DES RÉPUBLIQUES ET DES MONARCHIES
L'histoire d'une République est plus intéressante à lire, mais il est préférable de vivre dans une Monarchie ; tout y est tranquille et marche d'un pas égal. Telle est l'harmonie des corps célestes, qui ne laisse jamais sentir l'impression du mouvement.
Le régime Républicain paroît être le gouvernement de la jeunesse du monde, du tems où l'on se plaît dans le mouvement et l'agitation. Le gouvernement Monarchique convient à l'homme mûr qui prise davantage le repos et la paix.
Une Monarchie tempérée est la constitu-
go CONSIDÉRATIONS
tion qui approche le plus de la perfection : c'est un état mitoyen pour l'homme entre la convulsion Républicaine et l'affaissement de l'humanité sous le despotisme.
La crainte et l'absence du sentiment d'honneur sont ce qui caractérise particulièrement les Etats despotiques. A la Chine, l'Empereur fait donner la bastonnade à un Ministre, à un Mandarin ; et ce Mandarin, ce Ministre, remplissent ensuite les mêmes emplois, sans se trouver avilis et dégradés. Ce sont des écoliers qui se remettent à leur place, après avoir été fustigés.
Dans les RépubHques, chacun a le développement et l'exercice de ses facultés. Dans les Monarchies, l'homme qui a de l'énergie, n'a souvent d'autres ressources que les plaisirs.
Dans les Monarchies, la crainte du ridicule doit dominer les esprits et produire un asservissement à la mode, qui affoiblit et
qui corrompt ; il doit régner plus de goût dans les discours et les ouvrages, plus de politesse dans les manières. Dans les Républiques, il règne plus d'originalité, plus de franchise dans les discours, plus de simplicité dans les manières.
Dans les Républiques, on dépend des lois plus que des personnes. La sécurité où l'on vit rend les ménagemens inutiles, et il y a plus d'égalité parmi les citoyens et plus de liberté dans les esprits. Par toutes ces raisons, la politesse, qui n'est qu'une imitation des vertus sociales, doit être peu commune dans ce Gouvernement.
Il existe dans les Cours une gradation infinie en quelque sorte de rangs et de personnes. De proche en proche elles agissent les unes sur les autres, et dans le dernier degré, peut se rencontrer un crédit ignoré et déterminant. De cette nécessité de ménagemens naît la politesse. De là, cette crainte de choquer, qui retient sans cesse, cette
perpétuelle envie de plaire, qui porte à faire des avances, à flatter, à caresser. La politesse est dans les Cours une qualité caractéristique et indispensable. Elle y est le supplément des vertus qu'on n'a pas.
Le rôle d'homme aimable, tout bien considéré, est dans la société ce qu'il y a de plus sûr, de plus avantageux. Il est trop dangereux de développer le germe d'un grand homme.
Dans les Monarchies, le grand art pour parvenir à une place éminente, ne consiste souvent qu'à savoir s'ennuyer.