‹ Considérations sur l'état ecclésiastiqueChapitre 10 sur 19 · VI · texte numérisé non relu

VI

lii sunt, qui cum nuilicribus uon siint coinquinati : rirgincs cnim sunt. Ili scqiumlur Agnum quocnmquc icrit. Ili empli sunl ex hominibus primitiic Deo, et Agno. yJf/oc. xtv, 4*

■ Et conlinuo vcncrunt discipuli cjus : et mirabantur quia cum muHcre loqucbalur. Joan. iv,

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nous fait enseigner pai' son Apôtre que la continence \irginale est préférable même à la cliasteté conjugale '. Nous voyons d'un autre côté le vice contraire être celui qui semble lui déplaire le plus fortement. Les eaux du déluge, les flammes de Sodome ont laissé sur la terre des monumens continuellement subsisLans de l'iiorreur dont Dieu est pénétré contre l'impureté. Toutes les passions sont criminelles, sans doute ; mais Tincontinence a ce vice particulier, qu'à la suite de son propre crime elle en traîne un grand nombre d'autres. C'est celle qui aveugle le plus, qui abrutit le plus, qui ôte le plus toute réflexion, qui bannit le plus tout égard, qui anéantit le plus tout respect, qui brise le plus tout frein. Elle viole le droit des gens, comme les Sicliimites envers Dieu : elle foule aux pieds les droits du sang, comme Tincestueux Ammon : elle ravale la dignité de Tétai, comme la femme de Putipbar : elle avilit la gravité de la magistrature, comme les vieillards de la Captivité : elle dégrade la majesté du trône, comme David : elle ré-

' V. i Cor. VIT.

SUR l'état ecclésiastique. 2i5 vêle les secrets les plus importans, comme Samson : elle sacrifie le soin même de la vie, comme Zambri : elle souille jusqu'aux fonctions sacerdotales, comme les enfans d'Héli.

Hélas ! nous venons d'énoncer ce qui est l'objet de notre plus profonde douleur.

Quoi ! les barrières sacrées qui défendent le sanctuaire sont elles-mêmes forcées par le violent effort de cette terrible passion ! Non, l'onction sainte qui coula sur nous dans l'ordination n'a pas éteint ce feu profane qui coule dans nos veines depuis le premier péché. Le caractère sacré qui y fut imprimé dans nos âmes n'a pas effacé le sceau de corruption qu'y avait gravé la chute d'Adam. Cette déplorable effervescence d'une nature viciée nous accompagne partout. Elle pénètre jusque dans les saints asiles des solitaires. Elle poursuivait au fond de leurs déserts les plus austères anachorètes. Elle nous persécute jusqu'au pied des autels. La perfection la plus éminente ne nous garantit pas de ses illusions. Paul, ce vase d'élection, éprouvé par tant de travaux, doué de tant de vertus, comblé do lantdegràces, honoréde tantde révélations.

transporté jusqu'au troisième ciel, Paul sent encore au dedans de lui, avec douleur et avec crainte, cet aiguillon de la chair, cet ange de Satan, qui l'agite et le tourmente. En vain demande-t-il trois fois au Seigneur d'en être délivré. Tout ce qu'il obtient es la promesse de la grâce qui l'en fera triompher ' . Cet ennemi intérieur est l'auxiliaire le plus assuré du démon. Comme de tous les vices c'est celui auquel la nature corrompue est le plus inclinée, c'est aussi celui qui est l'objet de ses plus fréquentes et de ses plus vives tentations. Mais c'est surtout contre 1 es prêtres qu'il dirige , et qu'il redouble ses attaques. La chute du chef lui facilite la victoii^e sur le reste de l'armée. Le rempart abattu lui ouvi'e la conquête de la place. C'est donc contre ce point principal d'attaque que nous devons principalement tourner notre défense.

C'est vers ce côté faible que nous devons

' Et ne magnitude revelationum extollat me, datus est mihi stimulus carnis meae, angélus satan£e, qui mecolaplilzet. Propter quod ter Dominum rogavi ut discederet a me. Et dixit milii : Suflicit tibi gratia mea : nam virtus in infirmitaie perficitur. Il Cor. XII, 7, 8, 9.

surtout porter notre attention, nos précautions et nos efforts. Une pureté plus sévère encore que celle du commun des fidèles nous est nécessaire, et par conséquent prescrite. S'il est vrai, et il est impossible d'en douter, que la pureté du corps coatri- Lue à la sainteté del'àme, nous qu'une consécration spéciale a dévoués à une sainteté qui soit le modèle de celle des laïques, nous sommes tenus à une chasteté plus exacte encore que la leur. Si, comme le déclare S. Paul, les cliréticns sont les temples de l'Esprit saint, astreints à ce litre à une i^rande pureté', nous qui en sommes le sanctuaire, à quelle haute pureté ne som- 3Mcs-nous pas obligés? La volonté absolue du Seigneuj- est que tout fidèle se sanctifie, jvir la fuite de la fornication ; et qu'il possède le vase fragile dans lequel il porte son àiue dans l'honnêteté et la sainteté'. Il

■ Nescilis quin leinplum Dci estis, cl Spiritus Dei liabilat in vol)is? Si qiiis aiitcin tcmpluin Dci violavcrit, dispcidcl illuiu Dciis. Tcmpluin cniin Del sanctuin est, quod estis vos. I Cor. ni, 16, 17.

* Ilicc est cuini voluntas Dci sanclificatio vesira : ut abstincatis vos a foruicalionc, ut sciât unusquisque veslrum vas suuni possidorc in sanclificationc

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nous est prescrit bien plus impérieusement encore de nous purifier entièrement, nous qui sommes à un litre spécial les vases du Seigneur'. Il nous défend de faire de vases consacrés à son service des vases d'ignominie ; comme faisait ce roi impie de Babylone, qui employait à se« plaisirs les vases du temple de Jérusalem. Cette chasteté que S. Paul i-ecommandait au disciple qu'il avait établi évéque d'Ephèse, et dans lui à tous ceux qui exerceraient le saint ministère ^, est, selon S. Jérôme, une chasteté propre à leur état, une pudeur sacerdotale, une fleur d'innocence si délicate, que le plus léger souille la ternit. Ils doivent s'abstenir, non-seulement des actions honteuses qui souillent le corps avec l'àme, mais de tout ce qui peut y conduire ; de tout ce qui y a le moindre rapport ; de tout ce qui peut en donner le plus léger soupçon. Ils doivent réprimer avec un soin attentif l'indiscrétion de leurs regards ;

et honore ; non in passione desiderii. / Thessal. IV, 3, 4, 5.

' Mundamini qui fertis vasa Domini. Is. mi, i i .

'■ Teipsum castum custodi. / Timoth. v, 22.

sui\ l'état ecclésiastique. 219 commander à leurs paroles une enlière circonspection ; imprimera leurs manières une décence et une gravité continuelles ; s'interdire toutes complaisances sensuelles; éviter toute familiarité, ou dangereuse, ou suspecte. Ils doivent veiller singulièrement sur leur esprit et sur leur cœur ; en fermer soigneusement l'entrée à toute pensée, non-seulement déshonnête , mais libre; étouffer dès le premier moment celles qui pourraient s'y élever. Peut-il avoir l'audace de monter au saint autel, le prêtre qui se sent la conscience chargée de ce crime ? Car dans cette matière tout est criminel. Les pensées mêmes non réprimées et consenties sont des péchés graves ! Ose-t-il d'une bouche d'où sont sorties des paroles licencieuses, proférer les paroles sacrées qui font descendre du ciel la Victime sans tache ; porter sur elle des regards qui ont erré sur des objets licencieux; la tenir, et l'offrir au Père céleste dans des mains qui n'ont pas une entière pureté? I'2t de quel front se préscntera-t-il dans la 1 iiaire de vérité, pour tonner contre un péché dont il ne sera pas totalement

exempt? Persuadera-t-il la chasteté, s'il est coupable, ou soupçonné du yice contraire ; si ses discours trop libres, si ses manières peu réservées, si ses liaisons dangereuses, si ses familiarités peu convenables, le font accuser d'en manquer? Inspirera-t-il de l'impureté l'horreur dont on ne le croira pas pénétré?

Si la pureté sacerdotale doit être plus qu'humaine, quelle doit-elle donc être?

Ne craignons pas de le dire, elle doit être une pureté angélique. Non, nous ne dégradons pas ces purs esprits, quand nous osons nous comparer à eux. Ne sommesnous pas chargés de fonctions semblables à celles pour lesquelles Dieu les députe? Ne sommes-nous pas les anges terrestres à qui Dieu confie ses serviteurs, pour les éclairer, les exciter, les encourager, les fortifier, les diriger, et les conduire à cette gloire éternelle dans laquelle il les attend? N'avons-nous pas droit de nous appliquer ce que dit des anges le grand Apôtre?

Nous sommes comme eux des esprits administrateurs, envoyés pour exercer le ministère en faveur de ceux qui sont des-

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linés à être les héritiers du salut'. Revêtus du même ministère, honorés des mêmes fonctions, tenus aux mêmes devoirs, nous sommes appelés à la même pureté.

Puisqu'à tant d'égards nous sommes ce qu'ils sont, nous devons nous efforcer de l'être en tout. Nous ne pouvons encore égaler leur bonheur : mais nous devons y tendre , et, pour l'atteindre, travailler à égaler leur vertu. Nous devons nous montrer à la terre ce qu'ils sont dans le ciel. Nous devons nous y rendre purs, comme si nous étions déjà au milieu d'eux.

Et n'est-ce pas évidemment l'intention de l'Église que nous ayons dans ce monde l'état et la vertu que nous partagerons dans l'autre avec les esprits célestes? Elle veut que dès à présent nous nous rendions ce que deviendront les justes après la résurrection. Us n'épouseront ni ne serontépousés, dit le divin oracle, mais ils seront comme les anges du ciel*. L'Église nous

' Nonne oinncs sunt arlminislratorii spiriliis, in niinislcrimiî niissl proptor cos qui haciedilatem copient salulalis? Hebr. i, i^.

' In rcsurcctione onini, no(iiie uubcnt, ncqiie

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croirait souillés même par l'usage légitime (Ju mariage. Une loi antique^ et bien précieuse, confirmée par l'engagement solennel que nous prîmes à notre admission dans lès ordres sacrés, nous astreint, non-seulement à la chasteté, mais à une continence absolue. Celui qui en venant au monde n'a voulu descendre que dans le sein d'une vierge, veut de même ne descendre sur ses autels que dans des mains virginales. Oh! combien elle est sage , utile et salutaire , cette législation qui interdit la réunion des sacremens de l'ordre et du mariage; qui élève un mm* de séparation entre l'autel et le lit nuptial ! Quel respect elle imprime au peuple pour ses pasteurs entièrement séparés de toutes les allections charnelles I Quelle confiance elle inspire aux malheureux pécheurs de venir chercher le remède à leurs faiblesses auprès de ceux qui ne les partagent pas! Avec quelle force elle attache uniquement à son ministère celui qu'elle détache de toute sollicitude mondaine ; qu'elle délivre du devoir de plaire

«ubentur : sed criinl sicut Augeli Dei in cœlo. MatÛi. XXII, 3o.

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à une épouse, pour l'appliquer uiiicpiemcnt au service de Dieu; et [)Our qui elle réunit et fixe sur un seul et niéme point ses attacliemens avec ses obligations' !

Ce n'est pas seulement l'Église qui nous prescrit cette extrême pureté. Le monde même, et le monde le plus dissolu, nous en fait un devoir essentiel. Aussi sévère pour nous qu'indulgent pour lui-même, ce qu'il se permet, il nous l'interdit. Ce que dans lui-même il regarde à tort comme des légèretés et des bagatelles, il le traite dans nous, et avec raison, de profanation et de sacrilège. La l'éputation d'incontinence flétrit un prêtre, lui enlève toute confiance, le livre au mépris et à la raillerie universelle. En vain espérerait-il écliapper à la censure publique par le secret de ses actions; et dérober aux regards ses incontinences, en les tenant cacbées dans une profonde obscurité. Tro[) d'yeux sont ouveilssur lui, pour qu'il puisse les éviter

' Volo autem vos sine solliciluJine esse. Qui sine lixorc est solliciliis csl qiiœ Doiiiini siint qiiomodo placeat Dco. Qui aiilcm ciiiu uxorc est, soîlicitiis est qtioc sunt iiuiiidi, quomodo placcal iixori, cl divisus est. JCor. vri, §2, 33.

2 2/^ CONS!DÉR4tiONS

tous. Trop d'observateurs l'environnent, pour qu'il ne soit pas bientôt découvert par quelqu'un d'eux. Le voile dont il s'efforce de couvrir ses fautes sera promptement déchiré, et elles ne tarderont pas à être produites au grand jour. Et ce n'est pas seulement la curiosité qui l'observe : c'est la malignité ; la malignité, qui cherche continuellement pâture à ses railleries; qui ci'oit facilement le mal, et le publie légèrement ; qui le voit même souvent où il n'est pas : qui se plaît surtout à étendre et à répandre ses soupçons et ses sarcasmes sur les ministres de l'autel. Craignons de donner prise aux traits envenimés de ses médisances, et même de ses calomnies. Evitons avec une précaution continuelle, non-seulement le mal, mais ses moindres apparences ; nonseulementles actions et les paroles qui blessent la pudeur, mais celles qui paraissent l'altérer; non-seulement ce qui cause du scandale, mais tout ce qui pourrait faire naître quelque soupçon.

Quand le prêtre taché d'impureté supposerait, contre toute vraisemblance, qu'il est en son pouvoir de soustraire ses péchés aux regards des hommes, se fialterait-il

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aussi de les caclier à ceux de Dieu? Espérerait-il échapper à cet oeil qui voit à travers les plus épaisses ténèbres ; qui pénètre au fond des abîmes; qui suit les secrètes pensées jusque dans les replis les plus intimes de la conscience'? Non, il lui est impossible d'éviter, et la toute-science de Dieu, et sa justice. 11 ne peut pécher que sous cet œil ouvert pour le contempler, et sous ce bras étendu pour le punir : et il a pour témoin nécessaire de ses désordres celui qui doit en être le vengeur.

Le maintien de la chasteté est pour tout fidèle, et surtout pour le prêtre, un devoir

• Omnis hoino qui Iransgreditur leclum suuiii, conteninens in animain snam, et diceiis : Quis me videt ? Tencbrœ circuindaul me, et parietes cooperiunt me, et neiiio circumspicit me : quem vereor ? delictorum meorum non memorabitur Ahissimus. Et non inlelligil quoniam omnia videt oculus illius, quoniam expcUit a se tlmoicm Dei hujiismodi liominis liinor, et oculi liominiim timentes illuiii. Kl non cognovit quoniam oculi Doinini miiilo plus lucidiorcs sunl super solem, ciicumsplcientes omnes vias liominum, el piofundunî abyssi et hominum corda iiiliicntcs in absconditas partes. Domino enim Deo antcquam crearentur, omnia sunt aguita :sic et postpcrfectum respicit oimmi. Eccli, XXII, 25 et seq.

essentiel. Il n'y en a aucun, même des plus dissolus, qui ose le constester : mais en même temps il n'y en a aucun, même des plus pieux, qui n'éprouve la difficulté de le remplir. La vei'tu la plus importante à conserver est malheureusement la plus facile à perdre. Le trésor si précieux de l'innocence, c'est dans un vase fragile que nous le portons'. Que de soins nous sont nécessaires pour le tenir toujours dans son entier ! que de précautions nous devons apporter pour le préserver de tout accident ! <jue de combats nous avons à livrer pour le défendre contre l'ennemi qui s'efforce sans cesse de le briser ! C'est particulièrement contre le vice impur, que notre vie est une guerre continuelle*. De tous les ennemis, le plus dangereux est celui qui attaque en séduisant; qui plaît en même temps qu'il ruine; qui, à la force joignant l'illusion, Ole jusqu'à la volonté de résister. Corabiistibles au point, où nous l<f sommes , nous

' Habemus thesaurum istura in vasis fictilihiis. // Cor. IV, 7.

^ Militia est vita hoininis super terrain. Job,

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