DE L EMPLOI DES THOUPES
Il y a en Aulriche de l’éinulatlun pour ce genre d’occupalion.
Les odiclcrs employés aux fortifications reçoivent une indemnité égale aux deux tiers de leurs appointements; les soldats, chargés des travaux de terrassement, ou autres analogues, onldroit h 5 kreutzers (aocentimes), ce qui double la solde du pied de paix. Les ouvriers maçons, menuisiers, forgerons, etc., qu’on occupe à des ouvrages de leur profession, ont droit à lo kmil~ zers (4o centimes). L'n krentzer 1/2 par jour est attribué en outre à chaque travaille'ur ; mais il est remis au chef du corps ou du détachement pour l’entrelien des effets d’habillement, qui s’usent plus vile que pendant le service ordinaire.
Telle est la règle; mais presque toujours, en vertu de stipulations amiables, les soldats sont payés en proportion de leur travail; ils y gagnent quelquefois le triple de la fixation réglementaire.
On lient la main A ce que le soldat qui travaille fasse pour sa nourriture un supplément de dépense proportionné à raugmcnlation de ses fatigues; sa quolc part tians l’ordinaire de la chambrée est doublée; il lui est prescrit aussi d’acheter du vin.
On a remarqué partout que l’emploi des troupes aux travaux manuels a sur leur santé la plus heureuse
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influence; parmi les travailleurs autricliiens, le nombre des malades a été d’un grand tiers moindre que dans le reste de l’Armée.
(^)uoique les corps de cette armée se composent d’élémcntsdivers et de peuples étrangers les uns aux autres; quoique leur mode de recrutement ne soit point liomogène., tous concourent, a\ec empressement et avec utilité pour le Trésor, aux travaux qui leur sont assignés. Ce résultat peul être attribué à deux causes principales : i“ les travaux sont conçus dans un but purement militaire; a» les soldats ne sont jamais distraits de leurs chefs naturels.
Il en est de même en Russie, où les soldats, conduits aux travaux en armes et par leurs chefs, conservent toute leur organisation militaire.
En 182G, trois corps d’armée, évalués à 5 o, 000 hommes chacun, étaient employés à des travaux publics. L’un de ces corps creusait le canal tic Courlande, un autre était occupé au canal de jonction de l’Ant/.a et du \ olga, le troisième construisait la route de Pétersbourg à Moscou, par Tvver. Ces travaux étaient dn-igés parles ingénieurs des voies et communications , cor|)S militaire qui remplace , en Russie, l'administration des
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pouls el chaussées. Le chef de ce corps, nous aimons à le rappeler, était un de nos compatriotes, feu le général Bazaine, élève de l’Ecole polytechnique.
On ne peut étahlir de parallèle entre des colons mililaires, propriétaires à certaines conditions, cl le citoyen que le recrutement ap]>ellc momenlanémenl sous les drapeaux; cependant il est opportun de dire ici un mot des régimenls-fronlières do l’Autriche, des colonies militaires russes, el de l’armée rurale suédoise.
Les longues guerres entre la Hongrie el la Porle Otlomane, et par suite les dévastations commises par les Turcs, avaient réduit au plus grand étal de misère les frontières autrichiennes ; le prince Eugène de Savoie, pour soustraire la Hongrie à ces excursions, conçut la pensée de diviser le territoire en régiments et en compagnies, el de soumettre tous les habitants aux règles militaires. Ce système, perfectionné par le maréchal Lascy, et appliqué depuis la frontière nord de la Dalmatie jusqu’à la Galicie, a converti le pays en un vaste camp, en une armée véritable qui a en elle tous ses moyens de recrutement et de défense, et dont tous les individus sont soumis à l’ordre, au travail , el à la discipline.
AI’X TBAVAtX d’utilité PUBLIQlli. 4 /
Les réginicnls-fronrières donneraicnl au besoin à l’Autriche 70,000 hommes d’infcanlerie toujours prùls ))Our la guerre, et qui ne sont presque point à charge au Trésor pendant la paix, atlendu qu’ils paient à l’État (les redevances, partie en argent, partie en journées de travail.
Séduit par l’exemple des régiments-frontières de l’Autriche, le Czar Alexandre voulut former un établis-
sèment analogue en Russie, où déjà deux essais de colonisation militaire avaient été tentés par Elisabeth et par Catherine II. En 1817, il décida que des coliinies d'infanterie seraient établies sur les bords du \’olkoff, et des colonies de cavalerie sur ceux du Bug, de la Sigui.^ka.ct du Dniéper.
Le territoire choisi pour les colonies d’infanterie était stérile et borné, la base de la population manquait; enfin un régime dur et oppressif excita à la révolte les colons, qui, très rapprochés de la capitale, ne trouvaient point dans une telle localité cet aliment militaire que donnent le séjour sur la frontière et le voisinage de l’ennemi. Le système des colonies militaires fut donc bientôt restreint à celles de la cavalerie : elles forment aujourd’hui vingt régiments répartis en cinq divisions. Là, comme parmi les régiments-frontières
48 DE l’emploi des teoepes
del’Aulrichc, les populations, entièrement militarisées, sont gouvernées et administrées par des odicicrs, euxmêmes soumis à des règl(*s fixes et protectrices. Mais dans les régiments-frontières le soldat est constamment mêlé avec la population; au contraire, dans les colonies russes, sa tenue, ses exercices cl scs privilèges le distinguent des habitants, l’ne différence plus essentielle encore, c’est que le premier, implanté dans un pays pauvre et très-peuplé, défend une frontière étendue , tandis qu’à ses colons l'Empereur de Russie a concédé des domaines d’une grande fertilité, et qui néanmoins comptent peu d’hahilanls.
Ces différences expliquent pourquoi les régimentsfrontières se composent de troupes à pied, tandis que les colonies russes fournissent à la cavalerie, qui emploie moins d’hommes et occasionne plus de dépenses.
Les terres de chaque régiment sont divisées en deux parties; l’une est donnée aux colons, et l’autre réservée à la couronne et cultivée à s»>n profit. L’Empereur fournil la solde pour les troupes , les draps pour l'hahillement, ainsi que l’armement; tout le reste est tiré des colonies elles-mêmes. 11 en résulte qu’un régiment de troupes à cheval fort de i,Coo hommes qui coûte en Russie 600,000 roubles par an au Tré-
AUX TRVVAtX d’utilité PUBLIQUE-
sor , ne revient, dans les colonies , qu’à 260,000 roii- Mes, dont il faut encore déduire les revenus des récoltes qui appartiennent à l’empereur, et qui sont considérables.
Passons à l’organisation militaire de la Suède:
L’armée suédoise se divise en quatre catégories distinctes: i°lafffr/ên</e, troupe permanente dont la force est d’environ 8,000 hommes ; 2“ Y Indelta , armée rurale qui s’élève à près de 54 , 000 liomines; 3 “ la Befxrring , landwher ou réserve de i 3 o,ooo hommes, composée de jeunes gens de 2 1 à 26 ans ; et 4 ° la Borgerscap , garde urhuinc de Stockholm.
('.es troupes, y compris la Borgerscap , sont réunies tous les ans dans des camps dont la durée est de vingt-un jours.
Les militaires de l’Indelta ont en usufruit, au lieu de traitement, le revenu de certaines propriétés mises à leur disposition par Charles XI , et qu’ils sont chargés de cultiver.
L’Indelta est en outre depuis plus de vingt ans employée à des travaux d’utilité générale. Des détachements de chaque régiment sont conduits, en armes, aux ateliers, par leurs officiers, qui conservent le commandement, laissant la direction des
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travaux aux ofliciors du Génie. Ces troupes ont exécuté les travaux de lurtificalions de Carlsbourg, sur le territoire de Vanœs, le canal de Gotliic , et presque tous les autres canaux du royaume.
Le salaire payé à l’Indelta pour ce genre de travail est en raison du prix des denrées : la moyenne du gain des soldats est de 8 à is skiUiugs par homme ( 7 1 1 sous); mais comme le soldat est à la tâche, tout ce qu’il fait en sus est à son I énéficc, et il lui est facile de gagner de iG à io skilliiigs par jour ( i 4 ^ iS sous). Celle rétribution est supérieure au taux de la main-d'œuvre ordinaire.
l’endanl toute la durée des travaux, l’Indolta conserve son organisation militaire : les soldats sont assujetlis à tous les devoirs du service cl de la discipline, comme dans une garnison ou dans un canlonneincnl.
Ayant , comme je viens de le faire, consulté les souvenirs historiques et les exemples récents qui mellcnl^ à même d’apprécier les avantages ou les inconvénients de l’emploi des troupes aux travaux manuels, il me reste à conclure; mais j’ai besoin de réfuter d!abord des assertions qu’il importe de no pas laisser s’enraciner. ün a dit que nos 5 oo,ooo soldats souITrenl de la pensée qu’ils ii’onl rien à faite et (ju'ils sont à la
AUX TBAVAIX d’oTILITÊ PUBLIQUE. 5l '
charge de l'État, On nous accordera bien , sans doute, que la Cavalerie, l’Arlillerio, et le Génie ont des occupations spéciales, des devoirs divers et multipliés, qui laissent à peine au soldat quelques instants de ri'pos; la Gendarmerie et les Vétérans sont en, dehors de la question ; reste donc l’Infanterie : or voici quelle était la situation numérique de cette arme, à la fin de i838, époque do la libération.
Sur DM ffTeclif tie
Nous avions :
Ku Afrique,
Daitt la militaire,
Sur la frouiicre nard.
Aux Pjréuée*,
Ocin^ 1 Ouf&t,
A Ljoti rl OreuoI le,
Dans le Midi,
Cf qui m* laivail, j»uur le i vicr Je riwlérieur, qu’eiiviroD 40.UU0
Admetitz que ce service n’exigcàt que ao 000
11 U y a^ait en rcalilé de di»|»ou IdfS que ao,ooo
Et maintenant, si l’on considère que les jeunes soldats^ n’étant jamais appelés sous les drapeaux qu’un an ou dix-huit mois après le tirage au sort, et quo leur libération ayant lieu souvent un an avant l’expiration de leur service, ils ne passent en réalité dans les corps
1 5a,ouo liouim.
1^,000 au,uuu a5,ooo 1 1 5uo x3,Voo tp,5uo 7,5oo
Ô2 • DE l’emploi UES TROIPES
que cinq années, sur lesquelles la première au moins doit êlre enlièreinenl consacrée à les former; qu'il faul déduire encore, pour l'inslruction de déluil et pour les malades , environ 4>ooo liommes sur les 20,000 disponibles; il oe resterait donc que 16,000, qui pussent au besoin êlre transportés d’un endroit à un autre, pour exécuter des travaux urgents hors de leur ré^ sidence.
Encore cet effectif est-il à peu prés celui dont se ' compose le camp d’infanterie réuni annuellement , en automne, pour exécuter les grandes manœuvres, cl au moment même où j’écris, ces troupes disjvonibles reçoivent l’ordre de se porter sur la frontière du Nord.
On voit' donc que nos soldats font un service spécial très actif dont ils ne sauraient êlre distraits que bien difficilement.
Cependant il faut reconnaître que si les travaux étaient exécutés dans la résidence même des troupes ou dans un ravon assc/. rapproché, ces ouvrages so concilieraient facilement quelquefois avec le service.
On pourrait employer l’Infanterie concurremment avec les troupes du Génie à la réparation ou à la construction de certaines places de guerre. Je dis certaines, car, à Grenoble cl à Lyon, par exemple, il y a né- •
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ACX TRAVAUX d'uTILITÉ PUBLI(}UK.
cessilé d’occuper aux fortificalions une population reinuantc que l’on maintient par ce moyen dans rordro et dans la soumission.
Faut - il rappeler maintenant, ce qu’a fait notre armée depuis iSaS? Elle a soumis l’Espagne, conquis la Moréc, Alger, Oran, Bone , Ancône, Anvers, Bougie, Mascara, et Constantine; elle a comprimé l’émeute, et son attitude ferme et vigilante prévient le retour de l’anarchie. Il n'est pas, que je sache , en Europe , une armée qui , depuis le même espace de temps; ait rendu de semblables services.
Elle a Jonc largement payé sa dette au pays : et si ses produits furentpour la plupart //«/«n/eV/é/s, elle n’a pas moins été un agent très-actif de la production, car elle a protégé tous les intérêts, elle a garanti l’honneup, la dignité, et. la prépondéi-ance de .la France. Toutefois cette prospérité môme dont nous jouis-- Eons concourt à amollir les mœurs , à énerver les courages, à étouffer les passions généreuses. Oui, le progrès toujours croissant de la civilisation , les riclicsses, le luxe et les voluptés qui l’accompagnent, afTaiblissent chaque jour parmi nous, on ne peut le nier, le goût pour la carrière des armes. Contre cette . tendance nous ne connaissons d'autre hanièro à op-
Ô4 DE l’euploi des tbocpes
poser qu’une puissante constitution militaire perma'
nenle.
Que la philanüiropie se fasse l'illusion de coinpt(T désormais sur une paix perpétuelle : plus d’un rêve de celte espèce a déjà été déçu, et je ne puis m’associer à de lellés espérances. En effet, si je consulte Je degré de richesse et de splendeur auquel est arrivé mon pays , si je considère la douceur de son climat, la fertilité de son sol, et sa suprématie dans tous les genres de gloire, je suis conduit à penser que nous devons demander à la force la stabilité et la durée d’une situation qui doit porlerombrage à des peuples moins favorisés et exciter l’envie. D’ailleurs, quand à nos portes, au Nord comme au Midi, se préparent ou éclatent de sanglantes collisions; quand tous les points de l’horizon politique sont chargés d’orages et de lempôles, n’esl-il pas naturel de penser que désormais l’épée de la France, celte épée tant de .fois arbitre des destinées de l’Europe, ne restera pas long-temps dans le fouri eau !
Ce n’est pas que je souhaite voir mon pays renoncer, sans de graves motifs, aux bienfaits de la paix. Lu telvœu serait impie; et pourtant, je l’avoue, je suis de ceux ' qui croient que la guerre, une guerre nationale, opportune, cl juste, est quelquefois un mal nécessaire, soit
AIX TRAVAUX d’utilité l’IULlQUB. Ô.î
pour fonder les Étals, soit pour les régénérer et les pré-' serVer de dissolution.
Tout à riicure j’aimais à retracer les faits glorieux accomplis par nos soldats; j’ai foi encore dans leur énergie et dans leur patriotisme; je dois néanmoins reconnaître que l’Armée est loin de posséder aujourd’hui tous les éléments d’action, d’homogénéité, et de vie que les éventualités de l’avenir réclament si impérieusement.
Le but de cet écrit n’est pas de signaler les imperfections, l’incohérence, ou les vices de plusieurs de nos institutions militaires : j’indiquerai seulement une lacune qui se rapporte au sujet que nous traitons. Derrière
notre armée active, nous n’avons point encore d’armée
de réserve: la France.presque seule en Europe, est privée <lc cette institution à laquelle plus (l’un peuple est redevablcdcsa conservation; clcepcndant,depuisplusicurs années, on nous promet une reserve exercé.', disciplinée, et constituée de manière à être une i>ariie iiilêgraniç île • r Armée, toujours liée au drapeau, toujours prèle à marcher, à se réuiûr en tout temps, en tout lieu , au premier signal donné. *'
. Peuhèlre la pensée de M. lluerne de Pommeuse , celle pensée généreuse qui tend à faire concourir nos vétérans à de grandes entreprises de défrichement.
DF. L KMPLOI DIS TUOCPHS
pourrail-elle se ralluclier à l’organisalion d'une réserve (i). Je comprends tout ce que l’applicalion d’une telle mesure commande de prudence , et je ne veux ici que la livrer aux médilnlions des liommes préoccupés du désir d’associer le soldai à des travaux agricoles.
En nltendanl , l’absence d’une réserve est un motif de plus pour que l’armée permanente soit sans cesse exercée, endurcie à toutes les fatigues, aguerrie à toutes les diflicullés ; car, la science et le courage tlonncnt ht victoire, et non la iiwltitwle (2) . C’est assez dire que j ’approuv e, dans des circonstances données, l’emploi des troupes à des travaux qui peuvent développer leurs facultés intellectuelles et physiques; mais, à mon avis, de tels travaux doivent constamment être subordonnés à ce principe fondamenlalqu’ils auront un bulel uncdireclion cxclusiveuienlmilitaircs. Je voudrais donc que l’Armée fût, le plussouvent possible, rassemblée dans des camps j)our y prendre les habitudes d’ordre et de travail, et y être exercée aux grandes manœuvres de guerre. Évidemment on ne peut faire renailre les circonstances qui ont immortalisé le camp de Boulogne; mais celte réunion de h'ou-
(t) VoIrrcxfeIlt*jit outrage Des cu/oaies ftde Jertrs avantugri^
par M. L.»F. Huiriic Je I*oniiiieiiM'. .
OiiilnTt,
MX THAVAIS d’utilité PUnUOfl!. 5^
pcs,(l’où ost'sorlie la plus belle armdc des temps modernes, est un type qu'il faut nous ofForcor d'imiter. Là le soldat scmuUipliail; là il était vrai ment guerrier et citoyen , prêt à se livrer à lous les travaux, parce que tous les travaux étaient ennoblis par un but patriotique, par un intérêt national. Aussi cette armée, qui laissa sur les rives de l'Océan de si utiles empreintes de son séjour , avait elle acquis tant de force et de santé , par trois années de fatigues, qu'elle parvint jusqu'aux confins de la Moravie sans avoir éprouvé presque d’autres pertes que celles de soldats tués sur le cbamp de bataille. Les traditions qui rendaient unanimes tant d'effurLs et de dévouement sont encore vivantes; les sentiments d’bonncur et d’émulation existent au fond des coEui-s , et il n’est pas si difficile qu’on le pense de les ranimer dans l’Armée; car elle contient le germe de toutes les idées généreuses et cbevalcrcsqucs : il ne s’agit que de le féconder. Ne voit-on pas à la moindre apparence de guerre s’accroître dans une proportion
remarquable le nombre des enrôlés volontaires? Nos expéditions les plus récentes ne reproduisent-elles pas des actes béroîqiies semblables à ceux dont nous lisons avec orgueil le récit dans nos anciennes annales?
Ne laissons donc pas s’éteindre ce reste de feu sacré 1 Qu’on forme des camps : alors les diverses armes.