‹ Considérations sur l'art de la guerre. Par le baron RogniatChapitre 9 sur 21 · DES ARMÉES, ET DE LEUR ORDRE ^ DE RATAILLE · texte numérisé non relu

DES ARMÉES, ET DE LEUR ORDRE ^ DE RATAILLE

L A guerre de la re’volution , cette guerre à laquelle les passions les plus violentes et de grands intérêts imprimèrent un caractère extraordinaire, fit lever des armées immenses qui surchargent l’Europe encore aujourd’hui. Dès le principe, la France, menacée dans son existence par les principales pui.ssances européennes conjurées contre elle , fut obligée, pour l’intérêt de sa conservation , d’armer sa population entière. Elle repoussa ses ennemis et les poursuivit chez eux ; la réaction fut terrible sur les autres peuples, qui , à leur tour,fureq,t contraints d’armer toute leur jeunesse. On mit sur pied , de part et d’autre, des armées immenses, et l’on vit plusieurs fois, dans cette longue lutte, jusqu’à deux cent mMle hommes aux prises de chaque côté.

L’expérience apprit à diviser ces grandes ar-

a'. Edit, 1 5

S26 chapitre vu.

iiR'CS en différents eprps , de.stinés à suivre chacun une direction particulière, et à ne se réunir qu’un jour de bataille; division nécessaire pour la facilité des subsistances, de la marche et du ^léploiement. Il devenait impossible de conduire, de faire mouvoir et de ranger en bataille ces immenses multitudes d'hommes, de chevaux et d’attirails de guerre, avec la promptitude réclamée par les besoins de la guerre , sans les partager en plusieurs colonnes de marche; les plus simples ealeuls le prouvent. En effet, prenons pour exemple une de nos grandes armées actuelles de deux cent mille hommes : si on voulait la faire marcher sur une seule colonne, elle se prolongerait , y compris .ses chariots d'artillerie et de munitions, d'environ seize lieues sur une grande route, et du double, ou trente-deux lieues, dans un chemin étroit, comme nous le verrons dans le chapitre des marches. Ce calcul , bien loin d’étre exagéré, est beaucoup au-dessous de la vérité, puisque je ne fais pas entrer en ligne de compte les lacunes qui se forment nécessairement dans une longue colonne , dont les différentes parties se reposent successivement sur plusieurs points à des heures différentes, et qui se trouvent retardées dans leur marche à chaque défilé. La queue se trouverait do^c à plusieurs jourriéés de inarche en arrière de la tête; de sorte qu’il faudrait plusieurs jours pour déployer la colonne entière et la ranger en bataille. Cepen-

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. 227 dant, si rennerai, que nous supposons marcher sur plusieurs colonnes faciles à d(>plojer, attaque la tète, la queue de la colonne ne peut arriver à son secours que le lendemain ou le surlendemain du combat; s'il tombe sur les flancs, il lui est facile de séparer la tête de la queue, sans qu'elles puissent se réunir : l'armée se ferait battre ainsi en détail.

La difficulté de faire subsister une grande multitude sur une seule route dont les villages sont promptement épuisés par les premiers arrivés, «St une raison de plus pour la répartir sur plusieurs.

Il est donc indispensable de faire marcher une grande armée sur différentes routes, en formant plusieurs colonnes de marche dont la longueur soit fixée par le temps qu’elles peuvent se {n'omettre pour se déployer en bataille avant d’èlre attaquées , dés qu’elles ont des nouvelles de la marche de l'ennemi par leur avant-garde. Chaque colonne, séparée du reste de l’année, doit renfermer dans son sein tout ce qui lui est nécessaire pour les combats et les campements, et recevoir les ordres d’un chef immédiat qui pour* voie sur-le-champ à ses besoins du moment.

Ces colonnes ou corps d’armée marchent et campent isolément, il est vrai, mais elles se réunissent en ligne un jour d’affaire, et se portent sur les points qui leur sont assignés sur le champ de bataille. Leurs chefs font leurs mouvements

iSk

et leurs dispositions suivant le terrain et le rôle qui leur est prescrit par le généralissime, qui, ne pouvant voir ce qui se passe sur un champ de bataille quelquefois de plusieurs lieues d’étendue, est obligé de s’en rapporter à ses généraux. Îj3i bonne disposition des troupes exige que chacun d’eux n’ait à surveiller qu’une portion du champ de bataille, as.sez limitée pour qu'il puisse la parcourir aisément : c’e.st une condition de plus à faire entrer dans la fixation de la force d’un corps d’armée.

Les Romains, qui semblent avoir deviné tous les secrets de l’art de la guerre, formaient des corps d'armée de vingt mille hommes au moins et de quarante mille hommes au plus, commandés par des consuls et des préteurs, et dirigés par le sénat ou un dictateur. Turenne ne s’éloigne pas beaucoup de leur usage, lorsqu’il prétend qu’un général ne peut point conduire et ranger en bataille un corps de plus de cinquante mille hommes. Si nous fixons la force de nos corps d’armée de trente à trente -six mille hommes, nous concilierons par ce moyen la rapidité des mouvements , celle des déploiements , et la facilité des subsistances, avec la sûreté de nos colonnes , qui , marchant isolément , doivent trouver en elles -mêmes une force suffisante pour résister aux attaques de l’ennemi, jusqu'à ce qu’on arrive à leur secours, ou pour se replier sur les autres colonnes sans se laisser en-

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. aag tamef. Des corps d’armée trop faibles et trop nombreux courraient le risque de se faire détruire isolément les uns après les autres, parce qu’ils trouveraient bien rarement des chemins assez rapprochés pour leur permettre de marcher à portée de se secourir mutuellement. Delà dérive la nécessité de réunir plusieurs légions en un seul corps d’armée.

Un corps de trente mille hommes marchant serrés sur une grande route, n’oceupera guère que deux mille quatre cents toises, non compris les parcs d’artillerie et les bagages, qu’il faut rejeter à la queue des troupes. Calculons les. distances, et nous trouverons qu’il faudra à peine deux heures à cette colonne pour se déployer et se former sur deux lignes. Si nous supposons, comme cela doit être, la tête précédée d’une ou de deux lieues par une avant-garde qui prévienne de la marche et des mouvements de l’ennemi, on aura le temps de faire arriver la queue et de prendre les dispositions convenables avant d'être attaqué; avantage dont ne jouirait pas un corps beaucoup plus nombreux.

On voit que la force d’un corps d’armée n’est pas plus arbitraire que celle d’une légion, que celle d’une cohorte. Si les bornes ordinaires de la voix, celles de la vue, fixent l’étendue de la cohorte et de la légion dans de certaines limites, le corps d’armée est également limité par le temps nécessaire pour le déployer et le ranger

a3o CHAPITRE VIL

en bataille. L’art de la guerre est fondé sur des principes que je cherche à développer dans cet ouvrage; les ignorants dédaigneront de les étudier, les fous s’en moqueront, les hommes bornés les suivront aveuglément, machinalement, et souvent à contre-temps; les hommes habiles seuls, qui en peuvent saisir l’esprit, sauront les appliquer, les modifier, ou .s’en écarter, suivant les temps, les lieux et les circonstances.

Je composerai mon corps d’armée de quatre légions, plus une réserve de trois mille chevaux de ligne , ce qui ferait au complet plus de trente six mille hommes classés de la manière suivante :

aa,8oo fantassins de ligne,

7,600 fantassins légers,

3,000 chevaux légionaires,

3,000 chevaux de ligne , sans compter les artilleurs et les sapeurs.

Après avoir fait la part des cônvalescences, des maladies et des absences, qu’on 'peut estimer à un cinquième, il restera trente mille combattants.

On voit que la cavalerie forme un sixième de l'armée. Chez les Romains, elle n'en forma longtemps qu’un onzième, jusqu'à ce que Annibal , leur eut enseigné à leurs dépens la puissance et l'importance de cette arme. Ils l’augmentèrent par le moyen des auxiliaires dans le cours des guerres puniques, et dès-lors ils la firent en-

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE RAT. a3i trer pour un huitième ou un septième dans la composition de leurs armées. La cavalerie, qui est toute puissante coutre la mauvaise infanterie, fit long-temps toute la force de nos aïeux; elle faisait la moitié ou tout au moins le tiers de leurs armée.s. Quoiqu’on la diminuât à mesure que l’infanterie se disciplinait, on la voit encore jouer le rôle principal dans les armées de Tureune. Cependant le duc de Rohan , dans son Parfait Capitaine, excellent ouvrage écrit au commencement du dix -septième siècle, soupçonnait déjà que lu cavalerie se trouvait dans wie proportion exagérée dans les .armées de son temps. Ce judicieux général, imhu des idées militaires des anciens, propose de la réduire k un quart de l’armée pour les pays de plaine, et à un sixième pour ceux de montagne. Aujourd’hui les peuples de l’Europe, in.struits par l’expérience, le plus grand de tous les maîtres, suivent généralement la proportion d’un 'sixième. Le§ Turcs sont presque les seuls qui en aient une plus grande quantité, sans doute pour suppléer à la faiblesse de leur infanterie, qui n’a ni l’ordre , ni la discipline de celle des autres peuples.

La cavalerie est destinée à jouer deux rôles bien différents : elle doit, dans les marches, se disperser pour parcourir le pays, reconnaître, et poursuivre; dans les batailles, au contraire, elle ne peut produire un grand effet qu’en don-

a3a CHAPITRE VII.

nant toul-à-coup en masse sur les points affaiblis et battus en brèche des lignes ennemies. Presqjie tous les peuples de l’Europe ont senti que des rôles au.ssi différents exigeaient deux espèces de cavalerie; c'est ce qui les a engagés à distinguer la cavalerie légère de la cavalerie de ligne, qu’on nomme ordinairement grosse cavalerie. J’ai déjà parlé de la première espèce, que j’attache aux légions; quant à la cavalerie de ligne, il paraît préférable de n’en former qu’un seul corps à chaque corps d'armée, puisqu’elle ne peut obtenir de grands résultats qu’en combattant réunie. Elle sera placée en ré.serve dans les batailles, sofls les ordres immédiats du général en chef, prête à donner au moment opportun. On l’emploiera, lorsque toute la ligne sera engagée depuis longteni])s, à tourner et à jirendre en flanc et en queue celle des deux ailes qui est le moins appuyée; ou bien on s’en servira à faire une trouée dans les lignes ennemies, lorsque le canon et la mousqueterie y auront déjà jeté du désordnt et causé des brèches nombreuses. C’est ainsi que les mouvements de la cavalerie de ligne peuvent fixer la victoire, à la fin d’une bataille, à l’instant où l'infanterie, fatiguée et épuisée par un long combat, ne fait plus qu’un feu incertain et mal dirigé.

Mais, si nous voulions la faire charger dès le ^ commencement delà bataille, sur de l’infanterie intacte et aguerrie, elle serait infailliblenient ra-

DES AR»I. ET DE LEUR ORD. DE BAT. *a33 menée sur le reste de Tarméc » où elle commu- ^

niquerait son désordre. Je sais qu’on pourrait ,

opposer à ces raisonnements l’exemple récent de deux généraux illustres qui engagèrent leur cavalerie presque dès le début de la bataille de Waterloo. Voici comment : la droite des Français, composée de quatre divisions d’infanterie, chacune formée en colonne serrée par division, ;

s’avancait pour attaquer la gauche et le centre (

de la ligne anglaise, lorsque le général anglais lança sur ces colonnes en marche une brigade ‘ de cavalerie de sa gauche. Cette charge eut du succès contre toute probabilité. Une de nos colonnes, effrayée au seul aspect de cette cavalerie, s’enfuit, et se dispers* en abandonnant une batterie de trente pièces d’artillerie qu’elle était chargée de soutenir: mais la cavalerie anglaise, en se retirant après sa charge, fut prise en flanc et à dos par les autres divisions d’infanterie et par quelques escadrons français; elle souffrit l)caucoup, et ces deux régiments furent presque détruits.

La cavalerie française s’engagea immédiate- * ment après, et nous chargeâmes avec environ douze mille chevaux sur le centre de la ligne anglaise, au moment où notre infanterie de droite attaquait le village du Mont-Saint- Jean. Cette charge eut d’abord quelques succès; nous rompîmes plusieurs bataillons, nous prîmes du ca- ‘ non , et une partie de la ligue anglaise perdit du

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terrain et fut obligée de reculer pour aller se rallier vers sa seconde ligne, qui se forma aussitôt en trois gros quarrés, qui arrêtèrent notre charge. Nos succès se bornèrent là, et notre cavalerie fit en vain des prodiges de valeur pour enfoncer les quarrés de la seconde ligne anglaise; ils restèrent entiers. Cependant on s’obstina à garder jusqu’au soir la position qu’on avait enlevée, et nos cavaliers se firent presque tous tuer souSj une grêle épouvantable de projectiles plutôt que de l’abandonner.

Je remarquerai que ces charges de cavaletie faites dès le début d’une bataille, quoique justifiées en partie par le succès, ne peuvent point être proposées comme des exemples à suivre. La charge de la brigade anglaise sur nos colonnes d’attaque, avant qu’elles ne fussent battues en brèche et démolies à coups de canon, ne réussit en partie que par l’inexpérience de nos fantassins, qui, nouvellement réunis sous leurs drapeaux, n’avaient pas encore acquis l’ensemble et 1 esprit de corps, qui font la force de l’infanterie. Au reste, la manoeuvre du général anglais, justifiée par le succès , ne compromettait qu’une faible partie de sa cavalerie. ,

Lorsque la cavalerie française s’engagea sur les lignes anglaises avant qu’elles ne fussent ébranlées par le feu du canon et des petites armes , • Napoléon, trop éloigné du champ de bataille pour bien voir, parut surpris, et douta un mo-

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. a35 ment que ces masses de cavalerie qu’il voyait au milieu des Anglais lui appartinssent ; et lorsqu’il en eut la certitude, il sembla mécontent de cette charge prématurée. Cependant, comme son caractère inflexible ne savait jamais céder à-propos à l’empire des circonstances, il aima mieux faire détruire assez inutilement sa cavalerie sous le feu des Anglais que de la faire replier. Cette charge déplacée se fit sans doute à son insu; mais pourquoi se tenait-il hors de portée de bien voir? pourquoi ne surveillait-il pas son champ de bataille, pour donner et faire exécuter ses ordres? Tout général en chef n’est-il pas responsable des fautes qui se commettent sur un champ de bataille qui n’a qu’une demi-lieue d’étendue? et le sien n’était guère plus grand.

La cavalerie de ligne charge, comme l’infanterie, par lignes qui se succèdent tour-à-tour, et se soutiennent mutuellement. L’usage ne forme ces lignes que sur deux rangs, quoique les charges de cavalerie, qui amènent nécessairement des mêlées, où le nombre a ordinairement l’avantage, réclamassent peut-être une plus grande profondeur. Avant la charge, on joindra à cette cavalerie un quart de cavaliers légiônaires, qui voltigeront sur les flancs pour poursuivre l’ennemi dès qu’il sera rompu. Les escadrons de ligne mis en désordre par leur charge s’occuperont à se rallier au lieu de poursuivre. - '

Il est aisé de comprendre que la quantité de

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cavalerie de ligne doit varier suivant la nature du théâtre de la guerre; il en faut moins dans les pays montagneux et coupc's, tels que la .Suisse et ritalie, qu’au milieu des plaines de l’Allemage et de la Pologne. On pourrait réduire, dans certains cas, la cavalerie de réserve à quinze cents chevaux par corps d'année, au lieu de trois mille.

On se rappelle sans doute que nous avons attaché cinq pièces d’artillerie à chaque légion , ce qui fait vingt pièces légionaires pour les quatre légions d’un corps d’armée. Ce nombre peut être suffisant pour les combats partiels et éventuels dans le.squels les légions se trouvent quelquefois engagées; mais il ne l’est point pour une bataille. Je voudrais qu’outre ces batteries légionaircs, un corps d’armée traînât à sa suite un parc de réserve de trente-cinq.pièces, dont quinze obusiers et vingt canons de douze. On ne formerait, un jour de bataille, de toute cette rései’ve, qu’une seule batterie dirigée sur le point de la ligne ennemie qu’on se propose de forcer. L’artillerie n’est terrible que par la réunion de ses feux, ce n’est que par ce moyen qu’elle ébranle, qu’elle épouvante, qu’elledétruitles masses qu’elle bat en brèche. .Si, au contraire, elle promène et disperse ses feux sur un grand espace, elle peut atteindre une aussi grande quantité d’hommes; mais elle ne produit plus le même effet moral. Qhaque partie de la ligne ennemie , battue üni-

Di

D^:s AllM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. a3; formément, ne l’est pas assez vivement pour en être épouvantée, et l’on manque le but qu’on doit se proposer à la guerre, d’effrayer encore plus que de détruire.

Enfin , cinq pièces légères seront destinées à marcher avec l’avant-garde; elles seront plus légères de calil^e, mieux attelées que les autres, et seront ser*es par des canonniers à cheval, dont les chevaux porteront un poitrail avec des traits, afin de pouvoir s’atteler aux pièces dans l’occasion. Cette artillerie légère, ainsi organisée, passera par-tout, et se portera rapidement à la poursuite de l’ennemi.

Nous aurons, de cette manière, soixante bouches à feu pour un corps d’armée de trente raille hommes; c’est, je crois, tout ce qu’exigent les terrains découverts, les plus favorables à l’artillerie, en .supposant une bonne infanterie. Quant aux pays boisés, coupés et montagneux, il leur faut des réserves d’artillerie moins considérables. Ces sortes de terrains, bouleversés et entrecoupés, s’opposent à la libre et prompte circulation des pièces de gros calibre, qui arrivent rarement à temps; ils n’offrent que peu d’emplacements propres à y déployer de grandes batteries, et ils paralysent l’action de l’artillerie par des couverts qui permettent aux assaillants d’arriver quelquefois sans danger sur les pièces.

L’usage est d’un faible secours pour fixer la quantité d’artillerie qu’il faut attacher aux ar-

inees, puisqu’il a varié à chaque guerre. Une armée de cinquante mille hommes, qui,* du temps de Louis XIV, n'avait pas plus de trente à quarante pièces, en eut cinq fois plus, c’està-dire cent cinquante ou deux cents, dans la guerre de sept ans. L’audace et l’élan des troupes françaises au commencement de la révolution , rendirent inutile ce nombre proTiigieux et embarrassant de bouches à feu; mais aujourd’hui on les v'oit se multiplier de nouveau dans toutes les armées de l'Europe.

Un principe certain , c’e.st que la quantité d’artillerie doit être subordonnée à la qualité des troupes. A-t-on de la mauvaise infanterie qui hésite à marcher à l’ennemi, et craigne de l’aborder; on se voit contraint de placer toute sa confiance dans l’artillerie , et de faire la guerre à coups de canon. Cette arme devient décisive pour le gain des batailles, et l’infanterie se ravale ju.squ’à n’étre plus qu’une arme secondaire, .sans autres fonctions que d’escorter le canon dans les marches, et de le garder sur le champ de bataille. De deux mauvaises armées qui se livrent bataille, c’est celle qui parvient à mettre le plus de pièces en batterie qui remporte la victoire: mais, dans ce cm même, il est une proportion qu’on ne doit pas dépasser, parce qu’au-delà d’un certain terme , les autres armes ne suffisent plus pour garder les pièces. Je crois que le maximum de l’artillerie qu'il est permis d’employer dans

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. 289 les années, quelque mauvaises qu’elles soient, a été atteint dans la guerre de sept ans , et dans notre campagne de 1 8 1 3 en .Saxe, où nous cherchâmes à suppléer, à force de canon , aux qualités qui manquaient à notre jeune infanterie.

A-t-on de la bonne infanterie ; il faut faire disparaître cette trop grande multitude de canons, comme un embarras inutile. L’armée en devient plus légère, plus leste, plus manœuvrière ; elle se multiplie par la célérité de ses mouvements; elle se moque- du canon de l’ennemi, qu’elle surprend dans les marches, qu’elle enlève dans les combats; elle brave-,pjir la vitesse de son attaque , des batteries qui sont d’autant moins dangereuses qu’on les aborde*plus rapidement.

La bonne infanterie ’a^toujours été regardée, par tous les peuples éclairés, comme l’arme principale dans une armée bien constituée; mais on ne peut la former qu’avec beaucoup de temps et de persévérance , tandis que la cavalerie se forme jdus promptement, et que l’artillerie surtout est en état de se battre aussitôt qu’elle est attelée, en se servant des canonniers qu’on a ordinairement en ré.serve dans les places. Ce n’est donc pas sans raison que, dans les armées nouvelles, lorsqu’on est pressé par le temps, on place sa principale confiance dans l’artillerie. Napoléon fut obligé d’en agir ainsi après ses affreux désastres de Russie, lorsqu’il ne lui restait

a4o CHAPITRE VII.

plus un seul bataillon de ces anciennes bandes qui avaient été si long-temps les instruments et les soutiens de sa puissance. L’Europe commençait à se .soulever contre lui ; il lui fallait improviser à la bâte une armée pour es.sayer de faire tète à l’orage grondant déjà «le toutes parts. Mais le temps lui manquait pour di.sciplincr et instruire Son infanterie; il prit alors le parti de multiplier rarlillcrie dans scs corps d’armée de nouvelle formation, à un point qui étonnait ses anciens officiers, habitués à remporter des victoires à la baïonnette. Mais des circonstances nouvelles exigeaient de nouvelles combinaisons : lorsqu’il reprit les hostilités en Saxe , son armée de trois cPnl mille hommes traînait à sa suite quatorze cents pièces de campagne; tant il avait senti qu’avec une jeune infanterie sans expérience, il devait placer toute .sa force et .sa confiance dans l’artillerie. Au reste, on remarquera que c’était multiplier les pièces à un point exagéré, les autres armes ne suffisant plus pour les garder, comme l’événement le prouva; car, à peine la campagne était-elle ouverte , qu’on lui enleva de tous côtés du canon , soit sur les routes, soit sur le champ de bataille.

Après avoir déterminé la force et la composition d’un corps d’armée, il nous reste à le ranger en bataille. Nous avons déjà expliqué la formation des légions sur deux lignes ; mais cet ordre de bataille est trop faible , s’il n’est soutenu par

DES A KM. ET DE LEUR ORD. DE B.AT. a4r une réserve. En effet, dès que le combat e.st com-, rnencé et que les lignes sont engagées, le général en chef ne peut plus rien pour maîtriser fes événements et corriger la fortune, s'il ne s’est ménagé un eorps de réserve. Sans une réserve, comment cmpèchera-t-il l’ennerçi de tourner ses ailes, de prendre ses lignes en flanc et par derrière? (Qu’opposer à des corps détachés sur sa droite ou sur sa gauche? Comment remédier aux malheurs d’une bataille, retirer des troupes engagées, et soutenir une retraite? Qu’on ne .s’imagine pas j)ouvoir parer à tous ces inconvénients, et remplacer la réserve par les troupes de la seconde ligne : ces troupes ont un autre rôle; c’est celui d’animer par leur présence les soldats de la première ligne; de leur inspirer de la confiance; de fiivori.ser leur ralliement, et de leur suecétler dans le combat. Rien de plus dangereux que de les retirer pour les porter sur d’autres points; ce mouvement décourage les troupes engagées, en leur enlevant leur appui; et l’ennemi , qui le prend ordinairement pour une retraite , s’anime d’une nouvelle ardeur. C’est cette manœuvre imprudente qui perdit Lablénus à la bataille de Manda, contre César : les deux armées étaient engagées depuis plusieurs heures; on se battait de part et d’autre avec acharnement, mais sans succès détern>iné; ét la victoire planait incertaine, lorsque Labiénus prend cinq cohortes de seconde ligne sur sa gauche pour 2*. Édit. 1 G

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ies portpr sur sa droite. César rend ce mouvement décisif, en s’écriant que l’ennemi se retire. Ses trou|>es, ranimées par cet espoir, font un nouvel effort, et renversent enfin leurs adversaires.

Une réserve çst en quelque sorte une petite '“armée sous les ordres directs du général en chef Tandis que les lignes s’engagent; que les chefs de légion font jouer successivement leurs cohortes de première et de seconde ligne; remplacent les unes par les autres; les rallient pour les ramener de nouveau au combat; lassent et fatiguent l’ennemi par ce jeu sanglant , et troublent tout au moins ses rangs, s’ils ne parvien* nent^as à les faire reculer; le général en chef se tient tranquille hors de combat, à la tète d’un corps d'élite, d’où il observe tout, prêt également à profiter de la bonne fortune, comme à corriger la mauvaise. Dans ce conflit d’événements qui se passent sous ses yeux, les uns sont favorables, les autres contraires; il envoie des troupes de sa réserve pour convertir les premiers en succès éclatants , et pour apporter aux seconds un remède prompt et efficace; enfin, dès que la fortune lui présente une chance favorable, il marche lui-même pour frapper le eoup décisif. Que l’ennemi, par exemple, après avoir rompu et mis en déroute les lignes, s’abandonne à leur poursuite avec trop de chaleur, comme les \utrichiens à Marengo; la réserve .s’avance

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. m43 aussitôt ; prutite de son désordre, de sa lassiljude, de sa confusion; l'attaque vivement, le fait reculer, et lui arrache la victoire des mains. Je laisse à la mémoire de mes lecteurs le soin de leur rappeler les nombreuses batailles où les réserves ont joué un rôle décisif.

ré.serves furent d'un tiers de l’armée dans les beaux siècles de l’art militaire chez les Romains, comme on le. voit à la bataille de Phar* sale. Elles ont été long-temps trop faibles dans nos armées modernes , où elles ne consistaient qu’en quelques escadrons d’élite, jusqu’à la guerre de la révolution, qui a enseigné à mieux les proportionner aux besoins des batailles.

Je voudrais consérver environ un tiers du, corps d’armée en réserve; savoir, les trois mille chevaux de ligne, et la meilleure des quatre légions formant le corps d’armée; dix mille hommes en tout. Je place une légion entière en réserve, et non pas simplement des cohortes prises dans toutes les légions, comme je l’avais lait pour la seconde ligne, le rôle très-distinct que doivent jouer les troupes dé seconde digne et celles de ré.serve exigeant cette différence : les unes agissent dans le même tourbillon que la première ligne, et les autres doivent agir en corps séparés.

On peut sans inconvénient tenir les troupes de réserve à cinq cents toises de la seconde ligne hors de la portée du boulet. C.et éloignement les conservera intactes pour les derniers

moijjents du combat. On les placera en général en une ou deux colonnes serrées derrière le centre des lignes , prêtes à se porter rapidement sur les points critiques; mais on doit sentir que ceci n’est pas une règle invariable ; c’est au coup d’œil du général en chef à saisir les dispositions prescrites par l’empire du moment et des circonstances. Tantôt il dérobera ses réserves derrière des plis de terrain , pour étonner et surprendre tout-à-coup l’ennemi par des mouvements imprévus ; tantôt il les déploiera à ses yeux, afin de lui en imposer ; quelquefois même il retirera de ses cohortes de réserve le premier ou le troisième rang, sans diminuer leur front de bataille, pour en former des corps d’élite qui iront prendre part au combat, tandis que l’ennemi, trompé par l’étendue du front, croira voir ^toujours des réserves entières. Le talent d’un général eh chef ne brille jamais plus que dans le bon emploi de ses réserves; c'est elles qui gagnent les batailles.

Voici donc l’ordre de bataille de tout le corps d’armée : •

D'abord, trois légions rangées sur deux lignes, suivant les principes établis dans le chapitre précédent. Ces légions seront séparées entre elles par des intervalles de quarante ou cinquante toises, nécessaires pour le jeu de l’artillerie et de la cavalerie légionaires.

A cinq cents toises en arrijere du centre de la seconde ligne, se trouve la légion de réserve en

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. a45 colonne .serrée par divisions, ayant d’iin côté le.s trois mille chevaux, et de l’autre'les trentecinq pièces de canon de réserve également en colonne.

Le champ de bataille aifra ainsi mille toises de front et six ou sept cents toises de profondeur, espace assez circonscrit pour q»ie le général en chef puisse donner ses ordres ; changer ses dispositions; parcourir le terrain, et porter des secours avec ses réserves, suivant les circonstances et les événements, comme nous le verrons lorsque nous traiterons des batailles.

La force des ennemis qu’on a à combattre, l’importance des opérations qu’on projette, la nature et la fertilité du pays# décident de la quantité de corps d’armée qu’on doit faire agir sur le théâtre d’une guerre , et rasspmbler un jour de bataille. Les Romains réunirent deux doubles armées consulaires, ou quatre-vingt mille hommes pour livrer la bataille de Cannes, et ils . employèrent quatre armées consulaires pour faire et couvrir le siège de Capeue. Les puissances êuropéennes du premier ordre ayant trois ou quatre cent mille hommes sur pied, peuvent rassembler des armées colossales. On vit combattre à Wagram cent cinquante mille hommes de part et d’autre; et les puissances alliées contre la France réunirent trois cent mille hommes à la bataille de Léipsick, l’une des plus nombreuses qui aient ep.sanglanté le globe.

ü46 chapitre vu.

Je jiertsc cependant q^i’il est un terme au nombre des combattants, au'-delà duquel le hasard et la fortune décident de la victoire plus que le calcul. Trois cent mille hommes, par exemple, doivent occujier un cl^amp de bataille de quatre ou cinq lieues. Quel est le généralissime qui peut voir les événements variés sur une si grande étendue, ou en être instruit à temps pour chercher à les maîtriser ? Comment peut-il remédier à des accidents d’autant plus nombreux que la machine est plus vaste et plus compliquée ? Quelque sages que soient ses combinai- .sons, quelque précis que .soient ses ordres, peut-il être sûr que ses corps d’armée, a» nomlxr'e de dix au moins, arriveront tous sur le champ de bataille au montent et à l’endroit prescrits? Qu’un seul corps d’armée s’égare, ou éprouve seulement du retard , son absence laisse un vide dans l’ordre de bataille, et cet Mcident, si fréquent, compromet la bataille lorsque renueini sait en profiter, et que les réserves sont éloignées. .Si * à ces considérations l’o» ajoute la difficulté des subsistances, qui croit en raison du tforabre, et l’impossibilité de rencontrer, sur-tout dans les pays coupés et resserrés, des plaines assez vastes pour y étendre, des lignes immen.ses, on apercevra la aéeesaîté de' limiter la grandeur des armées; Je ne crois pas qu’on puisse faire agir sur un champ de bataille beaucoup plus de cent vingt raille combattants, avec l’ordre et la

Oiqitl7dd-bÿX^(m^lc

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. 347 précision indi.spensables pour ne pas laisser la plus grande partie des événements à la disposition de la fijrtnne. Les puissances belligérantes qui peuvent mettre en scène des forces beaucoup plus considérables, feront sagement de former des armées de réserve, prêtes à renouveler et à soutenir l’armée principale, qui s’affaiblit par .ses victoires mêmes, plutôt que de jouer leur existence dans une seule bataille.

C’est sur cette armée principale de cent vingt mille combattants que rouleront les grandes opérations de la guerre. L’ennemi essaie-t-il de réunir une armée plus considérable; il est faeile de le forcer à se diviser en envoyant des corps détachés sur ses flancs, pour menacer ses communications et ses dépôts, et lui donner de la jalousie sur des points importants.^ D’ailleurs, avec une année moins nombreuse que la sienne, et par conséquent plus mobile, on a toujours la res- .source d'éviter la bataille qu’il offre. Nous l’obligerons, par des manœuvres sur ses flancs, sur ses communications, parle défaut de subsistances, à changer de position, à marcher pour nous suivre; et, dans tous ses mouvements, ses marches et .ses contre-njarches, nous jouerions de malheur si nou^ ne parvenions à surprepdre et à battre isolément quelqu’un de .ses corps d’armée. 11 ne peut nous forcer à une bataille qu’en nous enveloppant et en nous resserrant par des détachements; mais alors il s’affaiblit, et notre armée

a48 CHAPITRE VII.

devient aussi forte que la sienne. Si, en i8i3, Jlapolëon eût évite la bataille de Léipsick, comme il le pouvait, en se retirant par la rive droite de l'Elbe sur Magdeboucg, il forçait les alliés à diviser de nouveau leur immense armée de trois cent mille hommes, qu’ils venaient de réunir avec lîeaucoup de peine , et il pouvait espérer de les battre ensuite séparément : mais je parlerai en temps et lieu de cette mémorable campagne.

Quatre corps d’armée de trente mille hommes chacun, organisés comnae nous venons de le dire, suffiront pour former une armée de cent vingt mille combattants. Si, dans l’ordre de bataille , nous plaçons trois de ces corps en ligne, et le quatrième en réserve avec toute la cavalerie de ligne, nous aurons un front d’une lieue et demie ou de deux lieues d’étendue. Napoléon , dans tous se.s ordres de bataille, formait sa réserve de sa garde impériale , dont il avait fait un corps d’élite directement sous ses ordres ; c’e.st un excellent exemple à imiter. Je voudrais que tout notre corps de réserve fut composé d’anciens soldats, choisis dans les autres corps parmi les plus braves, et distingués par des marques d’honneur et qne solde plus forte. Ces vieilles bandes, l’exemple et le soutien du reste deVarmée, maîtriseraient le destin des combats, dans les circonstances décisives.

L'artillerie de toute l’armée .sera de deux cent

Digilizcd

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. a4g quarante pièces, puisque chaque corps en a soixante. On laissera entre les lignes des corps d’armée, des lacunes de cent ou de deux cents toises destinées à recevoir les batteries, de manière qu’il n’y ait jamais de troupes en bataille derrière elles. C’est une attention d’autant plus importante à avoir, que les canonniers des deux partis se battent toujours entre eux : c’est une vérité d’expérience que le feu des uns attire le feu des autres ; ils cherchent mutuellement à faire taire et à démonter leurs pièces. Les batteries deviennent donc l’égoi'it des boulets, et nos lignes en seront préservées, si on sait les ranger à côté des batteries, et non pas derrière : alors, tout boulet qui ne rencontre pas un canonnier frappe à vide.

L’usage des Romains était de placer la cavalerie sur les flancs de l’infanterie, afin de la protéget et de la couvrir. C’est aussi celui des modernes , lorsque les ailes ne s’appuient pas à des obstacles de terrain. Mais la cavalerie légionaire suffit pour jouer ce rôle de flanqueurs, et l’on doit tenir toute la cavalerie de ligne en ré.serve derrière le centre ou les ailes. I^es quatre ré.serves de cavalerie formeront un corps imposant de douze mille chevaux , auquel on pourra ajouter les trois mille chevaux des légions de réserve. Cette masse de cavalerie sera ménagée jusqu’au dernier moment , soit pour décider la victoire par un dernier effort, soit pour couvrir la retraite de l’armée.

a5o CHAPITRE VII.

Une charge générale, faite à la fin d’une bataille, peut amener d’immenses résultats, en la dirigeant sur des lignes d’infanterie déjà ébranlées et mises en désordre par l’artillerie et la rnousqueterie.

Gardons-nous sur-tout de mêler et d’encadrer la cavalerie dans nos ligues d’infanterie; c’est de tous les ordres de bataille le plus vicieux qu’on puisse imaginer. La cavalerie, dont toute la force est dans la célérité, se voit paralysée par la lenteur de l’infanterie , à laquelle elle est obligée de subordonner tous ses mouvements. Elle occupe une place dans la ligne, où elle ne fournit pas de feux , et où elle ne peut soutenir ni le feu ni le choc de l’infanterie ennemie. Elle est bientôt forcée de se retirer , et elle laisse, par son départ, un vide dans la ligne, qui peut devenir fort dangereux, comme les Français l’éprouvèrent à la fiineste Journée dTïochstedl, qui ternit pour longtemps la réputation des armes de Louis XIV.

L’armée franco-bavaroise était divisée en deux corps de trente-cinq mille bommes, campés séparément. Les généraux en chef Marsin et Tallard, prirent leur ordre de bataille chacun comme s’il eût été seul, en plaçant sa cavalerie sur les flancs dé son corps d’armée. Les deux corps étant réunis, la cavalerie de l’aile gauche de Tallard touchait à la cavalerie de l’aile droite de Marsin ; de sorte que la moitié de la cavalerie de l’armée

DES ARM. ET DE LEUR ORD. DE BAT. a5i se trouvait en ligne au centre de l’ordre de bataille. Cette faute grossière n'échappe point à l’œil (>énétrant du prince Eugène, qui fait aussitôt ses dispositions pour en profiter : il fait pa.s.ser le ruisseau qui le sépare des Français à une ligne d’infanterie suivie de deux lignes de cavalerie ; il aborde aussitôt avec son infanterie le centre de l'armée française; chasse par un feu vif de mousqueterie la cavalerie qu'il y rencontre; s’introduit dans le vide causé par la retraite de cette cavalerie; et sépare, par cette manœuvre habile, l’armée en deux. Sa cavalerie, qui suivait l’infanterie , introduite dans' cette trouée , se jette au.ssitôt à droite et à gauche sur les lignes de l’infanterie française, quelle prend en flanc, et qu’elle met dans le plus grand désordre. On connaît le triste résultat pour la France de l’impëritie de ses généraux; le corps de Tallard , enveloppé presque en entier, fut obligé de mettre bas les armes dans le village de Bleinheim.

Jusqu’à-présent nous avons formé nos ordres de bataille , abstraction faite des fm'mes variées du terrain, que nous avons supposé, pour plus de simplicité, plat ét uniforme , tel que la nature le présente rarement. Il fallait bien élablir les règle» et les principes avant de parler des modifications dont nous allons nous occuper dans le chapitre suivant.

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