XVIII, I
- Pei- omnein oratiouem et obsecratioiiem oraules omni tempore in spirtu. Ephes. vi, 18.
Orationi inslate, vigilantes in ea in gratiaruni actione. Coloss. iv, 2.
^ Non impediaris orare semper. Eccli. xvni, 22.
* Omni tempore benedic Deum : et pete ab eo, ut vias tuas dirigat ; et omnia consilla tua in ipso permaneant, Tob. iv, 20.
^ Yespei e et mane et meridie narrabo et annuntiabo : et exaudiet vocem meam. Ps, liv, 18.
par la respiration : l'àme, qui vit tle la grâce, doit l'attirer de même par la prière. Ministres du culte divin , chargés par étal d'offrir les vœux des peuples avec les nôtres, revêtus d'un pouvoir spécial pour les faire agréer, c'est nous qui sommes principalement tenus à cette continuité d'oraison. ÏSlotre ministère cesse en quelque sorte, quand nous cessons de prier.
Ce n'est pas cependant dans le sens strict et littéral que ce précepte doit être entendu, même par nous. En remplissant la totalité du devoir, gardons-nous du scrupule qui l'outre-passe et le rend impraticable. Lia ])rière ne doit, ni ne peut même être dans l'homme une action continuellement prolongée. Elle peut, elle doit être dans le prêtre un état habituel constamment soutenu. L'habituJe de la prière, l'esprit de prière, voilà ce que Dieu exige de nous. Cet esprit d'oraison doit nous accompagner partout : dans nos fonctions, pour les animer; dans nos études, pour les faire fructifier ; dans le monde, pour i'édilier; dans nos actions les plus indiiïcj'entes, pour les olïVir à Dieu ; dans nos récréalions même, |)0ur les sanctifier. Cette
habitude, comme toutes les autres, ne se contracte, et ne se maintient que par des actes fréquemment répétés. Mais ne nous en effrayons 'pas. Si nous aimons véi-itablement Dieu, il nous sera doux de nous entretenir souvent avec lui; et sa grâce, que nous attirei'ons par nos prières, nous les rendra plus agréables encore. Et que peuvent donc avoir de pénible de courts et rapides élancemens de Tàme vers Dieu?
Car ce ne sont pas de longues oraisons habituelles qui nous sont commandées. La multiplicité même des genres de prière nous en facilite l'usage. Laderaiande d'une grâce, un remerciment d'en avoir obtenu, la contemplation des grandeurs divines, un regret des péchés, un acte, ou de foi, ou de charité, ou d'humilité, ou de résignation, ou de toute autre vertu, sont de véritables et de méritoires oraisons. Le désir même de prier est reçu comme une prière par celui dont l'oreille entend jusqu'à la préparatioQ du cœur '.
Ils sont donc aussi déraisonnables dans
' Praeparationem cordis eorum audivit auris tua.
Ps. X, ir.
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leur prétexte, que "coupables dans leur omission, ceux qui, pour se dispenser de la prière, allèguent la multiplicité de leurs fonctions, et qui prétendent que la continuité de leurs travaux ne leur laisse aucuns momens à employer en oraison. Pour juger de la futilité de cette excuse, il n'y a qu'à considérer quels sont ceux qui la jn'oposent. Vous ne l'enlendrez jamais sortir de la boucbe de ces prêlres religieux que distingue l'assiduité aux devoirs de leur ministère. Ce sont, au contraire, les prêtres les moins occupés qui ;se plaignent du poids de leurs occupations. Ce sont les plus dissipés qui ne trouvent pas le temps de se recueillir. Oue ceux qui tiennent ce répi'éhensible langage emploient en oraison tout le temps qu'ils perdent sans rien faire, ou qu'ils consument en frivolités : l'oraison sera la plus longue de leurs fonctions.
Sans doute l'esprit de prière, quelque continu qu'il soit, ne doit jamais nous absorber au ])oint de nous faire omettre les devoirs auxquels notre état nous astreint. Un objet principal de nos prières est de nous rendre plus dignes et plus coupables
d'exercer nos saintes et pénibles fonctions. 11 se rendrait donc coupable le ministre qui em])loIerait à l'oraison le temps qu'il doit à l'exercice de son ministère. 11 intervertirait l'ordre de ses obligations : il manquerait à Dieu, qui les lui a imposées ; à son peuple, à qui il en est redevable. La pratique d'une prière non interrompue est le privilège de ces pieux solitaires, qui, au fond de leurs asiles sacrés, élèvent sans cesse leurs vœux vers le Seigneur. Mais notre ministère ne nous permet pas cette continuelle consolation. 11 nous oblige, non-seulement à prier pour le salut de nos frères, mais à y travailler. Nos supplications y sont utiles, mais insuffisantes. Nous devons joindre nos prières à nos fonctions ; nous préparer aux fonctions par la pi-ière, et ensuite par la prière nous délasser des fonctions; agir comme Marthe pour l'œuvre du Seigneur, et avec Marie venir nous reposer à ses pieds. Et comment ose-t-on opposer deux obligations qui, dans Tesprit de l'Eglise, et d'après ses règles, sont intimement et constamment unies? Les saintes cérémonies qui confèrent la grâce ne sont jamais
SUR l'état ecclésiastique. 2o3 séparées de l'oraison qui l'attire. Il n'y a pas dans le ministère une fonction publique qui ne soit accompagnée de prières, beaucoup ne s'exercent que par des prières : le saint sacrifice en est composé ; les l'its des sacremens sont des supplications ; îa prédication de la parole divine est toujours précédée d'une invocation. Loin d'éloigner les prêtres de la prière, leurs fonctions les y rappellent sans cesse.
Cet esprit d'oraison, cette habitude, ce goût de la prière, qui animent le prêtre religieux, le lamènent chaque jour à un pieux exercice souverainement important, et pour lui-même et pour son ministère. C'est celui de la méditation, autrement appelée l'oraison mentale. Il commence toutes ses journées par se mettre en la présem u; de Dieu , et par méditer devant lui, pondant un temps déterminé, quelque point de la doctrine sainte; choisissant de préférence ceux qui sont les plus relatifs à l'état de son ùme, aux devoirs de son ministère. Si quelquefois des occupations nécessaires absorbent l'heure destinée à celte sainte pratique, il sait qu'à toute heure Dieu daigne exaucer ceux qui rinvoquenl,
et il ne manque pas de réparer dans le cours du jour Toinission forcée. Ce n'est p as ici le lieu de tracer les règles de cette oraison. Il y en a diverses méthodes^ que l'on trouvera tracées dans plusieurs bons ouvrages, et entre lesquelles chacun est maître de choisir celle qui est la plus analogue à la tournure de son esprit, aux dispositions de son ame. Mais nous ne pouvons nous abstenir de recommander avec la plus grande instance à tous les ecclésiastiques, cette sainte et salutaire pratique. Elle est souverainement utile^ nous pouvons même dire qu'elle est nécessaire à leur progrès dans la vertu. C'est là qu'ils puiseront les plus puissans motifs , les moyens les plus efficaces de vivre dans la piété. C'est là qu'ils trouveront les trésors de la sagesse céleste , qu'ils sont chargés de répandre parmi les peuples. C'est là qu'ils se pénétreront des vérités saintes dont ils doivent instruire les autres , des sentimens atTectueux dont ils doivent les animer.
C'est là qu'ils recevront la force qui convainc, l'onction qui touche. La méditation, en même temps qu'une prière, est une étude j et les plus grands docteurs ont
SUR l'état ecclésiastique. 2o5 constamment déclaré qu'ils avaient plus appris au pied du crucifix que dans les livres. Dans la méditation, l'àme se dégage de toutes les pensées terrestres. Le monde a disparu devant elle, elle s'est enfoncée dans les profondeurs divines. L'oraison mentale est cette solitude où Dieu l'attire quand il veut parler à son cœur '. Elle s'y entretient avec lui, lui expose ses besoins, écoute les leçons qu'il lui donne intérieurement " , pour qu'elle aille de là les répandre au dehors. Ce que Jésus-Clirist charge ses apôtres de prêcher sur les toits, c'est ce qu'il leur a dit à l'oreille ^ ; ce sont les entretiens secrets qu'il a eus avec eux, qu'il les envoie répéter à toute la terre. Outre cette oraison mentale si utile, si importante, si nécessaire aux ministres sacrés, il leur en est plus strictement encore prescrit une vocale ; c'est la récitation jour-
' Ducam eam in solitudinem : et loquar ad cor ejus. 0sec, ii, 14.
* Audiam quid loquatur iii me Dominus Deiis.
Ps. LXXXIV, 9.
3 Quod dico vobis in tcnebris, dicite in luminc t et quod in aure audistis, pra3dicate super tecta. Matth. X, 2-].
nalière de l'office divin. C'est par l'ordre de l'Eglise, c'est en son nom, c'est dans la forme qu'elle commande, que le prêtre récite le bréviaire. Ainsi cette fonction est publique par sa nature ; elle l'est aussi par son objet. Elle implore auprès de la miséricorde suprême tous les biens spirituels et temporels, soit pour l'Eglise entière , soit pour chacun de ses enfans ; elle sollicite pour les infidèles et les hérétiques le retour à la foi ; pour les pécheurs, la conversion ; poul' les pénitens, la réconciliation ; pour les justes, la persévérance ; pour les prêtres, la piété ; pour les souverains, la sagesse ; pour les magistrats, la justice ; pour les sujets, la soumission; pour les époux, la fidélité; pour les vierges, la chasteté; pour les riches, la libéralité ; pour les pauvres, la patience ; pour les malheureux, la résignation. Elle attire sur l'Eglise ellemême les grâces qui peuvent la rendre florissante , et rend grâces de toutes celles que Dieu lui a accordées ; elle intercède aussi pour l'Eglise souffrante, et invoque la fin de ses douleurs. Elle rapproche l'Eglise militante de l'Eglise triomphante, dont l'occupation continuelle est de célébrer les
louanges de celui qui fait son bonheur. C'est surtout dans la récitation du saint office que le ministre sacré doit se regarder comme l'intercesseur universel, comme le représentant auprès de Dieu de tout le genre humain. Pour rendre cette piûère plus vénérable encore et plus sainte, l'Eglise la compose presque entièrement des pai'oles sacrées que Dieu a dictées à ses plus fidèles serviteurs. Ainsi elle devient une prière divine. Nous reportons à Dieu ce qui est le plus digne de lui, ce qu'il nous a lui-même donné. Quelle invocation plus agréable au Seigneur, plus puissante, plus propi'e à être exaucée, que celle qu'il a inspirée?
Ils sont donc bien coupables les ecclésiastiques qui, legardant la récitation du saint olïicc comme une charge onéreuse, sont empi'essés, non de s'en acquitter dignement, mais de s'en débarrasser; qui répètent les paroles sacrées avec une indécente précij)italion ; qui, en les prononçant, n'ont ni l'esprit occupé de ce qu'elles signifient, ni le cœur touché de ce qu'elles expriment; que leurs continuelles divagations promènent sur des objets toujours
profanes, quelquefois criminels. Hypocrites, dit Jésus-Christ, dont le Prophète a prédit avec raison, C'est un jieuple qui m'honore des lèvres, mais dont le cœur est bien loin de moi '. 11 n'invoque pas Dieu, il l'insulte, celui qui lui adresse de vaines paroles auxquelles il ne réfléchit pas. Exprimer des sentimens affectueux qu'on n'éprouve pas, est une évidente et criminelle fausseté : et telle est la prière vocale qui n'est pas soutenue par l'attention. Cette attention, qui est l'âme de la pi-ière, comme la prière est l'àme de la piété, et comme la piété est l'àme de la vie sacerdotale, est l'application de l'esprit et du cœur aux prières que la bouche prononce. Il serait à désirer que nous apportassions à la récitation du saint office une attention continuellement active , c'est-à-dire que notre esprit fût sans interruption occupé des paroles, notre cœur sans cesse affecté des sentimens qu'il renferme. Mais hélas! nous sommes des hommes : la faiblesse de
' Hypocrilae, bene prophetavit de vobls Isaias flicens : Populus hic labiis me honorât, cor autem eorum longe est a me. Matth. y\', 7.
SDR l'état ecclésiastique. 209 notre nature, la légèreté de notre esprit nous emportent trop souvent. Ils jouissent du bonheur de cette attention jamais interrompue, 'et sans cesse renouvelée , ces saints personnages qui l'ont mérité par leurs vertus, et qui maintenant, résidans dans le sein de Dieu, le contemplent et le célèbrent à tout moment. Espérons qu'un jour nous le partagerons avec eux. Mais dans cette misérable vie où notre âme est chai'gée du poids d'un corps qui l'entraîne vers les pensées terrestres, cette perfection ne lui est pas accordée. Elle fut, dit-on, le privilège et la récompense de quelques imes élevées au-dessus des autres par l'éiinlnence de leur piété. Mais pour nous i'aitention qui nous est prescrite, est unijuement celle dont nous sommes suscep- -ib es. On l'appelle virtuelle. Elle consiste in ce qu'ayant commencé avec une iiitenion actuelle, on n'est pas obligé d'avoir à liaque instant l'esprit tendu et uniquencut occupé des prières que l'on récite. Laiit que les distractions sont involonùiies, elles ne nous sont point imputées. c remords que nous en aurions , serait m vain et dangereux scrupule. Il en est
de la distraction comme des autres pensées : c'est le consentement qu'on y donne, qui la rend coupable. Jusque là elle n'est qu'une tentation : elle procure même un méiite quand on la re|>ousse. Mais la volonté qui y adhère en fait un péclié grave. Où cesse l'intention de prier, là cesse la prière : et dès qu'il n'y a plus de prière, l'obligation de prier n'est pas remplie.
Pour se garantir de ce malheur, le moyeu le plus efficace est de le prévenir. L'Esprit saint nous le recommandé : avant l'oraison prépare ton âme ; et ne sois pas comme celui qui tente Dieu'. Cette préparation consiste en deux choses. D'abord ce n'est qu'avec l'aide du Seigneur que nous pouvons l'invoquer convenablement. Telle est pour tous nos actes l'absolue nécessité de la grâce, qu'elle est indispensable même pour solliciter et pour obtenir la grâce. Faisons donc toujours précéder la récitation de l'office divin par une invocation à celui qui seul peut nous le
' Ante orationem prœpara animam tuani : et noli esse quasi homo qui tentât Deum. Eccl. xviii,
SUR l'état ecclésiastique. 21 f
faire dignement réciter. Que notre première prière soit pour obtenir de bien prier. Mais ce n'est pas assez d'implorer la grâce : il faut la mériter en y coopérant. Efforçons-nous de vider notre esprit de toutes les idées profanes qui l'ont rempli ; assujettissons-le par de pieuses considérations. Fixons notre imagination à la contemplation des choses spirituelles. Pénétronsnous de la présence du Dieu avec qui nous allons nous entretenir. Elevons nos pensées au-dessus de la terre, transportous-les dans le ciel, et représentons-nous que nous allons remplir la même fonction que les esprits bienheureux qui l'habitent.
La dévotion suit l'attention comme l'effet suit sa cause. L'une nous fait connaître ce que nous récitons ; l'autre nous le fait sentir et goûter : et toutes les deux sont nécessaires. Ce sera en vain que notre bouche prononcera les paroles saintes, si notre cœur ne les répèle pas. Dieu qui est esprit veut être adoré en esprit et en vérité '. Si la prière vocale nous est prescrite, la
' Spirilus est Deus : cl cos qui adorant (miiii, in fsjiiritu cl veritate oporleladorare. 7o««. i\,7.f\.
prière mentale l'est bien plus positivement encore. L'invocation extérieure est nulle, si elle n'est animée par l'hommage intérieur, qui seul fait son mérite et lui donne son prix.. Ce n'est pas le son de notre voix, c'est le cri de notre cœur qui atteint le trône céleste.
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Un précepte général et absolu impose à tous les hommes l'obligation delà chasteté. L'Apôtre des nations le publie souvent au nom de son divin Maître '. Entre toutes les vertus la pureté paraît être celle que Dieu
' Obsecro itaquevos, fratres, permisericordiam Dei, ut exhibeatis corpora veslra hostiam viventem, sanctam, Deo placcntem. Rom. xii, i.
Hoc enim scitote' intelligentes quod omnis fornicalor, aut imraundus, aut avarus, quod est idolorum serA'itus, non babet haereditatem in regno Christi et Dei. Ephes. v, 5.
Mortificale ergo membra vestra, quae sunt super terram; foruicationem, immunditiam, libidinem, conciipiscentiam malam, et avaritiam , qufe est simulacrorum servilus. Co/o5S. m, 5.
SUR l'état ecclésiastique. 2i3 honore d'une prédilection particulière'. Il descend sur la terre, et c'est dans le sein d'une vierge qu'il s'incarne. Il passe sa vie dans une si exacte continence que ses disciples les plus familiers sont étonnés de le voir converser avec une femme *. Il permet qu'il y ait dans sa compagnie des péchés d'ambition, 'd'orgueil, d'envie, d'avarice : il souffre le reniement d'un Apôtre, la trahison d'un autre : mais il ne veut pas qu'un seul d'eatre eux se rende coupable d'impureté ; il ne permet pas même qu'ils en soient soupçonnés : en les envoyant braver les calomnies de tous les genres, il les soustrait à celle-là. Parmi eux, il chérit spécialement celui qui est toujours resté viel'ge : et c'est celui-là que du haut de sa ci'oix ilHiit dépositaire de ce qu'il laisse de plus cher dans le monde. 11
' Incorruptio facit esse proximum Deo. Sap.