‹ Considérations sur l'emploi d'un nouveau traitement de la poliomyélite par le chlorate de potasseChapitre 11 sur 16 · MODE D'EMPLOI DU TRAITEMENT · texte numérisé non relu

MODE D'EMPLOI DU TRAITEMENT

Sitôt le diagnostic établi, il faut faire un traitement d'urgence, car plus tôt se sera fait sentir l’action du chlorate de potasse, plus vite on assistera à une résression de la paralysie.

Nous distinguerons les cas moyens, à début plus ou moins lent et insidieux, et les cas graves, aigus où les

signes méningés existent d'emblée, suivis de paraly-

sie brutale et complète.

A) Dans les cas ordinaires, il faut donner le chlorate à la dose de 0,10 par kilo de poids du corps, donnés en 12 prises toutes les deux heures. On masquera le goût amer du chlorate avec du sirop de framboise et on aura ainsi une potion agréable que les enfants

boiront avec plaisir.

B) Dans les cas graves, et même lorsqu’à la suite d’une angine, un sujet présentera des signes méningés, il ne faudra pas hésiter, durant les huit premières heures, à doubler la dose.

On continuera ce traitement à la même dose jusqu’à ce que le malade n’ait plus de température de-

puis cinq jours. S’il présente à ce moment encore des

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signes de paralysie, il faudra conserver le traitement jusqu’à ce qu’ils aient disparu. Dans ce cas, il faudra bien entendu y adjoindre des massages, des séances d'électricité, d’ondes courtes où de rayons infrarouges.

Mais ce qui parfois est mal observé de la part des parents, c’est la prise régulière de la potion, surtout la nuit. Dans les cas graves, ils ne doivent pas hésiter à tirer l’enfant de son sommeil, et c’est un point sur lequel on ne saurait trop insister.

Jeanne T.., âgée de 10 ans.

Le début de la maladie remonte au 1" avril 1939. La jeune malade, qui une semaine auparavant avait eu une légère angine pour laquelle le médecin n'avait pas été appelé, ressent au cours de la journée des fourmillements dans les mollets, Cependant, elle ne s'en plaint pas outre mesure, bien que cela la gêne pour marcher. La nuit est bonne, et le lendemain les mêmes fourmillements persistent, Malgré tout elle peut aller à la messe. Maïs au retour, la douleur augmente, elle a une grosse difficulté à marcher, et elle doit se faire porter. Toute la semaine les douleurs persistent et peu à peu l’impotence s’installe. La paralysie est complète le mercredi 12 avril au réveil. En même temps apparaît une raideur de la nuque et de toute la colonne vertébrale «ui fait que lenfant ne peut ni remuer ses jambes, ni s'asseoir dans son lit. Température aux environs de 38°. 38°5. À ce moment, la famille, peu aists, se décide à faire venir

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le médecin qui parle de poliomyélite et conseille à la famille de conduire la malade à l’hôpital. Elle entre dans le service des contagieux le vendredi 14 avril.

A l'examen, on est en présence d’une fillette de 10 ans qui se tient allongée dans son lit tout à fait immobile. Les muscles des deux jambes ont déjà beaucoup fondu et les deux pieds sont tombants et déjettés en dedans. Les phénomènes sont surtout marqués du côté gauche. La peau est très sèche et desquame un peu. Si on demande à la malade de remuer ses jambes, elle en est incapable. La mobilisation passive est très douloureuse. Dès que l’on veut essayer d’asseoir l’enfant dans son lit, on réveille une douleur très violente et l’on doit cesser cette mobilisation. Les réflexes rotuliens, achilléens et planlaires sont complètement abolis. Du côté de ses bras, on note une certaine parésie et une petite impotence fonctionnelle, surtout du côté gauche. Pas de troubles des sphincters. Rien du côté des autres appareils. Pas de température. Devant l'allure clinique de la maladie, le diagnostic de poliomyélite est confirmé.

Aussitôt, on engage le traitement. La première semaine, 40 centimètres cubes de sérum de convalescent, 1 gramme de salicylate intraveineux, tous les jours, et 5 centimètres cubes d’uroformine intraveineuse tous les jours également. On institue aussi une première série de strapolysat. Malgré cette thérapeutique, on assiste, deux ou trois jours après l’entrée de la malade, à une extension de la maladie. C’est

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J d’abord le diaphragme qui se paralyse en partie, et pendant 8 à 10 jours; l'enfant a une gêne considérable pour respirer. Presque en même temps, on assiste à la paralysie du voile de son palais. La voix est nasonnée et la parole est gênée. Les aliments sont rejetés par le nez, et il y a une gêne considérable de la déglutition qui fait que la malade vomit fréquemment. À l’examen, le voile est tombant, surtout du côté gauche. De plus, on note que les deux membres supérieurs sont à peu près paralysés, et on doit faire manger la malade. Leur mobilisation est douloureuse.

A la fin de la première semaine, les phénomènes sont au maximum, aussi on refait une nouvelle dose de 30 centimètres cubes de sérum de convalescent. Le salicylate a été continué quotidiennement pendant un mois et demi à la dose de 1 gramme intraveineux, et l’uroformine, 5 centimètres cubes intraveineux pendant l'infection. C’est d’abord le diaphragme qui peu à peu se remet à fonctionner normalement. Puis la voix est moins nasonnée, la malade avale bien et respire correctement. Cependant, du côté de ses bras, Jamélioration est bien minime, et c’est tout juste si «lle peut à grand peine saisir sa poupée, en s’aidant de ses deux mains. L’atrophie de ses bras est considérable et elle n’a aucune force. Quant à ses jambes, les muscles ont littéralement fondu, le pied est complètement ballant, la moindre mobilisation est atrocement douloureuse et les troubles de névrite superficielle sont très accentués. Aucune ébauche de mouvements actifs. Enfin, la raideur de la colonne verté-

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