pirouette à faire pour passer de l’ordre de marehe à l'ordre de bataille. Mais c’est un point de simplicité que nous ne pouvons pas imiter; notre ordre de bataille à rangs serrés s’y oppose ; quelque effort que nous fassions pour faire marcher une troupe par le flanc , aussi serrée qu’il
i68 CHAPITRE V.
* est possible, chaque soldat , quoique très-attentif
à marcher immédiatement sur les traces de son chef de fde , Qccnpe néanmoins un plus grand espace qu’en bataille; la colonne traîne et s’allonge, et elle s’allonge d’autant plus que les soldats sont moins exercés et les chemins moins unis; de sorte que lorsqu’on s’arrête pour reprendre l’ordre de bataille, on occupe un espace presque double de celui qui est nécessaire. Ceci est une vérité d’expérience. Des troupes aussi disséminées sur le champ de bataille sont trèsfaibles jusqu’il ce qu elles aient repris l’ordre serré ; mais quelle perte de temps cette réunion n’entra!ne-t-elle pas? C’est cet inconvénient qui nous a obligés d’abandonner les marches de # . flanc, pour rompre l’ordre de bataille par divisions, pelotons ou sections, suivant la largeur des chemins ; il n’y a que des passages fort étroits qui puis.seut obliger à manœuvrer par le flanc. -5 Au reste notre tactique a pourvu, par un grand nombre de manœuvres, à toutes les évolutions qu’une troupe peut être dans le cas de faire, et. si elle mérite un reproche, ce n’est pas celui^de pauvreté, c’est bien plutôt celui d’un luxe^superflu. Nous exerçons souvent nos soldats à des manœuvres de parade, non-seulement inutile.s, ^niais même dangereuses sur un champ de bataille , et qui ne servent qu’à embrouiller leurs idées. Cet axiome que, qui peut le plus, peut le moins, n’est pas vrai en tactique. Les troupes
EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. 169 ne sont susceptibles de faire avec exactitude et célérité qu’un petit nombre de mouvements simples qu’on leur fait répéter souvent; mais, lorsqu’on veut exiger d’elles plusieurs manœuvres compliquées, elles les confondent et les exécutent mal. En retranchant des exercices le suf>er/lu , dit Montécuculi , nn en apprend mieux le nécessaire .
Bannissons donc de notre tactique une abondance stérile; n’exerçons nos légionaires qu’à des inanœtivres strictement nécessaires, et ue perdons-jamais de vue que les mouvements les plus simples et les plus faciles, seuls, peuvent réussir sur le champ de bataille, au milieu des périls et des dangers, dans des moments où la plupart des hommes ne conservent, ni leur raison, ni leur sang-froid.
L’éducation des troupes légères el celle des troupes de ligne ne doivent pas plus se ressembler que leurs Services. A quoi bon enseigner aux voltigeurs des mouvements graves et réguliers, et des manœuvres de ligne, s’ils ne doivent jamais entrer en ligne, ni en faire u.sage ? Exerçons-les plutôt à courir , à satiter , à nager, à franchir tous les obstacles, à se couvrir de tous les accidents du terrain, à se disperser en avant des lignes, à se rallier à toutes jandies pour se pelotonner contre la cavalerie, à se mêler et à combattre' avec nos cavaliers légionaires, à sauter en croupe derrière eux, et sur-tout, à
tirer avec beaucoup d’adresse dans toutes sortes de positions. Voilà l’éducation qui convient à la nature de leur service. ..
On les exercera très-souvent et avec grand soin, à tirer à la cible à différentes distances. La cible doit représenter un homme de taille ordinaire, et il faut les habituer à viser à la tète, parce qu’en tirant de loin , au-delà cfii but en blanc , comme cela leur arrive presque toujours à la guerre, le coup baisse, et la balle frappe au-dessous du but. Rendons nos voltigeurs trèsadroits à tirer , puisque c'est leur unique métier , et la seule manière qu’ils aient de se rendre redoutables. Apprenons-leur ^ tirer et à charger assis ou couchés par terre, position qu'ils prendront souvent à la guerre pous se dérober plus aisément au feu de l’ennemi. C’est en se traînant à tr^’ers champs qu’ils parviendront presque lans danger à s’approcher des lignes, et dès qu’ils en .seront postés à bonne portée , ils dirigeront leur feu particulièrement sur les officiers; car il n’est pas de meilleur moyen d’effrayer et de décourager une troupe, que de mettre ses officiers hors de combat.
On ne peut trop habituer jes voltigeurs à courir, tous les mouvements en pré.sence de l’ennemi devant .se faire au pas de coure. Veuton qu’ils se dispersent en tirailleurs ; il &ut qu’ils courent vite se placer derrière des arbres, des baies, des fossés, et qu’ils se saisissent promp-
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EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. 171 tement des postes les plus favorables pour voir sans être vus. Sont-ils pressés par l'ennemi : ils ne peuvent lui échapper que par leur célérité , en courant chercher la protection des lignes. Sont-ils chargés par la cavalerie : c’est bien alors que leur salut est dans la vitesse de leurs jambes, soit pour l’éviter à la faveur des accidents du terrain, soit pour lui résister, en se ralliant et en se pelotonnant rapidement. Le pas de cotirse est encore le seul qui leur convienne pour la poursuite des fuyards, et pour suivre la rapidité de la cavalerie légionaire, lorsqu’on les mélange avec cette arme. 1 - *
Mais afin que rien ne les arrête dans leur course a travers champs , 'loin de tpiit sentier battu , il faut les rendre testes et habiles à traverser les haies, à franchir les murs, à sauter les fossés, à grimper les rochers. Quant aux rivières, il est difficile qu'ils les passent à la nage sans mouiller leur fusil et leur poudre ; cependant , il est fort important qu’ils apprennent à nager , soit pour aller prendre des bateanx sur la rive opposée , soit pour diriger les radeaux faits avec les bois que le hasard leur offre sur les bords d’un fleuve.
l^s voltigeurs sont destinés à combattre et à marcher isolément; il est donc inutile de leur donner un pas uniforme , et de leur enseigner à manoeuvrer avec régularité et ensemble comme la troupe de ligne. Il suffit de les habituer à sc
^ réunir rapidement en cercle contre la cavalerie,
et à se rallier derrière les lignes. Ils doivent, dans le premier cas, se rassembler au pas de course , se pelotonner tumultuairement autour de leurs officiers, et former un cercle plein qui présente des feux et des baïonnettes de tous côtés. C’est la manière la plus prompte et peut- I être la meilleure, de former une petite troupe
; contre la cavalerie. Toute manœuvre plus régu-
lière exigerait plus de temps, sans donner à la : • troupe plus de fermeté. J’ai vu souvent à la
guerre, que l’instinct de nos tirailleurs les pof- I tait à se pelotonner ainsi en cercle, et dès-lors
la cavalerie légère ne pouvait plus rien contre eux. Ces petits globes de feu , épars dans la plaine, bravaient hardiment des nuées de cavaliers , et parvenaient peu-à-peu à gagner la protection des bois ou des lignes. Dans le second cas , ils se rangeront en deux divisions égales sur les flancs de leur cohorte, qu’ils doivent protéger et couvrir.
La voix des officiers ne pouvant pas se faire ' entendre des voltigeurs, lorsqu’ils sont dispersés,
on .se servira du cornet pour les rapj)eler, et en général , pour leur transmettre les principaux commandements, comme de .se porter en avant , en arrière, à droite, à gauche, de se former en cercle, ou de se rallier derrière les cohortes.
On exercera les voltigeurs à se mêler à la cavalerie légère et à combattre avec elle. Rappe-
EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. 173 lons-nous que c’est ce mélange de mousquetaires avec la cavalerie qui rompit et mit en fuite la gendarmerie française à la bataille de Pavie, et (iouiia la victoire au marquis de Pescaire, Nous formerons nos voltigeurs en pelotons de la force de nos escadrons legionaires de soixante-seize hommes. Chaque peloton sera attaché à un escadron, qu’il accompagnera au pas de course dans tous ses mouvements, afin de forcer ou de défendre les défilés. Ces deux armes se protégeront entre elles , et chacune recherchera la nature du terrain qui lui est le plus favorable pour le combat, mais sans cesser de re.ster à portée de se soutenir mutuellement. Le voltigeur doit s’exercer à sauter en croupe-derrière son cavalier, afin que les pelotons d’infanterie puissent se transporter d'un endroit à l’autre aussi vite que la cavalerie. On l’habituera à passer son fusil en bandouillère sur son dos , et à sauter derrière le cavalier, en appuyant légèrement les mains sur la croifpe du cheval; mais afin que cette manœuvre puisse s’exécuter, nous donnerons à nos cavaliers des selles rases par-derrière, en leur faisant attacher leur porte-manteau pardevant. Ces porte-manteaux, qui , dans leur situation actuelle, ne :\pnt qu’un embarras incommode pour monter a cheval, deviendront de cette manière une espèce de bastinguc très -propre à couvrir la partie inférieure du buste de l’horaine: c’est ainsi qu’on fera contribuer les effets même du cavalier à 9a défense.
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La plupart de ces exercices supposent que les voltigeurs ne portent pas de sac. Ce fardeau leur ôterait toute leur légèreté et leur souplesse, et nuirait sans cesse à la rapidité de leurs inodvements. Je voudrais qu’on chargeât leurs sacs sur des chevaux de bât , à la suite de chaque cohorte. Il en faudrait neuf par compagnie; cette , quantité de bêtes de somme est sans doute un inconvénient; mais c’est un inconvénient moindre que celui de surcharger les voltigeurs d’un poids gênant, qui contrarierait continuellement la nature de leur service tout entier dans la cé- . lérité.
J’ai déjà dit que les cavaliers légionaires doivent faire le service de troupes légères; ainsi, l’ordre, l’ensemble, la régularité, ne leur conviennent pas mieux qu’à nos voltigeurs. Leur éducation ne doit pas ressembler à celle de nos hussards et de nos chasseurs, que nous gâtons et'que nous dénaturons par des manœuvres de ligne. En effet, .si nous les haf)ituonsà se réunir et à escadronner avec ordre, commer>t pourrons-nous obtenir d’eux qu’ils éclairent, qu’ils reconnaissent et qu’ils fouillent un pays, qu’ils observent et qu’ils épient les mouvements de l’ennemi , qu’ils se glissent su» ses derrières et inquiètent ses convois, qu’ils tendent des embûches, poursuivent les fuyards et fassent des prisonniers; qu’ils masquent et couvrent la marche de nos colonnes , et qu’ils remplissent ,
EXERCICES ET TR AV. MILITAIRES. 17$ en lin mot , tous les autres devoirs des troupes légères, dont ils ne peuvent s’acquitter qu’en se dispersant et en combattant isolément. D’ailleurs, que gagnerions - nous à ralentir et à enchaîner la rapidité et la vivacité de la cavalerie légère par l’ordre et la régularité ? Quel avantage trouverions-nous à la faire charger en ligne? En deviendrait-elle plus redoutable à l'enuemi ? je ne le crois pas; et des exemples anciens et modernes se pressent en foule pour soutenir mon opinion. Mais, sans remonjter jusqu’aux Numides et aux Parthes, ces bandes de cavaliers irréguliers et désordonnées, si célèbres chez les anciens, je me contenterai de citer les Spahis turcs , et les Mameluks , qui passent pour les premiers cavaliers du monde, sans connaître d’autre manœuvre que celle de se pelotonner tumultuairement , et de charger en désordre et à bride abattue. J’en appelle aux Français qui ont appris à connaître en Egypte la valeur des Mameluks; nos escadrons enropéerft, avec leurs mouvements compassés et leurs charges en ligne, brillaient-ils devant cette milice désordonnée ? Pouvaient-ils lui résister un seul instant ? N’étaient-ils pas rompus et taillés en jiièces par les Mameluks, qui sendilaient courir plutôt à des exercices qu’à des combats , tant ils trouvaient peu de danger à ces sortes de charges? Quant aux fantassins français, s’ils parvinrent à braver des cavaliers aussi courageux et aussi adroits, au
i;6 CHAPITRE V.
milieu des plaines rases de l'Egypte, c’est une preuve irrécusable de l’impuissance de la cavalerie, quelque bonne qu'elle soit, contre de la bonne infanterie.
Les hussards qui forment la cavalerie légère des Autricbiens, ne furent, dans l’origine, que des bandes irrégulières de paysans hongrois, sans solde et sans discipline , faisant la guerre par l’appât du butin, ils se dispersaient au loin, se glissaient par-tout, et combattaient toujours isolément; ils suivaient les sentiers les moins pratiqués; ils pénétraient jusqu’au milieu des camps, dans l’ombre et le silence de la nuit; ils se glissaient sur les lianes et sur les derrières des colonnes; ils surprenaient les parcs, les convois et les postes isolés, et enfin, ils observaient tous les mouvements de l'ennemi, en se tenant tapis de jour dans les bois et les fourrés. Cette espèce de milice se rendit assez redoutable pour que la plupart des nations de l'Europe cherchassent à l’tmiter; mais bientôt on voulut régulariser ces bandes : on en forma des régiments brillants exercés à toutes les manœuvres de ligne, et dès -lors les hussards perdirent presque toutes les qualités qui les avaient rendus si précieux.
Les Cosaques, cette excellente cavalerie légère des Russes, sont aujourd’hui ce qu’étaient autrefois les hussards hongrois. Mais si, sous prétexte de les régulari.ser , on veut le.s a.streindre à l’en-
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EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. 177 semble et aux mouvements réguliers des troupes de ligne, ils perdront presque toutes leurs qualités actuelles, pour devenir de la cavalerie de ligne fort médiocre.
Concluons de tous ces exemples, que les mouvements méthodiques et les manœuvres régulières ne sont pas indispensables à la cavalerie en général , et qu’ils sont même nuisibles à la cavalerie légère, dont ils gênent la rapidité et contrarient le service. Il n’en est pas de la cavalerie comme de l’infanterie : celle-ci n’a de force et de valeur que par l’ordre, la discipline , et l’ensemble; l’autre peut agir confusément et turaultuaireinent, pourvu qu’elle agisse avec rapidité : il n’est pas jusqu’à son désordre même dont elle ne tire parti dans le combat , pour envelopper l’ennemi , le menacer dans tous les sens, se multiplier à ses yeux, l’éblouir par la rapidité et la variété de ses caracoles , et enfin , ébranler son imagination et la frapper de terreur. De-là vient que la plupart des peuples barbares placent leur confiance plutôt dans la cavalerie, qui peut se rendre redoutable par la simple bravoure, sans art et sans discipline, que dans l’infanterie , qui puise toute sa force dans une tactique savante et régulière, résultat des longues observations et des recherches laborieuses d’un peuple civilisé.
Je suppose mes cavaliers légionaires sur des chevaux souples, nerveux, légers à la course,
a*. Edit. , I X
et d’une petite taille, propres à tourner et à caracoler aisément ; je les suppose assez écuyers pour être parfaitement maîtres de leur cheval.
On les exercera ensuite à -bien manier leurs armes, chose beaucoup trop négligée par nos cavaliers actuels. La lance sur-tout est une arme qui exige beaucoup d’adres.se. On les habituera non -seulement à s’en servir à la main, mais encore à la lancer sur l’ennemi , afin qu’ils puissent atteindre les fuyards qui cherchent à se sauver à la faveur des haies et des fossés. Ils doivent se disperser au galop, à travers les champs, franchir les haies et les fossés, passer les rivières, s’exercer aux combats singuliers, céder de front ^ à l’ennemi, pour se pelotonner et se tapir sur ses flancs et sur ses derrières, et se livrer, en un mot, à cheval, à tous les exercices que nous avons décrits pour nos voltigeurs à pied. Gardons-nous sur-tout de les faire escadronner eu ligne, ce qui leur ferait perdre l’habitude du service léger.
Réservons nos manoeuvres régulières pour la cavalerie de ligne, que nous nommons grosse cavalerie. .Si la cavalerie légère est indispensable pour la guerre journalière de détails, la cavalerie de ligne peut rendre de grands services un jour de bataille; de fortes masses de cette cavalerie, en chargeant sur des lignes d’infanterie déjà ébranlées, peuvent décider la victoire et procurer d’immenses résultats. Mais c’est par
EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. 179 des évolutions exactes et précises qu’on peut faire mouvoir ces masses, et c’est principalement par des charges régulières qu’on parvient à faire impression sur l’infanterie, et qu’on achève de la rompre. Nous avons donc raison d’exercer cette espèce de cavalerie à escadronner avec ordre et précision. Il faut réunir et former ses escadrons après chaque charge, en abandonnant la poursuite des fuyards à la cavalerie légère, qui doit voltiger sur les flancs au moment de la charge.
La cavalerie de ligne des Français, avec ses gros chevaux de traits, surchargés de selles énormes, est sans doute trop lente et trop lourde, quoiqu en disent quel(|ues officiers de cavalerie. Ils s’imaginent que si l’on donnait à leurs escadrons des chevaux plus légers, ils ne pourraient plus choquer les lignes ennemies avec la même force. Mais ils se trompent; car le choc des corps étant en raison de la masse multipliée par la vitesse, il s ensuit qu’on peut gagner par la vitesse d’un cheval, ce qu’on perd de sa niasse. .\u reste, 1 expérience m’a prouvé que ce prétendu choc est assez chimérique , et a rarement lieu : les hommes et les chevaux ne sont pas des êtres insensibles; ils ne se précipitent pas tète baissée au milieu du danger, et la peur bride plus ou moins leur impétuosité. L’essentiel est que le cavalier franchisse rapidement l’espace qui le sépare de son ennemi , afin d’être moins long-temps exposé à ses projectiles, et qu’il
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i8o CHAPITRE V.
se conduise dans la mêlée avec vivacité et adresse; ce qu’il pe peut faire qu’avec un cheval léger et rapide : malheureusement cette espèce de chevaux est rare en France.
Les dépôts sont l’école des jeunes soldats : on les y exercera trois ou quatre mois, pour commencer à leur apprendre leur métier et à les habituer à la vie militaire , avant de les envoyer à leur légion, afin d’y être incorporés dans les troisièmes compagnies ; mais ce serait une grande erreur q.ue de croire alors leur éducation terminée. Non -seulement cette première instruction est insuffisante, mais encore ils oublieraient bien vite ce qu’ils savent, si on ne les exerçait journellement. Exerçons souvent tous les soldats de la légion, les anciens comme les nouveaux, si ce n’est pour les rendre plus habiles, du moins pour les entretenir au même degré. Le soldat maladroit., dit "S éÿtce , n’ est jamais qu'un conscrit, quelle que soit son ancienneté.
Les exercices de détails sont la science des soldats et des officiers particuliers ; mais les connaissances des généraux doivent être plus vastes et plus étendues; il faut qu’ils apprennent à faire manœuvrer une ou plusieurs légions sur un terrain quelconque , avec la même facilité et la même précision qu’un bon chef de cohorte fait manœuvrer sa cohorte. Pour cela , il ne suffit pas qu’on leur donne des troupes à conduire au moment de paraître devant l’ennemi , suivant
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EXERCICES ET TR AV. MILITAIRES. i8i l’usage actuel ; car, quelles que soient nos connaissances théoriques, nous n’exécutons point avec adresse ce que nous exécutons pour la première fois. Ce n’est qu’en se livrant aux grandes évolutions, à la tête de troupes nombreuses, dans des camps d’exercice , qu’ils pourront acquérir l’expérience et l’habileté qui leur sont nécessaires. Malheureusement notre usage de disperser et de disséminer les troupes dans des cantonnements s’oppose à leur réunion fréquente, empêche les grandes manœuvres, et nuit aux autres exercices.
On sait que cette méthode de cantonner les troupes dans les villes et les villages est la perte de la discipline , de l’esprit militaire , et des exercices; mais ce qu’on a moins remarqué, c’est qu’elle est aussi la cause de la plupart des maladies qui affligent les soldats. Cependant rien n’est plus vrai : ce passage subit de l’activité des camps à la vie casanière et inactive des villes , leur est très-funeste. Le repos paraît si doux, si agréable , après de grandes fatigues , qu’ils se livrent avec plaisir à l’inaction : rien ne les obligeant , rien ne les stimulant au mouvement, dans leurs cantonnements, ils s’abandonnent à l’indolence et à la paresse, et ils croupissent dans une mal-propreté qui en est la suite. Mais bientôt les humeurs n’ont plus leur libre cours , les maladies S’engendrent , les hommes vont peupler en foule les hôpitaux , et l’on est tout surpris
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de voir une armée distribuée dans des cantonnements pour se rétablir, disparaître et s’évanouir plus vite au sein du repos qu’au milieu des fatigues et des accideiïts de la guerre. Qu’on n’objecte point que les officiers préviendront ces funestes effets en exerçant et en surveillant leurs soldats. Ignore-t-ou que les officiers eux-mêmes trouvent dans les villes des distractions qui leur font perdre de vue les occupations militaires; qu’ils ne surveillent qu’iniparfaitementet n’exercent que rarement des troupes disséminées; et que, loin de l'œil des généraux, ils donnent à leurs plaisirs des moments qui devraient être con.sacrés à leurs devoirs. Lorsqu’on veut recommencer la campagne, on .s’aperçoit avec chagrin qu’on n’a plus que des soldats mal sains , faibles et maladroits, et des officiers sans énergie. Une triste expérience ne confirme que trop ces observations.
Voulons-nous avoir des soldats sains, robustes, adroits, une armée manœuvrière et disciplinée , et des généraux habiles et expérimentés : réunissons nos troupes dans des camps d’exercice, où nous pourrons les plier au joug de la discipline, et leur faire exécuter toutes les manœuvres qui sont l’image de la guerre. Telle était la méthode des Romains , qu’on ne peut trop prendre pour modèle; ils établissaient leurs légions dans des camps permanents , en hiver comme en été, dont ils bannissaient l’oisiveté et
EXERCICES ET TRAV. MILITAIRES. i83 les vices par des travaux et des exercices continuels. C’est dans ces écoles qu’ils s’endurcissaient aux fatigues, et qu’ils parvenaient à donner k leur corps une force plus qu’buniaine.
Tel fut encore le système que Frédéric II établit en Prusse, Ce grand homme ne pouvant se donner la supériorité sur ses nombreux et redoutables ennemis, ni par la quantité, ni par la qualité de ses troupes , en partie composées d’étrangers, résolut du moins de les surpasser par l’babileté et la célérité de ses manœuvres; il réunit ses soldats dans des camps d’exercice, les fit manœuvrer avec beaucoup de soin, et parvint, de cette manière , à créer des armées lestes et manœuvrières , avec lesquelles il ne criûgnit pas de hasarder sur les flancs de ses ennemis, ces mouvements hardis qui balancèrent si .souvent les avantages du nombre, et lui procurèrent plusieurs fois la victoire.
Je pourrais citer un exemple plus récent et* non moins frappant; c’est ce fameux camp de cent mille hommes que les Français avaient établi sur les côtes de la Manche. Quinze mois d’exercices et de travaux suffirent pour former des hommes en état de supporter les plus violentes fatigues, et une armée invincible, qui, en une seule campagne, dicta des lois au reste de l’Europe.
Nos légionaires vivront comme les Romains , dans des camps, loin du luxe et de la mollesse
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des villes; chaque camp contiendra un corps d’armée de trois ou quatre légions, qu’on exercera tous les jours aux détails, et deux ou trois fois par semaine aux marches et aux grandes évolutions. Les marches se feront au pas militaire ordinaire d’une lieue par heure, le soldat portant son sac, ses vivres, et sa charge complète. On pas.sera par toutes sortes de chemins , et par toutes sortes de terrains, quelque malaises et difficiles qu’ils soient , et l’on ne rentrera au camp qu’après avoir fait sept lieues, c’est-àdire, une journée ordinaire. La colonne .s’habituera à marcher serrée, et avec la même précaution que si l’on était en pays ennemi. On formera une avant-garde, une arrière-garde, et les troupes légères courront le pays, éclaireront le front de la colonne, et couvriront ses flancs. Les coureurs auront ordre de se replier subitement une ou deux fois par promenade, jx>ur annoncer la présence de l’ennemi, tantôt de front, tantôt en flanc ou en queue. Le général se portera aussitôt du côté indiqué par les coureurs, pour reconnaître le terrain , choisir son champ de bataille, déployer sa colonne, et prendre position suivant les circonstances locales et autres. Toutes les évolutions pour déployer la colonne se feront au pas accéléré ; car la troupe qui se déploie se trouve dans une situation critique dont on ne peut trop tôt la tirer.
Les officiers d’état-major expliqueront sur le
EXERCICES ET TR AV. MILITAIRES. i85 terrain l’art des positions; ils feront sentir que le passage des défilés, celui des rivières, étant l’opération la plus délicate de la guerre, on ne peut apporter trop de soin à faire des dispositions de troupes et d’artillerie convenables pour soutenir les têtes qu’on y engage; sans quoi, ces premières troupes seraient défaites aVant qu’elles ne fussent développées ou soutenues par d’autres. On simulera des retraites, des déroutes même, afin d’apprendre aux soldats à se rallier. Quelquefois on partagera le corps d’armée en deux parties, pour s’attaquer, se défendre, .se tendre des embûches, et faire, en un mot, un simulacre de guerre véritable : car il faut familiariser les légionaires avec tous les exercices qui sont l'image de la‘ guerre , afin que la guerre elle - même ne leur semble plus qu’un exercice.
Un objet d’instruction très-important, quoiqüfe absolument négligé parmi nous, c’est la science des retranchements de campagne. Il faut que chaque légionaire apprenne à former un abatis , planter une fraise , une palissade , faire des gabions, des fa.scines, remuer de la terre, façonner un parapet, et le gazonner. On en.seignera à tous les officiers d’infanterie les éléments de la fortification passagère , et on leur fera exécuter plusieurs fois, sur des terrains variés, des ouvrages qu’ils traceront eux -mêmes; car la théorie est bien peu de chose sans la pratique. On s’imagine savoir ce qu’on a lu, on se croit fort liabile,et
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cependant, faut-il mettre la main à l’œuvre, on se trouve fort maladroit, et d’autant plus embarrasse , cju’on rougit d’avouer son ignorance sur des choses qu’on est censé savoir.
Si l’on sait exciter l’émulation des légionaires, si l’on parvient à éveiller leur amour-propre, et à l'intéresser au succès par des louanges et des récompenses distribuées à propos, les exercices ne seront plus à leurs yeux qu’un jeu agréable , plutôt qu’un travail : ils s’y livreront avec ardeur, volontairement et sans contrainte. C’est ainsi que toute la jeunesse romaine courait en foule au Champ-de-Mars, pour cultiver, sous les yeux du public , les exercices violents de l’ancienne gymnastique. Trop heureux ceux qui méritaient, par leur force et leur adresse, les applaudissements de leurs concitoyens , et les suffrages des magistrats! Ces moments de gloire étaient la récompense et le dédommagement de plusieurs années de peines et de fatigues. Nos jeunes gens seraientils in.sensibles à la gloire et à la louange, et inaccessibles au blâme ? Non certes 1 A insi , les mêmes stimulants , les mêmes institutions produiraient sur eux le même effet, celui de les animer à des exercices de corps, qui, par eux-mêmes, ont déjà beaucoup d’attraits pour la jeunesse.
Je voudrais qu’on consacrât un jour par mois à faire, dans chaque légion, une distribution solennelle de prix pour récompenser l’adresse dans les différents exercices, tels que la charge
EXERCICES ET TR AV. MILITAIRES. 187 et le tir du fusil, la course et le saut, pour le fantassin; l’équitation, la voltige, l’escrime de la lance et du sabre, pour le cavalier. Ce serait un jour de fête pour tous les légionaircs, qu’on ferait ranger en amphithéâtre , afin qu’ils fussent témoins et juges de ces jeux, image des jeux fameux de la Grèce. On admettrait au concours, pour chaque prix , dix hommes par cohorte, pris parmi ceux qui se seraient le plus distingués par leur adresse pendant tout le mois; et , bien loin d’exclure les officiers de la lice, ils serait convenable de les porter à la noble émulation de disputer le prix à leurs soldats.
On peut déjà s’apercevoir que les légionaires ne resteront pas oisifs dans leur camp; cependant les exercices ne prendront pas toujours tous les moments; il est un point où le .soldat, ne faisant plus de progrès sensibles, s’ennuie de ces mouvements mécaniques et uniformes qui ne lui apprennent plus rien. Dès qu’il sera parvenu à ce degré d’adresse , on ne l’exercera plus que le temps nécessaire pour entretenir son habileté; on pourra l’occuper alors à d’autres travaux, afin de rompre l’uniformité de sa vie, et de prévenir l’oisiveté ainsi que les vices et les maladies qui marchent à sa suite. Mais évitons de l’occuper au hasard, sans but et sans utilité; imitons plutôt les Romains, qui employèrent leurs légions, dans leurs moments de loisir, à élever des monuments consacrés au bien pu-
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blic. Que la construction de nos routes, de nos canaux, de nos ponts, de nos forteresses, soit l’amusenient de nos légionaires oisifs. Nous concilierons ainsi leur intérêt avec le bien de l’état; leur intérêt, parce que les gratifications journalières, fruit de leurs travaux, leur serviront à se procurer une nourriture plus abondante , et à améliorer leur sort; le bien de l’état, par l’écouomie qui en résultera pour la construction des monuments publics. On a déjà souvent propo.sé cette méthode; on l’a même' mise en pratique quelquefois; mais bientôt notre paresse s'effraye de tous ces travaux, et nous retombons dans notre indolence et notre insouciance accoutumées , sous le vaiq prétexte qu’ils ruinent la santé des soldats. C’est, au contraire, un moyen de les fortifier et de les endurcir aux fatigues. Un travail modéré et continu engendre la force et la santé : l’expérience le prouve. Pourquoi nos paysans sont-ils plus forts, plus sains, plus robustes que les citadins? N’est-ce pas parce qu’ils travaillent sans cesse. Pourquoi, parmi nos troupes, les canonniers sont- ils généralement mieux portants et plus disciplinés que l&s fantassins? N’est-ce pas par la raison qu’ils sont continuellement occupés dans les arsenaux, les parcs et les batteries.