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DE LA GUERRE

En temps de paix, les petits génies sont les grands hommes. Les attentions minutieuses sur la tenue des troupes, l'application aux petits détails sont les seuls moyens de se distinguer ; et les gens médiocres et actifs sont merveilleusement propres à réussir dans ce genre.

La guerre est un des fléaux de l'humanité, et cependant c'est par la guerre que les nations peuvent conserver leurs vertus et le caractère qui leur est propre. L'homme a reçu de la nature un besoin inquiet de mouvement. C'est l'action qui donne le jeu à ses qualités, qui le fait se comparer et s'esti-

mer. C*est par ses divisions avec la nation rivale de sa puissance et de son commerce, qu'une nation entretient et fortifie son attachement à ses mœurs et à sa constitution.

Les tems de vertu chez les diflérens peuples, ont toujours été les tems de guerre, et les époques où les nations étoient livrées à des antipathies telles, que le plus grand désir de chacune étoit la destruction de l'autre. La haine obstinée de Rome pour Carthage, celle des François dans certains tems pour les Espagnols, ne laissent aucun doute sur le patriotisme qui en étoit la cause et l'effet.

Le commerce rapproche les nations; les lumières des sciences deviennent à la longue le partage de toutes : il s'établit une communication dans les esprits, qui mine les préventions nationales. Les hommes pensans et commerçans ont l'Univers pour patrie.

Dans cet état de choses, il doit y avoir

SUR l'esprit et les mœurs gS

moins de grandes vertus, mais elles sont moins nécessaires. Toutes les nations policées et éclairées doivent perdre également de leur énergie. Il semble inutile alors que le citoyen soit animé du noble enthousiasme patriotique : on ne lui demande plus que des moeurs et des vertus sociales qui tiennent lieu de vertus publiques.

Si les tems de guerre produisent des vertus, les guerres civiles en font naître encore davantage et exigent des qualités plus rares. La valeur et les talens militaires suflisent pour obtenir des succès à la guerre ; mais dans les tems de discorde civile, la valeur qui affronte les dangers, ne suffit pas ; il faut y joindre l'intrépidité qui fait braver les supplices ; aux talens pour la guerre, il faut unir les lumières de l'homme d'état.

La supériorité des nations anciennes sur les modernes est en grande partie l'effet de leurs perpétuelles agitations. C'est à cette cause qu'il faut attribuer les qualités héroï-

gÔ CONSIDÉRATIONS

ques de Henri de Guise, de TAmiral de Coligny et les vertus de l'Hôpital : ces circonstances ont aussi formé Henri IV. Dans un temps calme, son goût ardent pour les plaisirs auroit énervé son âme, il n'eût été ni un aussi grand, ni un aussi bon Roi, s'il n'eût été forcé à l'activité dans la guerre et les affaires, s'il n'eût senti lui-même les atteintes du besoin, si son cœur n'eût été mille fois réveillé aux cris de la misère du peuple.

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