DE LA DUREE DU TEMS
Le tems est mesuré par l'impatience du désir et par la crainte d'un terme fatal dont on approche.
Il n'y a point de tems pour la Divinité ; ne changeant jamais de sentiment, sa pensée étant une, étant universelle, il n'y a ni présent, ni avenir pour elle.
Quelquefois nous ressemblons à Dieu dans ce rapport. C'est lorsque nous sommes vivement affectés d'une sensation délicieuse, et même d'une douleur profonde. La continuité d'un sentiment vif au même degré confond tout. Il n'y a plus de tems, rien n'en
peut établir la distribution, parce qu'il n'y a aucune différence dans le sentiment.
La variété des situations doit faire passer rapidement le tems de la jeunesse, mais la vivacité des désirs le fait quelquefois paroître long ; c'est à cet âge qu'on dit si fréquemment, je donnerois un an de ma vie pour être à tel jour.
Dans l'âge qui suit, les désirs s'amortissent, la situation de l'homme est déterminée, sa curiosité affoiblie, ses occupations fixes. Sa vie n'a plus autant d'oscillations, parce que ses sentimens et ses idées ont plus de consistance. Il jouit plus tranquillement du présent et ne désire pas vivement le lendemain. L'homme a éprouvé à cet âge que tout se ressemble. Ses passions deviennent des goûts, il met du ménagement dans ses plaisirs. Le tems s^écoule alors avec plus de vitesse, parce qu'il a moins de désirs, plus de jouissances et qu'il craint le terme de la vieillesse qui s'offre en perspective. II.