XXXIII, 2(J
^ Qui cvilat disccre, incjdet in inala. Prov. xvu, 1(3.
pures, d'images déshonnêtes, de désirs criminels. Et quand, à ces tentations intérieures, auxquelles il aura perdu le moyen de résister, se joindront les occasions que lui présentera le monde , ce monde corrupteur parce qu'il est corrompu', ce monde où l'aura jeté forcément son oisiveté; quand ses oreilles seront frappées de maximes licencieuses ; quand ses regards tomberont sur des exemples de dissolution ; quand son imagination sera agitée d'illusions flatteuses ; quand son cœur sera attiré par des séductions engageantes ; quand ses sens seront émus par des objets agréables, quelle défense, grand Dieu, pourra-t-il opposer à cette ligue formidable, réunie du dedans et du dehors contre son innocence ? Le religieux a dans sa retraite un préservatif: les murs de son cloître lui forment un rempart contre les occasions du monde ; cependant la solitude ne suffit pas pour le défendre contre toutes les tentations. Sans les saintes observances et le travail, soit de l'esprit, soit du corps, qui occupent tous ses momens, il ne se croirait ni ne serait en sûreté. L'occupation, le moyen le plus salutaire, le plus efficace
SUR l'etAT ecclésiastique. fiOQ
voilà non-seulement pour repousser, mais pour prévenir les attaques de l'ennemi. L'élude des choses saintes, en fortifiant Tesprit pour l'avenir, le défend actuellement : elle étouffe le vice à sa naissance, et le tue avant qu'il arrive à la pensée. On n'a point d'idées criminelles, quand on est i appliqué à des idées religieuses : le prêtre studieux n'est jamais un prêtre dissolu. C'était le précepte que donnait un des plus savans docteurs de l'Eglise, qui avait luimême été tourmenté des plus violentes tentations , et qui en avait triomplié principalement par le moyen de ses profondes et laboi'ieuses études. Faites constamment, disait S. Jérôme, quelque chose de bien, afin que le démon vous trouve toujours occupé '. Tant que David resta occupé, il fut un saint. Ce fut dans son désœuvrement que les charmes de Bethsabé le rendirent adultère et homicide.
Et plût à Dieu encore que l'oisiveté du prêti'e ne fût nuisible qu'à lui ! Mais, outre
' Facîlo aliqnid honi o|)eris ; iil te semper diabolus iiivcuiat occupaluiii. S. Tiieronymus, IlpisI, V, ad Rusticum.
les vice5 qu'elle aura produits et fomenté: clans lui-même, il aura encore à répondr( (le tous ceux qu'elle aura laissés s'accumuler parmi le peuple qui lui est confié. Il lui deviennent personnels, puisqu'ils son l'efl'et de son insouciance. Fils de l'homme dit le Seigneur à son Prophète, prophétl sez touchant les pasteurs d'Israël. Prophé tisez, et dites aux pasteurs d'Israël : Mal heur aux pasteurs d'Israël, qui se paisser eux-mêmes ! Les pasteurs ne doivent-il pas paître leurs hrebis? Vous n'avez i fortifié celles qui étaient faibles , ni guéi celles qui étaient malades , ni bandé h plaies de celles qui étaient blessées, ni r( levé celles qui étaient tombées , ni reche ché celles qui étaient perdues. Ainsi, m« brebis, dispersées parce qu'elles n'avaiei point de pasteurs, sont devenues la pro de toutes les bêtes sauvages ' . Qu'impor
' Fili hominis, propheta de pastoribus Israe piopheta et dices pastoribus : Haec dicit Don nusDeus : Vœ pastoribus Israël, quipascebant î metipsos : nonne grèges a pastoribus pascuntnr ? Quod infirmum fuit non consolidastis, et quod aegi tuni non sanastis, quod confractum est non alligî tis, et quod abjectum est non reduxislis... Et d
suu l'état ecclésiastique. 261 au maître du troupeau que ce soit par la négligence ou par l'infidélité de son berger que ses brebis périssent; qu'il les laisse mourir, ou qu'il les égorge lui-même ! Le démon sait fort bien qu'en faisant succomber le pasteur à la tentation d'oisiveté, il assure le succès de toutes ses tentations parmi les ouailles. Il commence par les priver de leur défenseur, pour les attaquer ensuite avec succès. C'est tandis que les serviteurs du père de famille sont plongés dans lesommeil, que l'homme ennemi vient semer l'ivraie qui étouffera un jour le bon grain'. Dalila endort Samson, pour le livrer aux Philistins et leur donner l'avantage sur Israël. Que devient la paroisse abandonnée à un pasteur qui lui-même s'abandonne au désœuvrement? Le Sage nous en donne l'idée : J'ai passé, dit-il, par le champ du paresseux ; je l'ai trouvé rempli d'orties : les épines en avaient couvert
persa; suul oves meœ, eo quod non essct paslor : cX faclK suiit in dcvoraliononj omnium bcstiaiiim agri, cl dispersa) sunt. Ezecli. xxxiv, 2, 4, 5.
• Cum autcm dormirent liomines, venit inimieus ejus, et supersemiuavit zizauia iumcdio tritici, et abiit. Mnlth. xiii, a5.
262 CONSlDÉRATiOXS
loule la superficie'. Image sensible el bien fidèle de Tétat où laisse sa paroisse le ministre inoccupé. Où il ne cultive pas avec un soin assidu le froment, les plantes pei-nicieuses se multiplient. Où il ne fait pas le bien, le mal se fait, s'accroit, s'enracine promptenient, et de lui-même. L'incendie s'étend quand on ne s'oppose pas à ses progrès. L'épidémie se propage, si on ne travaille pas à la guérir.
Les études d'un ecclésiastique doivent se rappoi'ter à deux points : à sa qualité de chrétien, à son état d'ecclésiastique. Elles doivent avoir deux objets : celui pour lequel Dieu l'amisdans le monde , sa propre sanctification ; celui pour lequel Dieu l'a admis dans son sanctuaire, la sanctification du prochain. Tout autre objet ne mérite pas qu'il s'y applique sérieusement. Les sciences spéculatives et curieuses sont indignes de ses travaux. Elles sont propres tout au plus à amuser ses loisirs. Qu'il y
' Per agrum hominis pigri transivi, et per vineam viri stulti : et ecce totum repleyerant urlica*, et operuerant superficiem ejus spinœ. Prov. xxiv, 3 o, 3i .
SUR l'état ecclésiastique. 263
emploie, à la bonne heure, les momens qu'il destine à ses récréations : ce délaissement de ses utiles occupations ne lui est pas interdit. Mais ses travaux, ainsi que sa personne, appartiennent à son ministère : ils doivent être, comme lui-même, consacrés à qui Dieu. Tl se rend coupable envers l'Eglise à qui il les doit, quand il les détourne à des objets étrangers. Il devient un Nabad, un Abiu, mettant un feu profane dans l'encensoir qui doit toujours élever vers le Seigneur une vapeur pure. L'oisiveté du prêtre consiste non-seulement à ne rien faire, mais aussi à faire ce qu'il ne doit pas. De quelle utilité sont, ou pour lui ou pour son peuple, toutes ses connaissances indifférentes à son état? JXe deviennent-elles pas môme nuisibles à l'un et à l'autre, si elles absorbent le temps consacré à des études commandées ; si elles prennent la place d'instructions nécessaires':' Et quand, au tribunal suprême, le compte lui sera demandé de l'emploi des jours qui lui furent accordés, répondra-t-il pour sa justification, qu'il fut profondément versé dans les sciences physiques ? Les éludes de l'ecclésiastique devant être
entièrement dirigées vers son ministère, on peut en conséquence les rapporter à deux points principaux , à la doctrine et à la m.orale.
Quand nous disons que le prêtre doit étudier et connaître les dogmes sacrés, nous ne prétendons pas que tout ministre du Seigneur soit obligé d'approfondir ce que la science ecclésiastique a de plus sublime ; de s'enfoncer dans l'étude de tout ce que les hérétiques ont avancé d'erroné pour combattre la doctrine sainte ; de tout ce que les saints Pères ont établi de solide et de lumineux pour la défendre : ces connaissances très-étendues, et de l'ordre le plus relevé, sont spécialement réservées à ceux d'entre eux que Dieu suscite au secoiu-s de la foi. Mais tout prêtre est strictement tenu à connaître parfaitement tous les points de la doctrine clirétienne , à posséder les principes sur lesquels ils sont fondés , à distinguer dans les questions théologiques le dogme de l'opinion, ce que l'Eglise définit, ce qu'elle condamne, ce qu'elle permet de soutenir. Il doit, selon le précepte du prince des Apôtres, être toujours prêt à rendre à quicon-
SUR l'état ECCLÉSIASTIQOE. 265
que le consulte un compte satisfaisant de la foi qui est au dedans de lui '. Cette connaissance nette, juste, précise, de la doctrine catholique est nécessaire pour luimême, afin de ne pas tomber dans l'erreur ; pour les autres, afin de ne pas les y entraîner. L'exactitude dogmatique est la première et la plus essentielle qualité des instructions clirétiennes ; elpour l'obtenir, il est nécessaire de conserver dans son intégrité, dans sa pureté, la forme antique, précieuse et sacrée, des saines ])aroles, telles que nous l'ont transmise nos pères dans la foi \
L'objet le plus ordinaire des exhortalions d'un pasteur, l'objet principal de son ministère, étant de faire observer à ses paroissiens les préceptes divins, c'est l'étude de la morale chrétienne qui doit par-dessus tout l'occuper. S'il n'a pas une connaissance entière et parfaite des saintes règles,
' Parali semper ad satisfactioneni omni poscenli vos ratioucin de ea, qua; in vobis est, spe. / Pctr. 111, i5.
• Formain liabc sauuiuin verborum, miœ a me audlsti in fide cl in dilccliouc in Cluislo Jesu. 11 Timot/i. I, i3.
comment pouna-t-il les enseigner dans leur exactitude, sans les affaiblir ni les exagérer ? Ses instructions tomberont indubitablement, ou dans le relâchement qui égare, ou dans le rigorisme qui rebute ; ou il entretiendra les âmes dans une sécurité funeste, ou il les jettera dans un désespoir accablant. De même, s'il ose s'asseoir sur le tribunal sacré, sans connaissance des règles de la pénitence, sans discernement entre les péchés, sans mesure dans les satisfactions, au lieu de ramener à Dieu les pécheurs, il les retiendra sous le joug du démon : tantôt son excessive indulgence les aveuglera sur leurs fautes ; tantôt sa sévérité outrée, en les décourageant, les fera persévérer; il remettra les péchés sans raison, et les retiendra sans justice. L'ignorance et l'excès marchent constamment ensemble : il faut des connaissances, et par conséquent de l'étude, pour se tenir dans le juste milieu où réside la vérité. Incapable de suivre la ligne droite, l'aveugle va se heurtant sans cesse, soit d'un côté, soit de l'autre.
Toutes les lectures que l'on peut faire se réduisent à deux genres : les profîanes et les religieuses.
SUR l'état ecclésiastique. 267 D'abord tous les livres contraires a la sainte vertu de pureté sont positivement, absolument, et sans exception, interdits à tout ecclésiastique. Aucune raison, aucun prétexte, ne peut l'autoriseï" à les lire; il lui suilit de savoir que ce sont des ouvrages déshonnètes, pour qu'il en détourne ses regards avec horreur. Les anciens croyaient qu'il existe un animal dont la vue seule donne la mort j tel est l'écrit obscène •, sa lecture est un premier coup mortel porté à l'àme, lequel sera infailliblement suivi de beaucoup d'autres. Arrêtez ! 6 vous qui avez ce funeste livre entre les mains ! Prêt à l'ouvrir et à le lire, arrêtez ! Si vous avez eu le bonheur de rester jusqu'à présent innocent, vous allez cesser de l'être ; si vous vous êtes déjà rendu coupable, vous allez vous enfoncer dans la perdition, consommer votre corruption, élever contre votre retour à la vertu un puissant obstacle.
Les ouvrages opposés à notre sainte religion, soit des incrédules contre le christianisme, soit des héréliques contre l'Eglise, sont défendus de même, mais non pas aussi absolument, aussi indéfiniment, (icltc inlcrdiclion soullVe desexccjjlions, et il en
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est (le deux espèces: les unes générales introduites par l'Eglise en faveur de certaines classes d'ecclésiastiques; les autres particulières, qui sont des permissions accordées par les supérieurs à des individus. Mais nul ecclésiastique, de même que nul laïque, ne peut se permettre à lui-même ces sortes de lectures; aucun ne doit s'y ingérer, à moins qu'il ne soit autorisé de l'une ou de l'autre de ces deux manières. Une autre condition nécessaire pour lire légitimement les ouvrages irréligieux est l'intention qu'on y apporte : ce doit être dans la vue de les réfuter, d'en connoître et d'en faire connaître aux autres le vice et la faiblesse. Les bons soldats de Jésus-Christ ne connaissent ses ennemis que pour les combattre. Enfin, un dernier devoir de ceux à qui la lecture de ces livres est permise, est de n'y procéder qu'avec une prudente circonspection , en demandant à Dieu de n'en pas être corrompus , et en travaillant à ne pas l'être. Combien de malheureux, en sondant imprudemment cet abîme, y sont tombés ! Combien de téméraires ont péri dans ce combat, pour ne s'être pas suffisamment armés ! Voyez que de précautions
SUR l'état ecclésiastique. '26g emploient ceux qui des poisons composent les remèdes, afin de n'en être pas infectés.
Les ouvrages profanes d'histoire ou de littérature, qui ne sont souillés ni d'obscénité, ni d'irréligion, non-seulement ne sont pas interdits aux ecclésiastiques, mais peuvent leur devenir utiles. Salomon décore avec l'or des nations le temple du Seigneur , et Judas Machabée y suspend les dépouilles des infidèles vaincus. L'histoire civile des empires a un rapport intime avec l'histoire sacrée de la religion : elles traversent ensemble, et en se touchant sur tous les points, l'étendue des siècles ; on ne peut posséder l'une pleinement, si on n'est pas instruit de l'autre. Il est aussi très-utile au ministre de la parole sainte d'être versé dans la littérature même profane. Co fut dans les grands modèles de la Grèce et de Rome, que nos savans docteurs les Cyprien, les Ambroise, les Basile, les Grégoire de Nazianze, les Chrysostôme, les Augustin, les Léon, et tant d'autres, puisèrent l'art de comj)Oser ces éloquentes et j)ieuses homélies écoutées de leurs l{'m])S avec transport, lues avec admiration Ac^ sic-
rijO CONSIDÉRATIONS
des qui les ont suivis. Sur les traces de ces grands personnages, que le prêtre descende dans ces mines fécondes; qu'il s'enrichisse des trésors qu'elles renferment, pour venir ensuite les répandre. Mais en se chargeant de ces précieuses richesses deux considérations doivent se fixer dans son esprit : d'abord ce n'est pas pour lui-même, pour paraître avec éclat dans le monde, qu'il les amasse : qu'il laisse cette futile vanité aux élégans du siècle. Tout ce qu'il a acquis, il le redoit à l'Eglise, ce n'est que pour elle qu'il a dû thésauriser. Sa richesse était profane : l'emploi doit la rendre religieuse : en lui appartenant, elle est devenue sacrée. Le prêtre doit considérer de plus que ses acquisitions littéraires, quelque abondantes qu'elles puissent être, ne sont pas sa véritable fortune. Que penserait-il d'un propriétaire qui regarderait comme sa principale possession les fleurs qui parent son jardin, de préférence aux moissons qui remplissent ses greniers? Non-seulement l'ecclésiastique ne doit pas cultiver les lettres au préjudice de la science propre à son étatj il ne doit les cultiver que relativement à cette science, que pour lui servir,
pour l'orner et l'embellir, pour la rendre agréable, pour la faire recevoir et goûter. La littérature est aux connaissances ecclésiastiques ce que le vernis est aux couleurs : il ne sert qu'à les relever et à leur donner de l'éclat. En faire l'objet capital de ses occupations, c'est préférer la forme au fond, c'est sacrifier le principal à l'accessoire, c'est abandonner le nécessaire pour courir après l'agréable. Estime- t-on l'architecte qui, s'occupant uniquement de la décoration, néglige la solidité? Fait-on cas des haillons qui sont chargés d'une riche broderie ?
Des études ecclésiastiques, les seules absolument nécessaires aux prêtres, la plus nécessaire, sans aucune comparaison, est celle de la sainte Ecriture : elle est le trésor où sont renfermées toutes les richesses de la science céleste , la source d'où découlent avec abondance toutes les connaissances ecclésiastiques, le fondement le plus solide, le seul solide, de l'édifice de l'instruction chrétienne. Ne vous contentez j)as, dirons-nous avec Jésus-Christ, de lire les saintes Ecritures, approfondissez-les ' :
• Scrutainiui Scripluras. Joan. v, 3t).
'>-'j% CONSIDÉRATIONS
c'est là que vous trouverez tout ce qui vous est nécessaire , et pour vous et pour les autres ; ce sont les livres saints qui forment les saints. Quand nous prions, nous parlons à Dieu; quand nous lisons ses sacrés oracles, c'est lui qui nous parle. Cette parole admirable se met à la portée de tous les esprits ; l'homme peu instruit y ^çoûte sa simplicité, le savant en admire la vaste profondeur; elle est, nous dit son plus illustre ministre, vivante et efficace, elle perce plus qu'un glaive à deux tranclians> elle entre et pénètre jusque dans les replis de l'àrae et de l'esprit, jusque dans les jointures et dans les moelles ; elle démêle les pensées et les mouvemens du cœur'. Etudiez l'Écriture, son enseignement fixera votre foi ; étudiez l'Ecriture, ses maximes vous inspireront la ])iété ; étudiez l'Ecriture , ses préceptes vous feront pratiquer les bonnes œuvres; étudiez l'Ecriture , ses règles réprimeront vos passions ; étudiez l'Ecriture, ses princi-
' Yivus est enim sermo Dei, etefficax, et penetrabilior onini gladio ancipiti ; et pertingens usque ad divisionem animœ ac spiritus, compagum quoque ac medullarum, etdiscretor cogilationum et intentionum cordis. Hebr. iv , 12.
SDK l'état ecclésiastique. 273
pes vous forlifieront contre les tentations ; étudiez l'Écriture , ses promesses encourageront vos efforts; étudiez l'Ecriture, ses menaces vous préserveront du péché. C'est dans l'Ecriture que l'Eglise puise les dogmes qu'elle définit, la morale qu'elle enseigne, le culte qu'elle prescrit, la discipline qu'elle règle : c'est dans l'Ecriture que le pasteur trouvera tous les renseignemens, toutes les exhortations, tous les encouragemens, toutes les réprimandes qu'il doit à son peuple'. Nourries, pénétrées, soutenues, animées du suc des livi'es saints, ses instructions seront pleines de la solidité qui persuade, de l'onction qui touche, de la force qui entraîne ; dénuées de cette substance qui leur est nécessaire, elles ne seront plus qu'un vain son qui frappera, agréablement peut-être, mais inutilement les airs.
A l'étude des saintes Écritures il convient d'ajouter celle de la tradition, qui les com-
■ Oiniiis script lira divinitus inspirata, ulilis est nd doccndum, ad argiicnduni, ad corripiciidurn, ad cnidicndiim in justitia : ut pcrfecliis sit Jiomo Dci. ad oitine opus bonuin inslnictus. // Timoth. m, iG, 17.
aj4 CONSIDÉRATIONS
mente, les explique, les développe, en fixe le sens, en applique les principes, en déduit les conséquences. Les écrits des saints Pères offrent une vaste et utile matière aux lectures et aux méditations de l'ecclésiastique. 11 y verra traités avec étendue et profondeur tous les points de la doctrine et de la morale chrétienne ; il y admirera des modèles de l'éloquence chrétienne ; il y trouvera des préceptes et des exemples de tout ce qu'il doit être et de tout ce qu'il doit faire ; il s'y formera aux fonctions qu'il est chargé d'exercer. Mais il ne faut pas qu'il se perde dans l'étude, beaucoup trop étendue pour un seul esprit, de tous les volumineux écrits de nos saints docteurs-, il doit y rechercher, en choisir, en méditer ce qui est particulièrement utile pour régler sa conduite , ce qui est spécialement adapté aux sujets qu'il doit traiter. Il en est de même des saints canons. De l'immense collection des conciles, il doit extraire ce qui pourra servir à diriger sa ■vie privée et publique, ses actions personnelles et son ministère. Ceux qui creusent les entrailles de la terre n'en retirent pas indistinctement tout ce qu'elles renfer-
ment; ils se contenlent de vecherclier, de séparer, et de rapporter les métaux utiles à nos usages. Il faut enfin étudier les ouvrages des théologiens, et spécialement des moralistes, en choisissant les plus estimés et les plus exacts, et lire les exhortations des prédicateurs les plus solides et les plus éloquens , pour y puiser la manière de présenter avec succès la parole sainte.
Pour acquérir la science, l'étude est nécessaire , mais elle n'est pas suffisante. Dieu n'accorde les connaissances ecclésiastiques qu'à l'application, mais c'est lui qui les accorde ; c'est de ce Soleil de vérité qu'émanent toutes les clartés. C'est de l'Auteur de tout don parfait, du Père des lumières, que descendent toutes celles que nous pouvons avoir' : pour les acquérir, il faut les obtenir de lui. Pénétré de cette essentielle vérité, son ministre, aux travaux assidus, joindra des prières ferventes ; 11 ne commencera aucune élude qu'après en avoir imploré le succès. Le docteur Angélique,
' Omiic datum optimum, et omnc clonnm perfectuin, (Icsursuin est; doseiulcus a Paire lumi num. Jtic. I, 17.
dont les écrits si nombreux, si érudits, si profonds, sont la lumière de l'Église, reconnaissait avoir acquis plus de connaissances aux pieds du crucifix que dans ses livres. Le docteur des nations déclare qu'il n'a pas d'autre science que Jésus crucifié '. Ainsi le prêtre, s'il plaît à Dieu de bénir son travail, lui en rapportera toute la gloire , et il se gardera bien de s'en attribuer le succès ; il se regardera comme le manœuvre qui plante et qui arrose, mais qui est incapable de donner l'accroissement. Hélas ! telle est la malheui'euse corruption de notre esprit : il n'y a aucun bien dont nous n'abusions, et dont nous n'ayons le funeste talent de nous faire un mal. La science, si nécessaire aux ecclésiastiques, si importante pour leur ministère, devient elle-même, pour beaucoup d'entre eux, un piège et une cause de ruine. Le grand Apôtre le déplorait déjà de son temps : la science enfle le cœur -. C'est la vanité qui
' ÎNon enim judicavi nie scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hune crucifixum. I Cor.
' Scientia inflat. / Cor. viii, i.
SUR l'état ecclésiastique, 2^y
d'abord la fait acquérir, et qui s'accroît ensuite de ce qu'elle l'a acquise. Ainsi, en travaillant à sauver les autres, le prêtre travaille souvent à sa propre perdition' ; en creusant les fondemens de l'édifice qu'il doit élever, il s'y enterre lui-même.
Qu'ils reconnaissent doue leur erreur et leur faute , les ecclésiastiques, malheureusement beaucoup trop nombreux, qui se croient dispensés de toute éttide, lorsque, sortis des saintes retraites où on instruisait leur jeunesse, ils commencent à être admis dans le saint ministère , mettant ainsi un terme à leurs travaux, au moment où ils leur sont devenus le plus nécessaires. Que penseraient- ils d'un juge qui regarderait comme inutile l'étude des lois, parce qu'il siège sur le tribunal pour en être l'organe ? N'ayant plus de compte à rendre de leur application et de leurs )>rogrès à des supérieurs, ils comptent pour rien et l'opinion de leurs inférieurs qui blâment leur oisiveté, et le jugement de Dieu qui la punira. Ces |)remières études, trop courtes,
' Ne forte numaliis prœdicavorim, ipsoie|)rolnis cflicia!'. / Cor. \x, 27.
trop légères pour les instruire à fond, ne sont que la préparation à des études plus profondes et continuelles : ce qu'ils ont dû principalement y apprendre, c'est la nécessité et la manière d'apprendre.
Et quels sont donc les motifs qui les détournent de ce devoir si important et si sacré? L'un allègue le défaut de temps absorbé par ses fonctions : qu'il emploie à J'étude le temps qu'il perd dans des frivolités, et i! en trouvera abondamment.
Etaient-ils donc moins occupés que lui, ces grands docteurs, les Augustin, les Chrysostôme, les Athanase, les Grégoire, qui , au milieu des fonctions multipliées de leur épiscopat, trouvaient le temps de composer leurs nombreux et savans écrits ? L'autre prétend avoir besoin de récréation à la suite de ses occupations ministérielles : oui sans doute elle est nécessaire , mais c'est au laborieux, et non à l'oisif. Pour jouir du repos il faut en avoir acquis le droit par le travail ; pour le prêtre vertueux, la variété même des occupations en est le délassement : l'étude repose le corps du travail des fonctions , et les fonctions remettent J 'esprit des fatigues de l'étude. Celui-là se
rejette sur son incapacité, qui est au contraire une raison de plus pour qu'il la répare par la continuité de son application. Cet autre se plaint du défaut de Kvres, cjuc la modicité de son revenu ne lui permet pas d'acquérir : comme si la multiplicité des livres était nécessaire ! Celui qui possède Ir'amour de l'étude trouve toujours, dans le plus mince revenvi, les moyens de le satisfaire ; et, au défaut de moyens personnels, il sait emprunter les livres qui lui manquent. Pour sentir la futilité et la nullité de tous ces prétextes, il n'y a qu'à considérer quels sont ceux qui les proposent : les entend-on sortir de la bouche des pasteurs édifians, zélés, objets du respect de leurs peuples, modèles de leurs confrères? Non 1 vous ne les cnlendrez mettre en avant qu'aux ministres mondains, étrangers à l'esprit de leur état, dénués de piélé, indifférens au bien de leurs paroisses.
Telle est, et l'expérience constante le démontre, l'association des vices : le dés- (cuvi-ement et la dissipation, la paresse et l'oubli des devoirs, l'ieiuorancc et le scandale, marchent toujours ensemble.
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