DE LA POLITESSE
Dans chaque siècle, sous chaque règne, on vante la politesse des vieux Seigneurs, on reproche aux jeunes gens de manquer d'égards et d'attentions. Mais ce n'est point au siècle, ce n'est point à la génération présente qu'il faut s'en prendre, c'est à la jeunesse en général. Les gens d'un âge mûr, ou avancé, sont moins emportés par leurs passions et leurs goûts ; ils sont plus réfléchis et plus circonspects. L'expérience leur a fait connoître la nécessité des égards et des ménagemens : plus habitués à se contraindre, plus occupés de leurs intérêts, ils ont une attention marquée à ne pas blesser r amour-propre, et sont empressés d'obtenir
des suffrages. Le Courtisan de cinquante ans, dont la politesse est citée comme exemple, a été blâmé dans sa jeunesse pour la légèreté de ses manières, ses airs méprisans, son ignorance ou son oubli des égards.
L'extrême vivacité et la paresse empêchent d'être poli. Les personnes très vives, entraînées par Tardeur qui les domine, manquent aux égards envers les autres. Celles qui sont paresseuses^, s'y refusent par la crainte de se donner de la peine.
On est presque toujours dupe de la politesse et des expressions qui ont le moins de valeur réelle, parce que l'amour-propre est aveuglément porté à tourner tout à son avantage.
Plusieurs personnes sentent mauvais :
obligées de vivre ensemble, elles conviennent de porter des odeurs fortes. Voilà en partie la politesse.
SUR l'esprit et les mœurs 89