‹ Considérations sur l'esprit et les moeursChapitre 27 sur 67 · DE L'EDUCATION · texte numérisé non relu

DE L'EDUCATION

On a beaucoup écrit sur l'éducation, et depuis Rousseau, plusieurs auteurs se traînent sur ses traces, mais ils n'ont ni sa logique pressante, ni son style énergique. Que peut-il résulter de ces livres, lorsque les mœurs sont en contradiction avec les principes ?

Un instituteur s'efforce de porter son élève à la vertu ; mais à peine sorti de ses mains, le monde qu'il fréquente le met en commerce avec des fripons. A mesure qu'il avance en âge, il lui est démontré de plus en plus, qu'ils obtiennent fortune, considération, succès. Il reçoit des préceptes de

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vertu dans un âge où leur étude contrarie ses amusemens : il les écoute avec indifférence. Il reçoit l'exemple du vice dans un âge où les passions soutiennent éloquemment sa cause. Que devient l'éducation ?

Une mère, une gouvernante, répètent à une jeune fille prête à se marier, que la fidélité à son mari est un de ses premiers devoirs. Elle n'a pas soupe trois fois en ville qu'elle entend parler de la galanterie de la plupart des femmes avec lesquelles elle vit. Ces femmes sont considérées, citées, recherchées. Les livres qu'elle lit, les vers, la prose, la conversation, tout lui parle d'amour, d'amant. Comment la curiosité seule ne la porteroit-elle pas à savoir ce que c'est que cet Etre si intéressant qui occupe le cœur et l'imagination des femmes, qu'un amant enfin ? comment conserverat-elle pour son mari un sentiment qu'il faut dissimuler, et qui est un objet de moquerie, tandis que l'amour propre entre dans tous nos sentimens ?

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Une femme est respectée, son suffrage est brigué, on se vante d'être admis dans sa Société, ses jugemens sont des lois, une génération entière a consacré la considération dont elle jouit. Quelle est la jeune femme qui n'aspire pas à jouir dans sa vieillesse d'une aussi flatteuse existence ? Elle croit que la plus sage conduite est le moyen de la mériter ; elle entend réciter les aventures scandaleuses d'une femme du même nom ; et c'est de cette femme considérée, respectée, qu'il est question. Son étonnement est extrême. Est-ce la peine de se gêner ? voilà quelle doit être sa réflexion.

L'amour de la propriété, l'habitude et la vanité, sont les élémens constitutifs de l'amour paternel. Peu de pères songent au bonheur de leurs enfans, et tous désirent leur élévation et leur fortune.

Un père cache à ses enfans sa tendresse dans leur bas-âge et leur jeunesse, par la crainte qu'ils n'en abusent ; il contrarie leurs

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goûts et se voit forcé de montrer le visage sévère d'un maître, lorsque son cœur le porte à prodiguer les caresses d'un père. Un tems vient où l'âge les rapproche de lui; mais alors leurs goûts, opposés aux siens, les en éloignent. Le sort d'un père en général est de ne voir dans ses enfans que des êtres craintifs ou indifférens.

Un enfant peut être pendu et déshonorer sa famille, voilà la dernière chance du malheur pour un père. Quelle est celle d'un bonheur équivalent ?

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