‹ Considérations sur l'esprit et les moeursChapitre 28 sur 67 · DE L'HOMME AIMABLE · texte numérisé non relu

DE L'HOMME AIMABLE

Si l'on remonte à l'origine du mot Aimable, il doit signifier ce qui est à aimer. Cependant il ne réveille pas Tidée de ce qu'on doit aimer, mais de ce qui plaît. Les qualités qui produisent cet effet paroissent être purement relatives ; et l'homme aimable d'un siècle, d'un pays, ne ressemble pas à celui d'un autre tems, d'un autre pays. Alcibiade étoit aimable aux yeux d'un peuple volage, ardent, sensible aux agrémens extérieurs. Le duc deBeaufort, grossier dans son langage, et qui étoit beau sans noblesse, comme un homme du peuple, étoit l'Alcibiade des halles. Tous les deux se conformoient aux manières du peuple qu'ils vou-

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loient séduire ; tous les deux tachoient de le diriger en flattant ses penchants. L'homme aimable doit avoir un caractère mobile, qui se prête à tous les goûts. Rien ne doit faire sur lui d'impressions durables, la flexibilité, la souplesse constituent son être. Il est nécessaire qu'il ait de l'esprit, mais de quelques degrés seulement supérieur à celui des personnes avec lesquelles il vit; il ne faut pas qu'il surprenne mais qu'il plaise et qu'il réveille. Comme le but qu'il se propose est l'amusement, et ' souvent la séduction, l'homme essentiellement aimable par caractère et par rôle, ne doit pas avoir de principes. S'il étoit arrêté par la crainte de nuire, par celle de ternir les réputations, il seroit moins plaisant, il perdroit mille occasions de flatter la malignité humaine. Il faut qu'il soit susceptible d'être intéressé, sans avoir un sentiment; qu'il ait de l'esprit, sans profondeur, de la complaisance, sans bienveillance ; qu'il oflre les apparences de l'amitié et le mensonge de l'amour, qu'il sacrifie tout au plaisir du

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moment. Un tel être n'existe que dans une grande capitale, qu'en France peut-être.

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