DU CARACTERE
// en est des qualités qui composent le caractère, comme des couleurs qui s'altèrent et changent entièrement par le mélange. C'est cette mixtion et ce résultat qui exigent l'apperçu le plus suUil.
Cf. Vauvenargues. Introd. à la connaissance : o On dit d'un homme qu'il n'a point de caractère, lorsque les traits de son âme sont foibles, légers, changeans ; mais cela même fait un caractère, tt l'on s'entend bien là-dessus. »
St-Evremond, Sentiment d'un habile et honnête courtisan sur cette vertu ricride et ce sale intérêt : « Comme il y a peu de pleines vertus qui puissent tout à fait vous satisfaire, il y a peu de vices extrêmes qui doivent vous aigrir avec raison. D'ailleurs, si on trouve des défauts au plus honnête homme, quand on l'étudié bien, on découvre quelque chose de bon en celui qui l'est le moins, quand on se donne la peine de le connoître. On voit rarement dans les hommes que tout soit vertu, tout soit vice: les bonnes et les mauvaises qualités sont confondues, et un discernement délicat peut faire la séparation de ce mélange. »
Pour bien connoitre le caractère d'un homme, il est nécessaire non seulement de connoitre ses penchans, ses qualités et ses défauts, mais de fixer les degrés de chacun. Par ce moyen, on pourroit assigner presque avec certitude sa conduite dans une circonstance donnée.
C'est à peu près la définition de Stendhal, Vie de Henri Bridard : « J'appelle caractère d'un homme, sa manière habituelle d'aller à la chasse du bonheur,, en termes plus clairs, mais moins significatifs, l'ensemble de ses habitudes morales. »
Voici la définition de Duclos, op. cit., cap. XIII : a Le caractère est la forme distinctive d'une âme d'avec une autre, sa différente manière d'être. Le caractère est aux âmes ce que la physionomie et la variété dans les mêmes traits sont au visage.
La plupart des hommes n'ont que des accès de passions , ce qui produit V inconséquence dans la conduite et les sen~ timens.
Cf. Pascal : «■ Condition de l'homme : inconstance, ennui, inquiétude. »
Et de Montaigne, Essais, ii, i, tout le fameux chapitre de l'inconstance de nos actions.
C'est à tort qu'on reproche aux hommes des actions ou des sentimens contraires à ceux qu'ils ont exprimé il y a peu de temps. On les croit faux, et ils ne sont que changeans.
Comme Montaigne, comme Pascal, Sénac insiste fort sur cette inconstance de l'homme, et à rencontre des moralistes rationalistes tels que la Rochefoucauld, qui pourtant a écrit, visiblement inspiré ici par Descartes : « Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé qui meut et tourne imperceptiblement notre volonté : elles roulent ensemble et exercent successivement un empire secret en nous ; de sorte qu'elles ont une part considérable à toutes nos actions, sans que nous le puissions connaître. »