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DES FEMMES ET DE LA GALANTERIE

Celui qui a été aimé d'une femme sensible, douce, spirituelle, et douée de sens actifs, a goûté ce que la vie peut offrir de plus délicieux.

La femme est bien moins personnelle que l'homme, elle parle moins d'elle que de son amant, l'homme parle plus de lui que de son amour, et plus de son amour que de sa maîtresse.

Quel plus grand bonheur l'imagination peut-elle offrir à l'homme que la Société d'un être dont Tambition est de lui plaire, la gloire de se défendre, le bonheur de

céder, qui prétend à son estime par ses combats, et à son cœur par sa défaite ?

La femme chez le sauvage est une bête de somme, dans TOrient un meuble, et chez les Européens, un enfant gâté.

La vanité a fait succomber plus de femmes que le goût, le penchant et les sens. Dans un commerce où les avantages personnels devroient seuls déterminer, c'est le rang, ce sont les dignités, les grandeurs qui font pencher la balance. En général on peut espérer avoir du succès auprès des femmes en descendant un degré : le Prince auprès des Femmes de Qualité, le grand Seigneur auprès des Femmes de Robe ou de Finance. Celles qui ont de la sensibiUté, ou des sens, ne sont pas séduites par ces avantages, mais elles forment le plus petit nombre.

Il est des femmes célèbres par leur galanterie qui n'ont jamais eu pour amant leur égal. En vain l'esprit, la figure, les grâces

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se trouveroient unis dans un homme de leur Ordre qui aspire à leur plaire : il faut être élevé en dignité, avoir des cordons, des titres, tout l'éclat nécessaire pour les perdre promptement de réputation. Un mari disoit à sa femme : je vous permets tout, hors les Princes et les laquais. Il étoit dans le vrai : les deux extrêmes déshonorent par le scandale.

Les gens qui occupent de grandes places, ceux qui représentent dans les Provinces, trouvent beaucoup de femmes qui leur cèdent. La vanité se mêle dans tout (i) même dans le plaisir, même dans le plus vif des plaisirs : combien les sens des femmes sont redevables à la vanité (2).

(i) Madame de Sévigné, en parlant à sa fille d'une maladie de son fils, qui étoit le produit d'un commerce intime avec une Dame qu'il avait vue assise che^ la Reine, s'exprime ainsi : « 7nais il prend patience, ce qui est plaisant, c'est que le Dais lui ôte la honte qu'il trouveroit insoutenable si ce malheur lui étoit arrivé sur le rampart ».

(2) Une grande Dame avoit à soixante ans

On pourroit ainsi, je crois apprécier les femmes galantes. Sur un nombre de cent, il en est quatre-vingt-dix, que l'éclat, le bon air, la mode, l'intérêt, l'oisiveté, le besoin d'occupation déterminent; il en est six que la sensibilité entraîne, et quatre qui sont dominées par des sens impérieux.

Louez, admirez, soyez étonné, en extase, ne craignez pas d'outrer les flatteries, l'enthousiasme auprès des femmes, faites croire, si vous pouvez, à celle que vous voulez séduire, qu'elle est une substance particulière plus près de l'ange que de la femme. Vous serez cru, que dis-je, vous serez au-dessous encore des illusions de son amour-propre, et l'on ne refusera rien à un homme doué d'un discernement aussi exquis.

Combien la femme qu'on croyoit la plus réservée fait d'étranges révélations à son

pour amant un jeune homme d'un état obscur. Elle disoit à une de ses amies : Une Duchesse n'a jamais que trente ans pour un bourgeois, et elle avoit raison.

amant^ lorsqu'elle s'est abandonnée ? Combien de fois elle a été au moment de succomber ! Que d'entreprises qui l'ont profanée ! Que de savoir elle a sur les plus secrets mystères de l'amour ! Elle connoît jusqu'à la langue de la débauche. L'amour est Tunique occupation, le premier intérêt des femmes. Rien n'échappe à leur active et pénétrante curiosité.

Il semble qu'il soit permis de traiter les femmes plus légèrement en raison de leur élévation. La femme de la ville attache plus de prix aux égards parce qu'elle y a moins de droits par son état. Le rang d'une grande dame est trop décidé pour qu'elle ait aucune inquiétude sur ce qu'on lui doit. Elle trouve du plaisir à voir oublier ce qu'elle est, et c'est une preuve de plus pour elle de l'excès de la passion et de l'ardeur des désirs.

Il est un degré de dérèglement et de scélératesse en galanterie, qui ne se peut ren-

contrer que dans une femme d'un rang élevé. Elle sait que l'audace étonne et qu'il n'est rien que ne puisse hasarder une femme qui réunit un esprit supérieur à une grande naissance. Mais malheur à la femme de la ville qui voudroit aller sur ses traces. Elle tomberoit dans la fange du mépris public.

Les hommes violens subjuguent les femmes dès qu'ils ont obtenu leurs faveurs. Elles aiment la domination, parce qu'elles ont de l'amour propre, et ce même amour propre joint à la timidité de leur sexe, leur fait trouver un certain plaisir dans la crainte qui leur donne des émotions nouvelles, parce qu'elles attribuent l'emportement à Texcès de la passion. Elles reviennent ainsi à la nature qui a soumis la femme à l'homme.

Le plus sûr moyen d'être aimé d'une femme est de ne pas lui montrer tout son amour. Il faut lui laisser à craindre et à désirer, lui présenter une rivalité qui excite

son amour propre, et lui faire espérer un triomphe.

L'ami le plus intime d'une femme n^est pas aimé aussi vivement que le confident de son amour.

Un quart d'heure d'un commerce intime entre deux personnes d'un sexe différent, et qui ont, je ne dis pas de l'amour, mais du goût l'une pour l'autre, établit une confiance, un abandon, un tendre intérêt que la plus vive amitié ne fait pas éprouver après dix ans de durée.

Dans la plupart des commerces décorés du nom d'amour, l'homme est en général plus vrai que la femme parce qu'il a toujours au moins des désirs. Souvent la femme cède sans sentiment et sans désirs.

L'amour propre domine en général dans le sentiment des femmes, et les sens dans l'attachement des hommes.

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On débite beaucoup d'histoires fausses sur les femmes, mais elles ne sont qu'une foible compensation des véritables qu'on ignore.

Quelle est la femme qui peut se vanter de résister à l'émotion de ses sens et aux instances d'un homme qui lui plaît, réunies à l'occasion ? La plus vertueuse est celle à qui pour cesser de l'être, une de ces circonstances a manqué.

La femme la plus vertueuse est disposée favorablement pour ceux qui sont sensibles à sa beauté, la plus dévote pour ceux qu'elle induit en tentation, (i)

(i) Brantôme rapporte qiC une belle et honnête dajue, se faisant un jour tirer sa chausse à son palet de chambre, elle lui demanda s'il n'entroit pas pour cela en tentation. Le palet de chambre pensant bien dire, répondit que non : elle soudain, haussant la main, lui donna un soufflet : allesi, dit-elle, je vous donne mon congé, vous n'êtes qu'un sot.

On raconte qu'une grande princesse, dans le siècle dernier, étoit flattée des désirs qu'elle

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Un défaut secret est un bien sûr garant de la vertu.

Le dernier degré de l'amour est d'aimer les défauts de sa maîtresse.

Il n'est pas rare de voir des femmes qui n'accordent pas la dernière faveur, celle dont l'amour est l'excuse, celle dont un bonheur mutuel fait le prix, mais qui procurent des plaisirs qu'elles ne partagent pas et qui les dégradent, (i) Elles font pis que si elles avoient fait plus, et elles croient n'avoir donné aucun droit sur elles.

inspiroit à ses pages, et leur donnait de l'argent pour éteindre ailleurs les flammes qu'elle faisait naître.

(ï) Mademoiselle de Vendôme se conduisoit ainsi avec le cardinal de Ret^, d'après ce qu'il rapporte.

« f allai à Anet avec elle. Je n'allai pourtant pas à tout ; et je n'y ai jamais été ; l'on s'étoit fait des bornes desquelles on ne voulait jamais sortir. J'allois toujours très loin, mais je fus arrêté dans ma course par son mariage. »

(Mémoires de Retz, tome I.)

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Le rang, la naissance d'une femme, ses entours dans le monde, sa magnificence, produisent sur la plupart des hommes un plus grand effet que la beauté ; ils- prennent les fumées de la vanité pour les feux de l'amour, (i)

L'intérêt renferme un poison si actif, si subtil, que dès qu'il vient se joindre à un sentiment, il le corrompt et finit par l'éteindre.

Il n'est point de sentiment si vif que l'état de la gloire, les succès, la célébrité n'en puissent augmenter l'ardeur.

Il est des femmes chez lesquelles règne une nonchalance extrême et une bonté d'âme

(i) Aussi quand Von songe que l'on brave, foule, presse, gourmande, abat et porte par terre les draps d'or, les toiles d'argent, les clinquants, les étoffes de soie, avec les perles et pierreries, l'ardeur et le contentement s'en augmentent bien davantage et certes plus qu'en une bergère ou autre femme de pareille qualité, quelque belle qu'elle soit.

(Brantôme, vol. II).

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incompatible avec des rigueurs constantes. Elles n'ont pas la force de résister et le courage de refuser. On ne peut pas dire qu'elles se donnent, elles se laissent aller.

Pour réparer deux métaux, il faut l'intervention d'un autre métal qui ait plus d'affinité avec l'un des deux. Il en est de même en amour. Il n'y a de rupture complète en général, que lorsqu'un autre objet a fait impression sur l'amant ou sur la maîtresse.

Celui qui se désespère de l'idée d'être quitté de sa maîtresse n'auroit pas besoin souvent d'un grand courage pour la quitter.

Les gens de province et ceux qui ne connoissent pas le monde, croient toutes les femmes galantes déterminées par leurs sens ; et tous les gens en place, accessibles à la corruption de l'argent.

La femme la plus intéressée au secret ne

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met aucune importance à toutes les indiscrétions qu'on fait par un excès de passion.

Ce qui choque le plus les femaies dans les témérités des hommes, c'est l'idée que leurs entreprises sont déterminées par l'opinion de leur faciUté; mais si la passion peut en être l'excuse, il n'est pas de hardiesse qu'une femme ne pardonne en secret.

Les femmes galantes sont habituées à défendre pied à pied leur terrein, elles savent le prix de chaque faveur et peuvent s'arrêter.

Une honnête femme est sans calcul et se croit vaincue au plus petit avantage qu'on a remporté sur elle.

La femme galante par coquetterie est habituée à réprimer les plus légers accès de sensibihté. Elle est envieuse, fausse et dissimulée par l'habitude nécessaire de la tromperie. Dans un commerce où l'amour propre seul est en jeu, son explosion doit produire

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des tempêtes, et rien ne peut arrêter une femme qui ne désire que des succès aux dépens de tout ce qui l'environne.

L'acteur sur le théâtre présente une idée d'avilissement et de dégradation, quand on songe qu'un homme cesse d'être lui, qu'il prend des formes qui lui sont étrangères, se pénètre de sentimens qu'il n'éprouve pas, et devient en quelque sorte une machine pour Tamusement des autres. La femme coquette a, comme Facteur, l'habitude de se dépouiller de son caractère pour en prendre un conforme au rôle du moment. Elle sait imiter l'accent de la passion, jouer les fureurs de l'amour et ses .extases, elle sourit sans contentement, elle pleure sans attendrissement : il n'est pas un muscle de son visage dont elle ne connoisse l'effet et ne dirige le jeu. Vicieuse sans excuse, c'est la vanité seule qui jouit des dérèglemens auxquels elle s'abandonne, et comme cette jouissance n'a rien de réel, il n'est point de terme où la coquette puisse s'arrêter, n'étant

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jamais satisfaite. C'est le tonneau des Danaïdes.

Il y a des femmes qui sont belles sans célébrité, et d'autres qui ont l'état de jolies femmes sans aucun titre pour y prétendre. Tout dépend du début et du rôle qu'on a pris en entrant dans le monde.

La femme galante, par la tendresse de son cœur^ ou par l'ardeur de ses sens, cède à l'impulsion de la nature. Elle a une marche, un but. La franchise peut régner dans son âme : ses sentimens sont vrais. Elle éprouve des besoins impérieux et dès qu'ils sont satisfaits, elle jouit d'un bonheur réel qui la remplit tout entière. Uniquement occupée de son objet, elle peut connoître les inquiétudes de la jalousie, mais non les tourmens de l'envie ; une telle femme peut être bonne, facile, indulgente, et son cœur sensible peut allier l'amour et l'amitié.

Une femme vive et passionnée dans

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l'amitié, présente au public l'apparence d'une femme galante, et souvent n'a jamais connu l'amour.

La bonté du cœur, la médiocrité de l'esprit et de la figure, peuvent faire échapper une femme galante à la médisance et à la calomnie, la conduire à travers les plaisirs à une vieillesse considérée.

On a peine à concevoir quelles sont les qualités propres à faire jouer avec succès le rôle d'homme à bonnes fortunes. Il sembleroit d'abord que l'agrément de la figure, l'esprit et tous les avantages extérieurs doivent seuls obtenir des succès ; mais plusieurs se sont distingués dans cette pénible et brillante carrière sans avoir rien de remarquable dans leur figure et dans l'esprit (i).

(i) Le Duc de Lau^iin étoit petit et laid, et il n'est point d'homme plus célèbre dans ce genre, par le rang et la multitude de ses conquêtes. La Reine de Portugal et sa sœur. Mademoiselle d'Aumale, également éprises du plus violent amour pour lui, avoient tiré au sort

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L'imagination des femmes, une fois exaltée par l'éclat d'une aventure, les entraîne vers un homme sans mérite. Ensuite, semblables au statuaire, elles encensent l'idole qu'elles ont créée.

Il est des genres dans la Société qui se perdent ; c'est ainsi que certains poissons, après avoir longtemps abondé sur les côtes disparoissent pour des siècles. Il n'y a plus à proprement parler de fats, de ces fats transcendans, qui primèrent dans la Société, donnèrent des lois sur la parure et les

à qui des deux Vépouseroit. Elles étaient convenues, que, pour lui procurer^ une fortune considérable, celle qui auroit été maltraitée par le sort se ferait Religieuse et donnerait tout son bien à l'autre. Il n'y a rien d'aussi flatteur peut-être dans les annales de la galanterie. Mademoiselle avait voulu l'épouser publiquement, et cette passion, par sa vivacité, et ensuite par le refroidissement de son amant, a fait le malheur de sa vie. Le Duc de Lau^un avait eu les faveurs de femmes qu'il avait disputées au Rai. Mademoiselle convient qu'il écrivait mal, et revient toujours à dire qu'il avait des manières extraordinaires ; il semble que ce sait là ce qui lui plaisait le plus dans son amant.

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modes, qui subjuguèrent les femmes et en imposèrent aux hommes par l'audace et les succès, et dont la jeunesse s'empressoit de copier les manières et d'imiter le ton. Tels étoient Vardes et Lauzun. Il y a de la fatuité parmi les hommes, parce que la présomption domine plus ou moins. Mais le fat d'une Société est souvent un homme modeste dans une autre, il faut, pour remplir ce rôle d'une manière distinguée, réunir aux avantages extérieurs Tesprit et l'audace, et être placé dans une certaine élévation. Quelque vicieux que soit l'emploi des talens d'un fat, ils n'en existent pas moins : mais les modèles manquent dans ce genre comme dans beaucoup d'autres.

Les gens à bonne fortune par métier commencent à passer de mode : l'extrême liberté de la Société qui fait disparoître les obstacles, diminue l'ardeur des désirs et le prix de la conquête. Cette liberté affoiblit l'envie de plaire et détruit la galanterie. Les jeunes gens qui entrent dans le monde

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séduits par la lecture des Romans, excités par les récits des avantures galantes de la génération précédente, s'empressent d'essayer leur mérite par quelques entreprises. La paresse bientôt les retient dans les mêmes chaînes, que l'habitude resserre ; on voit beaucoup d'arrangemens auxquels il ne manque rien du mariage, pas même l'ennui d'une vie uniforme. Il y a moins de bals, de fêtes, de grandes occasions propres à réveiller la vanité et à lui offrir des triomphes. Le goût des plaisirs faciles contribue encore à enlever aux femmes une foule d'adorateurs.

La galanterie est à l'amour, ce que la politesse est aux vertus sociales. Elle est son imitation et son supplément.

Les femmes qui ont passé l'âge de plaire, ne savent comment remplir le vide qu'elles éprouvent. Leur imagination est obscurcie de vapeurs qui naissent du désœuvrement de l'esprit et de la langueur de Tâme.

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Il est un degré d'amour qui inspire une aveugle confiance en l'objet aimé, incompatible avec la jalousie.

La raison ne peut rien contre le sentiment. De là vient que les lieux communs de l'amour, répétés depuis deux mille ans, les protestations, les sermens, produisent toujours leur effet. Une femme amoureuse tremblera toujours que son amant ne se perce les yeux dans un moment de désespoir.

On aime de toute sa force dans sa jeunesse, et de toute sa foiblesse dans un âge avancé.

Un homme véritablement amoureux est moins entreprenant, que celui qui ne cherche qu'à satisfaire ses désirs ou sa vanité. Les raisons n'en sont pas difficiles à trouver. Il ne faut que connoître la nature et le siège du sentiment qui l'anime. L'amour règne sur l'âme, le cœur et les sens ; c'est la

domination d'un objet sur toutes nos facultés ; l'amour consiste dans une préférence exclusive, arrachée plutôt que donnée. Celui qui est véritablement épris, ne sait pas ce qui lui plaît le plus dans la personne qu'il aime : il ne distingue rien, il ne sépare rien dans son affection. On aime avant de le savoir, avant de s'en rendre compte ; c'est par le trouble, c'est par le désordre qu'excite la présence de la personne aimée, qu'on reconnoît son empire, plutôt que par les désirs. On n'a pas la jouissance de son esprit, il est éteint par le sentiment. Ce n'est point de l'esprit, c'est de l'âme que partent alors les pensées et les expressions. Tous les mouvemens se croisent, se confondent. On bégaye, on s'arrête, on pâlit, on rougit, comme dans la colère. Tel est le caractère de l'amour.

Et dans les doux transports où s'égare son âme, Il ne sauroit trouver de langue ni de voix.

Comment s'assurer d'être véritablement aimé ? La plupart des symptômes de l'amour

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sont équivoques. Votre amant a de la jalousie, Hortense ? L'amour propre suffit pour exciter toutes ses fureurs. Vous ne voyez aucun refroidissement dans ses désirs ? j'en conclurai que ses sens ont de l'ardeur. Il est sans cesse auprès de vous ? L'empire de l'riabitude peut déterminer son assiduité. Ses yeux se remplissent de larmes lorsqu'il vous parle de sa tendresse ?Les bons auteurs en savent verser en abondance. Ses lettres sont remplies de sentimens et de chaleur? Les Poètes et les Auteurs de Romans en écrivent de brûlantes. Il est peut-être un moyen de juger de la vérité de ses sentimens. Dans vos longs entretiens, vous parle-t-il plus de vous que de lui ?

L'imagination dans plusieurs personnes, dans les femmes surtout, fait l'office du cœur et des sens ; leur tête est échauffée de l'idée d'un objet, tandis que leurs sens tourmentés se taisent, et que leur cœur vide et froid n'éprouve aucune tendresse. Cette fausse passion, qui n'a rien de solide, peut

être durable, si Thabitude vient s'y joindre.

Le combat du sentiment et de la pudeur est ce qu'il y a de plus touchant et de plus flatteur pour un homme amoureux.

Celui qui aime, sans être payé de retour, est plus sûr que tout autre d'aimer vérita- |

blement.

Un homme passe sa vie chez sa maîtresse. Sa femme meurt ; on le trouve heureux de pouvoir suivre en liberté son penchant, en s'unissant à l'objet de son affection. Mais si cet homme qui est habitué à sortir de chez lui tous les jours à quatre heures, se marie à sa maîtresse, où ira-t-il en sortant de chez lui ?

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