‹ Considérations sur l'état ecclésiastiqueChapitre 14 sur 19 · INSTRUCTION DU PEUPLE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION DU PEUPLE

Je vous donnerai, disait le Seigneur par son prophète, des pasteurs selon mon cœur, qui vous nourxûront de la science et de la doctrine". Cette promesse, si avantageuse à l'humanité entière, Jésus-Christ l'a accomplie dans sa loi nouvelle par l'institution du ministère sacré dont nous avons l'honneur d'être revêtus. C'est nous qui sommies ces pasteurs annoncés par Jérémie ; nous qui devons être selon le cœur de Dieu; nous qui, pour être tels, sommes strictement obligés de nourrir de la science et de la doctrine chrétienne le troupeau qu'il nous a confié ; car, conime nous l'apprend le divin Sauveur, l'homme vit, nonseulement du pain, mais de la parole qui procède de la bouche de Dieu''. Le pain matériel est la nourriture du corps-, mais

' Et <^pbo vobispastores juxta cor meum, et pascent vos scientia et doctrina. Jercm. m, i5.

- "Son in solo pane vivit homo, sed in omni vcrbo quod procedit de ore Dei. Matth. iv, 4-

SUR l'état ECCLÉSIA.STIQUE. 28 t

la parole sainte est la nourriture de l'âme. Pasteurs des âmes, quand Jésus-Christ nous a honorés de cette haute dignité, il nous a imposé l'obligation fie leur disti'ibucr cette nourriture saluLaire qu'il leur a préparée, et qu'il leur a apportée du ciel. C'est donc ])Our nouSj non pas une convenance, non pas un conseil, non pas un point de perfectiouj mais une obligation positive, absolue, indispensable, intimement attachée à notre ministère, découlant de sa nature même, de distribuer au peuple fidèle ce pain céleste de la parole évangélique. Eu effet, celte suite de raisonnement est de S. Paul, comment invoquei'ont le Seigneur ceui qui ne croient pas en lui:' Comment croiront en lui ceux qui n'en entendent pas parler? Comment entendront parler de Dieu ceux à qui on ne le prêche pas? Comment seront-ils prêches, s: ceux qui sont envoyés pour cette fonction manquent à la remplir'? Or, quels soint ceux à qui est

■ Quoinodo crgo invocabunt, in qiicm non cre- (lidoiunt? Anlquomodo crcdciil ci qucin non audioiiiJit, ? Qiiuiuudo aulein audioiit siuo prœdiciiuto? Quoriiodo vero praedicahunl niïi uiiUaiilur .' Pom. X, I i, i5.

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confiée celte importante mission ? Le même Apôtre répond encore à celle question : Nous sommes les ambassadeurs de Jésus- Christ, comme si Dieu lui-même exhortait par notre bouche ' .

Remontons à l'origine de cette mission sacrée; nous en trouverons le principe dans celle que Jésus-Christ avait reçue de son Père, et qu'il nous a communiquée : c'était, comme il le disait lui-même, pour évangéliser le royaume de Dieu qu'il avait été envoyé *. Isaïe, dans un avenir lointain, avait vu l'Esprit du Seigneur descendre sur le divin Rédempteur, et répandre sur lui son onction^ pour l'envoyer prêcher les miséricordes et les justices de Dieu, et la rémission des péchés aux cœurs contri ts ^ .

' Pro Chi'isto ergo legalione tuugimur, tanquam Deo exhortante per nos. II Cor. v, 20.

* Quibus ille ait : Quia et aliis civitatibus oportet me evangelizare regnuni Dei : quia idée missus sum. Luc. TV, 43.

' Spiritus Domini super me : eo quod unxerit Dominus me : ad annuntiandum mansuetis mislt me, ut mederer contritis corde, et praedicareni captivis indulgentiam, et clausis apertionem; ut praedicaiem annum placabilem Domino, et diem ukionis Deo nostroj ut consolarer omnes lugentes. Is. LXi, I .

SUR l'état ecclésiastique. 283

Nous voyons J^sus-Christ commencer sa carrière évangélique en s'appliquant cet oracle ', et, pendant les trois années qu'elle dure, l'accomplir constamment et sans relâche ; toute sa vie mortelle est une prédication non-interrompue, qui ne doit pas même cesser à son retour dans les cieux: il quitte la terre, mais il ne l'abandonne pas; il continue de Finstruire par le ministère qu'il y établit. La même mission qu'il avait reçue de son Père, il la transporte à ses apôtres*. Au moment où il va se séparer d'eux , ses dernières paroles sont pour leur donner le pouvoir, et leur imposer le devoir de remplir le ministère qu'il laisse vacant. Il rappelle à lui toute la puissance qui lui a été donnée dans le ciel

' Ut revolvit librum, invenit lociim ubi scrip- Uun erat : Spiritus Domini super me : propter quod unxit me, evangclizare paupcribus misit me, sanarc contrilos corde, prrcdicare captivis reinissionem, et cœcis visum, dimittcre confractos in rcmissioncm, prœdicare annum Domini acceptiiru, et diem retribiilionis... Cœpit autem dicere ad illos : Ouia hodie impleta est hfcc scriptura in anribus vestris. Luc. iv, 17, 18, u), 21.

^ Slcul misit me Pater, et ego mitto vos. Jonu.

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et sur la terre pour la leur conférer; il leur commande d'aller à toutes les nations leur enseigner sa doctrine, les instruire à observer ses préceptes , leur administi'er ses sacremens , et il leur promet son assistance continue jusqu'à la consommation du siècle ' : elle retentira dans tous les siècles cette magnifique parole. Tant qu'il existera des nations, un ministère indestructible subsistera parmi elles, chargé de leur enseigner les vérités saintes; toutes les instructions qu'il donnera, en tout temps et en tout pays, seront données en vertu de cette auguste mission.

Fidèles à l'ordre de leur divin Maître, ses apôtres se répandent sur toute la terre, et vont porter en tous lieux la doctrine qu'il leur a enseignée. Les miracles qu'ils opèrent en son nom, et comme lui, n'ont pour

' Et accedens Jésus lociitus est eis, dicens; Data est milii omnls potestas in coel© et in terra, liantes ergo docete omnes geates baptizantes, eos in noinine Patris, et FiJii, el S[iiritus sancti : doceutes eos servare omnia quœcuniqae mandavi vobis. Et ecce ego vobiscum suin omnibus diebus, nsque ad consuminationem sseculi. Mallh. xxviii, 18, 19, 20.

SUR l'étAt ecclésiastique, 285 objet que ci'atlester, de confirmer, de rendre certaine et indubitable la vérité de leur prédication '. Ils mettent le devoir de l'enseignement à la tète de tous leurs autres devoirs ; ils s'abstiendront de leurs autres fonctions, plutôt que d'interrompre cellelà. Les offices même de la cbainté ne seront qu'en seconde ligne dans l'ordre de leurs obligations; et, s'ils deviennent incompatibles avec le ministère de la parole, ils les confieront à d'autres , afin de se réserver tout entiers à leur objet principal. Les soins ties pauvres absorbent trop de temps : ils déclarent qu'il n'est pas juste que le service des tables leur fasse abandonner l'enseignement \ L'Eglise acquiert un nouvel ordre de ministres : le diaconat est établi , et les apôtres restent entièrement occupés de la prière et de la prédication^. Ce n'est pas pour baptiser, disait S. Paul,

' UIj auleni profecti praedicavcrunt uhique, Dninino coopérante, cl sermoncm confirmautc, sequentibiis signis. Marc, xvt, uo.

'■ Non estacquuin nosdcrclinquorc verhuni Doi, et ministiare niensis. Act. vi, 2.

' Nos vcro orationi, et miuisterio verbi iiislau tes ciimns. y^ct. vi, /|.

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c'est pour évangéliseï' que Jésus-Christ m'a envoyé'. Une grâce insigne, dit-il encore avec son humilité ordinaire, m'a été accordée, à moi le plus petit des fidèles , c'est de publier parmi les nations les ineffables richesses de Jésus-Christ \ Cette mission qu'il avait reçue, il la transmettait aux ministi'es qu'il établissait, et leur en prescrivait positivement l'exercice. Ecrivant au disciple qu'il avait établi évèque d'Ephèse, il commence par prendre à témoin Dieu et Jésus-Christ du précepte qu'il va lui donner; el par annoncer le jugement qui sera rendu sur son observation. Prêchez, poursuil-il, la parole, insistez à temps, à contre-temps, reprenez, reprochez, suppliez en toute patience, el dans la science ^ : et dans la même épître

' Non enim misit me Chrislus baptizare, sed evangelizare. I Cor. i, 17.

* Mihii omnium sanctorum minimo data est gratia haec. In Geutibus evangelizare investigabiles diyitias Christi. Ephes. m, 8.

3 Teslificor coram Deo, et Jesu Chsisto, qui judicaturus est vivos et mortuos, per adventum ipsius, et regnum ejus: Prœdica verbum, insta op- ])ortune, importune, argue, obsecra, increpa in ornni patientia, et doctrina. // Tim. iv i, 2.

il lui recommande de communiquer à d'autres la mission qu'il lui coufère , et de confier l'enseignement qu'il lui a donné à des ministres fidèles capables de remplir le devoir de l'instruction'. Ainsi s'est perpétuée sur la terre cette mission pour laquelle Jésus-Christ y était descendu. Après l'avoir reçue de lui, ses apôtres l'ont transmise à leurs successeurs, qui, de génération en génération, se la sont successivement passée. Le ministère de l'Eglise catholique est un canal sacré par lequel la source pure de l'enseignement divin découle sans interruption , sans altération , à travers la suite des siècles, et va arroser et féconder toutes les régions de l'univers. Aussi, depuis que cette Eglise subsiste , et tant qu'elle subsistera, elle n'a jamais cessé, elle ne cessera jamais de recommander et de prescrire à ses ministres ce devoir essentiel. Les canons de ses conciles, les écrits de ses saints docteurs, sont pleins de ce précepte constamment et perpétuellement re-

' Et quic audisli a me pcr inuhos testes, htec cuminuiiila fidelibus hoinitiibus, qui idonoi eruul et alios docore. // Tiinoth, 11. a.

'-i88 CONSIDÉRATIONS

nonvelé, et des peines infligées à ceux qui le transgressent. Malheur à moi, s'écriait le docteur des nations, si je n'évangélise pas ' ! mais non, je suis innocent du sang de vous tous, car je n'ai jamais manqué de vous annoncer les volontés divines ^ Fils de l'homme, disait le Seigneur à un de ses prophètes, et dans lui à tous ceux qui devaient devenir les pasteurs de son troupeau, je t'ai établi pour veiller sur la maison d'Israël : tu recevras donc de ma bouche la pai-ole que tu iras leur annoncer de ma part. Si, quand j'aurai dit àl'impie. Tu mourras, tu ne le lui as pas répété, pour le détourner de sa voie criminelle , il mourra dans son iniquité , et je te redemanderai son sang; mais si, quand tu l'auras exhorté à se retirer de ses voies, il refuse de se convertir, il mourra de même dans sou iniquité , mais tu auras délivré ton àme^.

' Vae enim mihi est, si uou evangelizavero. / Cor. IX, 6.

" Mundus sum a sanguine omnium. ÎNon enim subterfugi, quo minus annuntiarem omne consilium Dei vobis. ^^ct. xx, 26, 27.

^ Et tu fili hominis, speculatorem dedi te domui Israël : audiens ergo ex ore meo ssrmonera. anmin-

SUR l'état ecclésiastique. 289 El pourquoi donc a-t-il élé nécessaire de porter une loi aussi sévère^ de la munir de peines aussi rigoureuses, pour faire remplir une obligation si naturelle, et à laquelle la seule sensibilité du cœur devrait nous porter ? Pour peu qu'un pasteur ait de tendresse, de miséricorde, tle charitd, peut-il consentir à laisser, faute d'ins'a-uction, se perdre le troupeau qui lui est confié ' ? Pe util laisser languir dans l'ignorance, croupir dans le vice, tant d'àmes qu'il est cliargé d'en retirer? Peut-il, sans êtie ému d'une vive compassion, voir périr sous ses yeux, et en quelque sorte entre ses bras, tant de malheureux dont il est le père? Peut-il d'un œil sec et d'un cœur froid les voir courir à Tenfer, quand ses leçons, ses prières, ses instances, [)euvent les arrêter? Ainsi

liabisels ex me. Si me diccnte adimpium : Imj)ic, morte morieris, non fiieris locutus ut se ciistodiat impius a via sua : ipse impius in iiiiquitalc sua morietur, sanguiucm autcin cjus de manu tua requiram. Si autcm anuiitiaiUc ad le iinpium ut a viis suisconverlatur, non f'uerit convetsusa via sua : ij)se in iniquilale sua morietur : porro tu animam tuain liberasli. Ezech. xxxiii, 7, 8, 9.

' Qui miserJcordiamhabet,docet, et erudit quasi pisror gregem sunm. Eccli. \\\\\, i3.

qu'autrefois la voix d'Elie ouvrit le ciel, et en fit descendre sur la terre d'Israël la pluie désirée depuis troisans, ainsi, à la voix d'un pasteur zélé, toutes les vertus descendent du ciel sur la paroisse qu'il instruit. La parole de Dieu annoncée par lui est une rosée céleste, qui, tombant sur des terres desséchées, compactes, arides, les pénètre, les amollit, les féconde, y fait germe i' les semences de vie, leur fait porter des fruits abondans et salutaires'. Et n'est-ce pas pour lui-même une bien touchante satisfaction de voir les âmes dont il est chargé ramenéesaudevoir,àla vertu, à la piété ;de sentir que c'est à lui, à ses soins, à ses sollicitations, à ses travaux, qu'elles doivent leur bonheur j de les présenter avec confiance au Seigneur, comme ses enfans qu'il a engendrés à la religion ; d'avoir assuré son salut en opérant le leur; et, en les remettant sur la voie du ciel, de s'en être ou-

' Etipse tanquani imbres mittet eloqnia sapienliœ suœ. EccU. xxxix, g.

Et quomodo descendit imber et nix de cœlo. et illuc ultra non revertitnr, sed incbriat lerrani, et infundit eam, et gcrmiuare eain facit, et dat semen sercntl, et panein comedenti : Sic erit vcrbum meiim, Is. ly, 10, 11.

SUR l'état ecclésiastique. 291 vert les portes ? Quel retour de considéralion, de respect, de tendresse, de reconnaissance, n'éprouve-t-il pas de leur part ? Avec quelle entière confiance ils s'abandonnent à lui , à ses conseils, qui les ont si sagement dirigés, à ses instructions, qui les ont si saintement éclairés ; à ses exhortations, qui les ont si puissamment excités ! Plus ils sont veilueux, plus ils chérissent celui à qui ils le doivent : et réciproque me xt leur amour pour la vertu s'augmente de celui qu'ils portent au pasteur qui la leur a procurée. Ils s'attachent d'autant plus tendrement au bienfaiteur, qu'ils ressentent plus vivement le prix du bienfait.

O vous donc, conclurons-nous avec la libératrice d'Israël, vous qui avez été établis prêtres parmi le peuple de Dieu, vous de qui dépendent les âmes de vos frères, élevez par vos saintes instructions leurs cœurs à la connaissance et à la pratique de la loi sainte '.

L'enseignement religieux considéré rc-

' Kt nunr, fralros, quoniam vos eslis presbytcri iu populo Dci, <;l ex vobis pcnclct anima illonini, ad nloqiiiîim vcstnim corda eoruia crigite. Jndil/i, VIII, i\ .

2g?^ CONSIDÉEATIONS

lativement aux personnes qu'il concerne peut se diviser en deux classes; l'instruction adressée aux personnes d'un âge mûr, et celle qui est donnée aux enfans. Il n'y a point dans Dieu d'acception de personnes'; il ne doit point y en avoir dans ceux qui le représentent. La Providence céleste fait luire son soleil et répand ses pluies indistinctement sur tous les hommes. Telle doit être la Providence terrestre, son ministre, et son image. Elle doit, à son exemple, faire briller à tous les yeux la lumière de la vérité, faire couler dans tous les cceurs la rosée salutaire de la gi-àce. L'instruction est une dette, qu'en entrant dans le ministère nous avons contractée , non envers quelques personnes, m.ais envers l'Eglise, envers le genre humain entier. Le granti Apôtre, qui acquittait si pleinement cette dette sacrée, se reconnaissait débiteur aux Grecs et aux barbares, aux sages et aux insensés *. Il ne connaissait dans l'exercice de ses fonctions^

' Nonenimestacceptio personarumapudDeum.

Bom. 11, II.

* Gi'œcis ac Barbaris, sapientibus et insipientibus débiter sum. Rom. i, i^.

SUR l'état ecclésiastique. 298 ni juif, ni grec, ni libre, ni esclave, ni homme, ni femme. Il les voyait tous ne faisant qu'un en Jésus-Chrisl'.

Ils sont hors cle l'esprit de leur état, ils manquent au devoir de leur minislère, les pasteurs qui, négligeant le reste de leur troupeau, se concentrent dans la direction de quelques ouailles plus dévotes que les autres. C'est un attrait de piété qui les attire, mais un al Irait trompeur qui les égare. Ils trouvent dans leurs entretiens avec les âmes pieuses moins de fatigue, et plus de consolations ; mais ils doivent savoir que le sacerdoce est un état, non de consolalion, mais de fatigue ;• ils doivent regarder comme l'objet princi])al de leurs fonctions, non ceux qui sont attachés à Dieu, pour les lui attacher davantage, mais ceux qui ont le malheur de s'être éloignés de lui, pour les lui ramener; à l'exemple du Prince des pasteurs, qui est descendu sur la terre j)our apjîeler, non les justes, mais les pécheurs '\

' Nou est Judîniis, nequc Grrccus ; non est servus, ncque liber ; non est niiisculns, ncqnc fcmina. Oinnes cnini vos ununi estis in Cluisto Jesu. Gnlat. III, 28.

* Non vcni vocarc justos, sed peccalores. Malth. IX, i3.

294 COXSIDÉRATIOXS

Une autre faute plus grave, et plus répvéhensible contre l'impartialité du ministère, est celle de certains pasteurs, qui, dans l'exercice de leurs fonctions, distinguent les riches des pauvres, et accordent à ceuxlà des préférences sur ceux-ci. Que dans les choses de l'ordre civil ils aient pour la dignité de l'état les égards qui lui appartiennent, c'est un devoir, non-seulement social, mais aussi religieux; le grand Apôtre recommande de rendre honneur à qui il est dû '. Mais devant les fonctions divines les considérations humaines disparaissent. Celui qui agit comme le représentant de Dieu ne voit plus que des hommes, tous égaux en sa présence, comme dans celle de l'Etre suprême. Que sont toutes les grandeurs des royaumes de ce monde devant le ministère du royaume de Dieu? Tout au plus comme ces collines qui couvrent la face de la terre, comparées à l'élévation des cieux. L'acception de personnes ravale, dégrade, avilit le sacerdoce de Jésus- Christ, et le rabaisse au-dessous des vanités mondaines. Et, dans l'ordre de la

' Reddite ergo omnibus débita... cui honorem lionorem. Pi.om, xiti, 7.

SUR l'état ecclésiastique. 295 religion, quelle autre différence entre les hommes, que celle de leurs vertus? N'ontils pas tous le môme Père qui est dans les cieux, et sur la terre la même mère qui est l'Eglise? ne sont-ils pas tous régénérés dans la même piscine sacrée? ne participent-ils pas tous aux mêmes sacremens?

ne sont- ils pas tous soumis à la même loi, astreints aux-mêmes devoirs? n'onl-ils pas tous le même paradis, le même eufer? La société, pour se maintenir, a besoin de distinctions : l'égalité est la loi religieuse. Non-seulement le ministère ecclésiastique ne doit dans les fonctions aucune préférence aux grands de la terre ; mais, s'il est dans le cas d'en accorder, c'est plutôt aux petits selon le monde ; non par une prédilection partiale, mais à raison du plus grand besoin qu'ils ont de ses bienfaits. C'était spécialement pour porter l'Evangile aux pauvres que Jésus-Christ avait été envoyé. Une autre faute dont quelquefois nous voyons avec douleur des ecclésiastiques se rendre coupables, dont S. Paul se plaignait déjà de son temps, et dont il rejetait loin de lui le soupçon, est d'affaiblir vis-a-vis

des grands la sévérité des saintes règles '. Aux pauvres ils prêchent l'Evangile dans toute son exactitude : mais, soit par une crainte basse, soit par un intérêt également vil, devant l'homme puissant ils adoucissent ce que la loi a de plus gênant pour lui. Plus occupés de flatter ses passions que de les combattre, ils travaillent à faire plier, non sa volonté aux immuables principes, mais les principes sacrés à ses désii's : comme s'il y avait deux Evangiles, l'un pour les riches, l'autre pour les pauvres; comme si la voie étroite du ciel devait s'élargir pour donner passage aux grands de la terre ! Tel n'est pas le ministre fidèle. (^)uels que soient ceux à qui il s'adresse, quelque puissans, quelque hautains, quelque emportés , quelque méchans qu'ils puissent être, c'est toujours la saine doctrine qui devant eux sort de sa bouche *. C'est la parole de vérité dans toute sa

' jN'on eniin sinnus sicut plurimi aduherantes verbum Dei, sed ex sinceritate, sed sicut ex Deo, coram Deo, in Christo loquimur. // Çor. n, 17.

' Loquere quae décent sanam doctrinann. Tit. II, I.

SDR l'état ecclésiastique. igj rectitude '. Aux souverains même de la terre il présentera, sans être confondu par l'aspect de leur majesté, la loi à laquelle ils sont soumis, comme les derniers de leurs sujets \ Il ne craindra pas de leur porter au nom du Roi des rois la iiarole que fît entendre Jean-Baptiste à un prince incestueux et cruel : Il ne vous est pas

pei'mis ■

Pour annoncer avec solidité et avec fruit les vérités saintes, il est nécessaire de s'y pi'éparer. On voit des pasteurs qui instruisent leur peuple de l'abondance de leurs pensées, et sans avoir écrit ce qu'ils doivent dire. Mais cette métliode même, qui a ses avantages, exige de la préparation. 11 faut avoir profondément étudié, médité, disposé son sujet, pour le traiter ainsi. Sans ce soin préalable, on prêchera sans ordre, sans méthode, sans clarté, sans précision, j)eut-être sans exactitude. Cette préparation, indisj)ensable pour tous les genres de

•Recle tractanlem vcrhiim vcrilatis. H Tinioth. M, i5.

* El loqucbar in tcstimoniis luis in conspectu rcguni : cl non conAindcbar. Ps. cxvirr, 46.

3 Dicchat cnim illi Joauucs : Non iicct libi liaberc cani. Malth. xiv, 4.

agS CONSIDÉRATIONS

prédication, est de deux espèces : la première est la prière au Père des lumières, à celui de qui descend tout don parfait, pour qu'il daigne donner à nos discours la force qui persuade, et l'onction qui touche. Apprenons de lui ce que nous devons dire en son nom : et, puisque c'est sa parole que nous devons porter, conjurons-le de la mettre dans notre bouche '. La seconde préparation nécessaire au prédicateur évangelique est l'étude de la loi sainte qu'il doit annoncer. Comment enseignera-t-il ce qu'il ignore? C'est surtout dans la méditation des saintes Ecritures qu'il puisera la doctrine sacrée dont il ira instruire son peuple. Quand il se sera rempli de la parole de Dieu, il pourra ensuite la répandre et la communiquer aui autres : (■'est de la terre fortement imprégnée de la rosée céleste, que sortent les sources qui fécondent les campagnes. C'est îe bois yé-

' Perge igitur, et ego ero in ore tuo : docebotjue te quid loquaris. Exod. iv, 12.

Dixit Dominus ad me : Ecce dedi verba mea in ore tuo. Jerem. i, 9.

Non enira vos estis qui loqnimini, sed Spirilus Patris vestri, qui loquitur in vobis. Malth. x, 20.

nélré par le feu qui répand la chaleur vivifiante.

La disposition la plus essentielle du ministre évangélique est la pureté de son intention. Ils sont bien indignes de ce saint ministère ceux qui y reclierclient, non la gloire de Dieu, mais la leur propre; qui travaillent, non au salut du prochain, mais à leur réputation personnelle. Il ne s'agit pas de plaire : il faut convertir. Ce n'est pas aux hommes, c'est à Dieu qu'il faut se rendre agréable '. Si les Apôtres ont réussi à soumettre le monde à la foi, ils nous en disent la raison : c'est qu'ils prêchaient, non pas eux-mêmes, mais Jésus-Christ *.

Le vrai succès d'un prédicateur de l'Evangile, le seul qui soit digne de lui, le seul qu'il lui soit permis d'ambitionner, c'est de produire des fruits de salut ; c'est de confirmer les justes dans le bien; c'est d'y amener les pécheurs. A-t-il obtenu cet objet de ses vœux, sachant que ce n'est pas à lui qu'en appartient la gloire, il la rapporte

'lia loquimur, non quasi honiiuibus placentes, secl Deo qn! probat corda uoslra. i T/icss. ii, 4-

^ Non cnini nosnictipsos practlicainns, sccI Jesuui Clui3liim Dominuni noslriun. // Cor. iv, 5,

3oO CONSIDÉRATIONS

tout entière à celui qui a daigné donner l 'accroissement aux plantes qu'il a arrosées. Sentant que ce n'est pas l'outil, mais l'ouvrier qui est digne de louange, il se borne à rendre grâces à l'Auteur de tout bien d'avoir fait de lui l'instrument de sa bienfaisance. Quant à ceux qui dans leurs prédications recherchent les éloges humains, ils ne méritent point, ils n'obtiendront point l'honneur de conquérir des âmes à Dieu. Leurs discours recherchés , fleuris , éloqu ens peut-être, ne seront qu'un airain résonnant, des cymbales retentissantes, dont le bruit, s'il est harmonieux, pourra flatter les oreilles, mais ne pénétrera jamais au cœur. Celte frivole gloire du monde qu'ils aui'ont ambitionnée, Dieu la leur accordera peut-être : mais ce sera pour leur ruine ; l'orgue il qui inspira leur prédication s'enflera encore des éloges qu'ils en recueilleront : et leur perte se consommera de ce qui aurait dû faire leur salut.

Il ne faut pas croire cependant que ce .

soit un crime pour l'orateur évangélique 3|

de donner à ses discours la grâce et la force qui naissent de l'éloquence. Ce qui lui est interdit, c'est de rechercher sa propre

SUR l'état ecclésiastique. 3oi gloire de préférence à ce qui doit être son but unique, à l'avanLage de ses auditeurs : qu'il emprunte donc pour les convaincre, pour les toucher, pour les émouvoir, les tours heureux, les traits saillans, les images vives, les sentimens tendres, les mouvemens véhémens, qui concilient au discours l'attention, la satisfaction, la persuasion, la soumission. Mais qu'il ne fasse usage de ces ressources de l'art oratoire que quand elles seront utiles ; que sa prédication soit toujours adaptée aux lieux où il prêche, proportionnée à l'intelligence de ceux qu'il instruit, réglée sur leurs hesoins. S'il annonce la parole divine dans les villes ou dans les cours, son ton doit être élevé sans enflure, son style fleuri sans affectation, son discours animé sans empoi'tement. Estce dans les campagnes qu'il exerce le ministère évangélique? ses instructions doivent être simples, comme ceux à qui il parle, accommodées à leur capacité, mesurées sur leur portée. Ainsi, pour animer "des enfans du souffle de \ie, Elie et Elisée se rapetissent à leur mesure. Ainsi le grand Ajiôtre donne à ses disciples de Corinthe encore faibles dans la foi, seulement le lait

de la parole; et non des alimens trop solides pour eux, qui les surchargeraient au lieu de les nourrir '.

Pour se soustraire au devoir essentiel e t fondamental de la prédication, les pasteurs tièdes etnégligens allèguent divers prétextes, tous également frivoles. Peu d'auditeurs viennent entendre la parole divine : ceux qui y assistent n'y apportent aucune attention : on ne voit résulter de ses soins aucun fruit. Ministres lâches et indifférens, ces reproches que vous faites à vos paroissiens, n'est-ce pas bien plutôt sur vous qu'ils tombent? Ce qui les éloigne de vos instructions, n'est-ce pas la manière dont vous les donnez? Cette paresse qui maintenant vous les fait cesser, ne vous empêchaitelle pas de les préparer avec le soin que mérite une œuvre aussi importante? Comment pouvez-vous exiger qu'on les écoute avec une attention que vous n'avez pas mise à les composer? Vous n'êtes point en droit

■ Et ego, fratres, non potui vobis loqui quasi spiritualibus, sed quasi carnalibus. Tanquam parvulis in Christo, lac voljis potum dedi, non escam : nondum enim poteratis : sed nec quidem potestis; adhuc enim carnales eslis. / Corinth. m, i, a.

SUR l'état ecclésiastique. 3o3 de vous plaindre de ne pas voir des fruits que vous n'avez pas travaillé à produire. 11 serait étonnant que des discours composés à la hâte ne fussent pas devenus ennuyeux, dégoûtans, peut-être ridicules. De ce qu'il y a peu d'auditeurs qui reçoivent vos exhortations, ce n'est pas une raison pour ne pas les donner à ce petit nombre. Le héraut public s'abstient-il de publier les lois du prince, parce que peu de personnes les entendent? Et quand vos prédiscation n'auraient acquis à Dieu qu'une seule âme, vous auriez encore fait une œuvre grande et souverainement méritoire.

Vous ne voyez pas le succès de vos travaux ; d'où savez-vous qu'ils n'en ont aucun? La semence sainte germe peut-être dans l'intérieur : elle se produira au dehors dans son temps. Moins vous voyez l'eflTet de vos travaux, pkis vous devez les redoubler.

C'/est en labourant assidûment la terre stérile, qu'on parvient à lui rendre la fertilité. Ce sont les rosées fréquentes qui, en la pénétrant, la fécondent. Les Apôtres sont découragés d'avoir en vain pcché toute la nuit; un mot de leur divin Maître les ranime. Ils jettent de nouveau le filet, et

3o4 CONSIDÉRATIONS

une mukitude miraculeuse de poissons vient le remplir. Et quand il serait certain que vos instructions n'auraient produit aucun fruit, vous ne devriez pas pour cela les interrompre. Dieu vous ordonne de planter, d'arroser : il se réserve de donner l'accroissemenl. Faites de votre part ce qu'il a prescrit, et laissez-lui le soin d'effectuer ce qu'il a résolu.

Ce n'est pas seulement la prédication que le pasteur doit à son troupeavi; c'est l'instruction. Il ne satisfait pas entièrement à ce devoir par des prônes faits de temps en temps, ou même tous les dimanches. 'Combien de ses pai'oissiens ne participent pas à ses leçons, ou par la difficulté d'y assister, ou par le défaut d'intelligence, ou par le manque d'attention. Il est cependant chargé de ces âmes-là comme des autres : il est également tenu de les instruire. ;En vain, pour se soustraire au compte qu'il en doit, dira-t-il : J'ai prêché, que ne venaient-ils? il lui sera répondu : Sans doute leur devoir était d'aller à vous, mais s'ils ne l'ont pas, ou pu, ou voulu, votre devoir était d'aller à eux. Le père de famille ne se contente pas d'inviter les pauvres à son

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festin , il envoie son serviteur les chercher, et les presser. Le bon pasteur ne rappelle pas la brebis qui s'égare, il court après elle, et la rapporte sur ses épaules. Jésus-Christ lui-même ne s'est i)as borné à nous attirer du haut du ciel; il en est descendu vers nous pour nous y conduire, nous y traîner , nous y porter. Il n'a pas chargé s es Apôtres, et dans eux leurs successeurs, seulement d'enseigner : il leur a dit, Allez et enseignez. En conséquence de son précepte ils prêchaient leur divin Maître, et publiaient son Evangile, en tout lieu comme en tout temps ', non-seulement dans le temple, mais dans les maisons'. Vous le savez, disait l'un d'eux, si j'ai jamais négligé ce qui vous était utile; si j'ai manqué de vous instruire, de vous exhorter, et ea public, et dans vos maisons '. Pasteurs des âmes, tels furent les prédécesseurs de votre sacerdoce, tels doivent

' Omni autcin die non cessabant, in tcinpio cl circa domos doccntcs, et cvangclizautes Christuin Jcsuin. ylct. v, /ji.

* Vosscitis... quomodo niliil sii1)lraxcriin iiti liuin, quo minus aunuutiareiii vobis, et docerem vos pubUce, el pcr domos. Ibid. xx, -lo,

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être les modèles de votre zèle. Vous n'êtes pas ministres de la parole évangélique seulement dans la chaire : votre ministère vous suit partout. Allez, à l'exemple de vos maîtres, Texercer dans les maisons de vos paroissiens. Allez dans les cabanes éloignées, dans les forêts qu'ils habitent, voir si vos instructions y sont connues, si elles y sont pratiquées ; si les époux sont unis, les parens vigilans, les enfans dociles, les filles sages, les jeunes gens laborieux. Semez de tous les côtés l'enseignement évangélique. Donnez ici une instruction, là une exhortation, plus loin un bon conseil, ailleurs un encouragement, dans un autre endroit une réprimande ; multipliez, variez vos soins paternels, comme les besoins que vous trouverez; comme le Dieu que vous représentez varie et multiplie les grâces dont il vous rend les dispensateurs.

Un objet bien important du ministère pastoral est l'instruction des enfans; leur àme est un dépôt sacré que Dieu a mis entre nos mains. Nous avons arrosé ces jeunes plantes de l'eau baptismale : nous devons les cultiver et les faire croître dans le champ du Seigneur. Les ayant engen-

SUR l'état ecclésiastique. 3o^ cirées à la foi, nous leur devons une tendresse palernelle. Leurs pères selon la chair sont tenus de leur donner le pain matériel : nous, leurs pères dans Tordre de la gi'âce, nous avons l'obligation de leur distribuer le pain spirituel de la parole. Travaillons à conserver, et à rendre inaltérable par nos instructions cette précieuse innocence que nous leur aAons rendue sur les fonts sacrés. Imprimons dans cette cire tendre l'image du Seigneur. N'attendons pas que cette terre encore molle et flexible se soit endurcie, pour en faire des vases d'honneur et de sanctification. Oh! combien ils méconnaissent la grandeur de leur ministère les prêtres orgueilleux qui mépnseiit, comme indigne de leurs talens.

l'instruction des enlans , et qui l'abandonnent, comme un soin subalterne, à des ministres inférieurs! *^)u'ils considèrent les plus saints, les plus savans évèques, les docteurs de l'Eglise , s'honorant d'une fonction dont ils ont la petitesse de s'humilier. ()u'ils lèvent les yeux vers le Prince des pasteurs appelant à lui les en fans, et déclarant que c'est à eux qu'a|)[)artient le royaume des cieux. Quelle idée auraienl

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ceux que possède cette minutieuse et absurbe vanité, du jardinier qui ne cultiverait que les arbres dont il retire actuellement du fruit, et qui négligerait, comme étant au-dessous de sa sollicitude, les jeunes plantes qui doivent lui en rapporter un jour. Regardons des yeux de la foi, considérons comme Dieu la regarde lui-même cette sainte fonction, loin qu'elle nous paraisse petite et méprisable, nous la trouverons une des plus dignes de la sublimité de notre ministère. Comme de la semence dépend la nioisson; ainsi la sanctification, de la première instruction. De ces enfans élevés et formés à la piété, va naître un peuple de saints. Vos instructions, nonseulement opèrent le bien, mais Tassurent ; non-seulement le procurent actuellement, mais le prolongent dans la suite du temps. Tout le fiuit à venir de votre ministère, tout celui que pourront recueil- 1 ir vos successeurs, est renfermé, comme tlans son germe, dans l'enseignement que vous donnez à ces enfans. Ils partiront des écoles où vous les instruisez, pour remplir les emplois de l'Eglise et de la société : ils y porteront les lumières dont vous les au-

SUR l'éTx\.t ecclésiastique. 809 rez éclairés, la foi dont vous les aurez pénétrés, la charité dont vous les aurez embrasés, toutes les vertus dont vous les aurez ornés. Mais hélas! combien de paroisses auxquelles on pourrait appliquer ce qui causait la profonde douleur de Jérémie : Les petits ont demandé le pain de la parole, et il ne s'est trouvé personne pour le leur rompre '. Croupissant dans une honteuse et mortelle ignorance, les enfans ont tout au plus une légère idée du Dieu qu'on leur dit d'adorer. Ils ne connaissent de lui, de ses perfections, de ses mystères, de ses sacremens, de ses commandemens, que ce qu'a pu leur apprende la grossièreté de leurs parens, souvent aussi peu instruits qu'eux-mêmes. Pasleurs qui négligez cette partie essentielle de vos fonctions, que de maux vous accumule z sur ces enfans, sur la société, sur vousl Les instructions que vous aurez refusées au jeune âge, l'âge plus avancé pourra-t- il les acquérir? Quand les besoins de la vie et les travaux forcés et continus absorberont tous les momens, quel

• Parvuli pelierunt panera, et non crat qui fraugcrcl eis. Tlireii. iv, t\.

temps tvouvera-t-on pour l'enseignement sacré? Quand les passions fermenteront dans les cœurs, voudra-t-on le recevoir? Ainsi, libre du seul frein qui pût la retenir, la licence s'emportera avec impétuosité. La digue seule capable de contenir le torrent des vices ne leur étant pas opposée, ils se déborderont, et étendront de tous côtés leurs terribles ravages. Que pourront être des paroisses, desj peuples entiers sans foi, sans religion, sans morale, sans aucune teinture du cbristianisme?

Quels péchés, quels crimes devront se refuser ceux qui ignoreront, et la loi qui les leur défend, et les peines auxquelles ils les exposent? Et comment le pasteur fidèle qui vous remplacera pourra-t-il ramener toutes les générations coi-rompues sous votre administration aux vertus chrétiennes, que vous leur aurez laissé ignorer et mépriser. Cette vigne du Seigneur que vous étiez chargé de cultiver, c'est vous-même qui Tavez perdue. Vous êtes le sanglier de la forêt qui l'avez dévastée , la bête féroce (jui l'avez dévorée '. Elles périront ces

" Exterminavit eam aper de silva : et singularis férus depastus est eam. Ps. lxxix, i^.

SUR l'état ecclésiastique. 3i l urnes raalheureuises qu'il était de votre devoir de sauver : elles périront, et vous entraîneront dans leur perte. Du fond des abîmes enflammés où les aura plongées votre négligence, elles demanderont et obtiendront vengeance contre vous ; et leurs reproches éternels seront, dans le séjour des douleurs et du désespoir, un de vos ])lus affreux supplices.

Ce n'est pas ici le lieu de tracer en détail les règles à suivre dans l'enseignement des enfans. Contenions-nous de présenter quelques principes généraux. Le pasteur doit se proposer trois objets principaux : se faire pleinement comprendre par sa clarté; se faire respecter par sa gravité; se faire chérir par son aménité. L'instruction doit être simple, mais sans bassesse ; digne el noble, mais sans enflure et sans pédanterie ; donnée avec douceur, mais sans faiblesse pour ceux qui se comporl«raient mal; fréquente, mais non pas longue, afin de ne pas rebuter l'attention <le cet âge léger ; entremêlée d'interrogations auxquelles les enfans répondent de mémoire, et d'exj)lications qui leur dévelopj)ent ce qu'ils ont appris. Ce ne sont j)as

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précisément les mots du calécliisme qu'il faut leur apprendre ; ce sont surtout les choses qui y sont contenues. Qu'importe qu'ils saclient répéter comme des échos, ou comme des oiseaux, des paroles qu'ils ne comprennent point? Il faut qu'ils connaissent les vérités saintes, pour les croire; les préceptes sacrés, pour les observer. Il faut graver profondément la loi divine, non-seulement dan-i leur mémoire, mais dans leur intelligence, et par-dessus tout dans leur cœur.

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