‹ Considérations sur l'état ecclésiastiqueChapitre 11 sur 19 · VII · texte numérisé non relu

VII

SUR L ÉTAT EC'CLÉsrASTIQUE. 227

devons redoulei' jusqu'à la moindre étincelle de ce feu si prompt à se propager. Si nous ne l'étouffons pas au moment où elle vient à nous toucher, elle sera bientôt devenue un incendie. C'est au premier instant où la tentation vient nous attaquer, qu'il faut la repousser. C'est la première idée que le démon présente à notre esprit, qu'il faut en bannir promptement, entièrement, et sans retour. Telle est la séduction particulière à cette passion, qu'il est dangereux d'y penser, même pour la détester. Ne nous rassurons pas sur l'horreur que nous ressentons des fautes graves. Cette présomption est encore une des séductions de notre ennemi. 11 nous dissimule le péril pour le rendre plus grand , et , nous conduisant à la chute par la haine mémo que nous en avons, il nous inspire la confiance, pour nous faire négliger la précaution. Le plus grand des dangers est de ne j)as croire au danger. Si nous délestons effectivement le péché d'impureté , évitons donc avec une extrême vigilance tout ce «pli pourrait et qui ne manquerait pas de nous y faire tomber.

Plus notre nature nous porte à cette d('-

aaS CONSIDÉR\T!OXS

testable passion, plus nous devons travailler à nous en p-réserver. Plus les dangers d'y tomber sont grands , plus nous devons multiplier nos soins et nos efforts pour les éviter. Plus l'abîme est profond, et la pente qui y conduit rapide, plus nous devons nous en éloigner avec terreur. Pour nous garantir efficacement de ce vice, plusieurs moyens nous sont présentés; tous, nonseulement utiles, mais indispensablement nécessaires. Un seul négligé serait immanquablement le principe d'une cbule bonté use et funeste.

Une condition essentielle pour maintenir la cliasteté ; si nous avons le bonheur de la posséder, pour la recouvrer si nous sommes assez malheureux que de l'avoir perdue, celle qui nous fera saisir et em- ])loyer tous les moyens d'y parvenir, c'est de respecter profondément, de chérir vivement, de désirer ardemment cette belle et précieuse vertu. Peut-on acquérir ce qu'on ne veut pas sincèrement? et ne finiton pas toujours par atteindre le bien qu'on poursuit avec chaleur? Nos désirs sont la mesure de nos efforts, et nos efforts, le principe de nos succès. Aimons de tout

SUR l'état ecclésiastique. 229 notre cœur cette si aimable pureté : et nous travaillerons de toutes nos forces à nous la procurer : et nous ne négligerons aucun des moyens de l'obtenir et de la conserver.

Le premier de ces moyens, celui dont le sentiment de notre faiblesse nous montre presque à chaque moment la nécessité , est d'implorer le don de pureté auprès de l'Auteur de tout don parfait \ Ti'ois vérités sont certaines, et fout partie de la foi chrétienne : sans le secours de la grâce nous ne pouvons rien ' ; avec secours de la gràc > nous posvons tout^. Le secours de la grâce nous est assuré si nous le demandons ^. Salomon, il était encore dans les joui's heureux de son innocence, et il en connaissait tout le prix, Salomon reconnut la nécessité

^ Omne datum optimum, cl oinnc donum perfcctum desursum est descendens a Pâtre luminum. Jac . î, i'j.

' Sine me nihil potestis facere. Joan. xv, 5.

^ Omnia possiim in 00 qui me confortât, Philip. IV, i3.

* Fidclis aulem Dciis est qui non patictur vos lenlari supra idrpiod jtolcslis, scd (acict ctiam cuu» tcntationt; provcntum, ut possilis suslinere. / Cor. X, i3.

aSo CONSIDÉRATIONS

de recourir au Seigneur, pour obtenir le don de continence : et c'était un effet de sa .sagesse prématurée, de savoir de qui il pourrait le recevoir'. Adressons-nous donc comme lui, pour obtenir le même bienfait, au Père des miséricordes. Deux remèdes, nous dit Jésus-Cbrist, sont efficaces contre les tentations, la vigilance et la prière* ; la vigilance, pour les prévenir; la prière, pour y résister. Lors donc que nous nous sentons assaillis par des pensées capables d'altérer notre pureté, appelons à notre aide cet auxiliaire tout-puissant. Fortifiongnous des profondes considérations qu'il nous suggère. A l'idée séduisante du plaisir criminel, opposons la pensée tutélaire de ses terribles suites, du jugement redoutable auquel il nous soumet, des éternels supplices auxquels il nous dévoue. Implorons aussi auprès de l'Auteur et du suprême Distributeur des grâces, celle à l'interces-

• Et ut scivi quoniam aliter non possem esse continens, nisi Deiis det, et hoc ipsum erat sapienliae, sclre cujus esset lioc donnm : adii Dominuni, et deprecatus sum illum. Sap. viii, 21.

* Yigilate, et orate, ut non inlretis in tentationem. Matth. xxvi, 4 • •

SUR l'état ecclésiastique. aSi sion de laquelle il aime à les accorcler. Elevons nos regards et nos vœux vers la Mère de pureté; etconjurons cette Vierge sainte, à qui la pureté fut si chère, de protéger et de conserver la nôtre.

Pour obtenir cette grâce si nécessaire, il ne suffit pas de la solliciter : il faut de plus la mériter; et la manière de la mériter est d'y correspondre. Dieu daigne nous aider , mais à condition que nous agirons de notre côté. Il excite notre volonté, mais il ne la

gêne pas; il dirige notre liberté, mais il ne la détruit pas ; il soutient nos efforts , mais il nous ordonne d'en faire. Ainsi, du haut du ciel il fait descendre sur la terre la rosce pénétante, et la chaleur vivifiante qui la fécondent; mais il en attache les effets aux soins et aux travaux assidus du cultivateur. Travaillons donc de tout notre pouvoir à faire fructifier en nous la grâce céleste : livrons-nous à ses salutaires impressions ^ suivons avec fidélité ses saintes inspirations. Il estspécialcmentcontre l'impureté deux sortes de grâces : grâce de fuite, qui fait éviter les occasions; grâce de force, qui eu fait triompher.

Ainsi nous devons avant tout mettre à

aSa CONSIDÉPvATIONS

profil la grâce de fuite ; évitant avec un soin assidu toutes les occasions où notre chasteté pourrait courir quelque risque.

Dans la guerre contre les [)assions séduisantes, c'est par la fuite qu'on obtient la victoire. Le soldat peut-il espérer d'être soutenu par son général dans un combat entrepris malgré son ordre? 11 a aimé le péril, dit l'Esprit saint, il y périra'. Estce un plaisir raisonnable, que celui qui est voisin du danger? Peut-on innocemment rechercher les lieux où l'innocence court des risques? Doit-on se plaire où l'on peut périr? Les occasions sont, et qui de nous ne Ta pas éprouvé ? les causes les plus naturelles , les plus ordinaires , les plus efficaces des chutes. Elles sont le souffle qui excite , qui entretient , qui propage le feu de la concupiscence. Et combien ne sont-elles pas fréquentes dans le monde où nous place notre ministère !

Presque tout ce qu'on y voit, ce qu'on y entend, est contagieux pour la pureté.

Eloignons-nous constamment des sociétés,

' Qui amat periculuin, in illo peribit, Eccîi. m, a;.

SUR l'état ecclésiastique. â33 iion-seulement dissolues, mais trop légères; non-seulement où la pudeur est oifeiisée , mais où la décence n'est pas assez observée. Mettons entre elles et nous un intervalle que nous ne nous permettions jamais de franchir. C'est surtout sur nousmêmes que nous devons absolument veiller. Les sens sont les portes de l'àme, c'est par eux que lui parviennent presque toutes les idées, mais particulièrement les idées impures. Tenons -leur tous ces passages exactement fermés. C'est spécialement aux yeux que les objets séducteurs se présentent, pour pénétrer dans l'intérieur. C'est par cette ouverture que ces venimeux serpens se glissent le plus subtilement. Une légère curiosité est souvent devenue la cause de terribles désastres. Un regard jeté sur Bethsabée rendit celui qui avait été jusque là l'homme selon le cœur de Dieu, adultère et meurtrier. Que de mallieiueux pourraient répéter ce dont se lamentait Jérémie : C'est mon œil qui a dévasté mon àme ! Arrêtons donc fermement la lenta-

■ Oculus meus depraedalus csl auiimuu mcam. TJiren. m, 5i.

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tation impure à ce premier pas. Détournons avec soin nos regards de tout ce qui pourrait porter à notre imagination des pensées séductrices'. Faisons avec nos yeux le pacte de Job, et défendons-leur de nous présenter jamais l'idée d'une vierge ^.

Un autre point essentiel de la conduite sacerdotale est une réserve entière sur les discours : le ministre sacré ne doit s'en permettre aucun qui ait rapporta cette matière délicate. A plus forte raison, c'est dans lui un péché grave, un scandale formel, de tenir des propos ou licencieux ou même libres ^. Il ne lui est pas même permis de

' Averle oculos meos ne videant vanilatera. Ps. cxvni, 37.

Ne respicias muliereni multivolam; ne forte incidas in laqueos illius.,.. Virginem ne conspicias : ne forte scandalizeris in décore illius... Averte faciem tuam a muliere compta, et ne circuinspicias speciem alienam. Propter speciem mulieris mulli perierunt : et ex hoc eoncupiscentia quasi ignis exardescit. Eccli. ix, 3, 5, 8, 9^ et alibi.

- Pepigi fœdus cum oculis nieis, ut ne cogilareni quidem de virgine. Joh, xxxi, i .

^ Fornicalio aulem, et oninis immunditia, aut avai'itia, nec nominelur in vobis, sicut decet sanctos. Ephes, V, 3.

Deponite... turpem sermonem de ore restro. Coloss. m, 8.

siJR l'état ecclésiastique. 235 les entendre : et si cjuelqu'un respeclait assez peu sa présence pour proférer devant lui de telles paroles , son état lui impose l'obligation de les réprimer autant qu'il le peut^ et selon les circonstances ; ou par une censure formelle, ou par des signes de déplaisance, ou tout au moins par un silence d'improbation. Il est cependant des occasions où son ministère même le met clans la nécessité de parler sur le vice imj)ur. Quelquefois il est important qu'il le combatte dans la cliaire évangélique. Plus souvent encore il se trouve dans l'obligation de le condamner, de le réprimer, de le prévenir, dans le saint tribunal ; mais c'est alors surtout qu'il doit user de la plus exacte circonspection. Ce sont ceux qui soignent les maladies contagieuses, qui doivent employer le plus de précautions pour n'en ctre pas atteints. Souvenons-nous, dans ce ministère délicat, que c'est de la parole du Seigneur que nous sommes porteurs, et que la parole du Seigneur est chaste'. Craignons de présenter aux innocens des connaissances funestes, aux pénilens des

• Eloqnia Duiii'mi, elof|uiii c.isla. Ps. m. 7.

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souvenirs dangereux, aux liberlins (les sujets d'une dérision criminelle.

Un aliment dangereux de l'impureté est encore Tintemnérance, et surtout celle du vin ; et c'est par ce motif que le divin Maître, et ensuite de sa part son grand Apôtre, nous l'interdisent'. Le moyen général de se fortifier est de diminuer les forces de l'ennemi. Affaiblissons notre cliair par la mortification et par le jeûne ; les tentations deviendronlmoinsvives, et notre esprit, devenu plus vigoureux, serabien plus capable de résister à ses attaciues. Tel fut, dans tous les temps, le moyen employé par les saints pour soumettre à la raison leurs sens révoltés j tel fut le motif de ces austérités qui font le sujet de notre étonnement et de notre admiration. Pour maintenir la pureté, et même la dignité de son état, le ministre du Seigneur ne doit pas se con-

' Attendite autem vobis, ne forle graventur corda vestra in crapula et ebrietate. Luc. xxi, 34-

Sicut in die honeste ambulemus; non in cornessatiouibus et ebrielatibus, non iu cubilibus et impudicitiis. iiOOT. xiii, i3.

Et nolite incbriari vino, in quo est iuxuria. E plies. V, 18.

sim l'état ecclésiastique. 287 lenler de fiiii* ces excès honteux qui luineat la santé et altèrent la raison, qui attirent la colère de Dieu et le mépris des hommes. Il doit encore éviter de se montrer fréquemment aux. tables des riches, soit pour ne pas risquer de passer les bornes de la tempérance, soit pour ne pas encourir la réputation de ces prêtres parasites, objets de la raillerie de ceux mômes qui les accueillent.

Mère de tous les vices, l'oisiveté ' l'est surtout de l'incontinence. Notre imaginalion est un vase qui ne peut pas rester vide ; si nous ne la remplissons pas de choseshonnètcs, elle se remplit bientôt de pensées déshonnêtes. L'esprit a un besoin continuel d'exercer son activité ; s'il n'est pas dirigé vers des objets utiles, il s'en donnera promptement d'inutiles et même de dangereux. C'est le désœuvrement du prêtre qui le conduit dans des sociétés opposées à la pureté de son état. Un travail utile fixera ses pensées, en contiendra les divagations, l'attachera à sa retraite, et l'éloiguera des

'MuUiiiii iicililiam ilocuit oliosilas. Eccli, x,\xru,

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occasions séductrices; il y trouvera le double avantage de bannir à la fois et l'ennui et le vice.

De tous les dangers que peut courir l'innocence sacerdotale, la plus redoutable de toutes les occasions qui font tomber dans le vice contraire, la plus commune, la plus séduisante, est incontestablement la fréquentation des personnes du sexe. L'Esprit saint la proscrit absolument % et Jésus- Christ déclare qu'un seul regard de concupiscence jeté sur une femme est déjà un adultère dans le cœur". Tout est péril pour les prêtres auprès de ce sexe, qui est toujours séducteur, lors même qu'il ne veut pas l'être. Les liaisons qui seraient innocentes dans le simple fidèle ne le sont pas pour eux. Au danger du vice, elles joignent le soupçon du vice. Quand ils resteraient purs dans le fait, ils cessent de l'être dans l'opinion ; s'ils ne perdent pas leur chasteté,

' In medio mullerum noli commorari : de vestimenlis euira procedit tinea, et a muliere iniquités viri. Eccli. xlii, 12, i3.

- Ego autem dico vobis : quia omnis qui videril mulierem ad concupiscendam eam, jatn mœchatus est eam in corde suo. Maith. v, 28.

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ils en perdent la réputation ; et même en ne souillant pas leur ministère, ils le déshonorent. La réputation d'un prêtre est une chose tellement précieuse et pour lui et pour l'Eglise, qu'il doit la conserver et la soigner presque autant que sa vertu. Les calomnies sont pour lui à peu près autant à craindre que les médisances : elles avilissenî-uix^* même sa personne, font de même décrier son état, ôtent de même tout respect, toute autorité à ses fonctions. Ainsi, et pour son honneur et pour celui de son sacerdoce, il doit éviter avec un soin scrupuleux de donner aux propos puhlics , non-seulement du fondement, non-seulement de la probabilité, mais la plus légère apparence.

Ce n'est pas seulement leur réputation que les prêtres courent risque de perdre dans la société des femmes. Se croiraientils donc, dit S. Jérôme, plus forts qui- Samson, plus saints que David, plus sages queSalomon? Combien, dit S. Augustin, n'a-t-on pas vu, dans ces dangereuses fréquentations, tomber de prêtres, dont on n'auiait pas soupçonné la chute plus que celle des Arabroise et des Jérôme ! Com-

bien de fois une continuité de société a-telle triomphé de ceux que les plus vives tentations n'avaient pas pu vaincre ! Dans ce commerce assidu le cœur s'amollit insensiblement, la piété se ralentit, l'imagination s'échauffe, les pensées dangereuses surviennent, les désirs vicieux les suivent; et on est déjà corrompu, avant même de s'être déjà rendu criminel. P.ce'.'-on imaginer, c'est le sage qui fait cette compaj-aison, qu'en mettant du feu dans son sein, ou en marchant sur des charbons ardens, on n'en sera pas brûlé ? Il en est de même, ajoule-t-il , de la liaison avec les femmes'. Le feu impur qui couve au dedans de nous et que nous avons tant de peine à comprimer, se ranime et éclate à leur approche. Il serait, et nous le sentons, contraire, et à la justice et à la piété, d'interdire aux ministres sacrés toute relation avec les personnes du sexe. Leurs âmes nous sont con-

' Numquid potest homo abscoudere igneiu in siuu suo, ut vestimenta illius non ardeant ? aut ambulare super prunas , ut non comburaxitur plantœ ejus ? Sic qui ingreditur ad mulierem proximi sui, non erit niundus cum tetigerit eam. Prov. VI, 27, 28, 29.

SUR l'état ecclésiastique. 241 fiées ainsi que celles des liomnies. Nous sommes redevables envers elles des mêmes fonctions, des mêmes secours spirituels et temporels. Ce ne sont donc pas présisément et strictement les visites à rendre aux femmes, qui nous sont défendues ; c'est d'abord le motif des visites : la charité, les soins du ministère, la convenance, sont les seuls qui doivent nous y conduire. Elles ne seront pas dangereuses quand nous y serons amenés par le devoir; elles le deviendront dès que ce sera parle goût. C'est ensuite la longueur, la fréquente répétition de ces visites qui nous sont interdites. Plus on se tient dans le danger, plus il augmente. C'est enfin la conduite à tenir dans les visites qui nous est prescrite. Il est trèsimportant d'y porter un ton plus grave, des manières plus imposantes, de bannir toute familiarité par la dignité de son maintien , d'éviter les discours trop alFectueux, innoceiis peut-être d'abord , mais qui pourraient dégénérer en des sentimens funestes. Il est utile même, autant qu'on le peut, de se faire accompagner par des personnes graves, dont la présence empêche toute liberté et prévienne tout soupçon.

Comme la liaison entre personnes de différens sexes est le moyen de séduction le plus puissant qu'ait le démon, il emploie pour le faire naître et pour le maintenir divers prétextes, tous frivoles, mais tous dangereux, et qui font illusion, pai*ce que la passion leur donne de la consistance.

Aux uns, il présente comme un motif de sûreté l'innocence du commerce , l'éclatante vertu de la personne. Oui, le commerce est innocent dans son principe ; le sera-t-il dans ses suites? Vous comptez sur la vertu de la personne ; êtes- vous sûr de la vôtre ? La présomption de ne pouvoir tomber est elle-même une cause de chute.

Aux autres, le séducteur étale l'utilité dont est une femme par sa protection, par ses services. Ce qui est véritablement utile, ce qui est nécessaire, ce qui est la seule chose nécessaire, c'est de se sauver. Ce n'est pas un bien, c'est, au contraire, un dommage infini qu'un bienfait payé au prix de son àme.

A ceux-ci le démon présente les avantages de l'ordre religieux que procure la liaison, les aumônes qu'on en retire pour

SUR l'état ecclésiastique. 2^'d

les pauvres. Comme si la charité pouvait être l'excuse de la témérité î

A ceux-là le tentateur suggère le soin qu'ils doivent avoir de leur réputation, l'éclat que ferait une rupture. Cette raison, fùt-elle réelle, la ci'aiute de vains propos doit-elle balancer le danger du salut? Mais, au contraire, c'est la fréquentation qui a perdu la réputation ; la rupture ne fera que la réparer.

Si le commerce même innocent avec les

personnes du sexe compromet la vertu et

l'honneur des prêtres, à plus forte raison

est-ce un grand péril, et p)0ur l'une et pour

l'autre, d'avoir dans sa maison des femmes

et d'habiter avec elles. Une multitude de

conciles le leur défendent. Celui de INicée

l'excepte que la mère, la tante, la sœur,

})u celles qui pourraient être au-dessous de

ont soupçon. S. Augustin, ati rapport de

|). Grégoire, ne permettait pas même à sa

M'ur de demeurer avec lui : noa qu'il crai-

iiil ou le mal ou le blâme ; mais, disait-il,

(S personnes qui sont avec ma sœur ne

ont pas mes sœurs. Pourquoi rechercheu

a danger inutile? pourquoi se placer dausi

n lieu dans lequel il faut toujours OU

périr ou vaincre? Il désire au fond de son cœur d'être vaincu, celui qui volontairement introduit Fennerai dans sa maison.

Un des plus grands dangers à ce sujet, et celui-là concerne principalement les pasteurs, est de tenir à leur service des domestiques de l'autre sexe. C'est une tentation constamment renouvelée, c'est l'occasion la plus fréquente de la raillerie des mondains. Il serait à désirer que les curés ne fussent servis que par des hommes.

Mais puisque la malheureuse modicité du revenu de la plupart d'entre eux les met dans la nécessité d'avoir des femmes pour domestiques, ils doivent en faire l'objet principal de leur circonspection. D'abord ils ne doivent admettre dans leur maison aucune personne d'un âge au-dessous de celui que prescrivent, soit les canons de l'Eglise, soit les statuts particuliers de leurs diocèses. Ensuite ils doivent se tenir devant elle dans la modestie et la gravité ; s'en faire respecter, autant par la dignité de leurs manières que par celle de leur état, mettant toujours entre eux et elle, comme une barrière sacrée, la présence de Dieu. Enfin, c'est une obligation stricte de veiller

SUR l'État ecclésiastique. 7,^5

avec une attention particulière sur sa conduite et sur ses mœurs ' , et , à la moindre faute contre la pureté, de l'éloigner de leur maison, afin qu'on ne puisse pas imaginer qu'ils partagent ou qu'ils souffrent des désordres.

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