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suite, certitude des débouchés; sans compter les conditions favorables que présente naturellement un pays où le travail, le bois, le charbon sont à bas prix, et où le Rhône sert de grande route.
Pour ce qui est du mode d’exploitation nous n’aurons besoin que d’en indiquer les points principaux pour en faire comprendre toute la simplicité. On réunirait d’abord dans un bassin commun, aussi central que possible, l’eau de la Source nouvelle ainsi que celle de la Marquise, de la Camuse et de la Chloé. A la suite de ce bassin, on construirait un bâtiment de graduation, dans lequel on ferait subir au liquide un premier degré de concentration en multipliant ses points de contact avec l’air par un des meilleurs moyens connus pour atteindre ce but. Ainsi on pourrait élever l’eau par des pompes aspirantes et foulantes mises en mouvement au moyen d’un moteur économique, et la faire retomber lentement sur de longs parallélipipèdes formés de fagots destinés à la diviser dans sa chute et à faciliter son évaporation ; ou mieux encore on pourrait la faire couler en nappes minces sur de vastes plans inclinés, construits en planches , et qui auraient pour but de développer largement la surface liquide exposée à l’action atmosphérique. Ce dernier procédé mériterait la préférence sur le premier en ce qu’il donne des résultats et plus complets et plus rapides. Il coûterait plus cher, il est vrai, mais, en compensation, sa durée serait beaucoup plus grande. Il est, en outre, bien entendu que ce bâtiment devrait être exposé de manière à se trouver en tout temps traversé par un fort et continuel courant d’air.
Une fois ramenée à une concentration de i6“ à 20% suivant le plus ou moins de perfection des appareils employés, l’eau serait enfin reçue dans un second bassin, où on la puiserait pour acliever l’évaiioration à l’aide du calorique, dans des vases ouverts d’un grand diamètre et de peu de profondeur-. LeS' résidus déposé* au f't»d des vase* seraient de la soude à 77'" degrés et susceptible d’être immédiatement livrées au commerce.
Dans une exploitation parfaitement organisée, on pourrait encore
titiliser le feu du fourneau servant à l’évaporation, non seulement pour faire marcher une petite machine à vapeur dont la force suffirait pour imprimer à l’eau le mouvement ascensionnel dont nous avons parlé; mais encore pour entretenir dans le bâtiment de graduation, au moyen de tuyaux appropriés à cet effet, un courant d’air sec et chaud, qui hâterait et augmenterait à un haut degré la concentration.
Mais l’extraction de la soude n’est pas la seule ressource que les eaux de Tais promettent à l’industrie. Le gaz acide carbonique dont elles se trouvent saturées, et qu’elles laissent si abondamment échapper à leur sortie du sol, pourrait être aussi avantageusement recueilli et recevoir divers emplois.
D’abord rien n’empêcherait d’imiter l’exemple donné par Darcet, à Vichy, et de créer, comme annexe de l’établissement que nous venons de décrire, une petite fabrique de bi-carbonate de soude.Des appareils collecteurs mobiles seraient disposés au dessus du réservoir de chaque fontaine pour en absorber le gaz devenu libre, et être rapportés, dès qu’ils se trouveraient remplis, dans un laboratoire comtiiun, dépendant de l’usine principale. Le mode d’opération serait, du reste, le même que celui mis en usage par Darcet.
On ferait communiquer 1 acide carbonique des appareils avec une caisse pleine d’eau, que ce gaz saturerait aussitôt. L’extrémité supérieure de la caisse serait munie d’un grillage sur lequel on placerait des sacs de carbonate de soude. Au contact du liquide, ce sel se dissoudrait et viendrait se combiner avec le gaz pour former du bi-carbonate de soude, qui, moins soluble que le carbonate, se déposerait sous forme de cristaux au fond de la caisse. On pourrait encore réaliser complètement le système de Darcet, c’est à dire monter auprès de chacune des fontaines les plus riches en acide carbonique, un appareil fixe recueillant le gaz sur l’eau et fabricant en même temps le bi-carbonate. Mais nous avons tout lieu de croire que ce système exigerait plus de dépenses que le premier.
Quoi qu’il en soit, les frais généraux étant peu considérables, on
obtiendrait également par l’un et par l’autre procédé, et en quantités voulues, du bi-carbonate de soude, dont la vente serait sûre, puisqu’on ferait aux produits de Yichy une coocurreuce d’autant plus avantageuse, que la matière première, le carbonate de soude, ne coûterait rien ou presque rien à l’entrepreneur de Vais.
Pourquoi enfin ne chercherait-on pas à employer l’excédant d’acide carbonique, qui se perdrait encore inutilement, à alimenter une fabrique de boissons mousseuses, d’eau de Sella et de limonades gazeuses, dont l’usage est si répandu dans le Midi de la France : ce serait une autre source de profits à ajouter à celles que nous avons déjà indiquées.
Quant aux dépôts que forment les eaux de Vais dans leur trajet à l’air libre, on ne saurait songer à en tirer le moindre parti. Us sont, en premier lieu, fort peu abondants, et d’ailleurs si durs et si solidement incrustés dans le rocher que c’est avec la plus grande peine qu’on parvient à en détacher des parcelles insignifiantes. A tel point que M. le docteur Ruelle, inspecteur des eaux, que nous avions prié de vouloir bien nous envoyer quelques fragments de ces incrustations pour les analyser, s’est vu dans l’impossibilité absolue de satisfaire notre désir.
En résumé, les eaux minérales de Vais, fortement chargées de principes utilisables, tant solides que gazeux, donnent aujourd'hui, jiar suite de la découverte de deux nouvelles s<mrce8, un volume liquide assez considérable pour qu’elles puissent servir de bases à une importante entreprise industrielle. L’analyse a démontré que, de toutes les eaux connues jusqu’à ce jour, ce sont celles qui contiennent la proportion la plus élevée de carbonate de soude, et que les produits salins qu’elles fournissent ont une supériorité réelle sur presque toutes les substances de même nature qu’on achète dans le commerce. Elles sont situées dans un pays qui offre les plus grands avantages, tant au point de vue du bas prix de la main d’œuvre et des divers objets nécessaires à la fabrication qu’à celui des voies de transport. Leur exploitation serait donc à la fois opportune, utile et
lucrative. De plus, à cette industrie principale viendraient naturellement sien ajouter deux autres qui, pour être secondaires, n’en comporteraient pas moins un certain développement. Le gaz acide eabonique, que ces eaux versent infructueusement et par masses énormes dans l’atmosphère, trouverait en effet un heureux emploi, partie dans la fabrication du bi-carbonate de soude, partie dans celle des eaux gazeuses de toute espèce. C’est là, on le voit, tout un ensemble d’operations industrielles qu’il s’agit de réaliser, au grandproüt non seulement de l’entrepreneur, mais encore de lacontrée entière.
Vais est un bourg tout encore dans l’enfance sous le rapport manufacturier, presque uniquement agricole, vivant pour ainsi dire de sa propre vie, restant à peu près sans relations et sans commerce durant la plus grande partie de l’année et jusqu’au moment où les malades étrangers viennent puiser la santé à ses sources bienfaisantes, et lui demander une hospitalité passagère, mais qu’ils lui paient généreusement. Qu’on établisse d’aujourd’hui pour demain l’ensemble d’exploitations que nous avons décrit, et l’un verra s’opérer aussitôt la plus heureuse transformation. Le mouvement se fera au sein de la petite ville, comme il se fait autour de tout centre de production et de travail ; et riches et pauvres gagneront à l’établissement des nouvelles fabriques, parceque les uns et les autres auront leur part du produit général, sur lequel seront prélevés les salaires ainsi que les frais de construction et d'achats de matériaux, combustibles, ustensiles, etc.
Ajoutez à cela que le terrain de Vais est littéralement imprégné de sources minérales, comme le prouvent les suintements qu’on remarque çà et là sur le sol, et les bulles qui s’élèvent par intervalles des eaux mêmes de la Volanne ; et que, par conséquent, il est plus que certain qu’on découvrira tôt ou tard de nouvelles sources, ce qui augmentera encore les chances de prospérité de l’établissement industriel.
11 n’y a, dans tout ce qui précède, rien d’exagéré ou d’irrationnel, et toute personne qui voudra se donner la peine d’approfondir la question dont nous n’avons pu loucher ici que les points les plus
saillants, se convaincra, comme nous l’avons fait nous-mêmes, que l’idée que nous émettons est aussi susceptible de succès en pratique qu’elle est juste en théorie. Une seule chose nous frappe, c’est qu’à une époque aussi fertile que la nôtre en découvertes utiles, on ait attendu jusqu’à ce jour pour utiliser les ressources que peuvent fournir au travail industriel les eaux minérales de Vais. Mais, à n’en pas douter, ce progrès s’accomplira dans un temps plus ou moins éloigné. Quant à nous, nous serions on ne peut plus heureux s’il nous était permis d’espérer que nous pourrons y contribuer en quelque chose par nos faibles mais consciencieux efforts.
Les eaux minérales de Vais ne sont pas, avons-nous dit, les seules actuellement en usage dans l’Ardèche. Saint-Laurent et Selles en possèdent également qui jouissent dans le midi d’une réputation méritée. Bien que les eaux de ces deux localités ne présentent pas, sous le rapport industriel, d’aussi grands avantages que celles de Vais, elles n’en sont pas moins susceptibles de recevoir quelques applications utiles. Ainsi celles de Saint-Laurent ne contiennent, il est vrai, que peu d’acide carbonique libre et de principes minéralisateurs, et ne laissent déposer aucun sédiment; mais comme elles ont une température de 53 “, qu’elles donnent un volume liquide de 54 ,ooo litres par 24 heures et qu’elles sont, pour ainsi dire, savonneuses, elles pourraient encore servir au chauffage de l’établissement thermal et d’un certain nombre de maisons, à l’alimentation d’un lavoir et de bains publics, à l’incubation artificielle et à la dessiccation des substances végétales alimentaires et médicinales.
Les eaux de Selles offrent des éléments utilisables d’une nature différente : ce sont l’acide carbonique qu’elles dégagent et les dépôts fernigineux dont elles couvrent le sol qu’elles traversent. Le premier de ces corps a trouvé déjà une destination industrielle dans la préparation des eaux gazeuses, dont il existe à Selles une fabrique alimentée par le gaz du Puitf artéskn , qui fournit 4 ô mètres cubes d’acide carbonique par vingt-quatre heures. Quant aux seconds, nous croyons qu’on ne saurait mieux faire que de les livrer au commerce
pour être employés, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, pour le polissage et pour la peinture en bâtiment.
Nous nous rendrions coupable d’ingratitude si, en terminant, nous ne nous acquittions envers M. le docteur Ruelle, inspecteur des eaux de Vais, du tribut trop légitime que nous lui devons. C’est de lui que nous tenons la connaissance de la plupart des documents qui ne se trouvent pas dans les livres, et même la rectification de plusieurs de ceux qui s’y rencontrent. C'est lui qui, en nous faisant parvenir les échantillons nécessaires, nous a fourni le moyen d’analyser, quoique d’une manière malheureusement trop incomplète, les eaux de chacune des sept sources de Vais. 11 y a pour nous devoir et plaisir à le remercier publiquement- et de l’intérêt qu’il n’a cessé d’attacher à notre travail, et de l’excessive obligeance qu’il a mise à rendre nos recherches plus faciles.
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