DE L'ESPRIT DES FEMMES
Il semble que l'esprit des Femmes n'ait pas assez de force pour ne s'attacher qu'aux choses. Elles y joignent presque toujours un objet sensible. La haine ou l'amour des personnes détermine toutes leurs actions et se joint à tous leurs intérêts. Elles n'accusent pas du mauvais succès d'une affaire, les circonstances et les obstacles qu'elle présente par sa nature, mais elles s'empressent de s'en prendre à quelqu'un. Les choses leur plaisent par les personnes dont elles viennent. La prévention et la passion régnent dans leurs sentimens et leurs actions, Leur entretien a pour objet principal les personnes. Elles parlent moins de l'homme que
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d'un tel homme qu'elles analisent, décomposent, définissent avec une sagacité étonnante. Lorsqu'on a recours à l'appui d'une femme, à son crédit, pour le succès d'un projet, il faut se garder de lui parler des obstacles qui dérivent de la nature même du projet, ou de l'état des affaires. L'habileté consiste à profiter de son penchant à aimer et à haïr ; à lui persuader que les obstacles n'ont d'autre principe, que la volonté et l'opposition d'un homme en place. C'est alors qu'une femme agit avec chaleur et constance, qu'elle n'écoute plus de raison, s'irrite et se roidit contre les difficultés : un simple intérêt s'est changé en passion, et le succès de l'affaire n'est plus douteux.
L'imagination est la partie dominante de l'esprit des femmes. Leur Dictionnaire par cette raison est plus étendu que celui des hommes. Elles trouvent des rapports entre les objets les plus distans. Leurs comparaisons sont vives, frappantes, et rendent sensibles les choses les plus abstraites.
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Les femmes ne remontent que rarement aux causes, mais devinent les effets d'une manière prophétique. Leur conception fine et délicate, leur fait appercevoir une foule de circonstances qui déterminent ou empêchent les succès.
La science de la morale est la partie où leur esprit s'exerce avec le plus d'avantage. Les foiblesses du cœur leur sont connues, et par la sagacité de leur esprit, et par l'expérience. Le cœur de l'homme est leur domaine. Les prétentions les plus cachées ne peuvent leur échapper. L'amour-propre, la vanité n'ont point de replis obscurs où leur lumière ne pénètre. C'est par cette raison qu'elles démêlent et rendent sensibles les ridicules les plus cachés. La finesse de leur tact ne les rend pas moins habiles à discerner le mérite. L'homme médiocre doit trembler en paroissant devant une Femme d'esprit.
Il y a en général peu d'ordre dans leurs
idées. Tantôt elles voient les objets sous une face, et tantôt sous une autre ; elles savent en parer les divers aspects des plus brillantes couleurs. L'esprit des Femmes les plus célèbres ressemble quelquefois à la lanterne magique. De là vient qu'il s'est trouvé dans les Femmes d'un esprit supérieur un certain dérèglement qui présentoit l'idée de la folie.
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